CHAPITRE PREMIER
Voyage de Moscou à Sarepta.
Départ de Moscou. — Cours de la rivière Moskva Kolomna.
— Rièzan. — Costumes des femmes. — Rîèjk. — Assemblée de la noblesse Bibliothèque de voyage. — Anciennes redoutes entre Kozlov etXambov. — Mo^^faila ou tumulus. — Grand nombre de sourok ou marmottes à Panova. -^Novo- Rhoperskaïa. — ^Laxies d'Hérodote. — Stanitses de cosaques. — Orékhovskaïa. — Manière de se préserver des cousins. — Lutte des Cosaques — Mstislav gagne la principauté de Tmouiarakan par son habileté à lutter — Yasses et Kassoghes. — Origine du nom Kozak. — Kolodesenaïa. — Sousiik ou Zisel. — Chien voleur. Ilovlinskaïa. — Gartchevskaïa. — Sarkel bu Bèloveja, ancienne forteresse des Khazar. — Langue de terre qui sépare le Don du Volga. —
Inondation du Volga. — Tsaritsyn Kalmuks Écriture é"
mongole Chiens qui dévorent les morts. — Passages de
Cicérou et de Justin relatifs à ce sujet. — Sarepta. — Arbas ou chariots tatares. — L'auteur s'embarque pour Astrakhan.
i5 mai {vieux style) 1797. Les tours dorées de Moscou se perdent dans un lointain bleuâtre.
Adieu, Europe livrée aux troubles ! je vais me repo- II. 1.
ser dans laUranquille et paisible Asie. Aujourd'hui je veux imiter les Orientaux, chez lesquels la première journée que fait la caravane est toujours la plus courte. Je ne promets au lecteur qu'une chose, c'est de ne pas fermer les yeux. Tout ce que j'aurai occasion de voir, je le raconterai ; j'y joindrai quelquefois des remarques qui, je me plais à l'imaginer, ne seront pas mal reçues, même des hommes instruits; car je les ai faites non en passant, mais dans un temps où je croyais encore que toute vérité concernant l'histoire deThomme ou celle delà nature était si importante, qu'on devait lui sacrifier volontiers son repos et son plaisir. i6 mai. Je suis le cours de la Moskva. Le pays est beau et si peuplé, que l'on découvre toujours plusieurs villages à la fois. On célébrait une fête dans l'un d'eux. Quelle magnificence parmi les paysannes ! des bonnets et des voiles brodés en or et d'un aussi beau travail que s'ils fussent venus de Constantinople. Beaucoup de voyageurs ont parlé de la misère du paysan russe: je décris ce que je vois, et non ce que d'autres ont vu ; mais je m'aperçois de même que plus on s'éloigne de Moscou, plus les beaux villages deviennent rares; les maisons sont plus petites et couvertes en chaume; au lieu de fenêtres, elles ont des trous avec des morceaux de verre. Je pense également que la condition du paysan russe dépend beaucoup de son seigneur. Voila , par exemple , un petit village où l'on compte à peine douze maisons, mais qui n'a pas moins de quatre seigneurs. Les habitans ne doivent guère s'en trouver mieux.
17 mai. Je dois dire, à la louange de Kobmna^ dernier bourg où j'ai passé, que devant chaque maison il y a une voiture avec un tonneau plein d'eau, afin d'en avoir toujours sous la main en cas d'incendie.
Kolomna montre encore des restes de son ancienne splendeur. Au delà de TOcca, j'entrai dans un autre gouvernement; c'est une tout autre nature. Les pins et les bouleaux disparaissent et font place à des végétaux de contrées plus méridionales. Les babitans du gouvernement de Riezan diffèrent aussi, par leur costume, leurs habitations et leurs usages , de ceux du voisinage de Moscou. I^es femmes portent, par dessus leurs vétemens, une camisole blanche à bords rouges , et sur la tète une espèce de mitre, de laquelle pendent des glands de verroterie ; elles ressemblent aux prétresses de quelque divinité; partout elles s'amusent à un jeu qui a du rapport avec le bocetti des Italiens, excepté qu'elles se servent d'œufs au lieu de boules. Le pays est ondulé et fertile.
18 mai. Au delà de Rièzan^ on dirait que les femmes portent sur leurs bonnets des cerfs-volans ; c'est la meilleure description que je puisse faire de leurs bonnets. Je voulus dessiner mon hôtesse; dès qu'elle s'en aperçut, elle se cacha sur le poêle, et je ne pus l'y suivre. Je ne fus pas plus heureux dans le village; toutes les femmes et les filles s'en^ fuyaient dès que je faisais mine de m'approcher d'elles.
19 mai. Rwik est une petite ville; il ^ avait en ce
(6) moment une assemblée de gentilshommes; oa ne pouvait pas dire de plusieurs d'entre eux : a lia Pair « noble; » leur accueil amical le faisait oublier.
