MISERA PLEBS
A Manioc, M ttmpê de grtm.
QvtiLÊ Tille pour la guerre et toi liègn ! pour les pettet qui Miiveut les assauts, et let blocus où l'on meurt de faim au fond dee caves I
Aujourd hui, la paix a ses Tictimes. Le paysan et l'ou- Ther agricole font, sur ces terres inondées, une classe de proMaires. parmi les plus misérables de l'Europe. Ds rignonieot hier ; ils oe l'ignorent plus ; ils ontœiié de st rteignw : ils sont sortis de geôle. la grande pnv> priélé règne abeolomeot sur le pays : elle condamne â mort, elle bloque roorrier de la lene : elle l'enferme dans les prisons de la Ikmine el de la fièvre. Les paysans ne sont plus que des ourriers, serfs de la glèbe. Us ne puMèdent rien, et la tenure les tient à la gorge.
Ce pauvre peuple I Des plus durs à la peine et âm
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plus mal menés qu'il y ait au monde. Ces paysans défrichent dans les marais, ils bêchent dans l'eau ; terrassiers d'un sol inondé qu'ils drainent en même temps qu'ils le retournent, ils respirent la vase et ils irriguenl la boue. A demi artisans, laboureurs du maïs et du riz, ils crèvent de jeûne, ils se consument de privations. Os sont chargés de famille. Les enfants naissent dans la fi»>vre et croissent dans la fièvre. Et ceux qui ne sont pas malades ont toujours faim. La pellagre les épuise. Tous, patients à miracle. Tous, pleins de respect jusqu'ici pour les maîtres de la terre et la race divine des riches, qui se nourrit de viandes et de pain blanc. Puis, quand ce peuple si soumis, si prodigue de sa sueur, si docile au destin, quand ce peuple perd patience, alors ils perdent aussi le sens. Ils deviennent fous, soudain. Ils ne voient plus que l'objet de leur rage et celui de leur désir. Ils se ruent à la guerre sociale, à l'incendie, au meurtre. Ds sont les mêmes qui ont suivi Spartacus et toutes les révoltes d'esclaves. Mais on ne domptera plus les serfs avec les légions, parce que dans les légions, il n'y a que les serfs qui servent. La force du maître, c'est la force de servir dans l'esclave. La force de l'esclave, c'est la haine du service. En un sens, la haine délivre : elle enchaîne les maîtres, et délie les opprimés.
Le pays est soumis aux lois les plus rudes, et les plus propres à engendrer la haine dans le ventre goulu do
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la misère. Toute la terre est aux malus de quelques grands possesseurs, qui font gérer d'immenses domaines par des régisseurs durs ai Apres. Le travail est fourni par la plèbe agraire, aa salaire strict de la faim. lia donnent leur vie, pour recevoir la pâtée qui les empoche seule de la perdre.
Les prôtrcs sont nombreux et puissants dans la pro vioœ, servis étroitement par les riches qu'ils sen-ent. Hais depuis peu, redoutés et moqués de la plèbe, qu'ils ont seuls tenue en bride, et qui, leur échappant, doit se soustraire A toute contrainte, désormais Rien, jamais, n'encapuchonne plus la force révélée du nombre: le fsuoon est décoiffe.
Le vieux levain de la haine agraire est aussi ancien que la propriété en Italie. Ici, ils n'attendaient que les Gracques, pour faire fermeoter la pAte dont ils se pourrissent le sang. Comme le droit féodal a pour rempart l'église, la plèbe socialiste se fonde sur la morale intique : A Mantoue, on est païen ; les mâles paganisent : dix fois, je reconnais l'eKlave romain.
Ce matin, j'ai cru In ville morte. Tout le peuple se pressait autour des tribunes socialistes Puis, ayant tenu leurs oondcei, ils se sont répandus sur les places.
Comme d'un pAlé trop euit, noir et jaune, eu bandes frémissantes de rats, les hommes, une foule, sortent
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d'une maison aux murailles de grasse croûte, où ile viennent d'entendre l'orateur de la révolte et de l'espoir, la parole scion leur oœur, celle qui connaît leur misère, et qui en sait le renoède. Avec une 2>orte de joie, je m'efTraye de saisir ces viaagoa: les plus pâles, les plus verts de jeûne ont une lueur, lis »ont ardents, pleins de foi. Ils discutent, ils répètent des mots ; ils font des gestes vifs : ils vivent. Ils sentent fort le tabac, les bardes et le bouc. La fureur même de l'envie avait illuminé leur regard. Une étincelle brillait à leurs tempes sèches, et leurs os de l)étes de somme semblaient cirés par la sueur. La vie, enfin, qui e&t l'espérance même et la volonté de ne point faire naufrage, allumait des charbons dans ces yeux : prunelles naïves, pleines de violence et d'élan au bonheur. Tel devait être le peuple de l'an mil, au sortir de l'Eglise, quand on lui avait parlé du ciel, de la vie heureuse en paradis, devant Dieu et ses saints. Ceux-là brûlent aussi. Ils ont besoin qu'on les délivre. Ils ont soif de bien : car, en vérité, ils souffrent de grands maux.
