II
tupe m'en eût. donné les moyens; mais il en fallait une bien plus grande que. la mienne pour forcer la marche, ordinaire des événemens , et faire des pas gigantesques proportionnés à mon impatience. Après mon débarquement , le commandement d^ la goélette la Tcherkesse fut confié à l'oiB* cier qiii venait de servir sous mes ordres. Il avait une excellente qualité , celle de ne voir que l'intérêt personnel de ses chefs. On Texpédia à Saihown-' kalah dans la Mingrélie, et il ne reparut point du reste de Tannée en Grcassie.^ Dans ce voyage^ la goélette eût été prise par deuxbaraqêsu^Mseï, si le jeune Tcherkessç (i) que j'avais emmené avec moi^ et qui s'était embarqué, eispdrant rentrer dans sa patrie par la Mingrélie , ne se lût déclaré son kcnaL Peu après; le. feu fut mis aux magasins de Pchiatj et les charpentiers ^ ainsi que les autres employés, eussent été infailliblement massacrés, si léndâr-oghlou ne les eût défendus avec sa générosité ordinaire; toujours ami fidèle, ce prince rebâtit les magasins à ses frais , et parvint encore à calmer ses compatriotes. On essaya en 1819 d'y renvoyer la goélette avec un chargement de sel : elle n'en rapporta que quelques échantillons de
(i) Ce jeune homme, appelé KalmuA , ^aissa deux mob et demi parmi nous.. L'accueil que lui fit M. Scassi ne le satisfit pas ; il aurait désiré trouver en lui l'hospitalité que ses compatriotes lui avaient accordée si généreusement, et c'est en effet ce que Ton fut très loin de faire. En quittant le commandement de la goélette^ je lui fis quelques présens qui lui firent dire que j'étais seul resté fidèle aux Tcherkesses.
bois deconstrtictton, après avoir été fort mal reçue à Ghélendfik et à Pchiat. •
Voilà où se sont bornées jusqu'à présent les opé« rations des Russes sur les côtes de la Circassie, et il n'est pas difficile de présumer qu'elles n'ont pas été suffisantes pour changer le goût de ses habitans pour le brigandage; ces sauvages ne tardèrent même pas à faire de graves tentatives sur les frontières des Cosaques, où ils formèrent^ dit-on, le projet d'enlever M. Scassi, dans un voyage qu*il fit à lékaterinodar.
Il est douloureux de songer que l'empereur Alexandre , lassé enfin par les plaintes qui lui ar^ rivent journellement contre eux, se décidera peutêtre à porter la guerre dans leur pays. Depuis longtemps le général lérmolov , commandant en Géorgie , attaque les peuplades limitrophes de son gouvernement, et celles à travers lesquelles passe la route de Mozdok à Tiflis ; mais quelques avantages, achetés souvent par des pertes considérables ^ en ont été jusqu'à présent les seuls résultats; et quel fruit retirer d'une guerre contre ces peuples belliqueux, dans un pays inconnu, de difficile accès , rempli de défilés ou de forêts immenses , dont les habitans, n'ayant plus rien à perdre après avoir mis le feu à leurs cabanes, iront s'établir sur des montagnes inaccessibles, d'où, supposant même que le bas pays soit soumis, ils inquiéteront long-temps les vainqueurs, qlii devront y entretenir continuellement une armée. Les horreurs d'une guerre avec des sauvages libres , que les
prrmphn Inn {dus atroces ne pourront dompter,^ fonderaient cette conquête de sang. Les jésuites] du Paraguay noua ont laissé un sourenir plus doux que les Cortès et les Fernand; et je crois ne poiin devoir douter qu'avec le commerce qui a introduit les Génois dans ce pays , et qui depuis a donné k la Porte-Ottomane le pouvoir dont elle jouit , on ne parvienne à répéter en Gircassie le tableau séduisant dont cette partie du Nouveau- Monde a été le théâtre. JDes. peuplades pauvres et guerrières, dans un pays aussi facile à défendre, s'oniront toujours pour s'opposer k. ce qu'il soit envahi ; elles combattront pour leur.uniqne bien, la liberté; l'intérêt au contraire ne manquera pas de les désunir et de laisser un champ libre aux entreprises politiques dont.seraît chargé le spéculateur. .
M. le dncde Bichelieu> qui connaissait les Tcherkesses et qui les voyait tels qu'ils sont, sentit cette grande vérité; et personne sans doute n'avait mieux mérité que lui de présenter à l'empereur Alexandre un projet où il s'agissait du bonheur d'un peuple. Ses vœux auraient dû être comblés, et l'homme sensible eût été ému à la vue d'une nouvelle nation sortie des sombres forêts du Caucase , et redevable à un prince philosophe et à un ministre vertueux des bienfaits de la civilisation. Pourquoi faut-il, hélas! que quelques individus aient détruit de si belles espérances !...