âo mai. J'ai profité d'une halte de plusieurs heures pour faire la revue de ma bibliothèque. Je vis, à mon grand chagrin, que je n'avais pas emporté lesauteurs qui , dans ces contrées^ m'auraient été le plus utiles; par exemple, Deguignes, d'Heiy belot^ Pétis de la Croix, Aboulghazi, etc. Heur^ur sèment , j'avais fait un entrait de tous ces écrivains ; c'est an atlas chronologique dont je me servirai quelquefois. En voici la description : II. consiste en trente-sept cartes historiques qui commencent à l'an aooo avant notre ère, et vont jusqu!à notre lemps : chaque carte représente l'état politique du inonde à la fin de chaque siècle ; h marge ojffre la liste des, princes régnans» Entre deux cartes est intercalé un récit des événemens par ordre ckroqotogique. Chaque partie du monde ancien a son atlasde trente-sept cartes ; celui de l'Asie seule estle fruit d'un travail constant die cinq ans; il m'a valu l'estime de l'abbé Barthélémy ; la conversation de cet homme célèbre était mon délassemisnt. Cet atlas m'accompagne en Asie.
^i mai. De Kozloi^k Tamboi^^ j'ai rencontré une quantité d!anciennes redoutes qui sdns doute re^ montent à un temps où les nomades poussaient encore leurs excursions jusque dans ces cantons. Lçs ouv,rages en terre ont une durée incalculable.; la raison en est bien simple; quand ils s'élèvent sous un angle de 4^ degréa^iUnc^ contiennent
plu9 te germe de ia destruction. A KafTa, par exem*^ pie, it y a un retranchement que certainement Hérodote a décrit, quand il dit qu'il en^ a vu un construit par des esclaves scythes du temps de Cyaxare , roi des Mèdes.
Les habitans du gouvernement de Tambov me paraissent moins vifs que les paysans moscovites. Quand on veut les voir en grand nombre, ainsi que leurs femmes , il feut se trouver à Tauberge , un peu avant le coucher du soleil, à la rentrée des troupeaux. C'est le coup d'œif le plus agréable et le plus vivant du village.
Ha- mm. Aujourd'hui, j'ai aperçu le premier /woghiki oa tumukts. Ce sont les seuls monumens restant de tant de peuples qui jadis ont habité ou parcouru ce» contrées. Plus loin , j'ai trouvé dans le step une quantité innombrable de petites buttes de deux pieds sur trois piedà de diamètre. Je ne savais d'abord à qui en attribuer la construction ; enfin , je découvris sur plusieurs points un petit animal de couleur jaune et à museau noir qui se tenait sur ses pattes de derrière, levait la tête en l'air et sifHait de toutes ses forces. Mes gens déclarèrent unanimement que c'étaient des singes; en effet, ces animaux en avaient le maintien; maisje reconnus bientôt que c'étaient àe%Sourok que les Cosaques et les petits Bussiens appellent Baïbak (i) ou grandes marmottes des steps ; il
■■ ■■" ■•^■^i^— III • ■ » I I i«^^^^M III ■■ M* m «H I ^iM^iMaw^w.^«Hi I w^m^^m^m^ ■ ■ ■■ i n^i^ ««
(i) Glis marmota. Les Russes leur donnent aussi* le nom de «Sd^iirgaA^'cheA lesKirgfaia ils s'appellent Touhpur ou Sfthouré$
(8) semblaient avoir construit leur chef-lieu autour de
Panova^ poste entièrement isolé; car, plus loin,
je n'en aperçus plus un seul.
Novo-Khoperskaîa ^ place forte, est la dernière ville russe de ce côté.
Le 23 mai, à la poste Ouwupinskaïa.
Lorsque l'on a passé le Khoper^ l'on n'est plus en Russie et l'on voyage dans les steps du Don. Cette contrée déserte était autrefois comprise dans la seconde Laxie oxxfrontière des Sauwmates. Hérodote dit que la première Laxie s'étendait en remontant le Tanaïs, l'espace de quinze journées (i), lesquelles estimées à deux cents stades ou cinq lieues d'Allemagne feraient chacune soixante et quinze lieues. Dans cette supposition , la première Za^/ê arriverait jusqu'à l'embouchure du Khoper. Mais Seymnus de Chio (2) , qui copie Ephore, semble nous donner des mesures plus
11' III - T I- - 1 II ] ___ . r|-iii
chez les Bachkirs et Tchouvaches, Soupoar; chez les Bbukhars, Soitgour; en Telcoute Sour; en Turc de Sibérie Sourou, Sourka^ Choufyan et Kjrzylgal; chez les Mordvines, Sourka^ et chez lesToliakes Bouzarga; chez les Kaiinuks, Tarbagaën^ en mongol, Tarbagha;(;n mandchou , Tarhakhi ; en chinois, ThaeuL Kl.
(i) TtfFAÏF^i iroTâtftof itaUfrt f è*irt Sxod-^ietf, tfAA*!} /tttf v^irn V9if- Atcilm^ XuvgùfutritÊf trr) ê'i ix. r« fUfX>^ àf%afàttêi xnç MâtttiTti^èr Xtfijnf^ nftùfrAt rit çrfos fi^£i^^. ^ufAw^ ifHfiotf xtfrtttMCtxtt 6^^»^ vZvwt tsrut ^tisiv tceù àygluf xm ifiig^f $"vi'gim-
Hérodote y IV, ai. Kl.
