‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 7 sur 33 · CHAPITRE IlL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IlL

Séjour a Astrakhan (i).

Le séjour à Astrakhao Nogaï:. — Koundour, — Kirghw on

Kaissak. — Khîva oii Khivak. — Bokkara. — Sarti , signiiication de ce mot. — TurcomaDS. — Afghans. — Hindous et Persans à Astrakhan. — Recherches sur les antiquités des Persans. — État de la Perse Talichâh, peuple mède. *

Il y a déjà bien des années que man occupation la plus chérie est de rechercher dans les bibliothèques l'origine et l'histoire des peuples de la haute Asie. Mais malgré les efforts de mémoire que j^y faisais, malgré le soin de revenir souvent sur les mêmes objets , j'avais de la peine à éviter les confusions des nations ; et lorsqu'elles étaient déjà classées dans mes livres , elles ne Tétaient pas encore dans ma tète. Ici j'ai trouvé tous ces peuples réunis par le commerce. A mesure que je les fréquentais, tous les passages des auteurs me revenaient successivement à l'esprit, s'y rangeaient avec une facilité qui me devenait surtout nécessaire à présent que je travaille à donner mes conclusions.

(4) Chez les Tatares Hadji terkhân^ chez les Kalmuks Aiderhan. Kl.

Je vais donc consacrer ce chapitre à donner une idée des principales nations que le commerce réunit à Astrakhan , et je commencerai à l'orient du Volga. Or donc, la première horde que Von y rencontre est celle des Koundour qui sont des Nogai très ressemblans aux Tatares d'Astrakhan comme tous les Nogaï. Ceux - ci demeurent près de Krasnoï'-iar. Ils ont été sujets des Kalmuks Tor^ gaoïU avant que ceux-ci fussent passés sur le territoire de la Chine. A présent ris sont sujets immédiats de l'empire russe.

Au delà de XOaral ou Idik sont les trois hordes des Kerghiz^ qui, je pense , est la même nation qui, sous le nom de Kherkhis ( Kfjp^tç), se trouve mentionnée dans les légations de Ménandre sous le régne de Justin.

Les Kirghiz (i) sont, après les Turcomans, les

(i) Nous donnons ordinairement, en Europe, le nom de Kirghiz ^' Kerghiz j ou K*irkiz à deux nations qui, quoiqu'elles parlent la même langue , diffèrent essentiellement entre elles par leur extérieur. La première de ces> nations s'appelle elle-même Kaszak et repousse la dénomination de Kirghiz. Elle a la physionomie tout-à-fait mongole, et occupe actuellement l'immense step qui s'étend 'depuis la rive gauche de l'Irtyche supérieure jusqu'au laîk ou Oural ; au nord , ses habitations vont jusqu'au 55° de latitude, et au sud elles se terminent aux monts Tarbagataïy au lac Balkhach ^ à la prolongation occidentale de la chaîne des Monts Célestes ^ au lac Aral et à la Mer Caspienne. Les Kaszak mènent dans ce step une vie nomade , et dressent leurs tentes de feutre là où ils trouvent de l'eau douce et des pâturages pour les troupeaux. A l'époque (te la conquête de la Sibérie par les Russes , dî^is la

plus mauvais voisius que Ton puisse avoir eu Asie. La nation en général se dit soumise à la Russie , mais des aventuriers Kirghiz ne craignent point

dernière moitié du XVII^ siècle , ils furent connus sous la dénomination de Horde des Kaszak ; elle campait sur la rivière lehim , à l'endroit où se trouve actuellement la ville du même nom , et s'étendait à l'ouest jusqu'au Tobol^ près de Kourgan , et à l'est jusqu'à la rivière Tara,

