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serty et j'ai vu beaucoup de trous qui étaient son ouvrage. J'aurais beaucoup voulu en avoir quelques unesibn vie, pour savoir si c'est le même animal que la gerboise d'Afrique; mais il est aussi difficile de les attrapera présent^ que cela est aisé au commencement du printemps.
Un pays où il ne pleut point, un fleuve sujet là des inondations régulières, un peuple qui vit sous des tentes, des gerboises et des chameaux ; tout cela devrait ressembler à l'Egypte, et pourtant cela n'y ressemble pas du tout; la physionomie des deux pays est tout-à-fait différente.
Le 5 juin, j'ai eu le plaisir de passer quelques heures avec le comte Falerien Zouboç qui revenait de sa guerre de Perse. Je l'ai écouté avec bien du plaisir, mais avec le cœur vraiment navré de la perte de tant de notions nouvelles que le sort semblait m'avoir destinées.
Je suivis, aussi bien que je le pus, la marche de l'armée russe sur une carte df la partie orientale du Caucase, qui avait été dressée avec beaucoup de soin pendant la campagne. Les Russes, après avoir passé le Koï-sou^ entrèrent dans les états du chamkal de Tarkou; ce prince ayant déjà reconnu la suzeraineté de la Russie, le général Zoubov ne trouva nulle difficulté à marcher en avant; il s'empara de Derbend^ ville enclavée presque entièrement dans le3 états du kadi de Thabasséran , qui est un petit prince ecclésiastique. Zoubov établit enfin son quartier-général sur les confins du désert de Mougan. Dans, toute cette campagne , les Russes
n'eurent réellement à combattre que contre les Lesghi qui habitent dans des montagnes entièrement inaccessibles. Derrière eux demeure ^Avar^khan. Le nom àiAli/ar , que porte ce prince , est celui d'un ancien peuple hunnique ; et voilà pourquoi dans le vocabulaire comparatif de toutes les langues imprimé à Saint-Pétersbourg, l'idiome de cesAvars est placé immédiatement après celui des Hongrois ; toutefois je n'ai découvert nulle ressemblance entre eux.
Le comte Zoubov entretient des relations amicales tant avec les peuples du Caucase, qu'avec d'autres beaucoup plus éloignés , tels que les Turcomans, les Boukhars et les Afghan. Les Boukliars sont les Sogdiens de l'antiquité; ils se sont mêlés avec les Turcomans , et les Ouzbek. Leur khan , qui a envoyé récemment un ministre et un éléphant à Saint-Pétersbourg, doit avoir arrondi ses états. Il a un petit corps de soldats européens; ce sont principalement des Russes qui lui ont été vendus très cher par les Kirghiz.
Les Afghan sont des peuples belliqueux qui habitent entre la Perse et THindoustân, et ont plus d'une fois conquis le premier de ces pays. La société savante de Calcutta a publié sur leur origine quelques mémoires qui ne sont pas satis* jEaisans. Le comte Zoubov me dit que les peuples du Caucase prétendaient descendre de ces Afghan.
Enfin j'appris aussi , à ma grande satisfaction , qu'il existait un canton , nommé Talicha , qui est
gouverné par un khan particulier , et où Ton parle une langue que les Persans ne comprennent pas. Un livre allemand (i) m'avait, le premier, révélé l'^exîstencè de ce petit état ; on y lit ce passage : ce Dans le Ghilan^ on trouve deux sortes d'habi- « tans. Les Ghilaniens et les Taliens : les premiers i( vivent dans les plaines; les seconds, dans les c( montagnes : les Ghilaniens parlent une langue <c qui n'est qu'un dialecte du persan; Fidiôme dés « Taliens en est totalement différent , de sorte que « les deux peuples ne se comprennent guère; un « chien se nomme spakheen talicha, et en persan « ainsi qu'en ghilanien , sek, »
Or, je me souviens que le seul mot mède qui nous ait été conservé par Hérodote, est spako (chienne) qui ressemble beaucoup à spakhe. Lds Taliens seraient-ils donc un reste des anciens Mèdest Mais ne nous hasardons pas trop dans le champ des étymologies , de crainte de prêter, comme tant d'autres, à rire aux malins. S. Th. Gmelin, dans ses voyages, s'est beaucoup approché de Talichah^ peut-être mêniie y est-il allé. Mais c'était ifn naturaliste, pour qui les recherches relatives à l'histoire des peuples n'avaient qu'un intérêt secondaire ; on peut dire la même chose de Guldenstaedt et d'autres voyageurs , membres de l'académie de Saidt-Pétérsbourg; de sorte que
u) Der AUerrieaste Staat von Kasan^ Aslracan^ Géorgien j etc. — Nurenberg, I7a4» — Un vol. ia-^a avec figures, pag. 334*
ron peut assurer que la Russie est encore très. pauvre en recherches historiques.
