CHAPITRE XXV
Golfes de la Terre Napoléon, Port Champagny.
[ Du 10 Janvier au 2. Février 1803.]
L'absence de toute espèce de grande rivière à la Nouvelle- Hollande , est un phénomène si singulier sous tous les rapports , que plusieurs physiciens célèbres se sont occupés à en rechercher la cause : les uns ont cru la trouver dans la constitution du sol et dans sa disposition générale ; les autres ont voulu disjoindre le continent , s'il est permis de s'exprimer ainsi ; et parce que plusieurs portions n'en avoient pas été vues , ils ont supposé des coupures et des détroits , qui auroient formé de la Nouvelle-Hollande un nombre d'îles plus ou moins grand : ainsi la Nouvelle- Guinée, mieux connue, s'est montrée ouverte sur plusieurs points.
Cette dernière supposition paroissoit d'autant moins invraisemblable , qu'au golfe de Carpentarie , dont aucun des détails n'étoit alors regardé comme certain, on voyoit correspondre au S. O. un enfoncement considérable, qui pouvoit, à la rigueur, remonter vers le golfe du N. E. , communiquer avec le fond de ce golfe , et conséquemment ouvrir sur ce point un très-long détroit. A ces premières et puissantes considérations , venoient se joindre les grands intervalles que l'immortel Cook n'avoit pu visiter lors de sa reconnoissance de la côte orientale , et les lacunes bien plus étendues encore que présentoient à l'Ouest la terre de Leuwin , et au N. O. la terre de Witt. . . . Dans la description générale de la Nouvelle-Hollande , nous verrons ce qu'il faut penser des diverses hypothèses dont il s'agit ; nous dirons par quelle suite de découvertes récentes l'intégrité du continent Austral se trouve établie : c'est à la connoissance des golfes de la terre Napoléon qu'il faut
borner nos recherches actuelles ; mais leur histoire , bien loin de résoudre les difficultés que présente la constitution physique de la Nouvelle-Hollande , va les accroître.
Golfe Joséphine,
pi. i Us, -n." 8. Des deux golfes dont il s'agit, le plus voisin de l'île Decrès, le plus oriental et le moins étendu,- est celui que nous avons consacré sous le nom de notre auguste Impératrice : il correspond, vers le Sud, à l'île dont je viens de parler; dans le S. O. se trouve le détroit de Lacépède, de 50 milles de longueur environ, sur une largeur de 15 à 20 milles; et vers l'Est de celui-ci, le détroit de Colbert , long de 5 lieues et large de 3 à 4- Des rivages occidentaux du golfe se compose toute la face orientale de la grande presqu'île Cambacérés, tandis qu'à l'Est il forme la presqu'île Fleurieu, dont nous avons déjà parlé , mais sur laquelle il convient de donner ici quelques nouveaux détails. Cette presqu'île , comme celle de l'Italie, a la figure d'une botte : le cap Mollien la termine à l'Est; se renfonçant alors vers le Nord, elle présente une jolie baie de 10 à 12 milles d'ouverture, sur une profondeur presque aussi grande ; nous l'avons nommée Baie Cretet ; plus loin sont les petites îles Decaen et le cap du même nom, qui forme, pour ainsi dire, l'éperon de la botte; le cap Momalivet en est comme le talon. Au milieu du détroit de Colbert, à une distance presque égale du continent et de l'île Decrès, se trouvent trois îles très-petites, environnées de récifs, que nous avons appelées lies Bourdet, en l'honneur du respectable officier de ce nom , à qui îa science nautique est redevable d'un ouvrage très-estimé sur la manœuvre des vaisseaux. Le cap. Dupleix s'avance un peu plus dans le détroit que les îles Bourdet, et le grand cap d 'Akmbert termine à l'Est la presqu'île Fleurieu, en formant comme le bout du pied de la botte.
