BKAUTÉS DE LA REINE
A fmiw, «I Hé.
&UU Campanile, il n'eel poiot de Venise. Le doQ d'or ruuz du clocher en aiguille, lui aeiil. fixe la sirène changeante, il pique l'heure pour la fulle oublieuse. l>ès l'aube, il rive la floUante Veabe au matin bleu ; et le foir, la Campanile esl le mât dt broeart rose et d'or à la barque amarrée pour Vénus, sur la lagune.
De là- haut, la forme de Veniae était parlante. Comme une main gantée, et l' Arsenal est au poignet, la puiasente nain de l'Orient sur l'eM piend possawion de la terre; elle bénit la béte ooucbée qu'elle tient, le chten de 'Ouest à genoux ; et entre deux, le beau aerpeol de la Toloplé, la gai?re d'axur. le Grand Canal oodale.
Dans le premier feu du désir, ou ne reproche rien â la fvmroe qu'on aime. On ne juge poiot Venise : on la
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caresse, on la baise, on s'y laisse vaincre et tenter; car toujours elle lente. Dans un abandon exquis de toute ▼olonté, on y oublie son plan et sa règle. J'abdique, pour une heure, mon art et mon dessein. Je me mets aux pieds nus de la Reine. J'épouse le style de l'amour voluptueuse, du plaisir et de Ir. fantaisie.
Je veux camper dans la beauté qui se touche et l'ardeur sensuelle. Il ne pleut pas à Venise; le ciel jamais n'y est gris ; jamais on n'y vit la neige. Et certes, il n'est plus de Venise, quand la lumière est éteinte, sous les nuaj;es et la pluie.
Que toute confiance soit faite aux fées, en ce lieu de féerie. Venise n'est point bâtie. Ce ne sont que des tentes soyeuses sur l'onde, des voiles versicolores sur des pontons fleuris. Et de quelles royales gumënes de pourpre et d'or, les rais du soleil mouillent l'ancre de la nef souveraine, dans la lagune, au couchant.
Le Grand Canal est une prairie liquide, aux Champs- Elysées de Neptune, une jonchée d'hyacinthes et de roses, de myosotis, d'émcraudes et de bleuets ; et parfois, une des fées, touchant les fleurs, les habille toutes de nacre. Les façades ne sont que drapeaux tondus, pavillons de soie, tapis persans, dentelles déployées pour la prt»cession diurne du Soleil Hoi; et, la nuit, pour la Keiue Lune. Ville de la féerie, rien n') est sûr et rien n'y sefuble solide. I^ terre y est un près-
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tif^c. Le plus doux meosonge règne sur '.es palais de au. Toutes les fées sourieot et n'obéissent qu'à la rolupté du momont
Que peut-il y avoir derrière ces murailles, légères eomine un voile? T.ien, sans doute. Et à quoi bon ëéchirer le tissu d'illusion ? On sait bien ce que c'est : fai toile lamineuie nous sépare de la réalité. Vois : c'est la misère et la mort, quand l'or tombe : le soleil n'y c*t plus. Ferme donc les yeux à l'ombre.
D'où vient le doute absolu de la volupté à l'égard de tout ce qui n'est pas elle 7 sinon qu'elle esllouti> dans le moment, et qu'elle le crfte ? Ainsi la sensation est unt bçade de Venise, sur le Grand Canal. Et silence, je vou^ prie, sur le sommeil qui fait la toile de fond, avec les mendianles aœroopies au bord du précipioe, le d^oût. le souci, la décrépitude et le retrait amer delà \ie.
Il faudrait que Venise, qui s'effondre si lentement, s'en fût dans les baisers et U mosiqae. Quel e Un heueuse pour uoe telle reine, Oéopélre et Impéria entre toutes les villes. Si lea Barbares n'y avaier.t pas mis la main, courbant la belle mouruile sous Lur sale force, la tenant par la taille et par la nuque, lui volant le mtel de ses lèvres, qui sentaient déJA le narcis<4^. Venise eût trouvé, pour le moode, les lois de î'exquise euthaoasia. On oe peut pas trop haïr les Rs'.oaros. et leur victoire grossière. A Venise surtout, ^ui eo est (arcie, le plus
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sain des Saxons n'est qu'un pan de cercueil, une planche de bois que je voudrais foulor du talon et pousser à la mer, l'ayant rompue, d'un pied roide.
