‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Fojrage dans la horde de Tumèn j prince kabnuk.

Eaiiiiao.-~Tentes des Kalmuks. - Service divin des gelong, ou prêtres kalnduks. — Dzoù^gars. — Fils d'Amoursana. — Nourdjtao , épouse du prince Tumen. — Thé kalmuk. -— Tatares Koundour. — Dîner kalmuk.-— Bourkhan — Hiérarchie lamaïque. — Éducation des Kalmuks. — Habillement de leurs prêtres pendant le service. — Oiseaux de proie dressés. — Jugement d*une affaire galante.

J'ai été par la poste cosaque jusqu'à Zamian{i)j où j'ai trouvé les gens du prince; tandis qu'ib prenaient les devans pour avertir leur maître de mon arrivée, je me suis embarqué sur un canot manœuvré' par deux cosaques. J'ai remonté le Volga pendant près de trois heures, et suis allé

débarquer au pied de la horde où le prince m'at-

(i) Zamian ou Zamian gorodoh est à présent une stanitsa des Cosaques appelée Zamianwskata;e\[e est située sur la droite Al Volga , dans un pays couvert de petites collines de sable. I^ fleove forme ici une courbe que les Tatares du voisinage appellent Jtehke bouroun y nez de chèvre. 2iamian a reçu son iM)in du prince Kalmuk Zamiariy ou plutôt Dzamian , qui avait <^truit à cet endroit une maison de bois dans laquelle il pas- ^t l'hiver. Ce prince mourut a|>rès la moitié du siècle PMsé. Kl.

douter et m'objecta que tous leseufans de ce prioce avaient été conduits à Péking. Mais j'expliquai qu'Amoursana avait eu un fiis en Sibérie , et que cet en-

Galdan-Tsérùtg j son fils aïoé, lui succéda; celui-ci fit( ner son frère cadet. LamorDordji y son autre frère , pour éviter un sort pareil , le tua et s'empara du pouvoir. Davat^i et j^ moursana y deux chefs de tribus, habitaient , à cette époque, l'un près de l'autre. Davatsi], quoique issu d'une fomilledistinguée, était dénué de talent ; Amoursana, né dans un état inférieur, était rusé et entreprenant. Ces deux chefs se révoltèreot contre Lama-Dordji , mais ils furent battus et obligés de dérober un asile chezlesKaszak.Lama-Dordjise mit en marche pour les y chercher avec 60,000 hommes; Amoursana, à la tête de 1 5do de troupes choisies, le surprit pendant la nuit et le tua. Albrs Davatsi fut proclamé khan, car Amoursana ne pouvait aspirer 4 celte dignité , parce que son origine n'était pas assez illustre. Bientôt la désunion se mit entre ces deux anciens alliés, et Amoursana finit par se mettre , en 1754 9 sous la protection de la cour de Péking. L'empereur envoya une armée contre Dar vatsi , qui fut livré par ses propres partisans aux Chinoîis et conduit à Péking.

Amoursana ayant espéré d*être nommé khan à sa place , fut frustré dans son attente. L'armée chinoise ayant été rappelée» il n'en resta dans le pays qu'un petit détachement avec le général en chef et ses conseillers, pour régler quelques affaires. Ce général et les siens, attaqués à Timproviste par Amoursana» furent massacrés. En 1755 une armée nombreuse fut envoyée de nouveau en Dzoungarie contre lui. Abandonné de tous ses alliés il s'enfuit en Sibérie, où il mourut de la petite vérole. Plus tard les Dzoûngar se révoltèrent encore. L'empereur Khian loung, irrité de leur perfidie, envoya trois armées contre eux, qui tuèrent plus d'un million d'ames, sans distinction desexe ni d'âge. Une partie des habitans s'étant réfugiée dans les montagnes , les Chinois les y cernèrent et les tuèrent tous. La petite partie de la nation qui n'avait pas pris part à la révolte

fant avait été conduit en Pologne; enfin que j'avais en ma possession tous les bourkhan ou idoles que le dernier prince des Dzoûngar avait emportés avec lui. Alors le lama parut réfléchir profondément à ce que je lui disais , et il finit par avouer que mon récit lui semblait très probable. Mais le souvenir de la cour brillante du Khoung-taîchi, où il avait passé sa jeunesse, excita si vivement sa sensibilité que je crus devoir termiubr ma visite , et l'on m'a dit ensuite qu'efTectivement il avait fondu en larmes aussitôt que je fus parti.