Ici commence véritablement le golfe Joséphine : le cap Sévigné est le premier point remarquable que présente la côte orientale de ce golfe; la baie Hortense , qui se développe ensuite à l'Est, se termine elle-même à un second cap, qui gît par 350 2.4', et que nous désignâmes sous le nom de Cap Lœtitia : la baie Vendôme est large, peu profonde, et se trouve bornée vers le Nord par le cap Jeanne Hachette : plus loin, en continuant à remonter la côte orientale du golfe, on découvre successivement le cap Stéphanie, par 350 0/; le cap Nemours, par 350 1', et le cap Lafayette, par 34° 49'. C'est à cette dernière hauteur que le Géographe avoit été contraint, l'année précédente, de terminer ses relèvemens, et que le Casnar'ma devoit commencer les siens.
« A peine », dit M. L. Freycinet, « avions-nous dépassé la y> pointe Victorïne , que le fond diminua beaucoup; bientôt nous ne » trouvâmes plus que deux brasses; cette variation dans le bras- » siage me força à mettre le cap au Nord, et peu d'instans après r> à l'Ouest. Toute la portion de côte que nous avions en vue est » basse, marécageuse et couverte de petits arbres : une chaîne de » hautes collines se laissoit apercevoir dans l'intérieur du pays, et » affectoit sensiblement la direction du Nord au Sud. L'approche » du rivage étoit défendue par une multitude de bancs sous l'eau » et hors de l'eau, qui formoient une ceinture fort étendue : à » 6 milles de terre, nous n'avions que deux brasses d'eau. »
Tels sont les obstacles qui nous avoient' arrêtés dans notre première campagne ; et si l'on se rappelle maintenant ces nuits obscures et orageuses pendant lesquelles nous fûmes réduits à louvoyer au milieu de ce même golfe avec un gros navire chargé de voiles , on frémira sans doute des périls auxquels nous avions été livrés , et dont nous étions bien loin de soupçonner alors toute l'étendue.
De la pointe Victorine , qui gît par 34° 4°'> jusqu'au fond du golfe, la côte ne présente que trois points qui soient un peu
remarquables; le cap $cudéry ,par 34° 32.', h pointe Pauline, par 34* 25', et le £77/? Des/wulières, par 34° 18'. Toute cette étendue de côtes est extrêmement basse et sablonneuse; les hauts-fonds continuent à s'y montrer en grand nombre, et M. L. Freycinet, quoiqu'à la distance de 6 h y milles du rivage, navigua toujours par 4> 3> z> et même une brasse et demie d'eau.
Cependant, à mesure que nos compagnons s'avançoient dans l'intérieur du golfe, ils voyoient les terres se rapprocher, en formant comme le lit d'une grande rivière; déjà même ils avoient l'espoir de faire quelque découverte importante, lorsqu'en arrivant à l'extrémité de ce vaste enfoncement , ils le trouvèrent terminé par des terres basses et noyées, sans aucune apparence d'ouverture ou de communication intérieure. Sur ces bords marécageux, vivent, sans doute, plusieurs hordes sauvages, car on y aperçut un grand nombre de feUx.
Ainsi trompés dans leur attente, MM. Freycinet et Boullanger se reportèrent à la côte occidentale, du golfe : ils y reconnurent bientôt le cap Dorothée, qui s'avance de plusieurs milles au large; il forme, avec le cap Deshoulières , une grande baie qui occupe tout le fond du golfe, et que nous avons nommée Baie Caroline. Le brassiage s'y soutient entre trois et cinq brasses, fond de vase et d'herbage.
Après avoir passé la nuit du 1 3 dans les environs du cap Dorothée, nos ingénieurs prolongèrent le lendemain toute la portion de côte qui s'étend jusqu'au cap Graffigny , par la latitude de 34° 3 i'. Au-dessous de ce dernier point, le rivage se renfonce en une baie peu profonde, de 10 milles d'ouverture environ, et que nous nommâmes Baie Julie; le Cap qui la termine au Sud , gît par 34° 4° ' > et fut nommé Cap Amélie. Toute cette dernière portion du golfe est assez saine, et la sonde n'y est pas descendue au-dessous de 4 brasses et demie ; le terrain en est aussi plus élevé que celui de la côte orientale, et l'on y distingue quelquefois des falaises
rougeâtres ,
rougeâtres, qui, sans être fertiles, présentent pourtant une assez belle végétation.