Les véritables Kirghiz, nommes à présent Kard Kirghiz et £ouroiU , occupaient , au contraire, dans la Sibérie méridionale, les bords du Ienisseï, de Tlyous, de l'Abakan et de l'Ob, et se trouvaient par conséquent sur le versant septentrional des montagnes de Saïansk et du petit Altaï , et à la gauche de l'Irtyche , depuis les ruines appelées Djalin-obo , ou la tour de Kalbazin , jusqu'à larivière Sara sou et la ville de Turkestdn , et du lac Aral ixxs(\\Ji au. lemba. En i6o6, eux et leurs voisins , les Turcs de la Baraba ( Barabintsi) , se soumirent à la Russie ; depuis ce temps ils furent tantôt alliés des Russes , tantôt confédérés des Dzoûngar. En i63sà , ils élurent un khan , qui gouverna toute la nation ; ainsi réunis et protégés par les Dzoûngar, ils devinrent dangereux aux Russes , et battirent, en 1673 , les Kalmuks de la Sibérie méridionale , alliés de ces derniers. Par ces guerres et par les changcmens continuels de leurs habitations , ils s'^ancèrent toujours plus à Touest, et finirent par occupe^ le step habité auparavant par les Kalmuks, qui eux-mêmes s'étaient avancés vers le Volga. Les derniers de ces Kirghiz ont quitté la Sibérie au commencement du dixhuitième siècle , pour se retirer chez les Bourout, peuple de la même souche qu'eux , qui habite dans le Turkestân chinois.

Les Kaszak se divisent en trois djouz ou hordes, ha grande çst la plus orientale ; elle habite, dans le voisinage des Bourout, les contrées du Turkestân situées au delà de lu rivière Sarasou , dans le voisinage de Tachkand , les pays arrosés par le "Ifalas, le Tchoui, leTcherdik, le Tchirtchik et le Narym ,

de se mettre en campagne , quelquefois seuls, avec deux chevaux en lesse , de passer ainsi le laïk et le Volga , et d'enlever des sujets russes qu'ils vont

ou Syr-daria supérieur. La grande horde est , malgré son nom, la plus faible de toutes ; elle ne peut fournir qu^environ 10,000 hommes armés. Les Chinois l'appellent Kaszak ou Kaszak de la droite.

Les Bourout propremenrdits se trouvent près de Tachbalik sur les rives du Yaman Yar^ et dans les monts et forêts de Kachghar, de larkand, et d'Ouchi. Quoiqu'ils vivent sous des tentes de feutre , leurs habitations d'hiver sont fixes comme celles des Kaszak y et forment des camps stables, ôa des espèce»^ villages. Plusieurs d'entre eux sont agriculteurs.

La horde moyenne (Ourta djouz) est la plus puissante et la pins riche; elle compte environ 160,000 familles. Ses campemens couimencent à l'orient, au Sara sou, «\ l'Irtjche , au Dzaïsang- Door et à l'Ichim supérieur; ils s'étendent sur les sources du Tobol et les rivières nommées Tourghen, jusqu'au lac Ak-sakal, où ils atteignent ceux de la petite horde. Eti hiver, ces Rirghîz habitent les contrées qui avoisinent le lac Balkhach. Ils comp^ tent en tout plus de 200,000 familles, et portent chez les Chinœs le nom de Kaszak de la gauche.

La petite horde est la plus occidentale ; elle se compose de

i5o,ooo familles. En été, elle campe principalement sur les

rivières Soundouk , Or , Mourza-boulak , Ilek et Khobda , qui

toutes se jettent dans la gauche du laïk, entré Kizylskaïa et

Iletskoi gorodok. En hiver elle occupe les endroits suivans:

les bords des rivières Kamychloï-Irghiz etTaïUIrghiz, fonnaàt

rOulou-Irghiz , qui se jette dans le lac bourbeux d'Ak-sakal;

pais le désert sablonneux appelé Kara-koum , au sud de ce lac;

le canton Toumak sur les bords du Sjr.daria ; le lemba ou

Bjem de la mer Caspienne ; à l'ouest de cette rivière les can^

tons appelés Boursouk ; le voisinage des lat» Taïsougan et

lUra>koul, entre le lemba et le laïk ; les rivières ^GKiïl et Rcfittly

ensuite vendre à Khwa (i) ; alors on use de représailles, et maintenant il se trouve à Astrakhan une trentaine de ces prisonniers Kirghiz. Je les ai vus, il m'a paru que leur physionomie , plutôt comprimée que camuse , tenait une sorte de milieu entre les Tatares et les Kalmuks. Mais ils sont plus grands et mieux musclés que ces derniers.

