‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 63 sur 115 · TOME II. H II · texte numérisé non relu

TOME II. H II

porté dans un ras de marée, et successivement près des récifs qui sont au Nord de la plus Septentrionale des îles Lacepède. Dans cette position dangereuse , il laissa tomber l'ancre pour attendre le jour. La vitesse du courant mesurée à son maximum, pendant la nuit, alloit à près de 2 milles par heure.

Le 1 1 avril, nous traversâmes de nouveau ce groupe de bancs et de récifs qui, lors de notre première campagne, avoit été nommé par nous Bancs des Baleines.

D'innombrables légions d'oiseaux que nous vîmes s'élancer , dès le matin, du continent vers la pleine mer, et revenir à la nuit sur la grande terre, nous firent soupçonner qu'indépendamment des hauts- fonds littoraux parmi lesquels nous nous trouvions, il en existe encore de plus au large, susceptibles d'assécher, et sur lesquels ces animaux vont, durant le jour, chercher une nourriture plus abondante et plus facile.

Le 1 2 avril , nous reçûmes un orage violent de la partie du Sud qui nous fit chasser sur nos ancres durant la nuit.

Le 1 3 , à la pointe du jour, nous eûmes connoissance de plusieurs petites îles auxquelles nous donnâmes le nom d'Iles Emériau. Nous distinguâmes aussi, à diverses reprises, quelques parties d'une terre que nous présumions appartenir au continent. Ce fut dans ces parages que vint aborder, en 1688, le célèbre Dampier : il ne mit cependant pas à terre sur ce point; mais il alla jeter l'ancre dans une baie que nous n'avons pas visitée, et qui gît à peu de distance dans l'Est du cap Lévêque.

Pendant la nuit, nous eûmes beaucoup d'éclairs très -vifs, et une atmosphère extrêmement humide et nébuleuse ; circonstance fort rare dans ces parages , ainsi que nous avons eu déjà l'occasion de le faire observer lors de notre première exploration de cette côte.

Le 1 4 avril, dans la matinée, nous eûmes encore la terre en vue, mais à une trop grande distance pour pouvoir distinguer lés détails

de la côte. Nous passâmes la nuit au mouillage. Un orage violent fît chasser le Géographe , ce qui fatigua tellement son câble, que le lendemain il rompit à l'appareillage ; l'ancre fut perdue.

Le 1 5 , peu de temps après que nous fûmes sous voiles , on aperçut la terre ; nous la reconnûmes pour une île de deux lieues de longueur, et qui fut nommée Ile Caffarelli. A neuf heures du matin, nous nous rapprochâmes d'un banc assez étendu, dont la partie Septentrionale, qui est rocailleuse et à fleur d'eau, étoit alors entièrement à sec ; la sonde, jetée à petite distance, ne trouva point de fond à 25 brasses. Un banc de sable. sous l'eau tient à ce récif, et se prolonge à grande distance ; nous ne croyons pas cependant qu'il aille se joindre à l'île Caffarelli, vers laquelle toutefois il se dirige. Nous avons désigné ce danger sous le nom de Récif Brué, du Chef de Timonnerie du Casuarina , jeune homme rempli de dispositions et de zèle pour la géographie.

Sur les trois heures, la terre fut de nouveau découverte de l'avant à nous, et bientôt nous la reconnûmes pour un groupe d'îles dont l'une, l'île Adèle, lors de notre campagne précédente, nous avoit paru tenir au continent. Une brume épaisse qui régnoit à l'horizon à cette époque, fut cause de cette erreur singulière, qui n'a pu être réellement démontrée pour nous qu'après la discussion de nos relèvemens et la construction de nos cartes. C'est pour cette raison que le premier volume de cette Histoire , pag. 133 , indique faussement au Sud du cap Molien , une baie Berthoiid qui n'existe point et ne fut jamais que fantastique. ( Voyez X errata général à la fin de ce volume.)

Après nous être éloignés de la côte pendant deux jours, nous nous en rapprochâmes le soir du 1 8 avril , à la hauteur des îles Champagny. Nous relevâmes de nouveau ce groupe d'îles et la partie du continent qui en est voisine ; nous reprîmes ensuite la bordée du large. Durant la nuit, nous eûmes un violent orage, accompagné de fortes rafales , qui soufflèrent successivement de tous

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les points de l'horizon, et nous obligèrent de mettre à la cape.

Le 20 avril, de grand matin, nous aperçûmes la terre, que l'on reconnut pour appartenir à ces groupes d'îles et d'îlots que nous avions désignés, en août 1801, sous les noms à' Iles d'Arcole et d'Iles Maretj nous découvrîmes encore plusieurs autres îles qui n'avoient point été aperçues : elles furent nommées IleFontanes , Ile Tournefort, Ile Augereau , Ile Gliampionnët , &c. Le Commandant ne voulant pas s'engager au milieu de cet archipel , et ne jugeant pas à propos d'y envoyer le Casuarina, se contenta d'en prolonger une seconde fois extérieurement le contour. Nous retrouvâmes ici ces formes bizarres de tombeaux antiques, de plateaux uniformes, de pyramides régulières, de cônes élevés, qui, dans notre première exploration, avoient si particulièrement fixé tous les regards.