C'est à la hauteur du cap Jeanne d'Arc que les bancs de sable et les hauts - fonds commencent à se montrer de nouveau ; ils continuent presque sans interruption jusqu'au cap Adèle, par 34° 58'; ils se relèvent dans le Sud de la baie Dacier , et se projettent à près de deux lieues en avant du cap la Rochefoucault. De là ils forment une ceinture redoutable, qui se développe au large des terres dans un espace de 10 à 12 milles, et vient expirer à peu de distance du cap Élisa. C'est à ce dernier point que se termine le golfe Joséphine, par 350 13' de latitude Sud, et par 1350 22' de longitude à l'Est du méridien de Paris; c'est aussi là que commence le détroit de Lacépède \ dont nous avons précédemment parlé.
Nos compagnons le traversèrent rapidement dans la journée du 1 8 , en prolongeant l'extrémité Sud de la presqu'île Cambacérés, qui n'a pas moins de 4o milles de largeur sur ce point. A 7 heures du matin, ils doublèrent le cap Elisa; bientôt ils tombèrent sur un banc de sable très -étendu, qui se projette en avant du cap d 'Aguesseau , et qu'ils ne purent éviter qu'en portant 10 à 12 milles au large. A six heures du soir, ils se trouvoient par le travers d'une seconde pointe , qui reçut le nom de Cap Mole, et en avant de laquelle se trouvent quelques roches détachées. Ce ne fut qu'à la nuit tombante qu'ils atteignirent les îles Vauban, à l'extrémité du détroit de Lacépède, et tout près de la pointe d'entrée orientale du golfe Bonaparte. Ces îles sont au ri. 1 m, n.° 1 fa). nombre de quatre, dont deux très-petites; la plus grande d'entre elles reçut le nom d'Ile Lanbadère , en l'honneur du brave général qui, en 1793 , défendit si vaillamment la place de Landau, le chefd'œuvre du génie de Vauban. Presque vis-à-vis cette dernière île, est un cap remarquable, défendu par une traînée de brisans dangereux, et que nous appelâmes Cap Mortiay. Plus loin est le cap tome 11, M
Berthier, qui forme la pointe S. E. de l'entrée du beau golfe dont il me reste à faire connoître les principaux détails.
Golfe Bonaparte.
Par 350 i^' 30" de latitude Sud, et par 134° 32' o" de longipi. 1 % n.° 8. tude orientale, se trouve le cap Berthier, dont nous venons de parler. De là, jusque par 34°, la côte de l'Est, dans une étendue de 50 milles environ, ne paroît offrir d'autre point remarquable que l'île Dalberg, de deux lieues de longueur, et qui gît par 34° 32' de latitude Australe. Un brisant très-étendu se détache de sa pointe Nord, et s'avance plusieurs milles au large. Bien que, à l'exception de cette île, toute la portion de côte qui s'étend du cap Berthier jusqu'à la hauteur de 34° 10', n'eût été reconnue que du haut des mâts dans la campagne précédente, le Commandant, n'en avoit pas moins donné l'ordre à M. Freycinet de s'abstenir de toutes recherches sur ce point , et de se porter directement au Nord , par la latitude dont je viens de parler. De cette mauvaise combinaison du chef, il résulte dans nos cartes une espèce de lacune de près d'un degré pour la partie orientale du golfe : mais comme cette lacune se rapporte à la presqu'île Cambacérés, dont tout le reste avoit été reconnu avec la plus grande exactitude, il s'ensuit du moins que l'omission dont il s'agit ne sauroit porter que sur des détails de peu d'importance.
