En marge
...viamque afl'ectat olympo (Virg. Gcorg. IV, SCî).
Or le hault ciel et la plus basse terre Scrutable n'est, tant l'on s'en puisse enquerre, 780 Et encor moins le penser d'ung vray roy : Art si subtil Dieu reserve pour soy, Mais plus on a, moins on est satiable, Et ung grand coeur de rien n'est emplissable. »
Ainsi pensoit, puis voulut moyenner 785
Comme il pourroit le coeur du Roy tourner. L'heure au palays espia, pour luy dire Non clairement le final ou il tire, Mais pour sentir ou a son geste veoir Quel coeur il peult présentement avoir : 790
a Sire, » luy dit, « les choses plus petites, Dont ung honneur immortel tu mérites, C'est d'estre roy tresgrand et trespuissant ; Maint aultre fut, devant toy, joyssant De ces tresbeaulx et tresexcellentz tiltres, 79$
Administrant ce que tu administres.
Ta courtoysie et franche loyaulté Valent trop mieulx que telle royaulté.
Doubtable n'est que par armes ne puisses Dominer tous : tesmoingz en sont les Suysses, 800 Ausquelz, par toy en personne desfaictz,
781. — L'auteur cite en marge le passage des Proverbes (XXV, 3), qu'il ne fait que parapliraser.
801. — Allusion à h bataille de Maiignan, i3 et 1:1 septembre i5l5, où la -victoiie fut longtemps balancée.
N'y a oxploictz que l'Empereur ayt faictz
A comparer. Son majeur le duc Charles,
Du quel au loz de si bon coeur tu parles,
Aulcunefois contr'eulx s'acharna moult. 8o5
Mais quoy ! peut il ainsi venir a bout
De telz meurdriers, dévoreurs de leurs vies,
Par leurs fureurs belluyncs ravies,
Avant leur mort? Ce grand duc treslieureux
Et tresexpert fut desconfict par eulx, 810
Et y mourut ; et alechez de ceste
Foelicité, chacun haulsoient la teste,
Jusqu'à veoir sus roys, papes, empereurs.
Paovres estoient, devindrent conquereurs.
Tant redoubtez furent de leur victoire 8 1 5
Contre ce duc, des Bourguignons la gloire ! Les chastieurs des princes s'appelloient, Et en ce nom contre toy querelloient Le tort d'aultruy, contemnans ta junesse.
Pour essay doncq de ta haulte noblesse, 820
A Marignan, après t' avoir failly De convenant, toy par eulx assailly, Feis de leurs corps horrible boucherie,
8o3. — Cliarles-le-Tcméraire, hisnïeul de Clmrles-Quint, par sa fille Marie de Bourgogne, mère de Pliilippe-le-Beau.
810. — Il suffit de rappeler ici le nom des batailles (147(5- 1477) '^^ Granson, de Morat et de Nancy, cette dernière où mourut Cliarles-le-Téuiéraire.
De ta main propre, cncor mal aguerrie.
Le ciel, ce jour, en plein esté, tout blanc, SaS Venant le soir, prit couleur de leur sanc, Infect, poilu, et dura la meslée Tant que la nuyct clause l'eust desmeslée.
Elle couvrit leur honte et ton honneur, Et en frescheur nourissoit ton bon heur, 83o
Pour le matin ; et ilz se relevèrent, Et prest aux coups des premiers te trouvèrent.
Dieu ne feit oncq plus vrays coeurs de lyons, Mortz se vaultroient en leurs rebellions.
Guerre est leur eslre, enfans en ont et femmes : Armez au camp engendrent corps et âmes; 835
A Mars ainsi ilz nayssent endebtez Rendre ame et corps, comme a luy affectez. C'est a ton loz, mais l'on viendra a dire Que ce duc n'eust la force de l'empire 8/jo
Pour aggrandir sa vaillance et son nom, Et que jamais n'eut a faire sinon Pour le plus grand, au roy Loys unziesme. Ou son sourfîlz est duc plus que luy mesme, Roy plusieurs fois, davantaige empereur, 845
Et tel qu'au Turc, tant soit grand, faict terreur.
Il Ta chassé, pris Tunis, la Golette; Aultre menée et plus grand il a faicte :
835. — En marge : « Siiysses naturelement bellicqiieux. » 847. — Cliarles-Quint [lâScsl repousse Soliman qui venait
VOYAGE DE CHARLES-QUINT /j3
A Naplos mortz sont tes gens, et Lanltret;
Et par Bourbon, tien et par luy soubstraict, 85o
Il t'a fait prendre, après saccager, Romme;
A dire bien, vescu n'a si grand homme
Puis huict cens ans, sinon toy. De vous deulx
Je dis ce mot. Pensent tous aultres d'eulx
Ce qu'ilz pouront, mais la personne tienne 855
A eu partout le bon dessus la sienne.
Ne l'as tu pas vaincu premièrement
Près de Meziers, a Aix secondement.
Vous deux presentz, et par quelle victoire?.
En le chassant, oeuvre de plus grand gloire 860
Et convenable a roy treschrestian,
Que si ton fer tu eusses du corps sien
Ensanglanté. Trop mieulx faict qui recule
assiéger Vienne, puis, après avoir vaincu Barl)erousse, débarque en Afrique et rétablit Muley-Hassem sur son trône. — La Goulette est le nom donné au chenal du port de Tunis, ainsi qu'au château qui le dominait.
85l. — Allusions à la trahison du connétable de Bourbon, à la bataille de Pavie, où François 1°'' fut fait prisonnier (iSaS), au sac de Rome (1527) et a la mort de Lautrec devant Naples (i528).
858. — Bayard, en iS-ii, soutint dans Mézières un siège des plus mémorables contre l'Empereur , qui dut se retirer. — Aix, qui avait ouvert ses portes à Charles de Bourbon, voulut résister à Charles-Quint, en iSai; le roi de France ordonna la destruction des fortifications, et Charles-Quint se fit couronner dans cette ville roi d'Arles et de Provence.
44 REXi; MACÉ
Gens furieux que cil qui les cgeule.
L'heur génial de ton humanité 865
Passe le sien, bien qu'il ayt dignité Supérieure ; et, personne a personne, Gloire vers toy plus que vers luy s'adonne.
Et quant au poinct que luy mesmes absent Par ses soubdars t'a desfaict toy présent, 870
Cela vous mect le hasard de Fortune Devant les yeulx, pour que toute rancune Vous obliez, ains que vous bazarder A telle guerre ou il se fault garder Des plus petis. En quoy c'est grand merveille 875 De ta bonté certes la nonpareille, Que, son beau bruyt sur le monde estcndu, Ung tel seigneur de hayneux a rendu Ton vray amy, diray je davantaige?
Ton prisonnier, si avois le couraige. 880
O comme tout soubz le ciel va et vient Tout a son tour! Ne scay s'il te soubvient De quand tu fus en Hespaigne, a fiance D'asseurer la quelque belle alliance ; Ainsi, je croy, se fie il maintenant. 885
875. — En marge : " 11 doiibte que le Roy ne s'allie r.vec l'Empereur contre le Roy d'Angleterre, et dit que les plus jietis sont a cniindre. »