‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 22 sur 115 · tome n. K · texte numérisé non relu

tome n. K

« Les vents qui traversent la Nouvelle-Hollande du N. E. au » S. O., du N. N. E. au S. S. O., et de i'E. N. E. à l'O. S. O., » sont, pour la terre Napoléon, des vents chauds et secs. »

Que si l'on cherche maintenant à comparer ces résultats de nos recherches météorologiques sur l'île Decrès avec ceux du même genre que nous avons obtenus à l'île King, on trouve que le thermomètre s'est élevé de i ib,5 plus haut sur la première de ces îles que sur la dernière ; que le terme moyen de la chaleur, qui n'avoit été que de i4° dans la haie des Eléphans, est de i8°,y pour l'île Decrès; et que celui de l'humidité est, à ce dernier point, de i8°,28 moindre que sur l'île King. Sans doute de telles différences ne sauroient dépendre de la position de deux endroits si voisins; mais on en trouve la cause réelle dans la constitution opposée des deux îles que je compare. Ainsi , tout s'enchaîne dans l'observation des phénomènes de la nature : la connoissance de l'état physique du sol éclaire ici l'histoire météorologique de l'île, et toutes les deux ensemble vont prêter d'utiles secours au naturaliste.

Les produits minéraux de l'île Decrès, moins variés que ceux de l'île King, offrent plus d'intérêt que ces derniers ; ils se composent essentiellement de diverses espèces de schistes primitifs, entre les couches desquels se trouvent quelques veines de quartz opaque, le plus ordinairement blanchâtre, et quelquefois rougeâtrè. pi. i lus , n.° <). Toute la partie occidentale de la baie Bougainville est principalement composée d'un grès ferrugineux rouge et très-dur : c'est à cette roche singulière que le cap des Kanguroos, celui du Géographe , le cap Rouge et le cap Vendôme doivent la teinte rougeâtrè et sombre qui les fait distinguer au loin.

Deux autres espèces de grès existent encore sur l'île Decrès : l'une, primitive, quartzeuse et très - compacte , forme des parties de côtes assez étendues; l'autre, secondaire, calcaire et moins dure, joue dans l'histoire géologique du sol un rôle sinon plus important,

au moins plus singulier que la première espèce. C'est au milieu de cette roche que sont enfouis des arbres, on pourrait dire même des portions entières de forets pétrifiées. ... En plusieurs endroits où les dunes sont taillées à pic, on distingue parfaitement les troncs de ces arbres; on peut en suivre les plus petits détails; on voit leurs rameaux, également pétrifiés, s'enfoncer et se perdre dans la gangue commune : il n'est pas jusqu'aux plantes parasites et grimpantes , qu'on ne retrouve dans le même état de pétrification, et serpentant autour des arbres dont il s'agit. Sur quelques points, les dunes gréeuses se sont éboulées; les décombres en ont été successivement entraînés par les eaux, dispersés par les vents : le sol s'est aplani , et présente des surfaces plus ou moins égales et quelquefois très - étendues. Là se montrent , d'une manière plus remarquable encore, les pétrifications singulières que je décris. Coupés naturellement au niveau du sol, les troncs des arbres forment comme de larges mosaïques : en examinant ces troncs avec beaucoup de soin, on y reconnoît encore les diverses couches du tissu ligneux L'esprit étonné s'arrête sur un si grand phénomène , et cherche à découvrir dans la nature le principe et les agens

d'une telle métamorphose Nous dirons, dans le chapitre xxvu,

quels paraissent être ces agens ; contentons-nous ici d'avoir exposé les faits.

Sur plusieurs points d^ la baie Bougainville , on rencontre deux espèces de pierres calcaires : l'une, d'un grain plus serré, d'un tissu plus homogène, se rapproche de la nature des grès; l'autre ressemble davantage aux substances crétacées. Ces pierres calcaires sont ordinairement superposées aux roches schisteuses, ainsi qu'aux grès primitifs : on les observe à plus de 50 ou 60 pieds au-dessus du niveau de la mer, et à cette élévation elles contiennent une grande quantité de détritus et de débris de coquilles pétrifiées.

Le sable du rivage est très-fin , de nature quartzeuse , mélangé d'environ une cinquième partie de terre calcaire fortement atténuée.

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Ce sable, repoussé du bord de la mer par les vents et par les eaux , s'élève, sur une grande partie du rivage, en dunes de 60 à 80 pieds de hauteur. Je reviendrai, dans un des chapitres suivans, sur ce sable, sur ces dunes, et nous verrons leur histoire se rattacher d'une manière intéressante à celle des pétrifications.