Ayant ainsi rendu nos devoirs au chef du clergé, le prince Tumen me présenta à la princesse iVbz^rdjan son épouse, qui est jeune et très belle dans son genre; son teint surtout est d'autant plus remarquable que l'éclat en est relevé par deux grosses tresses d'un noir d'ébène. !Nous la trouvâmes occupée à lire un manuscrit qui traitait des exploits deTchinghiz-kban. Ce qui me donna lieu de de-

fut épargnée. Depuis ce temps le pays des Dzoûngar est réuni à l'empire chinois. L'administration en est confiée à un général en chef; des corps d'armée sont répartis dans les différentes provinces.

La mère à* Amoursana , nommée Botolok , était Tépouse de Ikauffoung , de la famille des princes des Khochot , établie dans le pays du lac de Khoukhou-noor. Elle se trouvait enoôiiley i}uaed son mari fut fait prisonnier par Tséring-Arabdanv ({ni le fit brûler vif. Vedjeng Khochootsi , prince des Khoït , la prit alors pour femme, et elle accoucha bientôt après d'A- . moorsana, qui, de cette manière, fut lui-même regardé comme appartenant à la famille des Khoït , tandb qu'il appartenait effeetàveraenty par son père i à celle des Rhochol. Kl.

( 6a ) fDaDder si l'on avait cûn^eryé quelque souvenir du peuple appelé Ouigour{i)^ auquel les Môugols empruntèreut leurs caractères. Tumen me répoodit; <]ue chez eux Ton ne savait plus du tout ce qu'étaient les Ouigour^ mais qu'il y avait une expression proverbiale qui disait :«Je ne comprends point « le discours de cet homme , ce sera quelque Ouir

(i) Les Ouigour, peuple de la race turque, sont origÎDaires des bords des rivières Orkhon et Seleugga ; de là ces nomades se répandirent vers rOccidcnt jusqu'aux sources de l'Irtyche. L'une de leurs tribus , nommée Kiy szu ou Xou szu ( prononcez Gouz) se fixa dans les vallées du Thian chan ou moni célette^ dans le pays actuel de Khamoul , de Tourfan , de Barkoul et de Biohbalik. Les Chinois les y trouvèrent an milieu du second siècle, avant notre ère; plus tard, vers Tan 33o après cette époque-, une tribu des Kiu szu nommée Kao tchhang devint puissante , et soumit les autres^. Depuis ce temps la nation reçut le nom de Kao tchhang; elle a été tantôt libre, tantôt soumise aux Chinois, ainsi que les autres Ouigours qui étaient restés nomades, tandis que les Kaotchhang habitaient dans àei villes et étaient agriculteurs. Les Ouigours nomades, appelés par les Chinois, Hoei hou et Uœi he , étaient très puissans dans rintérieur de l'Asie pendant les VIII^ et IX« siècles; ils fi* Dirent par être totalement subjugés par les Mongols, en ia57. Jls étaient en relation suivie avec les Arabes, et avaient ,«n partie adopté l'islamisme; cependant il y avait aussi parmi ^eux des adorateurs du feu et des sectateurs de la religion bonddique. Ils se servirent d'une écriture particulière, mais on ne sait pas si elle était id^itique avec celle des Ouigour Kao tchhang, dérivée des lettres syriaques et sabéennes ; cette der-« nière fut finalement adoptée par les Mongols , qui l'ont conservée jusqifà nos jours. La langue des Ouigour est un dialecte turc oriental. Tchinghiz-khan et ses successeurs avaient )>eauco]Bp d'Oiiigqiur dans leur serrioe, comnae secrétaites M

« gùur. )) Ensuite je demandai s*il était resté quelques traces de cet ancien respect que les Mongols avaient pour le seuil des portes de leurs tentes, qui était tel , que, lorsque*nos moines Plan Carpîn et Rubriquis avaient le malheur de les toucher seulement du bout du pied, on les rouait de coups, et même on les menaçait de la mort. Tumen me répondit que ce respect s'était conservé; qu'à la vérité l'on pouvait toucher le seuil, mais que l'on regarderait comme un péché de s'asseoir dessus. Cest peut-être de cette particularité que dérive l'expression de Sublime Porte.

Tandis que nous nous occupions de ces ques-* tioDs historiques, la princesse donnait ses soins au jeune prince Houvacha , son (ils , âgé de quatre ans. Toumen n'a eu de Nourdjana que cet enfant qui mérite toute sa tendresse, car c'est le plus joli Kalmuk que Ton puisse voir. La polygamie est per« miae chez les Ralmuks; toutefois on en voit peu dWmples.