Les Tatares de Khwa sont incontestablement les Khoalites du moyen âge el ies Khvaliatsy de Nestor, de qui la mer Caspienne a été appelée Khvalinskoe more. Ce peuple n^est nullement nomade. Il a des villages et une ville capitale dont les maisons sont en bois, mais bien récrépies en dedans et ornées de peintures artistement faites. Le khan de Khiva est toujours prisonnier dans son château, et ne fait que prêter son nom à l'autorité. Lorsqu'on en est mécontent, on le renvoie à Bokhara et Von en fait revenir un autre à sa place. Ourghendj est une ville dépendante de Khiva, mais Tachkend^ un khan particulier.

Grâce à l'activité des Kirghiz , presque chaque maison de Khiva a un ou deux esclaves russes. Ceux qui embrassent la religion musulmane ob-

qui viennent de l'est » et se jettent dans ces lacs; enfin les rives du Kaldagaïda et du Bouldourta , qui se perdent dans les Jacs marécageux de la gauche du laïk.

(i) Khiva ou plutôt Khwak est la capitale du Khdrizm. Les traducteurs de la généalogie des Turcs par Jboulghazi ont toujours lu Kayouk le nom de Khivah^ eu y plaçant mal les voyelles. Kl.

(47 ) tiennent aussitôt leur liberté. On dit qu'un grand nombre d'entre eux prennent ce parti, se marient et augmentent la masse de la population et de l'industrie. Je tiens ces détails d'un Russe qui a été esclave à Khiva pendant plus de vingt ans. D'ailleurs, il y ^ toujours ici des marchands de cette nation, qui s'embarquent à Manghichlag ei viennent en R&ssie avec autant de sécurité que s'ils ne blessaient pas habituellement le droit des nations en achetant des esclaves russes et en favorisant les brigandages des Kirghiz. Ils font encore pis, car ils échangent souvent des esclaves russes contre des persans enlevés par les Turco^ mans ; si bien que les réclamations et même les rançons ne peuvent plus avoir lieu. J'ai vu ici un nombre de ces marchands; ils ont l'air singulièrement avides et grossiers; cependant j'ai entendu vanter leur bonne foi.

Bokhara donne le ton à tout le Turkestân. Le khan de la grande Boukharie réside aussi quelquefois à Samarkand. C'est lui qui vient d'envoyer à Pétersboui^ un ambassadeur et un éléphant»

On m'a dit qu'il avait à son service un grand nom-» bre de russes qui lui avaient formé une petite artillerie. De plus, il étaie sagement sa puissance d'une dose de. théocratie, parlant toujours au nom du coran. Lui-même est un Ouzbek descen-* dant de Timour; mais les Boukhars des villes sont les Sarti^ Tat^ ou Tadjik (î). Ils font en-

(i) ^rr en turc oriental désigne la même chose que Tadjik

core, comme autrefois, tout le commerce de la haute Asie, et il semble qu'une^ partie de leur ancien nom de Soghdiens se soit conservé dans celui de Sogdager (i) que les Persans donnent à tout marchand. Aujourd'hui , les Boukhars vont chercher les marchandises de la Chine à Kach" ^ar; celles de l'Inde à Moultdn , celles de la Russie à Orenbourg,

Les Troukhmenes ou Turcomans bordent la mer Caspienne depuis ^a/ig^A/c^/ûf^jusques à ^j^Awifl/, et s'étendent même au delà entre le Khorassân et le Mazanderdn. Ces peuples peuvent fournir trente mille hommes à cheval. Ils sont purement nomades comme les Kirghiz\ ils sont les Ouz de la Byzantine^ les Ghoz des Arabes, et les Torkiàt% chroniques de Kiev. Quoique le brigandage soit leur principale profession , ils font quelque commerce à Manghichlag (2) où les bâtimens russes

en persan , c'est à- dire les Persans descendaus de colonies établies anciennement hors de la Perse, au delà de rOxus. C'est pour cette raison que les Boukhars , qui descendent des Persans et qui parlent persan, sont appelés Tadjik ou Sart, Ou ne doit donc pas confondre les «S'âr/ ou /Boukhars d'aujourd'hui avec les Seres qui étaient des Chinois , comme Ta fait le savant géographe Ch, Ritfer, Le mot Tat désigne un peuple sou- «nis par un autre ; et , comme les Boukhars sont soumis aux Ouzbek et aux Turcomans , ils sont aussi appelés Tat Kl.