Fidèle exécuteur des ordres qu'il avoit reçus, M. L. Freycinet, après avoir doublé le cap Berthier, dirigea sa route vers le Nord, et dès le 2 1 au matin il atteignit le point fixé pour sa reconnoissance. Un cap remarquable gît par 34° 7 '; il fut nommé Cap Sully. La baie Diiguesclin, qui se présente immédiatement au-dessus de ce cap, est profonde, mais obstruée de hauts-fonds. Plus loin, à 10 milles au large, et par le travers de cette baie, est un récif dangereux, dont nous avions eu connoissance l'année précédente,
et que nous avions nommé Récif du Géographe. Le cap Mondovi termine la baie Duguesclin au Nord. Une petite île, toute environnée de récifs , se présente ensuite ; elle reçut le nom d'I/d Dugommier. La baie Pascal, par 330 < <j ' , a deux lieues d'ouverture, sur une profondeur égale. Le cap Condorcet la termine au Nord, et se distingue lui-même par un monticule élevé. Plus loin, on découvre successivement le cap Dubelloy, le cap Saint-Vincent-de- Pau/, le cap Fènélon et le cap Bossuet. Ce dernier point se trouve par 330 13' de latitude Australe. Toute l'étendue de côtes que je viens d'indiquer plutôt que de décrire, est très-basse, et la mer qui la baigne est obstruée de hauts-fonds , qui ne permirent pas à nos ingénieurs de ranger la terre d'aussi près qu'ils l'eussent désiré : mais bientôt la scène change; la largeur du golfe diminue considérablement ; les terres s'élèvent , et forment de chaque côté comme un immense rempart. Alors aussi tout sembloit garantir l'existence d'un grand fleuve : ce lit vaste et profond, ces rives imposantes, ces eaux dont le cours remontoit bien au-delà du point où la vue pouvoit s'étendre; le prolongement extraordinaire du golfe, sa direction, sa figure même, tout contribuo.it à rendre l'illusion complète; et, pénétrés d'une ardeur nouvelle, nos compagnons poursuivirent leur route le long de la côte orientale.
Déjà ils ont dépassé la baie Turenne, de 20 milles d'ouverture; ils ont atteint le cap Bayard : le golfe n'a plus que deux lieues et demie à trois lieues de largeur; mais il paroît s'avancer encore au loin : ils forcent de voiles, et presque aussitôt le fleuve s'évanouit. . . Des bancs de sable sans nombre sont pressés dans un lit de 4 à 5 milles; les rivages se rapprochent de plus en plus : dans le fond même du golfe on découvre des terres basses, qui paroissent se rattacher à celles de l'Est et de l'Ouest, sans qu'il soit possible de distinguer s'il existe entre elles aucune espèce de coupure. D'un autre côté, les eaux de la mer ne présentoient aucune diminution sensible de salure, et rien n'annonçoit, dans la force des courans
ou dans leur direction, qu'une masse d'eau considérable coulât du Nord.
Ainsi se termine le plus grand golfe qu'on connoisse à la Nouvelle-Hollande, après celui de Carpentarie. Malgré ses vastes dimensions, il reproduit la même série de phénomènes que nous avoient offerts, à la Nouvelle -Galles du Sud, Botany-Bay, Port- Jackson et Broken-Bay. Bien qu'en effet il n'ait pas été possible de reconnoître aucune échancrure dans les terres du fond du golfe, il n'en est pas moins tout-à-fait probable qu'il reçoit sur ce point une ou plusieurs rivières, analogues sans doute à la Grose ou à la Népean, et qu'il est, comme i'Hawkesburry, sujet, dans certaines circonstances, à de fortes inondations : c'est ce que semblent indiquer sur- tout les bancs de sable qui l'obstruent. Mais quelles que puissent être les rivières dont nous admettons ici l'existence, elles ne sauroient, non plus que la Grose ou la Népean, être jamais d'aucune utilité pour la navigation, ou même pour le commerce intérieur d'une colonie fixée sur ces bords.
La reconnoissance des rivages orientaux et du fond du golfe étant ainsi terminée, nos compagnons vinrent attaquer la côte de l'Ouest. Le 22 à midi, ils se trouvoient par le travers d'un gros cap, dont la latitude est de 3 2° ^3' , et qui mt consacré sous le nom de Cap Racine. Entre ce dernier point et le cap Delille, se trouve la baie Voltaire, de 7 à 8 milles d'ouverture. Plusieurs bancs de sable qui se projettent fort en avant de cette baie, en rendent l'approche dangereuse, même pour les petits bâtimens : plusieurs fois, en effet, le brassiage descendit de 3 brasses à 2 brasses et demie, bien que nos compagnons se trouvassent encore à près de deux lieues au large. Les mêmes dangers se reproduisent à la hauteur du cap Delille, et rendent cette partie du golfe véritablement impraticable pour les gros navires. Obligés, à cause des vents contraires, de louvoyer pendant près de 60 heures dans ces périlleux parages, MM. Freycinet et Boullanger n'eurent que trop de temps
pour bien déterminer la position et l'étendue de la plupart de ces hauts-fonds, et, sous ce rapport, leur travail est d'un grand intérêt.