C'est l'architecture qui dit d'où les hommes viennent. A Venise, comme A Saint-Marc, partout l'Orient. Mais il y est soumis à la joie, aux règles, à l'action d'une adorable comédie. Il fait vitrail entre le ciel et la terre ; il est musique. Il est conquis dans le royaume de féerie par des magiciens, amis de l'homme libre. Et TOricnt, qui parfois me rebute, me conquiert à Venise, parce que je n'ai plus à m'en défendre.
\/i palais des Doges est le désespoir du style, et le triomphe de la plus forte fantaisie. Pareil au tabernacle de Sion, il est l'Arche Sainte portée d'outre mer, depuis le Levant fabuleux, jusques aux lagunes, et laissée sur la rive, par les anges, pour les Romains des Iles. Sur deux étages de colonnes pèse la masse colossale, le cube de marbre rose, image de Venise montée sur pilotis. El tant ae grandeur, tant de puissance gracieuse sur des bases si fragiles, voilà qui me touche.
Que ce mur géant, le» deux faces du dé sur la mer et sur la place, a de beauté ! C'est un titan plein de grâce. Uue des plus belles surfaces qu'il y ait au monde ; et comme elle est vivante, en sa nudité énorme et rose, semblable à de la chair ! Les losanges qui s'incrustent et, sur chaoue bord, les fenêtres ravissantes l'animent
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d'an rythme grtve et charmant. Elles créent, ces fen&ties, des proportions merveilleuses. Le caprice a les effets d'un goût souverain. On dit de ce mur immense qu'il écrase les galeries inférieures, et qu'il les enfonce en terre. Telle est la folie des critiques : ils reprochent i une €uxne sans pareille œ qui la rend unique ; ils sont prftts 4 l'admettre telle qu'elle est, pourvu qu'elle M soit pas ce qu'il fallait néoeasairament qu'elle fût. Le ravisasant étage de la galerie tupérieuie ne saurait être ■eeablé par le dé qu'il élève, fût-il plus coloasal eoeore; car il ne porte pas sur les colonnes ni sur la galerie: il flott«> sur le ciel. La galerie ert ai pénétrée d'azur, d'air courant et de lumi(^re que le vaisseau rose du palais n'a plusde pesanteur, pas plus qu'un navire sur l'eau, quel* que léviathan qu'il paraisse : la nef de pierre flotte en souriant.
L'architecture dea Ténitiena est unique, eomme leur ville. Qoelle antre eût mteui convenu à la cité fluide ? Klle est faite pour le mirage d'eao, et elle est née de la nuirine, eomme Aphrodite.
Ils ont fait pourle mieux qu'on put tiire. Ils ont hUti contre la pesanteur. Leurs murs ne sont pas des écrans, nkais des fliets pour la lumière. Leurs façades sont des mailles à prendre les couleurs et les refléta du jour. H en est de Venise comme d'une amoureuse en tSMe : la toilette d'une flsmme se JtstHIe par la chair, nar la irAca
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et le charme de celle qui la porte. La toilette est l'annonce et le voile du plaisir. L'architecture de Venise est le manteau de soie, la robe de volupté, le vêtement du bonheur que les Vénitiens ont eu d'y vivre. Ville tentatrice, sa loi est l'illusion. Or, l'illusion est l'amour toujours jeune que nous avons pour les choses, la jeunesse que la vie garde pour elle même. Toute architecture, à Venise, est dans la lumière. C'est la lumière qui peint pour l'architecte, et lui choisit ses ordres.