(a) Ce géographe grec vivait vers Tan 80 avant notre ère, da temps de Nicoraède H, roi de Bythmie, auquel il dédia sa Oescriptioa du monde en vers iarobiques et grecs^ Kl. •
exactes. li dit qu£ les Sarmates s^étendaient le long du Tanaïs l'espace de deux milles stades (i), qui font cinquante lieues d'Allemagne, c'est-à-dire précisément jusqu'au coudé où le Don se rapproche le plus du Volga. Mais je pense que je ferais bien de renvoyer cette discussion à quelque gite plus commode, car j'écris au bivouac, à la clarté d'un feu où les Cosaques font cuire leur poisson; car voilà ce qu'ils entendent par un relaide poste: ces relais sont au milieu du step et loin des villages, où Ton ne passe pas du tout. Les Cosaques disent qu'ils les placent ainsi parce que dans le 5tep leurs chevaux peuvent paître tout autour d'eux et qu'ils les ont plus sous la main. Mais je pense que dans l'origine cet arrangement a été imaginé pour empêcher les couriers et autres voyageurs d'entrer dans ces villages, où ils parlent d'un ton fort haut.
Cependant ceux qui vont à présent dans les Stanitses y sont bien reçus, et peuvent s'y faire donner tout ce qu'ils* veulent. Sianitsa est le nom que les Cosaques donnent à leurs villages.
Le dimanche, nl^^ à OrékhcH^skia ^ poste.
Les Cosaques m'ont fait traverser deux de leurs stanitses, aux passages des rivières BouzoU" louk et Koumjlga ou Koiunjrltsinka. Comme c'était
(i) Fragm. V. i35. Tcv ti Tttfisfy 'it tortf thç AtUs og^s
Tffi.f«y Tt Tn9 Hirtigêt îtcctrigeif iixi* * Ugiro I fifAO'^TcLt l&ti^fiêtr»t tir^i?^u
( «o) dimanche , ia population était en dehors ; les hommes bien mis, chantant et déjà un peu ivres*, les femmes fort parées; Içs habits de celle»-ci sont lout-à-fait à l'orientale, mais leur grand luxe est dans les manches de leurs chemises, qui sont de soie, et chez les pauvres de toile peinte en grosses iieurs rouges; leurs turbans sont surmontés de deux cornes dans un goût bizarre.
Nous avons rencontré dans le step des colonies desourok ou grandes marmottes dont les singeries nous ont amusés quelques momens.
J'ai trouvé ici une espèce de maison où j'espère passer une nuit tranquille, grâces aux précautions que les Cosaques ont prises pour en chasser les cousins. Pour cet effet ils ont apporté dans la chambre un grand chaudron plein de charbons allumés et d'une certaine herbe qui répandait une fumée épaisse, accompagnée d'une odeur aromatique.
Après l'avoir laissé brûler quelque temps , ils ont bouché avec de la paille les trous qui servent de fenêtres à ma demeure, et effectivement elle se trouve pour le moment débarrassée de ces hôtes incommodes. Les Cosaques font tous les soirs de pareilles fumigations près de leurs relais , et leurs chevaux, qui en connaissent l'effet, se placent tout autour, si bien qu'ils semblent s'être mis autour d'un feu pour se chauffer, ce qui paraît singulier lorsqu'on n'en sait pas ta raison.
Je ne veux pas oublier de dire que les jeunes Cosaques m'ont donné le spectacle d'une lutte. Le plus beau tour de ce jeu consiste à saisir son
adversaire par la ceinture, puis à tomber soimême en arriére avec beaucoup de force, au moyen de quoi Ton jette son adversaire par dessus S3i tête, lui faisant faire ainsi une culbute assez ifiolente pour lui briser les os. Mais un Cosaque n'est pas si fragile, et ceux-ci se relevaient aussi contons d'eux 'que s'ils eussent fait un entrechat. Ce qu'il y a de plus rcfmarquable dans cet exercice , c'est que les Cosaques lui doivent peut-être leur origine. Je m'explique : — Lorsque P^olodimir- Je-Grand eut pris Kherson dans la Tauride, son fils JUstislaif passa le Bosphore et vint dans l'île de Tawnan qui était alors le chef-lieu du royaume de Tmoutarakan. Cette conquête lui fut disputée par le priuce des Yasses et des Kassoghes^ et l'on convint de terminer le différend par un combat singulier, dans, lequel on lutterait sans se servir d'aucune arme; Mstislaif remporta la victoire. On dit que les Ifmsses de Nestor sont les Asses des voyageurs du treizième siècle, c'est-à-dire les u^/a/>iJ. Vovez lesrecueiU de Ramusio et àeBergeron (i);de plus,îe
(i) Voici ce qu'on lit sur le pays des Alains dans le premier chapitre dû Voyage de losafat Barbara à la Tana ( Ramusio Délie Navtgationi et Viaggî, 11. fol. 9a. A et B) :
« La pianura di Tartaria a uno che fusse ih mezzo dî «queHa, hh dalla pai-te di Leuante il fiume Erdil^ altramente « dette la Folga : dalla parte dî Poncnte, et Maestra, la Po- «t lonia : dalla parte di Tramontana , h Rossia : dalla parte d'Os- «tro, laquai guarda verso il mar màggiore, TAlania, Cuma^