Dans le fond de la grande baie qui nous occupe, on rencontre des forets qui paroissent se prolonger assez loin vers l'intérieur du pays, et qui se composent, comme toutes celles de ces régions lointaines, de diverses espèces d'Eucalyptus, de Banksia, de Phébalium, de Mimosa, de Casuarina, de Métrosidéros, de Leptospermes, deStyphélia, deConchium, deDiosma, d'Hakéa, d'Embothrium, &c. &c. Parmi ces arbres, et sur-tout parmi les plus gros , il en est un grand nombre qui sont si complètement gâtés à l'intérieur, qu'ils ne sauroient être employés à aucune sorte d'usage ; cette altération m'a paru généralement dépendre de la maigreur du sol, qui ne fournit point à ces végétaux une quantité suffisante de sucs nutritifs, lorsque, parvenus à de fortes dimensions, ils exigent plus d'humidité .pour leur entretien. Que dirai-je de l'inutilité des forêts de l'île sous le rapport de la nourriture de l'homme et des animaux ! Elles partagent ce triste caractère avec toutes celles de la Nouvelle-Hollande et des îles qui en dépendent ; caractère d'autant plus inconcevable, que ces régions lointaines nourrissent un plus grand nombre de végétaux magnifiques.

Nulle trace du séjour de l'homme ne se fait remarquer sur les rivages qui nous occupent , et nous n'y avons vu que trois espèces

pi. xxxni. de mammifères : l'une appartient au joli genre des Dasyures; les deux autres sont nouvelles et paroissent être les plus grandes de

pi. xxvn. la famille singulière des Kanguroos. Plusieurs de ceux de ï'ile Decrès sont de la hauteur d'un homme et plus, lorsqu'assis sur les jambes de derrière et sur la queue, ils tiennent leur corps perpendiculaire. Favorisée par l'absence de tout ennemi , la multiplication de ces grands quadrupèdes a été considérable dans cette

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île ; ils y forment de nombreux troupeaux. En quelques endroits plus habituellement fréquentés par eux, la terre est tellement foulée, qu'on n'y voit pas un brin d'herbe. De larges sentiers ouverts au milieu des bois viennent aboutir de tous les points de l'intérieur au rivage de la mer ; ces sentiers, qui se croisent dans tous les sens , sont par-tout fortement battus; on pourroit croire, en les voyant d'abord, qu'une peuplade nombreuse et active habite dans le voisinage.

Cette abondance de Kanguroos rendant leur chasse aussi facile que profitable, nous pûmes nous en procurer vingt -sept, qu'on embarqua vivans à bord de notre navire , indépendamment de ceux qui furent tués et mangés par l'équipage. Cette précieuse acquisition ne nous coûta ni munitions, ni fatigue ; un seul chien, nommé Sport , fut notre pourvoyeur : formé par des pêcheurs Anglpis à ce genre de chasse , il poursuivoit les Kanguroos ; et lorsqu'il les avoit joints , il les tuoit aussitôt , en leur déchirant les artères jugulaires. Il ne falloit rien moins que la présence et les cris du chasseur pour arracher la victime à une mort certaine. Avec un tel chien, avec une telle méthode de chasse, il n'est pas douteux que plusieurs hommes établis sur l'île Decrès auroient pu s'y procurer une nourriture abondante; on conçoit même que Ja race innocente et foible des Kanguroos seroit infailliblement détruite en peu d'années par quelques chiens de l'espèce de celui dont je parle.

Parmi les Phocacés nombreux qui peuploient les rivages de l'île , on distinguoit sur -tout une nouvelle espèce du genre Otarie a, qui parvient à la longueur de 30 à 32 décimètres [9 à 10 pieds]. Le poil de cet animal est très - court , très-dur et très - grossier ; mais son cuir est épais et fort , et l'huile qu'on prépare avec sa graisse est aussi bonne qu'abondante. Sous l'un et l'autre rapport, la pêche de cet amphibie ofFriroit de précieux avantages ; il en