Comme la dentelle est un tissu en elle-même, et non une broderie sur une trame de fond, l'architecture de Venise est un miroir ouvert au ciel et à la lumière. Ce ne sont point les espaces, ici, qui définissent les façades mais les fenêtres. Les murailles, sont h jours, comme la dentelle se tisse à points clairs. Le fond, non moins que le dessin, tout est dû au travail de la fantaisie qui orne. L'ornement ni le jour ne s'ajoutent point à la trame : ils la constituent. Et comme le dessin de la dentelle a des limites que la broderie ne connaît pas, l'architecture vénitienne est bordée en tous sens par l'espace et par le plan d'eau mouvante, où l'architecte pose ses assises et ses étages. Il n'est libre qu'à l'égard du ciel, qu'il invite à pénétrer la muraille. Et c'est dans la hauteur qu'il se donne carrière, jusqu'à la limite de la solidité.
La légèietéetla grâce sont les éléments de l'harmonie, à Venise. Beaucoup de petits palais ne plaisent que par
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1« rjiham d^ideiii det vides et des pleins, à U façon des dentelles. Les bords, comme des bandes, font cadre à l'ensembie. La dentelle est venue d'Asie. A Venise, je pense aux l>ensiis. Les rinceaux, les rosaces, les mufles de lion, les feoillages, autant de points coupés. Le point de rose fleurit, tour à tour, chaque rive éclairée du Grand Canal. La façade est un reposoir d'heureuse râ- Terie, où l'on appelle la présence de beaux couples à la fenêtre.
Toute architeclure régulière est de manque, au miroir de œs eaux. Elles est en défaut, parce qu'elle ne joue pas assez dans les jeux de la lumière chaogeairfe. Ici, l'arehilecture va et vient entre deux eaux, l'eaa diaprée de la lagune et l'eau du ciel solaire. Les ordres ordinaires y sont lourds, grossiers, d'une froideur sépulcrale et compassée; ils fixent, à contre-sens, tout ce qui est ooance et mocnrooMOt La Salute est un paradoxe de doetear. Les pires ftiçades, au contraire, les plus boaflbaoes même, font plaisir, çà et là, à de certaines beores, pourvu qu'elles aoeofdent une souple hntaisie aux caprices de la lumière. Elles ne sont pas elles-oiêaMi : eUessoot leur propre reflet qui tremble. Elles aussi pertielpent de l'eau ; et elles voguent sur l'eau, elles se balaneent
Elles sont néréides et aquatiques : on ne doit pasêtre curieux de leurs bases, ni de leurs fondations Ellee sortent, pour plaire, du mirage marin. BUes se grêtnl
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dévoiles, telles les flottes à l'horizon du golfe, les quatre mâts chargés de toile ou les barques. Saint Moïse, qui semble de crème à la frangipane et de sucre neigeux, tremblote au crépuscuJe ; et, quoique sur une place en ferre, semble d'eau ridée par le vent. Il ne faut poiut se disputer à son plaisir, dans la conque de Vénus voluptueuse, n ne faut qu'en jouir.
Cà d'Oro, mer\'eille de poésie, voilà le plus charmant alais pour Miranda.
La maison en fleur de pierre est faite |x>ur épouser la vie, et non pour s'en défendre. Elle n'est pas l'asile où l'on s'abrite, le lieu où l'on rentre pour manger et dormir ; mais le palais de fête, qu'on a choisi en sa forme et son ornement, pour y vivre avec bonheur et goûter les voluptés qu'on préfôre.
Séjour d'un prince insulaire, palais sans lourdeur et même sans gravité, la Cà. d'Oro n'évoque ni la crainte, ni la force, ni le souci jaloux de la retraite : son ordre est celui des fleurs, qui ne semblent si charmantes que pour se plaire à elles-mêmes. Les pierres à jour font penser à une treille de roses, portées sur des iris, dans un cadre de glaïeuls et de lys rouges. La hauteur délicieuse de cette façade sans assises apparentes eflkoe de l'esprit le sens de la pesanteur.
La massive idée du luxe tombe aussi devant la
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ncbeiM exquise. La Cà d'Oro Mi un sourire de femme, U maison de la priocease amoureuse. Elle a la gloire de U jeune épouse. Le risage respire la witéaitA du bonheur; et le Grand Canal mire cette douoear sOTeine. Une gaieté trajKiuille, la certitude d'être belle, une sorte d'ardeur coquette à séduire, la figure de Miranda eU celle de ta maison.
