‹ Voyage de Benjamin Bergmann. Chez les KalmuksChapitre 44 sur 49 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

Sarepta , le 21 avril.

J'arrive à l'instant, après avoir parcouru deux cent cinquante Werstes , depuis Kharra- Oussoun, jusqu'à cette ville, où mes travaux sur les kalmuks qui, pend ant l'hiver, ont augmenté au point de former un paquet considérable, m'obligeront à séjourner cinq à six semaines, pour rendre lisible ce qui ne l'est point. Mon voyage n'a duré que trois fois vingt-quatre heures, et ma société consistait en trois personnes : un arménien, un russe et un kalmuk. Notre léger bagage était transporté par des chevaux de selle , et toutes nos provisions se réduisaient à du pain bis sec, que nous étions obligés de tremper dans l'eau pour le manger. Sur toute la route , ne pouvant rencontrer aucune hutte, nous couchions à la belle étoile, après que le kalmuk qui était avec nous, avait pris la précaution

de faire claquer son fouet, aux environs du Heu que nous avions choisi pour camper, afin d'en éloigner les serpens qui pou\ aient s'y trouver. La fraîcheur des nuits ne nous empêcha pas de reposer tranquillement.

Nous avons parcouru les plus beaux sites des steppes, en suivant les trois lacs, et en passant auprès de la source de la Selma, après avoir laissé à notre gauche la chaîne de montagnes. Pendant le jour, le temps était aussi beau qu'on peutle désirer au milieu des steppes , c'est-à-dire, ni trop chaud, ni trop froid.

Nous avons remarqué , çà et là , sur notre route , des troupeaux de bœufs et de moutons, qui étaientemmenés en Russie par des marchands de bétail. Ces marchands se plaignaient tous de la cherté des bestiaux : ils avaient été obligés de payer dix-sept roubles pour une vache, et cinq pour un mouton. L'hiver ayant été rigoureux , une grande partie de ces animaux avait péri; c'est ce qui en occasionnait la cherté.

A l'endroit où je me reposai au milieu de la journée , je rencontrai un ghèlloung qui allait faire la route q ue nous venions de

quitter. S'étant informé auprès des siens de ce que jetais et où j'allais,ilse coucha sans façon, dans l'herbe, à côté de moi, et me dit en allemand : Connais-tu Sachsen-Schimid? Comme cette question me déplaisait, je changeai de côté , et tournai le dos à ce trop poli ghèlloung 5 mais il se fâcha tellement de mon procédé , qu'il se leva aussitôt , et qu'il répandit contre moi , avec les autres kalmuks, un torrent de plaintes. Celanedura pas long-temps : car s'étant rapproché de moi plus poliment que la première fois, mais en me tutoyant toujours, il me pria de me charger d'un billet pourSarepta, Je le lui promis ; mais sa lettre n'était pas encore écrite , et il voulait que je lui donnasse du papier pour le faire. N'en ayant point obtenu de moi , il tira le sien et écrivit , en rouge, quelques lignes dont voici le sens. « Le ghèlloung Tchurumm souhaite repos et bien-être à son ami Schimid : il portera avec lui , l'automne prochaine , le ghèssèrkhan demandé. » La lettre, pour toute signature , avait une fleur de padma ( fleur sacrée ).

Nous espérions trouver à Zaza , colonie

russe à trente Werstes de Sarepta , lie quoi nous dédommager de la disette de vivres que nous avions éprouvée 5 mais nous n'y trouvâmes que des œufs d'oies sauvages.

Mon compagnon de voyage, arménien, en ayant demandé le prix : Dix œufs pour deux kopekes, lui dit on ; mais il trouva ce prix trop cher, et en offrit un kopeke et demi. La colonie de Zaza s'est établie , il y a quarante ans , entre les deux rivières Sarpa et Tongout. Ses habitans vivent du profit qu'ils font , soit au passage des étrangers , par la vente de divers petits ouvrages , soit par le commerce de bétail, ou par la vente du foin : enfin ils vivent de tout , excepté d'agriculture .

Ces habitans qui sont presque tous russes, emploient, faute de bois , beaucoup de roseaux, qui croissent comme des forêts sur les bords de la Sarpa.

Après avoir passé Zaza , nous aperçûmes la hauteur de Sarepta, Moo-Khamer, ainsi que les kalmuks l'appellent , et la nuée bleue, qui paraissait, dans l'éloignement, obscurcir cette hauteur , se changea , quand nous en approchâmes , en un sommet de sable blanc.

Nous aperçûmes ensuite les maisons de Sarepta , puis les jardins qui les environnent , et nous nous trouvâmes bientôt dans Sareptamême. Je descendis à l'auberge, et malgré la fraîcheur de Pair extérieur et la pureté de ce même air qu'on respirait dans Sarepta, il me semblait que j'étais entré dans un cachot. Tous ceux qui ont passé quelques mois dans les steppes, et qui reviennent ensuite à la ville , éprouvent le même effet. Comment donc s'étonner que les kalmuks ne peuvent s'habituer à vivre dans des maisons f

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