Le 6 juin, on reçut d'Astrakhan Tordre d'organiser une expédition contre les pirates, qui venaient de se montrer en force sur FAkhtouba. Ce qui prouve bien que ceux que nous avions vus n'étaient qu'une petite partie de la troupe.
Nous partîmes le même jour de lenotaïevk, mais comme le vent était contraire , nous ne fîmes que peu de chemin. La nuit il y eutgros temps. — Nous fûmes obligés de mouiller près d'une ile , où nous eûmes du roulis comme à la mer.
Le 7 juin, lèvent était encore contraire, et pour charmer les ennuis de la navigation , j'ai fait Fexamen de tous les mots du dialecte de Sousdal qui, se trouvent dans le dictionnaire comparatif en quatre volumes (i) ,' ce qui m'a donné le résultat suivant.
Le nombre des mots du dialecte de Sousdal insérés dans le dictionnaire susdit, ^st d'environ deux cents, desquels la moitié est purement Russe , et l'autre est absolument étrangère à tous les dialectes slaves. Sur ces mots étrangers il y eu a qui semblent avoir une origine grecque, et d'autres
(i) Cest la seconde édition de l'ouvrage de ce genre compâé^sons la direction du célèbre Pâllas ; elle est augmentée des floots de quelques langues de l'Afrique et de rAmérique, et disposée alphabétiquement par M. lankevitch. Saint-Pétersbourg i7SK>-9i. In-A- Kl.
dans lesquels cette origine est tout-à-fait incontestable (i).
Le soir nous jetâmes l'ancre devant un hameau de pêcheurs près de Tchernoï gorodbk. Ces pêcheurs sont en même temps marchands de poissons , et celui chez qui je suis logé, parait au dessus de l'aisance. De mes fenêtres je découvrais les ruines de Djiclhadfi^ en Russe Seliternoîgorodok ou la Salpétrière^ qui sont au delà de XAkhtouha. Djidhadji (a) est le nom d'un saint personnage qui doit avoir vécu quelque temps dans ces ruines. Mais on ne sait plus le nom de la ville ruinée , ni de bien d'autres qu'il y a eu dans cette contrée.
Le 8juin,nousprofitâmesd'un moment de calme pour nous laisser aller au (il de Feau , et nous pas-^
sâmes devant uneîle sur laquelle un prince Kalmuk
vient de bâtir une belle maison. Ce. prince s'appelle Tumen ; c'est le premier de sa nation quLIS se soit un peu dégoûté de la vie nomade. Cependant^: il passe encore une partie de l'été sous les tentes. - D'ailleurs il est resté fidèle à la religion de ses pères.
(i) Foy, le chapitre VI, p. 117 , de V Histoire primitive des peuples de la Russie, qui forme le premier volume de cet ouvrage. Kl.
(a) Ou Djigithadjij et suivant la prononciation vicieuse des Kalmuks Djigit asL Ces ruines se trouvent sur un bras de la gauche de TAkhtouba , nommé Berekety dont un autre bras, sans issue , se perd dans le step. Ce dernier porte le nom de Kirpitchneï lerik ou bras de tuiles. Les ruines de Djigit hadji ont à présent disparu presque entièrement, mais leurs trac:es se voient encore sur un terrain de dix verst de circuit Kl.