Après avoir échappé, avec autant d'habileté que de bonheur, aux dangers continuels de cette dernière partie de sa navigation, M. L. Freycinet reconnut successivement le cap Lafomaine, la baie Corneille , le cap Molière , et vint passer la nuit du 24 janvier vis-à-vis une troisième baie, dont l'entrée lui parut absolument inabordable, à cause des bancs de sable qui l'obstruoient dans toute son étendue. Elle gît par 330 3' de latitude Sud, et reçut le nom de Baie Crébillon. Le cap Cliaulieu, qui la termine au Sud , se distingue par un morne élevé et très -remarquable : vu du milieu du golfe, il offre l'apparence d'un îlot solitaire, et, sous ce rapport, il devient un point de reconnoissance intéressant pour les navigateurs; il gît par 330 6' 22" de latitude australe, et par 1350 7' 48" de longitude orientale. Entre ce dernier point et le cap Amyot, on découvre r vers l'intérieur du pays, à la distance d'environ trois lieues du bord de la mer, un piton assez élevé; nous l'avons nommé Piton du Casuarina.
Ce fut en prolongeant cette dernière partie de côte, que nos compagnons éprouvèrent une illusion d'optique semblable à celle dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. « L'erreur étoit « si générale et si complète, dit M. Freycinet, que si nous 3j n'eussions pas été bien certains qu'il ne pouvoit exister aucune » terre dans des lieux où nous venions de naviguer, il n'eût pas y> été possible de se défendre d'un tel prestige. Ces rivages fantas- » tiques formoient comme un immense bassin , au milieu duquel •s* nous paroissiens placés. Quelques-uns de mes matelots étoient « si parfaitement abusés, qu'ils croyoient distinguer des arbres sur » cette prétendue terre; la brume seule, en se dissipant, put les « convaincre de leur méprise. »
Au-delà du cap Amyot, en continuant à se porter vers le Sud, nos géographes découvrirent successivement le cap Rollin , le cap
Condillac , l'île Volney , de 6 milles de longueur environ, le cap Dolomîeu, le r^y Portails, et plusieurs autres points remarquables, qui furent tous consacrés par quelques-uns de ces noms célèbres dont notre patrie s'honore : mais il en est malheureusement des détails géographiques, comme des détails relatifs à l'histoire naturelle ; plus ils sont multipliés, plus ils ont d'importance, et moins il seroit possible de leur donner le développement qu'ils exigeroient , et qu'ils doivent recevoir de mon ami M. L. Freycinet, dans la partie nautique de ce Voyage.
Cependant, à mesure qu'on se rapproche de l'entrée du golfe, sa largeur augmente rapidement ; elle est déjà de 60 milles à la hauteur de la baie Laplace, dont le milieu se trouve placé par 34° 15' de latitude, et par 134° de longitude orientale. Cette baie a près de trois lieues d'ouverture, et se termine au Nord par le cap Méchain, au Sud par la pointe Lacaille, vis-à-vis de laquelle est la petite île d'Alembert. Plus bas, gît Y anse Descartes, qui n'est, à proprement dire, qu'une partie même de la baie Laplace, mais qui se recommande à l'intérêt des navigateurs, par la commodité du mouillage qu'elle offre, et par sa sûreté. Le brassiage y donne, en effet, de 5 k 6 brasses, et le fond en est par-tout de sable fin; le cap Euler lui sert de limite vers le Sud.
Dans cette dernière partie de leur navigation, nos ingénieurs eurent occasion d'observer un fait important, et qui mérite bien d'être ajouté à ceux du même genre dont nous avons eu plusieurs fois à parler dans cette histoire. « Le 27 janvier au matin, dit » M. Freycinet, nous nous trouvions à la hauteur du cap Dolo- » mieu, rangeant la terre d'assez près, lorsque les vents s'élevèrent y> avec force du N. au N. O. Dans le même instant, nous éprou- » vâmes une chaleur excessivement forte, et qui se déclara tout- » à-coup avec ces vents » .