Dans la soirée, nous doublâmes, à petite distance, un grand récif hérissé de roches à fleur d'eau, qui gît au N. O. des îles Maret. La sonde, à un mille de ce banc, ne trouva pas le fond à 30 brasses. Nous mouillâmes la nuit au Nord de cette batture par les 30 et 40 brasses d'eau, fond de marne.

Le 2 1 avril fut employé à continuer la reconnoissance de l'archipel que nous avions en vue. Quelques points d'une terre éloignée , dont le plus saillant fut désigné sous le nom de Cap Cliâteaurenaud , nous parurent appartenir au continent ; plusieurs fumées que l'on distinguoit çà et là , étoient une induction favorable à cette opinion. Nous passâmes la nuit à l'ancre dans le N. O. et fort au large des îles Montalivet.

Les 22 et 23 avril, nous fûmes tellement contrariés par les calmes et les courans , que nos opérations géographiques furent presque entièrement nulles. Ce dernier jour , dans la matinée , nous doublâmes un banc à fleur d'eau qui fut contourné dans l'Est par le Casuarina. A midi, nous étions par 1 30 50' 2" de latitude Sud, 1 2 30 8' o" de longitude Orientale, et en vue des îles de l'Institut.

Le 24, au matin, le calme continuant toujours, notre Commandant se décida à mettre un canot à la mer, pour envoyer reconnoître l'île Cassini, qui étoit alors par notre travers. Il eût été à désirer que cette portion intéressante de la côte, qui jusqu'à ce jour n'avoit été examinée par nul Européen , pût être explorée sous les rapports de la géographie et de l'histoire naturelle ; on doit donc regretter que le commandement de cette embarcation ait été confié à un simple matelot. Le soir, étant sur un fond propre au mouillage , nous laissâmes tomber l'ancre dans le N. O. de l'île Cassini, pour attendre notre embarcation, dont le retour étoit fixé au lendemain matin.

Le 2) avril, au lever du soleil, nous découvrîmes notre bateau qui manœuvroit pour rejoindre le bâtiment; à sept heures, nous le vîmes changer de route tout-à-coup, s'enfoncer dans une grande ouverture comprise entre deux îles voisines , et bientôt il fut perdu de vue. Cette conduite étonna d'autant plus tout le monde abord, que cette embarcation s'éloignoit ainsi beaucoup de nous, et agissoit en opposition des ordres qui lui avoient été donnés.

A midi, nous la vîmes reparoître et sortir de l'enfoncement dans lequel elle étoit entrée le matin ; à deux heures, elle fut de retour à bord : nous apprîmes alors que les manœuvres dont nous n'avions pu deviner la cause, avoient eu pour but de se rapprocher d'une flottille de pros Malais, aperçue, par nos gens, derrière ces îles.

Sur cette même île Cassini, où notre canot avoit abordé, et dans une anse de sable voisine de celle où il avoit passé la nuit, se trouvoient au mouillage deux grands pros Malais qui n'avoient pas été vus dans la soirée ; mais à la pointe du jour , ces bâtimens ayant mis sous voiles pour se rapprocher de l'île CondilLic , notre canot se mit à leur poursuite. A peine avoit-il doublé la pointe derrière laquelle s'étoient tenus les deux pros , qu'on en aperçut deux autres qui mettoient sous voiles avec précipitation. Notre

embarcation ne put joindre que l'un de ces derniers, les autres s'étant enfuis à force de rames. Quelle fut la surprise de nos gens de voir que l'équipage de ce navire étoit entièrement composé de Malais; malheureusement, il n'y avoit personne à bord du canot qui fût, par son instruction, en état de profiter d'une rencontre aussi singulière; aussi nos matelots, après avoir échangé quelques œufs de tortue pour du biscuit, se hâtèrent de revenir à bord pour apporter la nouvelle de ce qui venoit de leur arriver.

Il étoit important d'acquérir des renseignemens exacts sur l'objet de la présence des Malais sur cette côte; il fut, en conséquence, décidé que notre canot seroit réexpédié dès le même jour pour aller faire les recherches nécessaires. Cette embarcation fut mise sous le commandement du Chef de Timonnerie du Géographe , et le Casuarina ne reçut ordre de la suivre que pour la protéger en cas d'attaque. Le calme le plus absolu régnoit alors à la surface des Mots, et ne permettoit pas au Casuarina de faire usage de ses voiles : obligé de s'avancer à l'aviron, le canot eut sur lui les plus grands avantages; aussi ce dernier parvint -il seul à établir quelques rapports avec les Malais. A l'égard du Casuarina-, la rigueur de ses ordres l'obligea de revenir au mouillage où étoit le Géographe , avant même d'avoir pu atteindre la flottille Indienne.