(39) Bientôt après , ie vent se remit au sud et souffla avec tant de violence , que nous fûmes obligés de jeter l'ancre tout au milieu du fleuve , crainte d'être jetés contre le rivage. Les bateliers profitèrent de cette inaction pour aller faire du bois dans une île voisine , et moi pour mettre par écrit mes observations *sur Hérodote.
Car Hérodote refait avec moi le voyage de la Scjthie, vingt deux siècles après y avoir été en personne. Dans cet intervalle de temps, cent peuples différens y ont habité , les ruines de leurs villes couvrent le désert, maison ne sait plus le nom de ces villes. Cent rois, mille guerriers fameux ont semé les plaines de leurs sépulcres, mais on ne sait plus le nom de ces rois et de ces guerriers. Cependant Hérodote existe encore tout entier. Il me parle dans sa langue , je pèse chacune de ses pa^ rôles, je crains d'en perdre une seule, et je l'entends avec plus de plaisir que je n'en trouve dans la conversation de bien des vivans. Bénissons donc fétude des historiens qui nous ont légué de pa-. Teilles jouissances.
Le 9, en m'éveillant je trouvai que nous étions entrés dans de grandes eaux , où la force du coufrant nous faisait faire assez de chemina Notre vue se perdait dans les inondations du Bouzan, bras du Volga, qui vajusquesà Krasnoï-iar. On y ▼oyait des villages dans l'eau, et des troupeaux qui cherchaient des gués pour passer sur Ae% terrains pins élevés et devenus des îles. Sur notre droite le rivage était garni d'établissemens K,almujks qui
atteignaient au bourg de Lebiejenskaïa ^ que nou^ apercevions dans le lointain. Le fleuve était couvert de barques de pécheurs. Je m'étais un peu désaccoutumé des paysages animés, en sorte que celui-ci m'a fait plaisir.
Comme le vent continuait à être contraire , nous étions souvent portés d'un côté du fleuve à l'autre, et quelquefois nous approchions de certaines îles , où les corneilles avaient fait leurs nids. Il est impossible de se faire une idée des affreux croassemens par lesquels ces désagréables familles exprimaient leur tendresse mutuelle; mais il est certain que je regarderais comme un véritable sujïplice d'être condamné à les entendre longtemps. De plus les mères venaient sur notre bord d'un air familier, et emportaient tout ce qu'elles pouvaient. L'une d'elles ayant été blessée d'un coup de fusil , tomba dans l'eau , et s'éloigna en nageant sur le dos, et croassant d'une manière encore plus pénible , qui même avait quelque chose de touchant, si bien que je défendis que l'on tirât davantage sur elles. Cependant c'est aucore là une occasion d'admirer les voies de la pravidejnce, car un habitant d'Astrakhan m'a dit que le poisson pourri rendrait plusieurs plages du /Valga inhabitable s'il. n'était enlevé par ces oiseaux d'ailleurs si fâcheux. Plus loin nous trouvâmes les échores du rivage garnies d'une ligne Sftrrée de cormorans qui semblaient rangés comme pour une revue. Je suis surpris devoir des volatiles aifssi gloutons vivre en société. Peut-être la nature
a*t-elle voulu mettre des bornes à leur voracité en les faisant fondre tous à la fois sur les mêmes proies.
A midi^ nous arrivâmes aux Tolomanskua gory^ qui sont des montagnes de sable dont le Volga a déjà emporté une partie.
Lorsque nous les eûmes doublées , nous aperçûmes les tours d'Astrakhan , où nous arrivâmes quatre heures après. La première figure que jç vis en débarquant était un Indien qui avait une fleur jaune empreinte sur le front. Alors je ne doutai plus être en Asie.
La nouvelle du port est qu'on a pris neuf voleurs ou pirates dans le Bouzan ; ainsi il est à croire que ceux qui nous ont inquiétés ci-dessus y auront bientôt le même sort.