Lentement, rongés (lar la maladie, ils vont à la (ile, dans la rue. Les deux maladies du pays sont tares de pauvres. L'une est le mal air, venu des marais; et Taulre, la pellagre qu'on app<>lle là-bas le mai de misère, qui vient du maïs gâlé, fond de leur nourriture. Je ne puis distinguer, d'abord, les pellagreux des mallanns. Tous, ils portent le masque de la fièvre et les
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de raoéroie profonde. Ils sont hâvf«, rerts. déCuts. Les lôrres jeanat, lee plie du visage marqttés d'ocrt ei de gris, comme au poaee frotté dans la mine de plomb, ils ont la peau de l'argile qui sèche. Beaucoup, qui semblent plus malades et plus niîo^ eneore, ont du feu sur les joues, au front, aux mains, partout Où U peau est nue, des plaques rouges. Je crois roir qu'ils ont peitiu leur poil : d«ux ou trots ont les sourcils pelés ; et plusieurs, un air égarA, 0omme des fous qui eonrnit après leur ré?e.
C'est uo peuple souffrant. Dans les mes, loogeant les aieadct, il eoudoie une autre nation rebelle, une tribu aux longs nex fins, traMptnals. en arftte. Là aussi, le ferment juif précifnte l'action, levure ardente. Beaucoup d'Israèlilet aoot flxia à MankNM, depoia dai siècles. Et d'alKNtl« 00 ne les sépwe pos doa atitfBa Mantouans : dans toute famille pent-^lro. Il y «i evt oo il y en a. ie sais qa'ib sont entrés dans la maison la plus illustre du pays.
On lee reconnaît do ploa pré», oo lee disoeme. Ils ont pl« do laidew. et ploa do carMiènf: en sombres faoèlres, d« yeax qui rrapffnl (hi qui HTraifuI »ur dea faces jaunea. Mîeox nourris, ih ne temMent fias flOvrevs oooiiae los autm : la fièviv «it «ux e»t doe Id4ea plulAt quo da hmI ètn. Rade «iMgo «I nialhettrause. qui qppoao l'orgooil au méprit, •! qui M rit
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encore que d'avoir partout à défendre sa vie. Là comme ailleurs, je vis bien qu'elle est condamnée à périr, si on ne l'aide pas à se survivre, en la maintenant dans ses bandelettes.
Des enfants hardis et loqueteux, arrogants et blêmes, m'envisagèrent droit sous le nez. Deux étaient t^^s beajx, des frères sans doute, l'œil bleu pétillant d'esprit. Mais les autres, laids, sales, suant la vainté à pleins pores, trop faits, l'air de savoir la vie, me dégoûtèrent, obstinés à suivre mes pas, gluants, avides de plaire et, s'ils ne plaisent pas, prêts à se venger par une amère raillerie.
Et leurs parents, sur le pas des portes, au coin des ruelles, les baisent avec transport. Ces pauvres en guenilles cachent la révolte dans leurs manches. Leurs bras maigres annoncent, avec force, les temps nouveaux ; el les temps sont toujours proches, pour ceux qui veulent croire. L'esprit d'anarchie, qui empêche la plèbe de ronfler dans l'église socialiste, souffle la flamme sur Mantouc. Ces paysans italiens ont l'éloquence que le Nord ne connaîtra jamais : ils ont le sang qui ose; et s'ils s'endorment, l'ironie juive les réveille, cette ironie si riche de sens humain.
Ainsi, le peuple se grouille, comme les germes et les insectes, le soir, dans toutes les moyères hérissées de roseaux tristes. J'ai lu leur journal : il mérite la victoire. Seul, il a une valeur morale dans ce pays
rongé par les mauvais riches et qui porte le capuchon hypocrite de la doctrine. Qu'est-ce que la vertu, sinon ce qu'on vaut pour la vie? Les marécages du Mincio n'ont pftt détrempé toute l'ardeur de cette ville. Mantoue me semble à souhait pour la rébellion et la balaille des rues : elle ne n^vivra que dans l'incendie et dans le sang; ou bien, sans combat, l'ancien ordre tombera en miettes avec les maisons. La ville s'enfonce et le peuple se lève.