La visite se prolongea , on nous servit de l'eaude-vie tirée du lait de jument et du thé au beurre et au bouillon. L'eau-de-vie est faible et d'ailleurs; die a quelque chose de gras, qui ne m'a pas para agréable ; le thé que les Kalmuks font venir de la Chine exprés pour eux , ne ressemblée pas du tout

tCBcwrs des livres de comptes ; les Mongols ne comprennenl pu lear langue, et c'est cette cirocMistance qui a vraisettiblable^ "int donné tieu an proverbe kalmipà cité par le ooqit» J, PotCK

4L Ix. ' . . .

ati nôtre. Il est en grandes tablettes, presque smsi dures et compactes que des briques. Chaque tablette est comme revêtue d'un papier très fiû et chargé de caractères. Les Kalmuks en cuisant ce thé avec du lait et du beurre, en tirent une boisson saine, restaurante, et à laquelle on s'accoutume facilement. Aussi presque tous lesTataresen ont adopté l'usage (i).

(i) Ce thé est ordinairement appelé thé en briques j en rosse kirpitchnoî tchaï^ et tchottan tchha en chinois. Il est la boisson ordinaire des Mongols, des Bourièteset des Kalmuks; on le fait dans la Œxne septentrionale avec les feuilles d'un. arbuste sauvage qui ressemblent à celles du merisier. Après les avoir échaudées on les humecte avec la sérosité qui se sépare du sang des moutons , et on en forme de grandes briques ou dftlles de deux empans de hauteur, d'un de longeur et d'environ an pouce d'épaisseur; on les met sous presse et on les fait sécher après dans un four peu échauffé. Pour préparer ce thé on coupe environ un morceau d'une once et demie de la brique, on le concasse, et on le fait bien bouillir avec sept à huit livres d'eau dans un chaudron, ou dans une haute theïére de cuivre; on y ajoute une demi-once de houdjir^ c'est le nom du sel qui se produit naturellement par efBorescence dans les steps , et qui est composé d'un mélange de natron et de sul^ fate de natron. Quand le thé a assez bouilli, on y ajoute dn beurve ou de la graisse, du lait (s'il se peut , de chameau) et im peu de farine.

Tous les nomaVles de l'Asie centrale fbnt leurs délices de ce thé; les gens pauvres, qui n'ont pas le moyen de se procurer du thé en briques , d'ailleurs à très bon compte , le remplacent avec les feuilles des plantes suivantes : hadhn (saxifraga crassî* folia ) , baigou ( tamarix germanica ) , khatatsa ( potcntilla nipestris et fructicos^, nakhatsa ( glycyrrhiza hirsuta) ^UseHik

Sur ces entrefaites une trentaine de figures assez étranges sont venues s'accroupir prés de nous, c^é- . tait des Koundour, ou Kound4}urau{x)campésd^Tïs les environs ; ils venaient nous rendre leurs bommaged; Tumen leur 6t donner du koumys^ et d'ailleurs ne semblait pas faire grande attention à eux. Eux , au contraire , lui rendaient des respects très extraordinaires, ce qui m'a paru nouveau de la part des musulmans à l'égard d'un païen. Mais ils respectent en lui le sang deTchingbiz-khan, son opulence et son caractère moral, qui est réellement très

(poljTpodium iragans) quia l'odeur suave de la fraraboise. On yajoata encore les racines d^une espjèce de sanguisorba, appelée eq mongol chudon , ainsi que .la semence du ttartsa ( acer tartaricom) , après en avoir oté Tenvcloppe. Les Kalmuks emploient aussi 9 avec les feuilles mentionnées , les grains de temèhn chiké ( lapathum acutum ) et la racine d'une espèce de foax 4core> nommé ouldœ ebessouriy qui est extrêmement astriogmit. K.if

(i) Les Tatares Koundourau ou Koundourau Mankat sont des I9ogia qui habitaient autrefois au-delà du Kouban , où les Eusses les connaissaient sous la dénomination de Tatares des montagnes. Dondouk-ombo, khan des Torgaut , entreprit, vers Van 1739, une expédition contre les pays traversés par le Kouban, et ramena de là 8,000 familles de ces Nogaï, qu'il fît camper dans le step au nord du Kouban. Pendant les troubles qui survinrent après la mort de Doudouk-ombo , la plupart des Koundourau retournèrent dans le pays situé au - delà du Kouban; il n'en resta que 760 familles, que Iç khan /2o/in dtmk-dachi transplanta au nord du Volga , sur les bords de fAkhtouba, A l'époque du voyage du comte Potocki, la horde des Koundourau se composait de i63o hommes, et campait le long de l'Akhtouba, depuis Krasnoï-iarsk jusqu'au Sassikol. ^l.

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