(i) Ceci est une erreur; le mot persan est xouda-ger^ composé de souddy profit, et ger^ faiseur. Il n'a aucun rapport avec le mot Soghd qui commence par un szad, tandis que soudager «'écrit avec un sin. Kl.

(a) Manghichlag^ ou plutôt Manhkychlaky signifie campement

( 49 ) vont chercher leurs marchandises , mais les équi-«

pages o'oseDt pas aller à terre, avant d'avoir des otages; encore cette précaution n'est -elle pas toujours suffisante. On peut conclure de là , qu'il serait malaisé* d'aller connaître ce peuple chez lui. Mais il y a des Troukhmènes établis en Russie qui peuvent nous en donner une idée suffisante.

Au delà du Khorassân est le Kandahar, où régnent les jifghan\ leur roi s'appelle Zaman chah. Ce titre de chah répond à celui de roi , et nul des successeurs de Nadir n'a osé le prendre en Perse. Mais le souverain des Afghan, peuple brave et considérable, peut y avoir plus de droits , parce que l'hérédité , gage de la sûreté des trônes , s'est mieux ancrée dans sa famille que dans celle des khans de la Perse , et de plus , sa nation a fait depuis peu des coaquétes considérables; on m'assure que non seulement ils possèdent plusieurs provinces de .l'Inde, mais encore ce fameux royaume de Kachmir, si célèbre par ses châles dont la possession est un objet de félicité pour les belles dames de plusieurs pays de l'Europe. Nous avons ici un prince Afghan , fils de cet ^jsadrkhan prisonnier du roi HéracUus de la Géorgie, dont il est question dans Gmelin; mais il a passé sa vie en Pprse et ne connaît point son pays. Les Arméniens, qui ne laissent point que d'être

d'hiver des Mang ou Nogaïj qui y habitaient autrefois.

curieux de leurs antiquités , soutiennent que les Afghan sont un peuple arménien, et sorti des plaines de Mouchkour^ opinion que Ton traufo aussi consignée dans les ouvrages du colonel Gser» ber (i).

Les Hindous établis à Astrakhan sont pour là plupart du Moultân et sujets des Afghan. Lear

colonie est aujourd'hui dé soixante-quinze individus. Us ont avec eux desbrahmes, des pénitens, de l'eau du Gange, qui sont l'attirail de leur religion; j'ai assisté à leurs prières du soir, elles sont adressées à Vkhnou sous la figure du Salc^rama. Leur culte ne manque pas d'appareil , autant du moins que le local le peut comporter; de plus Ton y est religieusen;ient frappé de l'accord de leiir ceuitilène avec le son des tumtams^ mais surtout de leur air dé parfaite confiance dans la petite puissance des petits magots dont leur autel est garni. Les Hindous d'Astrakhan mangent de la viande , mais pas de celle de bœuf par respect pour la vache. D'ailleurs, ils achètent souvent des oiseaux, auxquels ils rendent la liberté : ils donnent à manger aux chiens de la rue , et exercent divers autres actes de bienfaisance envers les animaux. Lorsqu'ils ont fini leurs affaires, ils vont dans un jardin qui leur est alloué, fument leur caltian^ mangent du lait et des fruits, s'extasient sur la

(i) C*est une fable que j*ai refutée dans mon Mémoire sur la langue ries Afghan , inséré dans le troisième volume de mes Mémoires relatifs à VAsie, Kl.

beauté d'uDC fleur ou d'un brin d'berbc , adrai^ rent le créateur dans ses moindres ouvrages ^ et reviennent à leur caravansérail d'un air satisfait, paisible,- même assez contens d'eux, surtout lorsqu'ils ont quelque habit gros vert ou cramoisi, qui sont les couleurs qu'ils préfèrent. Les jours defêtes ils se peignent en rouge et jaune le front et le haut du nez. Lorsqu'ils meurent, on brûle leur eorps et l'on renvoie les cendres dans llnde. Autrefois ils y retournaient volontiers de leur vi^ Tant, mais ils commencent à s'apercevoir que la ràrelé personnelle est aussi quelque chose, et j'en connais deux, un nommé Kaïnamal^ l'autre Moandos, qui ont bâti des maisons à Astrakhan.

