‹ Voyage dans les steps d'Astrakhan et du Caucase: Histoire primitive des peuples qui ont habitéChapitre 9 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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estimable et fort connu des Russes comme des nomades, et depuis le laïk jusques au Kouban.

Puis on servit le diner, dans lequel je donnai galamment la préférence à la chair de cheval , que j'avaisméme demandée; pendant que nous mangions, un musicien s'accompagnait en jouant de ialgha^ instrumenta cordes qui m'a paru avoir un son agréable. D'ailleurs je ne puis eu donner aucune idée, parce qu'il ne ressemble pas à nos instruYnens d'Europe. Mais l'air favori du musicien ressemblait beau*^ coup à la chanson savoyarde ramonez^ci, ramonez-' là^ seulement il ne finissait pas de même.

Apres dîner, arrivèrent deux princes de la ligne de Dondouk'Ombo {\). L'un s'appelait Moukouiken et l'autre Sandjoucha ; ils ne savaient point le russe, et n'avaient presque aucune idée étrangère à la vie nomade.

Puis il y eut une chasse très brillante, les princes galopaient le faucon sur le poing. Les Tatares Koundour étaient de la partie, enfin la plaine était couverte de cavaliers. On prit autant de hérons qu'on voulut, et chacun s'en retourna chez lui fort content de sa journée.

Le i5 août j'ai passé la matinée à dessiner les

{i) DondouA-ombo étaiïi un petit-fils d'^^jow Xvs, khan des Kalmuks-Torgaut , qui mourut en 1724. Tcheren-dondouk ^ fils d'Ayouka, succéda à son père en 1726, mais il fut fiinalement supplanté par Dondouk-ombo, qui s'était révolté contre lui. Ce dernier fut reconnu , en i735, comme khan des Kalmuks par la cour de Pétersbourg , et régna jusqu'à sa mort arrivée en S741. Kl.

bourkhan^ ou idoles des chapelles^ avec Tattirail du culte lamaïque, loutcela était fort riche : les idoles garniesen perles, les instrumensen argentetpierres fines. Le clergé est nombreux hors de proportion. Le chef de la secte lamaïque de la religion de Bouddha est le Dalaï lama , qui réside à H* lassa dans le Tibet. Il passe pour une incarnation du bourkhan (dieu) jâria halou. Lama est tibétain et signifie mère de V esprit , ou de la dimnité; dalaî est le mot mongol pour mer^ et désigne aussi tout ce qui est grand ou sans bornes. Le Dalai lama s'appelle en tibétain Za/7zarméo/c/2//e;lesMongols et Kalmuks lai doqnent aussi le titre honorifique de Khamouk gheghi aïladouktchi Dalaîlama^ c'est-à-dire « mère «de la divinité, qui est le plus instruit parmi toutes « les créatures. »

L'autorité du Dalaï lama est si grande parmi les Mongols et les Kalmuks, que tous leurs princes OQ khans , à leur avènement au trône, lui envoient des ambassades et de riches présens. Souvent ils lui expédient aussi les cendres de leurs prédécesseurs , pour recevoir sa confirmation et sa bénédiction. Les khans kalmuks qui se trouvaient sous la protection de la Russie , faisaient -partir ces ambassades en secret. Quelquefois cependant on leur permit de les envoyer par la Sibérie , parKiakhta et par la Mongolie. On croit que ces ambassades ont influé sur la résolution prise par les Kalmuks Torgaut de quitter la -Russie et de se réfugier sur le territoire chinois. Les Mongols de. Selenghinsk en Sibérie font égalenient de riches^

collectes pour le Dalaï lama , et , nonobstant lesdé^ fensessévèresylui envoient des prêtres a^ec des chameaux chargés d^argent et de choses précieuses.

Un autre grand patriarche du Tibet, appelé Bogdo lama , ou le lama auguste, réside dans le couvent de Djhachi foumbo , près de Jigâtsé. Les Tibétains l'appellent Baïntchin rimbotchhéjV enyoyé vénérable, et les Mongols lui donnent encore les noms de Bogdo baintchang et Bogdo gheghen. Cette incarnation divine est plus ancienne que le Dalai lama , mais les Kalmuks estiment le dernier beaucoup plus. Les sectateurs du Dalaï lama portent le nom dioulan saUatu^ ou bouffettes rouges. Tiiutes les tribus mongoles appartiennent à cette secte. Ceux du Bogdo lama sont appelés chara maUikhai ou bonnets jaunes. Autrefois la croyance de ceuxci était la dominante au Tibet; mais quand le Bogdo lama et son clergé commencèrent à conférer des dignités ecclésiastiques à des femmes, il s'y forma un schisme violent qui occasionna des guerres san*glantes, et finit par la nomination du Dalaï lama à H'iassa. Actuellement la discorde entre ces deux incarnations divines est tout-à-fait terminée, de sorte qu'ils se visitent mutuellement, pour se donner Tud à l'autre la bénédiction.Quoique le clergé mongol et kalmuk révère plus le Dalaï lama que le Bogdo lama, se^ membres les plus éclairés ne nient pas que le dernier soit plus ancien et plus vénérablOé

Après le Dalaï lama, sept gaussé, en mongol Aou^ touktou^ tiennent le premier rang dans la hiérar« cbie lamaïque. Six d'eux résidenidansleTibet^ etii^

(69) septième, nommé en mongol Gheghen^outouAhtou^ et en tibétain Djebdjin tomba gousse^ a son siège dans rOurga situé sur la rivière l'ola ^ et au pied de la montagne Khan-'Oola.