• /fw, 6-azaria : i quai Kioghi tutti confiuo su '1 mar dette
• Zahttche^ ch'è la pakide Meotidt; , et conseguentemeutc è
dis que les Kassoghi de Nestor^ quels qu'ils soient^ étaient les habitans de la Kasachia de l'empereur Constantin; mais les Kassoghi^ vaincus eft d'ailleurs
« posta tra li sopradetti confini VAlania è deriuata da'
« popoli detti Alaniy liquali nella lor lingua si chiamano As. « Questi erdDo Christianî y et furon scacciati , et distrutli da' « Tartari : la regione è per monti , riui e piani : doue si « trouano molti monticelli fatti a mano, liquali sono in segno « di sepolture, et ciascun di loro ha un sasso in cima grande « con certo busco , nel quale mettono una croce d'un pezzo , « fatta d* un* altro sasso : e di questi monticelli cène sono in- « numerabiliy e c,t>
Dans un autre passage du même voyage (IL fol. 97. A) on lit: « Dritto deir Isola di Capha d'intomo,ch' è su '1 mar maggiore, « si troua la Gothia, e poi VAlania : laquai va per l'Isola verso « Moncastro, com habbiamo detto di sopra. Gothi parlano in « Todesco. So questo, perche hauendo un famiglio Todesco con « me , parlauano insieme , et intendeuansi assai ragieneool- « mente y cosi come s* intenderia un Furlano con un Fioren- « tino. Da questa vicinita de* Gothi con Alani credo , cbe sia « deriuato il nome Gothalani. Alani erano prima in quel luogo, « soprauennero Gothi , e conquistorno quei paesi , e fecero « una mistura del nome loro co *1 nome de gli Alani, e si chia- « marono Gothalani si come quelle genti erano mescolate con «queste. ■
Marco Polo parle aussi ^Alains ( Alani ) qui servaient dans Tarmée du Grand-khan des Mongols, à Tépoque de la conquête de la Chiqe. Voyez liçmusio , II. fol. 4^* A:
Rujrsbrœcky qui visita la Tatarie en ia53, parle des Alains dans plusieurs passages de la relation de son voyage , publié dans la collection de Bergeron. On lit dans son dix-huitième chapitre (pag. a4) • • La veille de la Pentecôte vinrent vers i^ous «(Certains Alains ^ qu'ils appellent Agias ou Akas, qui sont « chrétiens à la grecque ^ ont le langage grec, et des pré^tres
( '3) à demi nomades, ont dû quitter la Kasachia^ oà ils auront été remplacés par leurs vainqueurs, par les Malo-Bossiens de Mstislav qui en auront pris le nom de Kazakh\ car voilà comme ils prononcent encore, et non paiS Kozaki. Telle est la manière dont j'ai toujours expliqué l'origine du nom et du peuple Kozak; j'ose croire qu'elle ne pourra paraître compliquée qu'à ceux qui ne sont pas entièrement familiarisés avec les écrivains que je viens de citer.
Le lundi, 2 5 mai à Kolodeznaîa,
J'ai quitté ce matin mon gîte assez bien remis de la mauvaise nuit que j'avais passée la veille, et bien-
'^ grecs , et cependant ne sont pas schismatiqaes.» Dans le chapitre 5o^(pag. i38], il dit : « Les Alains habitent en ces monta- «gnes et résistent toujours aux Tartares ; si bien que Sartach « est contraint d'envoyer là de dix hommes un, pour garder le (c passage des montagnes, et empêcher que ces Alains ne sor- « tent pour venir dérober leurs bestiaux. £n la plaine qui « est entre ces Alains et eux , est le lieu , dit Parte de fer (c*est- « à-dire Derhend)^ qui n'en est qu'à deux journées; et où la " plaine commence à s'étressir entre la mer Caspienne et les « montagnes, habitent certains peuples Sarrasins^ nommés Les- *ges^ qui se défendent aussi contre les Tartares; si bien qu'il "fallut que ces Tartares, qui demeurent au pied des monts «des Alains y nous donnassent vingt hommes pour nous escor- « ter jusqu'au delà des Portes de fer. »
Haithon, en parlant de la Géorgie, dit : « Ce royaume com^ « mence du côté de l'Orient depuis une montagne nommée Al- « bons (Albrouz). Il habite dans cette province plusieurs diffé- « rentes nations , d'où la province tire le nom d'Alanie, » Voyez Haithon chez Bergerony chap. X, pag i3. Kl.
tôt après je me suis trouva sur le Medveditsa^ où j'ai traversé un vîHage cosaque; c'était encore fête, et tout le monde était endimanché comme le jour d'auparavant. Les jeunes filles se promenaient par bandes, se tenant par la main et chantant en chœur. Les hommes étaient partagés en groupes assis et affectant un air grave. Jamais ils ne me saluaient les premiers , mais lorsque je les saluais, ih se levaient tous à la fois et me faisaient des révérences; la même chose m'était déjà arrivée la -veille.
Le passage du Medvèditsa est d'un aspect assez sauvage; il y a cependant une sorte de bad à l'usage des voyageurs , mais les Cosaques passent dans des canots, faisant suivre leurs chevaux à la nage.