Je me souviens que, dans l'âge où Tesprit voudrait embrassera la fois toutes les connaissances, dans cet âge heureux où Fhomme est plein d'ar^ deur et d'énergie, j'aurais désiré lire, dans un été, tous les livres qui existaient alors sur l'histoire naturelle. Bientôt le hasard me conduisit à l'institut de Bologne, où je trouvai, à mon ravissement extrême , tous les objets de mon étude , rangés par ordre. J'éprouve ici la même chdse^ L'histoire des peuples de la haute Asie m'a beaucoup occupé, mais seulement dans les livres. Maintenant je les vois devant moi , ces peuples , avec leurs t;*aits caractéristiques, leurs ressemblances, leurs différences, leurs idiomes et leurs traditions. Je n'ai plusbe-r soin de me créer, une mémoire artificielle pour me rappeler tant d'idées peu liées entre elles. Tout ce que j'ai rassemblé à ce sujet se présente nettement

à mon esprit , à la plus légère inspection , et s'y imprime d'une manière ineffaçable. Mais aussi je rencontre de nouvelles difficultés: je vois des hommes à visage plat, qui me semblent appartenir 3i un même peuple ; mais ces hommes parlent des langues diff^érentés. D'un autre côté, des homme» à visages dissemblables s'expriment dans le même idiome , et tous prétendent être les véritables Tttares de Tchinghiz-khan.

Les marchands de Perse sont infiniment plot nombreux ici que les Hindous. J'en ai vu plus de deux cents rassemblés dans un caravansérail qu'ib avaient orné pour les fêtes de Hussein. Ce local était éclairé par une multitude de lanternes a^ •tistement peintes, dans le goût des transpareDS de la Chine. La solennité dura plusieurs jours; on y. représenta des drames qui faisaient fondre en larmes tous les Persans, et nous y maudîmes tout à notre aise le détestable Omar^ eux parce qu'il avait persécuté la famille de Hussein , et moi parce qu'il a brûlé la bibliothèque d'Alexandrie.

Mes recherches sur les antiquités, la langue et l'origine des Persans, m'ont donné une occupation très agréable. J'ai retrouvé dans le persan moderne les mots cités par Strabon : Paropamise^ couvert de neige ; Saropara^ coupeur de têtes, /^J flèche. Cette circonstance me fit présumer que le persan moderne ne doft pas être attribué à un mélange de parthe , et que , par conséquent , les mots européens qui se rencontrent en grand nombre dans cette langue ne dérivent pas du parthe. Ap*

Hiyé sur le témoigoage de Strabon,Je regarde les [Perses comme une branche des Mèdes qui s'émît soumise avant le temps de Cyrus. D'un autre :ôté , je ne pouvais concevoir pourquoi les Perses disparaissent tout d'un coup de l'histoire , pour celer leur pays aux Mardes? Je pense que ces Mandes pourraient bien n'être que les Mèdes ; Moyse de K^horène m'a confirmé dans cette opinion , puisqu'on arménien il nomme un Mède Mar^ et le$ Mèdes Marais, Présentement la langue turqua a envahi presque tou t l'Adzarbaîdjan ; mais on tcouve encore dans les montagnes des dialectes à moitié persans qui sont peut-être des restes de l'ancienne langue médo-perse. Moïse, législateur des Hébreux, ne parle nullement des Perses; il ne nomme que la grande tribu japhétique de Madaï. Si les Perr sans sont un rameau détaché d'une tige japhétique, alors la grande quantité de mots européens qui sont dans leur langue n'a plus rien qutsurprenne.