Une grftoe aérienne soulève la demeure en dentelles et (ait frissoDoeries ogives au point de rose, ses rosaces SCS trî>fles. La (kçade respire avec la vague courte: elle sommeille avec le canal, dans la sieste de midi. Au coucliant, la galerie dea fenêtres itaires s'enflamme d'or • iicamat ; et c'cet vriiinent alors le oœur de la roseraie. il sa douceur brillante, s«us les lèvres du crépuscule. Miranda peut venir au l>alcon, soit que son amant la tienne par la (aille, soit qu'elle le guette pour le repia du soir. Mais surlfjut, la tendre mélancolie de Prospero est sans pareille, qui regarde le palais d'or et contemple de loin, sur le canal, U neiioo des fées qu'a suscilée son art magique. ^
TOMtlAVX A t. lANlPOLO
Uà doges ont leor pelais d'hiver à San Zanipolc Hl nul n'est sorti de la saison froide, aprèe y être entié.
Totti lee betux noms delà RèpubliqQe dorment dans
r.ifn ^Hse, de Otntarini 4 Malipieto, et de Morosinl à
lani. Vingt tombeeux en aies de triompha, pariUs
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à des apothéoses, chantent avec emphase ia riches.se, lo bruit, la vanité du sang, tout ce qu'il faut qu'on quitte, tout ce qui diminue la mort, si on n'accepte pas de le quitter. Lombardi et les autres sont de fameux marbriers, sans deule ; ils ont inventé le lit de parade, l'échafaud étemel où tous les riches et les puissants ont voulu, désonnais, qu'on les expose. Us ont mis le mort à pourrir sur un théâtre. Une scène lui est dressée, un pilori. Le deuil a tendu un rideau d'éloquence devant l'abîme. 0 les vaines funérailles !
C'est alors qu'on découvre et qu'on adore ces éorins de grave mortalité, les tombeaux gothiques. On ne sait de qui ils sont ; ou le nom du sculpteur n'est qu'un son neutre, qui n'évoque point une vie ni un homme, Massègne. Us ont cinq cents ans. Ils ne pèsent point sur la terre. Et pourtant, avec quelle gravi té ils sont suspendus aux parois de la nef, sous le dais de l'ombre. Comme ils regardent de haut les dalles de marbre rose, et les passants, plus vile effacés que de l'eau sur la pierre.
Gothiques, d'une mesure, d'une forme admirables ot d'une suprême élégance, le gall)e de ces tombeaux est celui de la fleur la plus héroïque. La pierre très dure est celle d'un ton bleuâtre que relève, en de rares ornements, un jet d'or, une feuille, un rinceau de vermil- Ion, ou une acanthe d'azur pâle. Un goût puissant et sobre, une grâce âpre et sévère.
Point de géants en cariatides ; point d'athlètes nue.
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monUnt U garde, par six et par douze, autour du cadavre. Point de lourde allégorie aux lieux coinuiuna de la morale: et plus elle est somptueuse, plus elle ment Hieo qui dissimule la mort, ni la forme fatale du cercueil ; mais, au contraire, ces tombes sont à la taille de l'homme, elle berceau de son immortalité.
Le sarcophage antique n'est plus lié à la terre; l'urne lourde de la grande misère humaine est soulevée par unsoufOe invisible; elle est affranchie de son poids. Bile ravit, eo le cachant, le double couché de l'hôte, au-dessus du coffre où fut comptée, tout d'une fois, la somme pito>'ab}e des jours, et versé le morne trésor.
Il n'était quel'amour, la passion de l'esprit qui espère pour doooer l'easor à la cellule de granit, où l'homme opère sa dernière prise d'habit. Une chrysalide étonnante M dissimule dans ce marbre, qui a la forme d'une Def close, du ber immortel. L'énergie qui la soulève, avec oe faix d'humanité dormante, c'est les ailes qui poussent à la nymphe spirituelle : certes, elle commeoce de se mouvoir.