Plus loin j'ai trouvé le step fourmillant de Souslik (i). Quelques uns couraient se cacher dans leurs trous, d'autres se tenaient à Tentrée pour nous voir passer. Les Cosaques regardent ces petite animaux comme les plus dangereux ennemis de leurs moissons.
Enfin je suis arrivé à la poste Kolodeznaïa où
{i) Mus cUellus^ appelé par les Russes de la Sibérie Jemou- >ranka , levrachka^ Avfachka; à Tomsk, Ourgou ; en turc de ^Sibérie Chaumrony Chœmran et Djoumra; en bachkirei^/novrotty iotummmn^JLasouk ; en mordouine, Stmslik ou Simral; «B kirghize, SahUdau-tskan ; en tchou vache Tùrgas; en kalmvkf SourmoM^ Tsourma et Khaklèor-Sourmaa ; en mongol, Djourma ou Dzomrma ; en mandchou y Djoumnra ; eu chinois , Teou chou. Kl.
j'ai trouvé une aubei^ à vingt pas de ia poste. Un afflle aussi sûr m'<(ut bientôt décidé à me fixer jusqu'au lendemain. Je n'ai point eu lieu de m'en repentir; la maison est très petite, mais propre, les botes actifs et gais. Mais ce qui surtout en fait un séjour de délices, c'est que l'on n'y est point incoixiDipdé de ces nuées de cousins qui infestent la pays que je viens de traverser. Ce qui provient sans doute de ce que^k plaine est sèche etsablonneuse.
Cette plaine est bornée au couchant par une chaîne de hautes collines qui sont au delà du Don, mais sur tous les autres points elle s'étend à perte de vue avec un air plus désert que tout ce que j'avais vu jusqu'alors. Enfin une telle solitude me semble tout-à-fait propre à y consacrer quelques jours à la méditation, ou même aux rêveries, dont la société est plus agréable que celle des réflexions. Mais si je m'arrêtais, que diraient mes domestiques, que diraient les Cosaques delà poste? et voilà comme on est toujours victime du qu'en dlra«'t-on.
Je ne veux point finir cet article sans parler d'un malfaiteur d'une espèce nouvelle, qui trouble la tranquillité publique de ce désert ou plutôt ceUe de mes hôtes qui en sont les seuls habi-tans. Depuis trois étés consécutifs , un grand matin noir, à jabot Uanc , vient s'établir dans leurs environs pour y vivre à l^urs dépens ; il saisit toutes les occasions de s'introduire chez eux , fait des sauts surprenants pour enlever la viande suspen*^
due à des crochets, et réussit presque toujours vu que la maison est très basse. Souvent il lève les couvercles des vases où Ton conserve le lait, et les vide jusqu'à la dernière goutte. Mais le pot-au-feu est surtout l'objet de ses larcins les plus fréquents; comme mes hôtes font la cuisine en plein air, à trente pas de la maison , il observe l'instant où personne n'est auprès, renverse le pot, prend la viande toute brûlante qui^st dedans et s'enfuit avec sa proie.
Enfin rhôtesse;^ était intarissable à raconter tous ses forfaits. Ce soir le nouveau Cartouche était venu, contre son ordinaire, se coucher assez près de la maison; aussitôt notre hôte est allé s'armer d'un poignard circassien , la seule arme qu'il y eût dans la maison, mais l'ennemi le voyant venir s'est retiré lentement, nous a tous observés avec attention et s'est perdu dans les hautes herbes. L'hôtesse assurait sérieusement que ce devait être une espèce de diable incarné , et la preuve qu'elle en alléguait était que les Cosaques avaient souvent tiré sur lui sans pouvoir le blesser. Ce récit pourra sembler puéril , mais j'ai cru devoir l'ajouter aux faits que l'on a ressemblés sur l'instinct des animaux; c'est proprement la métaphysique de l'histoire des animaux et le chainon qui la lie avec l'histoire des humains.
Le a6 mai à Iloulinskaîa^ poste.
Au passage de la rivière llouîa j'ai encore traversé un village cosaque, et quoique ce ne fût plus prasnik (fête) , mais jour ouvrier, je n'ai pas
( «7 ) VU que Ton s'y occupât d'aucune œuvre, et le far
niente me semble en grande faveur chez ce peuple. La dévotion est encore une de ses qualités les plus apparentes 9 car j'ai vu partout de très belles églises, et j'en puis juger non seulement par les villages où j'ai passé, mais aussi par ceux que j'ai vus de loin. La poste où je suis à présent, touche aux ^lluvions du Don , et l'on aperçoit distinctement la côte opposée, où les collines ont des escarpemens blanchâtres et qui semblent coloriés.
Le même jour au relais de Gratchei^skaïa.
