LB SOIR SUR MAUTOUB
«M ftnuiL
Iji journée plu?ieuM t'achève dam lec fuméet d'uo ioeendie »anglant.
J'ai erré sur lea digue». J'ai longé des prés fan^ui, où de longs ptupliers lèvent le doigt, où des buissons en iroupetux, à l'odeur (ade de taupe, baiawut l'échtoê. L'eau croupie jaaiiiMait sous It soleil pesant, al paitmil s'exhalait une haldoe de tniflb ei de chaiapignoo in')i9i. Je n'ai pas tu souvent la mort de plus près, ni plus univenalle, ot d'un souffle plut perfide.
Qooir ta chaidMa ici VirplaT Est-ce U Manloue, la àlé dea cygnn, il do prloea antie les cygnes? Ouella ironie. H etftaa, ce n'est pas non plus Ci^^mone qui. dans Virgile, va toujours avec Mantooe, toujours avec l'eau révasai al lea glanqoaa rotaaux, toujours avao lea
144 VOYAGE DU CODOTTIKHE
oiseaux blancs. Tu songes d'une prairie qui donne sur
les Champs Elysées de l'harmonie; et un pin sonore est
planté près de la fontaine que visitent les Muses. Tu
rêves d'une ville sacrée et pure, pacifique comme les
rythmes les plus savants qui furent jamais ; une ville
de marbre, comme le temple chanté par le [>arfait
|X)ète : des portiques l'entourent, et des rost-s ; elle
trempe un pied blanc au milieu des lacs bleus, où
les bosquets de fleurs se penchent sur le sillage des
cygnes :
Et viridi in campo templum de marmore ponam Propter aquam.
La beauté de l'horreur m'environne. Une telle émotion ronge le cœur, et ne laisse pas de regrets.
Le ciel d'or rose se mit soudain à fleurir; et de plus en plus rouge, plein de fumée jaune et de nuages embrasés, il s'épanouit. Telles traînées de pourpre s'effeuillaient comme des pétales ; et telles autres f'eflhaient comme les brins du grenadier, dans la saison où ces rameaux vermillons portent la fleur de grenade. Les clochers, les tours, la coupole grandirent. Ce n'étaient plus, silhouettes de deuil, que fantômes démesurés, des lances et des casques, que dressaient des géants couchés entre les digues. La forme s'évanouit Le détail s'éclipse. La masse seule demeure, du noir le plus dense et le plus gras, en écran sur la lumière occideolale.
▼OTAOI DU CONDOTTièAB 143
f • ■> "Me fembie descendre dans le mirage des eaux ^, à mesure que Tombre monte et l'en- <?.
Je ne tais plus où je suis. La chaleur moite dissout le jugeowoi et (ail vaciller le rêve. Tout a cessé d'être réel, HUif le deuil de Mantoue.
Mantoue est un catafalque posé sur un miroir, dans I incendie d'un ciel piqué de sang. Certes, le corps ne vit plus, qu'enferme cette caisse longue de la ville ; et il attend qu'on allume le brasier sur les tréteaux des ténèbres.
Alors, le soleil a disparu sous l'horizon. Tout le pays des mares a fumé une angoisse rouge. Les eaux dormantes ont frémi. Voici la grandeur, enfin ; et elle naît de la tristesse.
L'heure est terrible. L'aspect de la tore est inouï, et
"tle terre elle-même n'a plus de solidité, n'a plus de
nom. La lagune entre en déoompositioo ; tous les tons
de l'abricot qui se gâte, du raisin qui eoole, de l'orangB
qui pourrit.
Le nfseau des buissons et des baies buses tremble, frîMOone. Je vois vivre le reowrdi : il s'éveille. Tous les roseaux ont un soupir. Les fleuves gémissent une plainte. L'herbe des m arais supplie. Les peupliers retiennent le sanglot que réclame 1a brise. C'est le
^ime de Mantoue, peut être, d'avoir trahi Virgile.
Les vapeurs solennclios du lointain semblent tendues
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•ur U porte interdite de quelque Terre Promise, d'uo ro)-aume inaooessible, que ces eaux de uiélancolie divisent d'avec Mantoue en exil.
La coupole et deux clochers en épine collent de plus près au ciel leurs ombres de funérailles. Lt's tours carrées, brutes, pareilles à des mâts et des touroisses fichés dans le tas des maisons, croissent dans l'ombre et se gonflent de leur propre noirceur. La vue est infinie sur l'horizon de tristesse morose, qui a la douleur d'une infaillible mémoire, et le poids du plus redoutable pressentiment.
D'énormes nuées pèsent sur le cimier du dôme.
Tout descend, tout descend. Le feu du ciel couJe luimême sur les eaux perfides. Elles sont trop si^res, chaque soir, de tout prendre au filet et d'y tout retenir. Le ciel sanglant se lave de gris, et se bande de charpie. Et la submersion s'achève. Et telle la horde des souvenirs et d'éternels remords, les moustiques qui se ruent à la curée, s'élèvent et ronflent de toutes parts : ils filent, ils piquent, ils fuient, ils fusent par essaims, atroces, cruels, trompettes de folie, implacables, sans nombre. Déjà, les bassons des grenouilles donnent le la de la clameur palustre. Et les molles chauve souris, se détachant des ruines, tentent leur vol feutré et poilu.
0 soir sur la digue, entre les deux marais, la citadelle
TOTAfil DU COMDOTTlim 147
au bout de la longe, les piqueto de l'ombre, et le couchant de pourpre sur les briques ! Des feux verts rampent le long de l'eau mourante jusqu'aux pleines ténèbres. Les regards de la fièvre, la féerie triste do l'eao malade, tout finit aussi par s'éteindre. Et Mantoue n'est plus qu'un cercuei' >ar un radeau échoué dans les mares, entre les vases purulentes et un reflet de ciel sanglant