‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 25 sur 115 · H2 VOYAGE DE DECOUVERTES · texte numérisé non relu

H2 VOYAGE DE DECOUVERTES

de toute espèce de montagnes, ou même de tout piton intérieur,

il faut ajouter ici la dépression du terrain , la foiblesse extrême de

la végétation, et, par-dessus tout encore, l'abondance des sables

qui recouvrent le sol d'une couche aride, profonde et mobile,

dont l'effet nécessaire est de s'opposer à la réunion des eaux à sa

surface.

Indépendamment des marais salés qui obstruent l'anse Tourville, et de ceux infiniment moins considérables dont j'ai parlé en décrivant la crique de l'île Eugène , on trouve encore dans l'intérieur de cette dernière île quelques petits étangs salés , sur le bord desquels je recueillis deux espèces de coquilles qui leur sont particulières. Cette eau tiroit évidemment son origine de celle de l'Océan, qui, à travers les dunes de sable, avoit filtré jusque dans ces lieux plus déclives.

Pendant les deux jours que nous avons passés sur ces bords , la marée s'est élevée de 6 à j pieds ; mais comme nous nous trouvions alors au milieu de l'été , il est probable que cette élévation est beaucoup plus considérable au temps des équinoxes ; dans quelques endroits même, j'ai cru remarquer des lignes de marée qui n'avoient pas moins de 10 à 12 pieds de hauteur au - dessus du niveau de la basse mer.

La température, observée dans l'ombre et à midi, a varié de 1 3 à 16 degrés, et le baromètre s'est soutenu de 28 pouces 3 lignes à 28 pouces 4 et même 5 lignes. Pendant tout ce temps, les vents du S. E. , du S. S. E. et de l'E. S. E. ont soufflé seuls; et comme ce sont à- la -fois les plus secs et les plus froids qu'on puisse éprouver dans ces parages, il est probable que c'est à leur influence qu'il faut attribuer l'élévation moins grande du thermomètre, et l'ascension plus forte du baromètre, sur ces plages, que leur position en latitude ne semble le comporter : il en est de même de la sérénité du ciel, et de la marche de l'hygromètre, qui se soutenoit à peine de 70 à 8o° ; terme d'humidité beaucoup moindre qu'on

ne

ne devoit la supposer à cette latitude, et bien inférieur, sans doute, au terme de celle que nous eussions éprouvée, si, au lieu des vents du Sud et du Sud-Est, avoicnt régné ceux de la bande.de l'Ouest, et même du S. O. et de l'O. S. O. C'est ainsi, je le répète, qu'il convient, dans tous les temps et dans tous les lieux, d'analyser avec soin les résultats des expériences météorologiques , et de s'aider, pour les discussions de ce genre, de tous les secours que peuvent offrir la physique générale et la constitution particulière des contrées qu'on observe.

Toutes les parties de la terre de Diémen , ainsi que nous l'avons Pi.r.

dit ailleurs, sont essentiellement primitives : il en est de même de l'île Bruny, de l'île Maria, de l'île Schouten, des îles Furneaux, des îles Hunter, de l'île King, du promontoire de Wilson, du port Western et de l'île Decrès ; il en est de même aussi des îles qui nous occupent, et de la portion du continent voisine de ces îles. Par-tout, en effet, où j'ai pu pénétrer, j'ai trouvé diverses espèces de granits, de quartz et de schistes primitifs, et MM. Ransonnet et Faure ont rapporté les mêmes produits du fond de l'anse qu'ils étoient allés explorer.

Tous les granits se composent de feld- spath qui leur sert de base, de quartz et de mica. Parmi les nombreux échantillons que j'en ai recueillis moi-même, on distinguoit trois variétés plus importantes que les autres.

La première est un granit feuilleté, de couleur gris-verdâtre ,' à très-petits cristaux ; il forme une grande partie des galets de l'île Eugène.

A la seconde variété se rapporte un granit en masse, avec des lignes noires, obliques et flexueuses ; il se compose de feld-spath , de quartz gras légèrement rougeâtre, et de mica noir : c'est cette dernière substance qui forme les lignes dont nous venons de parler. Ce beau granit paroît constituer la base de l'île Eugène ; on le retrouve aussi sur les parties voisines du continent.

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