‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 58 sur 115 · TOME II. *F · texte numérisé non relu

TOME II. *F

stérile , dépourvue de toute eau douce ; sa surface est entièrement couverte de dunes sablonneuses, peu élevées et mobiles : le fond du sol paroît formé d'une espèce de grès calcaire , tout rempli de coquilles de diverses sortes. D'immenses bancs de sable enveloppent cette île de toute part, laissant à peine entre eux quelques intervalles, où l'on trouve de 3 à 4 mètres [9 à 12 pieds] d'eau. C'est à ces endroits plus profonds qu'appartiennent sur- tout les plantes marines dont les tortues se nourrissent ; ces amphibies eux-mêmes habitent plus particulièrement la côte Occidentale de l'île. La partie de l'Est est infestée de requins d'une grandeur et d'une voracité également remarquables : un de ces monstres faillit dévorer ce même Lefevre qui m'avoit sauvé la vie aux îles Joséphine (t. II, pag. ///); déjà il étoit renversé ; le terrible squale alloit l'engloutir, lorsque trois autres matelots , accourus à ses cris , parvinrent à le soustraire à la gueule de l'animal. Furieux de se voir enlever ainsi sa proie , le requin s'élança à diverses reprises contre le matelot , parvint à lui arracher une partie de ses vêtemehs, et ne se retira qu'après avoir reçu cinq blessures.

Plusieurs fois, nous avons indiqué d'intéressans rapports entre la nature du sol et celle des êtres vivans qui lui sont propres ; nous avons vu par - tout les diverses tribus d'animaux de terre ou de mer, correspondre ' à telles ou telles latitudes, à tels ou tels climats , s'accommoder exclusivement de telle ou telle température, de tels ou tels alimens, et ne pouvoir exister que là où se trouvent réunies toutes les circonstances physiques indispensables à leurs besoins. Ce n'est pas seulement au naturaliste que des considérations de ce genre doivent être utiles ; souvent le géographe peut en retirer de précieuses lumières ; il peut souvent en déduire des conséquences du plus grand intérêt pour l'objet de ses recherches. Malheureusement , il faut l'avouer, cette partie si belle et si philosophique de l'histoire naturelle est à peine ébauchée ; et les relations des voyageurs , qui devraient

lui servir de base , n'offrent ordinairement que des inexactitudes ou des erreurs, au lieu des faits précis et des notions rigoureuses dont la science auroit besoin. Ce qui nous reste à dire encore sur la baie des Chiens-marins, fournira la double preuve de cette dernière assertion et de l'importance des recherches dont il s'agit.

Parmi les nombreuses observations que Dampier avoit faites à la baie des Chiens-marins, il en étoit une d'autant plus importante à vérifier, qu'elle contrastoit davantage avec tout ce que nous avions pu voir nous-mêmes dans ces parages; je veux parler de cette tête d'Hippopotame que le célèbre navigateur Anglois prétendoit avoir trouvée dans l'estomac d'un requin3: il est, en effet, bien prouvé pour les naturalistes,

i.° Que le véritable Hippopotame [ Hippopotamus amphibins , Lin. y, appartient exclusivement à l'Afrique ,'

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