1 Otaria cinerea , N.

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est de même de quelques autres espèces de Phocacés plus petites qu'on trouve également en très-grand nombre sur ces bords, et qui portent des fourrures de bonne qualité. Dans le cas d'une spéculation de ce genre , l'anse'des Sources procureroit aux pêcheurs assez d'eau pour leur consommation, tandis que les Kanguroos et les Casoars leur fourniroient une nourriture salubre et inépuisable. Comme toutes les autres îles désertes de la Nouvelle-Hollande, celle dont nous parlons réunit de grandes troupes d'oiseaux de terre et de mer : les premières se composoient d'une foule de belles espèces de Perroquets, de Cacatoès, de Mésanges, de Muscicapas, de Bouvreuils, deTurdus, &c. ; on y trouvoit le beau Pigeon aux ailes d'or, la jolie Mésange à collier bleu -d'outre -mer, le Bouvreuil à croupion rouge, l'Autour blanc de la Nouvelle-Hollande, une nouvelle espèce de Chouette, &c. Les tribus pélagiennes et de rivage offroient sur-tout à notre observation des Pélicans à gorge jaune , à ailes mi-parties de blanc et de noir ; des Mauves , dont une grande espèce se faisoit distinguer par la belle couleur lilas du dessus de son corps; des Sternes,, des Huîtriers , diverses espèces de Procellaria, un grand Aigle de mer, plusieurs Sarcelles remarquables par l'éclat et la variété de leurs couleurs , &c. &c. Mais de tous les oiseaux que l'île Decrès reçut en partage de la p;. xxxvi et xli. nature , les plus utiles à l'homme sont les Casoars : ces gros animaux paroissent exister sur l'île en troupes nombreuses ; mais comme ils sont très-agiles à la course, et que nous mîmes peu de soin à les chasser, nous ne pûmes nous en procurer que trois individus vivans. Sur un sol privé d'eau douce , il n'est pas étonnant que nous n'ayons découvert aucune trace de Crapauds, de Grenouilles et de Rainettes; en revanche, la famille des Lézards, dont l'organisation s'accommode si bien des lieux arides et sablonneux, y comptoit un grand nombre d'espèces nouvelles : tels sont le Scinque noir a, le Gecko pachyurus , le Gecko sphincturus, le Scincoïde ocellé ',

a Scincus aterrimus , N. b Scincoides ocellatus , N.

l'Iguane de l'île Decrès % &c. &c. Quelque importans que puissent être ces divers animaux , ils ont cependant bien moins d'intérêt pour la science, que deux autres Sauriens que j'ai décrits sous les noms de Trïdactyk et de Têtradactyh : le premier, comme les Seps et les Chalcides, ne porte que trois doigts à chaque patte; tandis que le second en a quatre, soit aux pieds de devant, soit à ceux de derrière ; combinaison de doigts inconnue jusqu'alors parmi les reptiles, mais dont mon illustre maître M. de Lacepède avoit annoncé l'existence comme possible et même comme probable.

Des diverses parties de la Nouvelle-Hollande que nous avons pu visiter, l'île Decrès est une de celles qui nous ont paru les moins poissonneuses. Tous nos moyens de pêche ordinaires et toutes nos recherches ont pu nous procurer à peine douze espèces de poissons,' nouvelles il est vrai, mais dont cinq ou six ne se mangent pas ordinairement. Parmi ces espèces, on comptoit un Labre, qui, par ses couleurs sales, grises et ternes, m'a paru mériter le nom spécifique de Squalïdus ; unScombre, assez semblable au maquereau d'Europe , mais différent de ce dernier par ses proportions beaucoup plus petites et par quelques détails de ses nageoires; un Caranx, dont le dos est d'une belle couleur d'azur; un Scombrésoce, de 60 centimètres [22 pouces] de longueur, et qui brille de toutes les couleurs du prisme ; une petite Coryphène rougeâtre ; deux Sphyrènes ; une Fistulaire ; trois Balistes , dont l'un se fait remarquer par quatre bandes brunes et latérales , l'autre par la belle couleur pourprée de ses nageoires pectorales ; le troisième, qui est un Balistacant luire , se distingue sur- tout par la couleur noire de son corps et par les quatre gros aiguillons dont chacun des côtés de sa queue est armé. Mais de tous les poissons de l'île Decrès, le plus étonnant est une espèce de Squale, qui parvient jusqu'à la longueur de 50 à 60 décimètres [k à

a Jguana Decresiensis } N.

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20 pieds ], et qui est très -commun dans la baie Bougainviile : jour et nuit on voyoit rôder autour du bâtiment plusieurs de ces monstrueux animaux , qui cherchoient quelque pâture et glaçoient d'effroi tous les spectateurs. Un de ces Squales redoutables s'étant pris à l'émérillon, il fallut frapper des palans pour le hisser à bord : il avoit 50 décimètres [15 pieds 6 pouces] de longueur, et ne pesoit pas moins de 500 à 600 kilogrammes [1000 à 1200 livres] ; sa gueule affreuse , garnie de sept rangées de dents , mesuroit 74 décimètres [23 pouces] d'ouverture.. . . Et cependant on voyoit

dans la mer des individus beaucoup plus volumineux que celui-ci

Quels animaux peuvent donc assouvir la voracité de tels monstres î Ce doivent être les malheureux Phoques et leurs petits; car on ne sauroit concevoir autrement l'existence de tant de Squales gigantesques dans une baie d'ailleurs peu poissonneuse.