J'ai encore suivi de loin le cours du Don , mais sans jamais apercevoir le lit de ce roi des fleuves de Scythie , de ce Tanaïs si fameux dans les poètes grecs ainsi que dans leurs historiens, et que j'avais si souvent passé et repassé à la suite d'Hérodote , de Strabon ou de Ptolémée. J'ai cependant aperçu de loin les tours de la stanitsa Bèloïeifskaia que j'ai toujours regardée comme la Bèhi^ja de Nestor, et le Sarkel ou Hospitium album des écrivains du Bas-Empire. C'était une forteresse que les Grecs avaient bâtie sur le Don pour défendre le pays des K^hazars contre les incursions des Patzinakes. • Le géographe Delisle place Sarkel à Bèlgorod^ mais c'est faute d'avoir lu Nestor, et je crois l'avoir assez démontré dans mes premiers essais sur la Sarmatie {i^
(i) Sarkel signifiait en langue des Khazars station b/an<^ che. Les Khazars étaient un peuple ouralo-finois. Dans un
Enfin j'ai quitté les contrées du Don pour entrer dans cette langue de terre qui sépare ce fleuve d'avec le Volga, et dès lors j'ai toujours monté d'une manière sensible , l'espace de trente verst, d'où Von peut conclure que l'ancien projet d'y creuser un canal n'était pas d'une exécution facile.
Ces vastes plaines que leur élévation expose an plus grand déchaînement des vents , portent l'empreinte de la plus extrême désolation ; une terre aride et desséchée s'y montre au travers d'une herbe
compte que j'ai rendu, en 1817, dans les Annales encyciopédL ques de Millin , des Recherches sur plusieurs points relatifs à V histoire de la Russie , par feu M. Lehrberg^ j'ai été le premier qui dit dérivé cette dénomination des idiomes ouralo-finois; car, sar en vogoule, et chora en tchouvache, signifient blanc ^ et kel ou kU désigne dans ces deux idiomes une habitation.
Un métropolite russe , nommé Plmen^ se rendit, en 1889 , de Moscou à Gonstantinople ; pour faire ce voyage il s'embarqua et descendit le Don. Il rapporte qu'il passa un dimanche devant les embouchures du Medvèditsa, et d'autres rivières, et le mardi suivant, devant Tancienne ville de Serkli àonl on ne voyait plus que les ruines. Cette indication est précise , car, environ à 175 verst, ou à deux ou trois journées de navigation au dessous deTembouchure du Medvèditsa, qui se jette dans la gauche du Don , on trouve sur la droite de ce fleuve la Stanitsa, nommée sur nos cartes Trekh Ostrovianskaïa , ou des trois des, qui est la même que le comte Potocki et les habitans appellent Bèlaïepa et Bêlaia , c'est-à-dire la blanche. Cette dénomination correspond avec celle de Bèlaveja des chroniques russes , et Serkli du métropolite mentionné est le Sarkel des historiens bysanlins. Voyez les notes relatives aux Khazars insérées dans le premier volume^ Kl.
( «9 ^ jaune et rase , dont la teinte livide contraste sin* guliérement avec quelques bandes d'une belle ver» dure, que l'on entrevoit dans les ravins, le long de l'ancienne ligné des Cosaques et dans d'autres lieux abrités. Aussi n'y trouve-t-on nulle trace de culture, pas même aux environsdes Ar/to^^orqui sont des espèces de chalets. Les khoutor sont pour la plupart bâtis prés de certaines crevasses profondes, au fond desquelles on trouve des sources, des arbres, en un liiot des retraites singulièrement agréables; mais on ne les voit que lorsque l'on y est, et elles ne changent rien au coup d'ceil général du paysage. Quelques arbres croissent au bord de la crevasse, et élèvent leurs têtes au dessus , mais aucune n'a ses racines dans la région des vents. Le même jour à Tsaritsyn.
A quelques verst delà dernière poste nous avons aperçu deux saïgak ou saîgak capra tartarica^ sorte d'antilope de la grandeur d'un chevreuil, et qui a la lèvre supérieure si longue qu'elle est obligée de brouter à reculons; mais nous étions trop éloignés de celles-ci pour pouvoir distinguer ces singularités de leur conformation : plus loin , nous avons fait lever un aigle de la plus grande espèce , qui n'a pris son vol qu'au moment où naa voiture était prés de lui passer sur le corps.
Puis nous avons encore beaucoup monté, et Ipnsqu'enfin nous avons surmonté tous les sommets, un nouvel horizon s'est découvert à notre vue , et nous a fait voir toute l'étendue des inondations du Volga. Coup d'œil trop extraordinaire
(ao)
pour qu'on puisse tenter de le décrire. Tai vu Tinondation du Nil, mais la majeure partie en est absorbée par des canaux au point même qu'il faut des machines pour arroser la plupart des champs semés de ris. Ici c'est un vaste archipel lié par des forêts qui sortent du sein des eaux. Enfin c'est le déluge décrit par Ovide. Les poissons y sont réellement sur les arbres , et y font la guerre à diverses espèces de rats qui vont s'y réfugier. Nous devons à Gmetin des détails curieux sur leur industrie.
De ces hauteurs nous n'avons plus fait qu'un galop jusqu'à Tsaritsyn (i), petite ville qu'un incendie avait presque détruite, mais qui sortira de l'épreuve du feu plus brillante qu'elle n'était, et bâtie sur un plan plus régulier. Je suis logé dans une petite maison de bois très jolie, et qui semble sortir des mains de l'ouvrier. On peut dire que les Russes excellent dans ce genre d'ouvrage.
Le 27 mai à Sarepta.