Je cite ici Moise^^ non comme auteur inspiré ^ mais comme un homme instruit dans les sciences deFEgypte, où, selon le témoignage de Diodore deiSicile^ on. connaissait l'histoire de tous les pay9. Moïse dit qu'il a été élevé par une princesse égyptienne; il n'est donc pas surprenant que Strabon fise que c'était un prêtre égyptien. Si Moïse eût lire* ses. récits des Chaldéens plutôt que desÉgyp* liens, il me semble qu'il serait plus d'accord ave€ Bérose qui nous donne une idée assez exacte des SDDales. de Babyloncw

Tout ceci n'est pas une préface pour uii nooveau système. Ce n'est qu'un coup d^oeil sur la marche de'mes recherches; si elles me conduisent heureusement des langues et des peuples de l*antiquité aux langues et aux peuples des temps modernes , je le dois principalement au bonheur inespéré d'avoir trouvé un maître excellent pour apprendre à connaître les peuples actuels cl. leurs langues. Ce maître est Âbas-khan , persan de distinction , également recommandable par son esprit et par les qualités de son cœur. Aga-Mobamedkhan avait tant d'estime pour lui /qu'il le nomma gouverneur d'Ispahan et ensuite du Ghilan. Moustapiia-Kouli-khan le Ht prisonnier dans cette der* nicre province, et le mena en Russie comme otage pour la sûreté de sa famille , qui était restée au pouvoir de son frère.*

Lorsque j'arrivai à Astrakhan , la cour de Russie avait fait mettre Abas-khan en liberté. Il allait retourner auprès de son ancien maître, et désirait beaucoup m'emmener avec lui, me promettant Taccueil le plus favorable. Tout-à-coup nous apprîmes qu'Aga-Mohamed-khan avait été assassiné pa»r ses propres esclaves. Cette nouvelle fut un coup de foudre pour Abas-khan; il tomba dans rabattement. Peqi de personnes vinrent le voir» peut-être par crainte de déplaire à Moustapha. Je fus surpris de voir un homme du caractère d'A-' bas-khan si affligé de la mort d'un personnage si cruel; mais il possédait la contiance d'Aga-Moha*' med-khan, et d'ailleurs les Persans considèrent l3

cruauté comme une des prërogatiTes du pouvoir; ils pensent que sans cruauté il est impossible de végner.en Perse, et beaucoup préfèrent la tyrannie à l'anarchie. Du reste j l'humanité avait un grand CorC envers Aga-Mohamed-khau : un ennemi de son père en avait fait un eunuque quand il était encore enfant. Mohamed fut ensuite esclave à la cour de Kerim-khan , où il fut initié à tous les artifices de la politique persane. Enfin, il saisit une occasion favorable de développer ses talens contre l'infortuné Hedaiet-kban; et, comme on ne pouvait plus lui opposer de rival , il régna pendant près de dix ans sur toute la Perse. Le titre de chah était l'objet de son ambition. Il voulait subjuguer les princes du Caucase et ceux du Khorassan, aGn de ceindre avec d'autant plus d'éclat le diadème de Nadir; la mort mit un terme à ses projets orgueilleux. La Perse retomba dans l'a-^ narchie.

Entre autres connaissances dont je suis redevable à Abas-khan , je lui dois celle de la langue talichâh, qui n'est qu'un dialecte barbare du per-. San. Les Persans disent fader {y) père , moder mère , bouroder frère ; les Talichàh disent^r, mour^ boue, ils nomment le chien non pas spekhe^ ainsi que je l'ai dit plus haut, mais sepa, qui ne diffère pas

Par abréviation^, (i)iVbto. Fader \ [ Far.

Moder \ en suédois et en danois, < M6r.

Broder ) ( Brôr.

(56) beaucoup du spako (THérodote. Du reste , il existe plusieurs dialectes dans le petit pays de Talichâh ; moD vocabulaire comprend ceux qui sont en jusage près de la côte maritime : Hadji'-Khassem , marchand de ce pays y me le dicta en présence d'Abaskhan , qui a passé deux ans dans ce pays. Il y a en ce moment à Astrakhan un envoyé du khan de Talichàh ; mais comme il est malade , je ne l'ai pas encore vu.

>^i^^^^*^i^^'%^^^^%%<%^%i^^I^ti%^^^^^i^i><%^%^^%^»^%«^i^%^<^^i%iW%«»)<^%%/%<%«^%<%m»%<»^<»^

Page 1