Annoncer que l'île Decrès a pu fournir à mes collections trois cent trente-six espèces de Mollusques, de Crustacés, d'Aranéides, d'Insectes, de Vers et de Zoophytes, c'est dire assez qu'il me seroit impossible d'entrer dans de longs détails sur cette multitude d'animaux ; je me bornerai donc à présenter quelques-uns des principaux résultats de mes observations en ce genre.

1 .° A l'entrée du petit port Daché , on trouve une grande espèce d'Huître, qui forme sur ce point des bancs très -étendus ; la chair de cet animal est tendre et délicate.

2.0 Parmi les coquilles particulières à ces bords, j'indiquerai surtout une belle espèce d'Haliotisa, dont tous les pores sont saillans, et forment comme autant de petits cônes ouverts et tronqués. Une seconde espèce du même genre, que je décrivis sous le nom de Cyclobate h , à cause de sa bouche presque orbiculaire et trèsprofonde, est un des plus beaux et des plus grands Ormiers qu'on connoisse ; sa nacre étincelle de toutes les couleurs du prisme.

3.0 Vers le fond de la baie se trouvent des espèces de prairies

* Hal'iot'n Conicopora, N, h Haliotis Cyclobates , N,

couvertes

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couvertes d'Algues et d'Ulva, au milieu desquelles vivent enfouis dans la vase et dans le sable des millions de Pinnes marines ou Jambonneaux : ces coquillages fournissent une soie comparable , sous tous les rapports, à celle qu'on obtient d'animaux analogues le long des côtes de la Calabre et de la Sicile ; mais les Jambonneaux Européens n'habitant qu'à une profondeur de ioo à 130 décimètres [30 à 4o pieds], la pèche en est très-difficile ; au lieu que ceux de l'île Decrès sont à peine couverts de 60 à 70 centimètres [ 25 à 30 pouces] d'eau, et qu'on pourroit aisément en ramasser des milliers dans quelques heures.

4-° Nos collections entomologiques se sont enrichies de cinquantequatre espèces nouvelles, appartenant à trente -trois genres différens. Parmi ces espèces, on en comptoit une de Termes, dont les nids avoient 6 à 9 décimètres [2 ou 3 pieds] de hauteur; plusieurs espèces de Fourmis , dont les innombrables légions se retrouvoient par-tout. On y voyoit encore deux Scorpions , six Araignées , un magnifique Cossyphe, neuf espèces de Blattes, de Sauterelles et de Grillons, deux Oniscus, un Iule, deux Scolopendres, dont une remarquable par la belle couleur rouge de son ventre ; deux Pentatomes, une Forficule noire , une espèce de Papillon de la division des Brassicaires de M. Latreille, outre diverses espèces de Chrysomèles, de Buprestes, d'Œdémères, de Lébies, d'Opis, d'Hélops, de Cérambyx, de Thynnes, &c. &c.

De. cette énumération des principaux insectes de l'île Decrès, il résulte que ceux de ces animaux qui se plaisent dans les lieux arides et sablonneux, sont effectivement sur cette île les plus nombreux et les plus variés. A l'île King, au contraire, où toute la plage étoit couverte de cadavres d'Eléphans marins, les insectes carnivores constituoient la masse principale de ceux que j'y pus recueillir : là, se trouvoient les Sylphes, qui exhalent, pour ainsi dire, l'odeur infecte des chairs pourries dont ils font leur pâture; les Staphylins, destinés, suivant l'expression d'un naturaliste célèbre, TOME ilf L

à réduire les cadavres à leur dernière dissolution ; les Trox , qui dévorent les ligamens et les membranes des plus anciennes charognes ; les Histers avides de sang , les voraces Ixodes , &c. .... Ainsi, les détails les plus obscurs de l'histoire naturelle d'un pays, ont d'intéressans rapports avec l'ensemble de sa constitution physique.