C'est au passage de la Tsaritsa que j'ai quitté l'Europe pour entrer en Asie, au moins c'est à cette très petite rivière que les meilleurs géographes placent la limite de ces deux parties du monde ; et comme pour venir à Tappui de leur opinion , des Kalmuks avaient étalé leurs tentes sur le bord opposé , et leurs figures très asiatiques garnissaient le rivage. Leur costume est précisément ce que Vateau^ Pillementy et d'autres peintres de la
(i) Les Kalmuks appellent cette ville Akich oMÀkach.
même école, appelaient des figures chinoises, et qu'ils plaçaient à ce titre dans les panneaux et les dessus de porte. Ce sont des têtes rasées dont le sommét.est couvert d'un bonnet en forme de champignon. De dessous ces bonnets sortent de longues tresses. Les hommes n^en ont qu'une qui pend par derrière, les femmes en ont deux qui leur pendent sur la poitrine. Elles n'ont pas la tête rasée, mais seulement les cheveux séparés.
Les eaux du Volga avaient reflué dans la Tsaritsa, et le passage fut un peu difficile. Ensuite j'ai mis trois heures pour arriver à Sarepta (i), colonie où le tranquille Herrenhuter est venu propager sa pieuse industrie au milieu des pétulants Kalmuks. C'est ici l'un des séjours les plus propres à étudier les mœurs et l'histoire de ce peuple. Tous les frè^ res en savent la langue, plusieurs l'écrivent, et l'ont apprise en suivant les hordes pendant des anr né«s entières. Ils se sont même amusés à transcrire leurs livres, qui ne sont ni en langue ni en caractères du Tibet, mais dans la langue que parlent les Kalmuks, et avec téoriture mongole dont l'bxistence est presque ignorée en Europe , même à Ja Propagande (2). Un essai de cette écriture se
' (i) Cette ville est située sur le bord élevé de la droite du Volga, que les Kalmuks appellent Mong khamar^ le nez ou le promontoire Aare/i. Sarepta est bàli suff4a.gauche.de la Sarpa, nommée par les Tatares Ergena - Chorpou, et Chorba nour par les Kalmuks. Kl.
(i) Depuis l'époque du voyage du comte J. Potocki, la connaissance des. idiomes mongols s'est plus répandue en £u-
(aa)
trouve dans le Recueil de Thé^^not; mais cette ouvrage est devenu si rare, qu'à peine les bibliothèques de souverains peuvent se vanter de l'avoir complet , surtout le tome troisième. (Je pense qu'il est inutile d'avertir que les recueils de Thévenotnesont pas les voyages du même auteur.)
Les bordes des Kalmuks ne s'approchent ordinairement du Volga que vers l'automne , lorsque les flaques d'eau du step se trouvent desséchées, et ceux qui campent actuellement autour de Sarepta sont des gens qui ont trop peu de troupeaux pour pouvoir en vivre , et qui se dévouent au travail , c'est-à-dire à la plus grande peine qu'un Kalmuk puisse éprouver. La main-d'œuvre est fort chère ici comme dans tous les pays déserts; elle suffirait pour les faire vivre dans Faîiance, mais ils ne font guère d'ouvrage : du moins je les ai vus toute la journée se promenant par la ville, ou bien assis au soleil, ou s'établissant dans le ma- . gasin des marchandises de Sarepta, comme s'ils voulaient tout acheter, ou qu'ils eussent de quoi. Mon chien a fait grande sensation parmi eux.
On m'a dit à ce propos qu'ils attachaient à cet animal des idées de métempsycose ^ et que c'est pour cela qu'ils tiennent à grand honneur d'être après leur mort dévorés par leurs chiens, qui leur font toujours cet honneur; car malgré le grand respect que leur portent les Kalmuks , ils ne les
rope ; témoin les travaux de MM. Jbel Rémusai à Paris , et ,/.-/. SchmùU à St.-Pétersbourg. Kl.
nourrissent point, vu qu'ils sont trop avares de leur laitage pour le partager avec eux ; et pour ce qui est des bétes mortes, les Kalmuks les mangent aussi sans en faire part à qui que ce soit. Si bien que lorsque ces chiens n'ont pas quelques Kalmuks à dévorer, ils sont réduits à vivre comme ils peuvent de la chasse des sousiiks. Je conjecture que le chien noir si fatal aux hôtes de Kolodeznaia était un de ces .chasseurs affamés.