Ainsi donc , à la terre Napoléon, comme an canal Dentrecasteaax ,
et comme au port Jackson, les vents qui traversent ces régions sont caractérisés par une chaleur ardente.
Immédiatement au-dessous du cap Lalatide, est une nouvelle baie de 8 milles d'ouverture envicon, et que nous avons nommée Baie Masséna. Presque en face de cette baie se trouve le groupe des îles de Léoben , qui sont au nombre de sept , toutes peu considérables et stériles. La plus grande mesure à peine une lieue de longueur; elle fut appelée Ile Castiglione. Son milieu gît par 34° 30' 15" de latitude Sud, et sa longitude est de 134° 3' 42" à l'Est du méridien de Paris. Les autres îles du même groupe furent appelées Ile Bassano , Ile Dégo , Ile Mondovi , Ile Voltri , lie Milesimo et Ile Roveredo , en commémoration des principales victoires qui déterminèrent la célèbre paix de Léoben.
La baie Maret , qui se présente à peu de distance au Sud de la précédente, est elle-même large et profonde: indépendamment de deux petites îles qui sont à peu de distance de sa pointe méridionale, elle paroissoit offrir quelques détails vers son fond; mais commandés par les ordres impérieux de leur chef, nos ingénieurs ne purent s'en occuper, et poursuivirent leur route vers le Sud.
Nous voici parvenus maintenant au point le plus intéressant du golfe Bonaparte; nous sommes à l'entrée de ce magnifique jtw/ Champagny , dont nous avons donné déjà la description dans le chapitre xv de cette histoire, mais qui mérite bien de nous occuper encore quelques instans.
L'ensemble de ce port se compose de trois bassins, dans chacun desquels on ne trouve pas moins de 1 o à 1 2 brasses d'eau , fond de sable vaseux, et qui, par leur étendue, seroient susceptibles de recevoir toutes les flottes militaires de l'Europe. L'î/e Lagrange est à l'ouverture de ce port admirable,, et forme, avec le continent, deux passes, dans chacune desquelles les plus gros vaisseaux de guerre pourroient louvoyer avec sécurité. Celle du Nord est plus étroite, et correspond au bassin du même nom; celle du Sud est
plus large, et s'ouvre, d'une part, dans le bassin d-e l'Ouest, et de l'autre, dans le bassin du Sud. Entre l'île et la grande terre, est le canal Degérando , qui établit une communication directe des trois bassins entre eux, et qui offre luirmême un mouillage excellent aux flottes les plus nombreuses. L'île Victoire et l'île Suzanne, placées à l'ouverture du bassin méridional, offrent également de bons abris; il en est de même de l'île Gérant, pour le grand bassin de l'Ouest. Rappellerai -je maintenant ce que j'ai dit ailleurs de la fertilité du sol! Parlerai-je des vallons, qui semblent indiquer autant de sources ou de ruisseaux d'eau douce î Dois-je insister sur ces feux multipliés qu'en approchant du port nos compagnons apercevoient sur tous les coteaux voisins, et qui paroissoient y attester l'existence d'une population beaucoup plus nombreuse que sur les autres points de la terre Napoléon! ..... Digne rival du port Jackson, le port Champagny est, sous tous les rapports, un des plus beaux du monde; et de tous ceux que nous avons découverts, soit au Sud, soit à l'Ouest, soit au Nord de la Nouvelle-Hollande, il est, je le répète, le plus propre à recevoir une colonie européenne.
Cependant, depuis vingt-un jours, nos ingénieurs poursuivoient leurs précieuses observations au milieu des vastes enfoncemens que nous venons de décrire ; le terme prescrit pour leur retour à l'île Decrès alloit expirer, et le caractère 4U chef leur étoit connu. . . . Bien sûrs d'être impitoyablement abandonnés en cas de retard, il leur fallut se résoudre, dans la journée du 30 janvier, à faire route pi. \Ms,xi.° y. pour la baie Bougainville, quoiqu'il leur restât encore quelques points à reconnoître au Sud du port Champagny et dans le port Champagny lui-même. . . . Mais déjà leurs craintes étoient réalisées, et le Géographe avoit mis sous voiles, lorsque, le i.er février au matin, ils parurent à la vue du cap Delambre.