Après le koutoukhtou viennent les Tsordji-lama^ en tibétain Tchotdjèh^lama^ puis les Babdjambay ou qui savent tout, et entin les Gabdjou^lama. Les prêtres de ces trois classes sont les seuls qui por* tent chez les Kalmuks le titre de lama , tandis que les Mongols le donnent aussi à des ecclésiastiques d*un rang inférieur. Ghelong est le nom de tous les prêtres ordonnés.

Dans cette horde-^i^qui n'est que d'environ mille gfurs, c'est-à-dire trois mille âmes m&les, il y a deux cent vingt individus religieux, tant prêtres que diacres ou sous-diacres, mais ils ne sont poÎDt inutiles. Outre les devoirs de leur état ils s'oc^ cnpent encore de l'éducation de la jeunesse, et s'en acquittent si bien que presque tous les Kalmuks, même les plus pauvres, savent lire et écrire, ce qu'on ne voit pas chez des nations plus policées. De plus les ghelong copient les livres et perpétuent ainsi les bibliothèques. Enfin l'on trouve parmi eux des médecins habiles, particulièrement dfeins la connaissance des simples. Plusieurs Russes ont eu recours à eux et s'en sont bien trouvés; aussi le peuple n'attend-il pas que les ghelong aillent mendier , il va volontiers au devant de leurs besoins.

Après dîner j'ai vu une autre cérémonie religieuse, bien autrement compliquée que la veille.

( 70 ) D'abord les ghelong ont mis par dessus leurs habits des camisoles très riches et des espèces de tabliers de damas de la Chine. Sur la tête ils avaient des mitres chargées d'images et de bandelettes. ,Tout ce costume ressemblait beaucoup à celui des bonzes de la Chine. Aujourd'hui il n'y a point eu d'instrumens , seulement chaque moine avait une sonnette de cuivre dans la main gauche, dans la droite un outil sacré dont je n'ai pu savoir ni le nom ni l'usage. De plus chacun avait devant lui des graines dans un morceau de drap et une tasse de cuivre. Avant de commencer les prières, ils ont mis un bandeau de taffetas sur leurs yeux, puis ils ont psalmodié à voix basse d'une manière assez ressemblante à celle de nos moines, mais tou-* jours avec le mouvement de la gorge. De temps en temps ils joignaient leurs mains absolumient comme nous faisons pour prier; puis ils ont jeté en l'air une poignée de graines. Puis un d'eux s'est levé, a fait brûler de l'encens sur l'autel. Puis il a pris un vase sur lequel il y avait des plumes de paon. Il en a tiré une eau jaune qu'il a versée dans une coquille du genre des conques, et de là dans les tasses des moines. Ceux-ci en ont bu, en ont mis sur leurs fronts, en ont offert aux dieux. Enfin ils ont suivi dans tout cela un rituel qui semble fixé avec beaucoup d'exactitude et soumis à de vérîta-«blés canons.

Comme cette cérémonie a duré quelque temps, j'ai eu celui de crayonner le portrait de chaque prêtre en particulier. Demain je tâcherai de le$

(7> ) mettre ensemble et en perspective; ce qui ne sera

pas facile, vu qu'ils remplissaient exactement tout l'intérieur du g'Air 9 et qu'il est rigoureusement impossible de représenter tout l'intérieur d'un cylindre surmonté d'un cône, ce qui est la véritable forme d'une tente kalmuke. Dans ces cas-là les peintres prennent un partie et c'est aussi ce que je ferai. Et si jamais mon dessin devient une planche, je l'accompagnerai d'explications, et d'excuses de n'avoir pu mieux faire.

Le matin nous avons été à la métairie, où j'ai vu des bergères assez jolies, occupées à traire des juments. En revenant l'on a encore pris quelques hérons, car les Kalmuks ne font pas un pas sans leurs oiseaux de proie. Chacun a le sien qu'il nourrit luî-méme, et dont il s'occupe toute la journée. Après le dîner on a jugé une affaire galante; les coupables étaient un Tatare Koundour déjà d'un» certain âge et une Kalmuke très jeune mais singulièrement laide. Cette cour d'amour a fini par quelques coups de kantchouk donnés et reçus de la meilleure grâce, avec gaîté et véritablement à la satisfaction de tout le monde. Je dois remarquer qu'à la métairie, le Lovelace tatare avait eu la complaisance de monter un cheval sauvage , et cette petite farce avait attendri les Kalmuks , sans quoi la bastonnade aurait.été rude. Enfin tout s'est bien passé, et demain nous dînons dans la horde de l'a-^ manl battu et content

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