Un habitant de Sarepta, qui a long-temps suivi les hordes, m'a dit que c'était un spectacle horrible de voir ces chiens acharnés après un cadavre, dont ils vont ensuite disperser les membres par tout le step. Cependant tout cela est encore fort doux auprès de ce que les Scythes pratiquaient autrefois. Strabon^ parlant des coutumes des Scythes nomades qui s'étaient conservées chez les Sogdiens et les Bactriens , dit : « Dans la capitale des « Bactriens l'on nourrit des chiens, à qui l'on donne « un nom particulier, et ce nom rendu dans notrç « langue voudrait dire les enterreurs. Ces chiens « sont chargés de dévorer tous ceux qui commen- « cent à s'affaiblir par l'âge ou la maladie. De là « vient que les environs de cette capitale n'offrent « la vue d'aucun tombeau. Mais l'intérieur de ses « murs est tout rempli d'ossemens* On dit qu'A- « texandrea aboli cette coutume. ^Cicéron attribue le même usage aux Hyrcaniens lorsqu'il dit: « In tf Hjrrcania plebs publicos alit canes: optimales ^ do- « mesticos. NobUe autem genus canum illud scimus « esse. Sed pro sua quisqwe facultaie parât a quibus
« lanietur : eamque optimam illi esse censent sepulr c( turam. » (Quaest. Tuscul. I. 45.) Justin dit aussi des Parthes : « Sepidtura vulgo aut açium autcanum « laniatus est. Nuda demum ossa t^rrâ obruunt. »
Le â8 mai à Sarepta,
J'ai assisté au départ d'une caravane qui allait dans la borde; elle était composée de marchands Russes et Tatares ( i ). Us portaient aux Kalmuks ' « '
(i) Cest une erreur généralement adoptée qoe de confondre les Tatares et les Turcs y et d'appliquer le nom des premiers , qui sont Mongols, à la plus grande partie des peuplades qui font partie de la nation turque. En Russie cette erreur est généralement adoptée, on y dit Tatares de Kazan^ d Astrakhan^ de Koundour^ de Toboisk, de TomSy de Icniseïsk , etc, , tandis que tous ces priétendus Tatares sont véritablement Turcs, et repoussent la dénomination Tatar.
Voici les circonstances qui ont donné lieu à cette confusion. Quand Touchikhan^ fils de Tchinghiz, fit la conquête d'une partie du nord-ouest de l'Asie et de l'orient de l'Europe,
les pays situés au nord de la mer Caspienne , et entre cette mer et le Dnèpr, étaient principalement habités par des peuplades turques, telles que les Comans, les Petcheneghes ^ une partie des sujets des rois de Boulgari sur le Volga , et d'autres. Toutes ces tribus devinrent sujets des conquérans tatares, ceux-ci y fondèrent l'empire du Kaptchak^ qui s'étendait depuis le Z>/z/V.ç/r jusqu'à la lemba^ et se terminait à l'orient avec le step des Kirghiz. Les princes de cet empire étaient donc Tatares, mais la plus grande partie de leurs sujets étaient des Turcs. Vers la fin du quinzième siècle , l'empire du Kaptchak fut divisé en plusieurs khanats, parmi lesquels ceux de Kazan, d! Astrakhan et de la Cr^)7?£f^^ étaient les .plus considérables. Les khans ou rois qui les possédaient descendaient de Tchinghiz; ils éU|ient donc Mongols ou Tatares. Cependant les armées
du para, de Feau-de-vie et des meubles, c'est-àdire des bancs fort bas et fort étroits, des coffres de bois peints à Fhuile , et des portes faites de manière à pouvoir être adaptées aux tentes.
Ensuite est venue une caravane, de plus de trente voituriers ta tares, qui avaient conduit à Saratov des Arméniens d^Astrakhan, et c'est ici que j'ai entendu pour la première fois l'horrible criaillerie que font les roues de leurs arbas.
Les Tatares se font encore gloire du bruit que font leurs chariots; ils disent qu'il n'y a que les lâches qui graissent leur roue, mais que les braves ne craignent pas d'être entendus d'un bout du désert à l'autre. Un tatare que j'ai connu à Moscou m'a dit qu'ayant passé deux ans à Pétersbourg , et étant revenu ensuite dans son pays après cette absence qui était la première qu'il eût faite, il s'é-
de cette dernière nation , venues de Tintérieur de l'Asie, n'existaient plus , l'usage de la langue mongole même s'était perdu, et les khans étaient entourés de soldats et de sujets turcs, issus des anciens habitans du pays. Malgré cela ces khanats furent toujours appelés tatares , parce que les princes étaient Mongols. On disait le royaume des Tatares d'Astrakhan, de Kazan et de la Crimée. Même après la soumission de ces pays au sceptre des tsars, la dénomination de Tatares resta aux habitans turcs. Leur langue fut aussi appelée tatare. Mais si l'on demande à un soi-disant Tatar de Kazan ou d'Astrakhan , s'il est un Tatar, il répond négativement; il appelle aussi l'idiome qu'il parle turki^ et jamais tatarL N'ayant pas oublié que ses ancêtres ont été subjugués par les Mongols ou Tatares , il regarde le nom de ces derniers comme une injure qui équivaut au mo t voleur . Kl.
tait évanoui de plaisir en entendant pour la première fois le bruit de ces roues. Ce qui prouve aussi les idées qu'ils y attachent.
J'écris ceci à bord d'une grosse barque, sur laquelle j'ai arrêté mon passage pour Astrakhan. Mon marché avec le patron a été d*autant plus facile à conclure que l'on parle beaucoup de pirates, et qu'il a été bien aise de se renforcer de quelques passagers bien armés. Nous sommes à l'ancre au pied d'un petit ouhus ou camp kalmuk, en sorte que je puis dire avoir passé la soirée avec eux. Ils vont, viennent, luttent, font une musique enragée sur je ne sais quels instrumens; enfin ils sont, comme je l'ai dit plus haut, pétulans, et n'ont rien de l'apathie turco-tatare.
%^%«%i^^<%^/»%'*^M»^<%%^»<%»^^/^«V%^»^>%»»^%»%^»*»^%<^»»l%»%»%IV%»»%»*/>%^>»%^»*^>'%l^^/%'^^'%*»%'^'%'^^i»*'