<° Sur divers points de la baie Bougainville , on observoit avec admiration, des masses très-volumineuses d'une espèce de roche calcaire entièrement formée d'un nombre prodigieux de Serpules entrelacées ensemble. Ceux de ces animaux qui occupoient la surface de chaque groupe , étoient seuls vivans ; tous les autres , étouffés sans doute par le développement successif de leurs propres rejetons, étoient morts depuis une époque plus ou moins ancienne ; mais leurs tubes conservoient encore leur première solidité. De tous les vers testacés que j'ai pu voir, aucun ne m'a paru se rapprocher autant desLithophites tubuleux ; et c'est d'après cette considération que j'ai cru devoir décrire l'animal dont il s'agit, sous le nom de Serpule Hthoghie a.

6.° L'île Decrès est, sans contredit, un des lieux les plus riches en éponges; j'y en ai recueilli vingt -six espèces des plus grandes et des plus belles. Cette fécondité remarquable me mit à même de faire une étude plus particulière de ces Zoophites, qui, par leur organisation , se trouvent repoussés jusqu'aux dernières {imites du règne animal, et d'établir dans le genre qui les comprend les trois coupes suivantes :

Éponges dépourvues de pores ocellés et de tubes distincts , Spongiœ cœcœ , JV. ;

Éponges pourvues de pores ocellés, sans tubes distincts, Spongiœ occllatœ , N. ;

Éponges pourvues de tubes distincts, spongiœ mbiporœ , N.

1 Serpula lithogma, N,

Dans la partie zoologique de nos travaux , je reviendrai sur les avantages et sur les détails de ces divisions particulières.

y.0 Nos collections d'Ascidies , déjà bien nombreuses , s'enrichirent encore de plusieurs espèces propres à l'île Decrès. L'une d'elles, que je décrivis sous le nom tiAnthropocéphale3' , est d'une belle couleur rouge, et présente, dans sa masse, une ressemblance singulière avec une tête d'homme vue de profil. J'ai retrouvé depuis ce singulier Zoophyte aux îles Joséphine et dans le port du Roi Georges à la terre de Nuyts.

Je ne dirai rien des belles Astéries, des Ophiures variées, des brillantes Actinies que l'île a pu nous offrir ; l'histoire de tant d'animaux , quelque importante qu'elle puisse être , ne sauroit convenir à la nature de cet ouvrage : il me suffit d'avoir indiqué combien les rivages qui nous occupent sont féconds en ce genre, et combien est immense la carrière qu'ils présentent aux recherches du naturaliste

En parcourant ainsi les diverses branches de l'histoire générale de l'île Decrès, j'ai dû naturellement entrer dans des détails qui rendroient superflus la plupart de ceux qui ont rapport à notre séjour dans la baie Bougainville : le lecteur se rappellera, sans doute, que nous y avions jeté l'ancre le 6 janvier au matin ; le Casuarïna , qui étoit un peu resté de l'arrière, vint nous y rejoindre le lendemain. Après avoir reçu quelques réparations indispensables, ce navire appareilla dans la nuit du 10 au 1 1 pour aller compléter la reconnoissance des golfes de la terre Napoléon. M. Freycinet devoit n'employer que vingt-six jours à ce travail difficile, pour l'exécution duquel notre ingénieur - géographe , M. Boullanger, lui fut adjoint.

Dans cet intervalle , nous levâmes le plan de la baie, des anses et du port qui s'y rattachent ; nous mîmes une nouvelle chaloupe

1 Ascidia Anthropocejihala , IV.

sur les chantiers , et préparâmes les bois nécessaires à sa construction : plusieurs hommes établis à terre, s'occupoient, dans la petite anse des Sources, à recueillir la provision d'eau journalière ; notre astronome fixoit la marche des chronomètres , et répétoit diverses expériences sur l'aiguille d'inclinaison , sur les marées , &c. &c. Enfin, MM. Leschenault, Bailly, Lesueur et moi, nous réunissions de toute part les produits minéraux de l'île , les plantes diverses et les animaux nombreux qui lui sont propres.

Tous ces travaux étant finis , et le Casuarinà ne reparoissant pas au terme convenu pour son retour, nous appareillâmes le matin du i.er février, abandonnant ainsi notre conserve, dont les besoins pressans nous étoient connus , et dont le secours nous étoit indispensable pour la suite de nos opérations Mais à peine nous

étions partis depuis quelques heures , que le Casuarinà parut à l'horizon, forçant de voiles pour nous joindre, . . . Nous dirons, dans le chapitre suivant , pourquoi , malgré tous ses efforts , M. L. Freycinet ne put pas opérer sa jonction , à quel péril il se trouva livré , quels travaux il exécuta pendant sa séparation d'avec nous ; mais , pour ne pas intervertir l'ordre naturel du récit et des événemens, il convient d'exposer d'abord tout ce qui concerne la mission du Casuarinà dans les deux golfes de la terre Napoléon.

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