Ces arches admirables n'ont point d'égales en spiritualité. BUee présantent le nouTeau-né de U mort à un dieu géomètre. Ainsi, la matière se sublime dans un sublime esprit.
Vers le soir, aux rayons obliques du jour, l'un de ces tombeaux semble tremblw dans une vapeur lunaire, oomme une gronde neur fttthbfe, aux rigides pétales:
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el la momie c&chée est le pistil du calice terrible. Et l'autre paraît un encens de pierre; il en a la couleur de fumée bleue ; et l'on ne croit plus à la chair, mais seulement au mystère des cendres purifiées.
COLLEO:<B
Et voici Ck)lleone, la tragédie du grand Verrocchio. Je savais bien qu'il n'était pas à Bergame. Il domine sur Venise même ; c'est par prudence qu'on l'a banni dans l'exil de cette petite place, au bord d'un canal croupi sans avenue ni perspective. Collcone est la puissance.
Qu'il est beau dans la grandeur, mon Colleone. Et combien la grandeur porte toute vérité et toute beauté virile. Un peu moins de grandeur, et l'œuvre serait seulement terrible : elle ne donnerait que de l'effroi.
Colleone à cheval marche dans les airs. S'il fait un pas de plus, il ne tombera pas. D ne peut choir. D mène sa terre avec lui. Son socle le suit. Qu'il avance, s'il veut : il ira jusqu'au bout de sa ligne, par dessus le canal et les toits, par dessus Cannaregio et Dorsoduro, par delà toute la ville. Il ne fc^ra jamais retraite. Il va, irrésistible et sûr.
Il a toute la force et tout le calme. Marc-AurèJe, i Rome, est trop paisible. Il parle et ne commande pas. Colleone est l'ordre de la force, à cheval. La force est juste; l'homme est accompli. Il va un amble magni-
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fiqiie. Sa forte bête, A la Wle fine, est on cheval de bataille ; il ne court pas; mais ni lent ni hMif, ce pas neneux ignore la fatigue. Le condottiere fait corps avec 'orieux animal : c'est le héros en armes. .. ett grmnd, de jambes longues, le torse puissant, maigre A la taille, en corset de fer, en amphore de bronze qui s'évase aux épaules. Presque sans y toucher, -<* du bras gauche tient la bride; et le ciel est plus , le ciel est plus pur dans l'espace qui sépare le t'iet de la cuirasse. L'autre bras est plus impérial encore. G>lleoiie est un peu tourné vers la droite, comme un homme qui regarde devant soi, sans quitter totalement des yeux l'horizon qu'il laisse sur un bord. Et de la sorte, son bras écarté ramène A lui, surveille et pouise comme un prisonnier cet horizon qu'il maîtrise. Ule serre, cette droite redoutable, le bAton ducal, pareil A une épée ronde; et si lécherai marche, elle entrera dans le plein des ennemb, on du ciel, ou des nuages, comme une lance maniée par l'éclair, et plantée par le dieu même de la rietoire. VoilA le rythme du mailre, chef de U guerre, patron de la paix.
ir, la tète de ee goerrier est belle à eflkoer tout le i> le. Sous le casque A trois pièces, qui eoiflè les deui bords du visage comme une chevelure longue, taillée à IV -" '^l la tète terrible de Mars chevalier, ou Ssi 1 bUodli dtDS la bataille eommandnnt la
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vieille garde des anges. La tête longue, les grandes joues carrées aux muscles carnassiers, toute la face rayonne une énergie inexorable. Le col épais et gonflé de trois plis, comme le cou des aigles; et ces plis bien ourlés répètent trois fois la ligne du menton vaste. Tout le bas de la ûgure est animé par la houle de ces vagues, comme par une marée de triple volonté. Assez court et violent, le nez descend un peu sur la bouche étonnante, une grande bouche, amère, circonflexe, qui s'abaisse en deux pentes de formidable mépris. Et la lèvre basse, qui porte le poids du cri intérieur ou la volonté du silence, est large, forte, loyale, sans souci de cacher rien, hardie à épancher toute violence, s'il faut, toute amitié ou une menace inextinguible.
Pour tes yeux, Colleone, ils sont bien ceux de César, énormes, ronds, enchâssés au double anneau des paupières et des rides. Et la double bague renfle aussi le sommet du nez, formant avec les sourcils cette paire de besicles furieuses qu'on voit aux grands oiseaux de proie ainsi qu'aux vieux lions.
Cette œuvre sublime est posée sur un socle digne d'elle, et de la dresser au-dessus des temps Le piédestal est un monument du goût le plus sobre. Tout en hauteur, il n'a pas plus d'épaisseur que le corps du cheval qu'il soulève. U participe ainsi de la souveraine allure, qui donne un caractère de vie si intense au cavalier et
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à b moDlare. Ce socle marche sur six colonnes. En tour, le cheval et le guerrier empruntent au piédestal ^ 1 1. 4ui< lii . qui est le double de la figure équestre. De la viciil que, sans é4re beaucoup au-dessus de la dimension naturelle, le Colleone a l'air d'un colosse. Jamais la vertu des proportions n'eut un eflet plus admirable. C'est la beauté des proportions qui Cait l'œuvre colossale, à quelque échelle qu'on la mette. Ce socle, unique dans l'art de la Renaiwance, a la pureté d'une œuvre grecque. Chaque jour, je rends visite à Colleone; et je ne me lasse pas de lui parler. Il ne pouvait souffrir le mensonge, et m^inaait la ruse. Déstnléietié comme pia un en aoo siècle, le dédain était. Je pense, m fkibleaw. Un grand homme dans les aflaires d'un petit Etat, plus grand pourtant que sa province, et qui l'eût été partout Aujourd'hui, ce sont de grandes aflkires et des empires; mau les hommes sont petits.
Je le soupçonne d'avoir mesoré l'incertitude du pour et de la tyrannie. Les princes de la bonne époque »i>Mt toujoun en danger. S'ils meoreot dans letir lit, leurs fili peuvent être spoliés on égorgés. Voilà ce qui Cait l'immense intérêt de la vie : tool, toujours, recommence; tout est toujours en qnestion. La force ruine la force. La seconde généntioo de la force, c'est la loi, comme la Cunilleeet l'âfe second de l'amour. Faute de quoi, tout s'écroule. Mais ce qoe la ftme a ^t, la Csne peut le déiaire.
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Colleone est amer. Il a Tair du mépris, qui est le plut impitoyable des sentiments. Il tourne le dos, avec une Tiolence roide et tranchante comme le Z de l'éclair; il fend le siècle, repoussant la foule d'un terrible coup de coude. On a bien fait de le mettre sur une place solitaire. Sa bouche d'homme insomnieux, qui a l'odeur de la fièvre, ses lèvres sèches que gerce l'haleine des longues veilles, et où le dégoût a joté ses glacis, ne pourraient s'ouvrir que pour laisser tomber de hautains sarcasmes. Il n'y a rien de commun entre ce héros passionné, fier, croyant, d'une grâce aigué dans la violence, et le troupeau médiocre qui bavarde à ses pieds, ni les Barbares qui lèvent leur nez pointu en sa présence. Il est seul de son espèce. Personne ne le vaut, et il ne s'en flatte pas. Il jette par- dessus l'épaule un regard de faucon à tout ce qui l'entoure, un regard qui tournoie en cercle sur la t»^te de ces pauvres gens, comme l'épervier d'aplomb sur les poules. Qu'ils tournent, eux, autour de son socle, ou passent sans le voir eulement. Lui, il a vécu et il vit.
Cependant, l'ombre fauve arrive comme un chat. la panthère noire, qui bondit et qu'on n'entend pas, glisse à pas de velours et dévore le canal. La place roule dans la gueule de la nuit. Et seul, là-haut, sur le piédestal, le sublime cavalier défie encore les ténèbres; et une flamme rouge fait cimier à son casque.
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