Quelque peu favorisée qu'ait été la navigation du Casuarina derrière les îles auprès desquelles nous étions mouillés, elle a cependant enrichi la géographie de cette partie des côtes de la Nouvelle-Hollande de la connoissance de vingt îles nouvelles. Ces îles composent la plus grande partie du groupe que nous avons désigné sous le nom général d'Iles de l'Institut , en l'honneur de cette société célèbre dont s'enorgueillit notre patrie. Les principales furent nommées Ile Bougainville , Ile Borda, Ile Corneille , Ile Laplace, Ile Lavoisier , &c. (Voyez le plan particulier, planche n.° 8 de l'atlas, 2.e partie.)

A la faveur de ses avirons, notre canot, ainsi que je viens de le

dire, avoit pu joindre les pros Malais, et voici ce que nous recueillîmes, tant des matelots que de la personne chargée de diriger cette mission importante.

La flottille que l'on étoit allé reconnoître, beaucoup plus considérable que nous ne l'avions cru d'abord , consistoit en vingtquatre ou vingt -six grands pros, expédiés de Macassar pour faire sur cette côte la pèche des Holothuries, espèce de zoophite connu des Malais sous le nom de Tripan. Chaque année, plusieurs flottilles de ce genre viennent sur ces rivages à la faveur de la mousson du N. O. , et s'en retournent au commencement de celle da S. E. chargés du produit de leur pêche. Le Commandant de ces pros étoit un vieux Raja Malais, et le seul de sa flotte qui eût une boussole; cet instrument, de deux pouces de diamètre seulement et d'une construction fort imparfaite , lui suffisoit cependant pour diriger la route commune de tous les navires sous ses ordres.

Nos gens apprirent que toute cette côte étoit garnie de grands bancs de sable qui asséchoient en partie de basse mer ; qu'ils étoient alors couverts d'une énorme quantité d'animaux divers, particulièrement de ces Holothuries dont les cargaisons des Malais se composoient ; que les tortues franches, et même le caret, se trouvoient en nombre très-considérable sur l'accore de ces bancs, et fournissoient aux pécheurs une nourriture abondante et salubre ; que tous ces rivages étoient excessivement poissonneux; que le continent étoit à peu de distance , et qu'il se trouvoit de l'eau douce dans une petite rivière qui venoit se jeter à la mer ; que les habitans de cette partie étoient extrêmement farouches, et que chaque fois qu'on vouloit faire de l'eau sur le continent, on étoit obligé d'y descendre en grand nombre et armé ; qu'il étoit rare que ces expéditions se terminassent sans effusion de sang de part ou d'autre ; que tout récemment un Malais avoit été tué à la suite d'une attaque de ce genre , et que plusieurs d'entre eux y avoient été blessés.

Tels furent les renseignemens que nous procura la rencontre la plus singulière et la plus intéressante qu'il fût possible de faire sur ces bords inhospitaliers.

Ainsi que nous l'avons fait observer dans le VIII. e chapitre de cette relation, tom. I, les Malais paroissent avoir connu le commerce et la navigation à une époque dont les fastes de l'histoire ne sauroient assigner la date précise, ou même vraisemblable ; on peut donc présumer qu'ils découvrirent la Nouvelle -Hollande, bien des siècles peut-être avant que les Européens connussent euxmêmes l'existence du grand archipel d'Asie. Cette connoissance des rivages de la Nouvelle - Hollande ne dut pas être pour les Malais un motif de s'y fixer. En effet , ces plages arides et sablonneuses, ces rivages noyés, privés presque par -tout d'eau douce, étoient peu susceptibles de séduire des peuples établis au milieu des régions les plus fécondes et les plus riches par leur sol. On peut donc croire que les Malais, après avoir examiné les côtes de la Nouvelle-Hollande, s'abstinrent long-temps de ies fréquenter. A une époque plus moderne, leurs rapports multipliés avec les Européens et les Chinois ayant étendu leur commerce, les peuples Malais ont dû naturellement tâcher de se procurer plus abondamment ceux des objets que les Chinois recherchent avec tant d'empressement et d'ardeur. Parmi ces objets , la classe des aphrodisiaques mérite une attention particulière de la part de l'observateur.

Quelques éloges que l'enthousiasme ou l'esprit de parti se plaise à donner à la nation Chinoise ou à son gouvernement, toujours est-il vrai que nul peuple au monde ne porte plus loin le raffinement de la corruption et de la débauche. Il n'est aucun voyageur qui n'ait pu juger par ses rapports avec les Chinois, combien à cet égard leur imagination est fertile et féconde; dans les simulacres de quelques-uns de leurs dieux , dans la forme de leurs vases , dans leurs statues mécaniques, dans leurs peintures, et jusque dans leurs

feux

feux d'artifice , il n'est sorte de combinaisons dégoûtantes , d'attitudes obscènes qu'ils n'aient su reproduire.

Mais à la Chine, comme en Europe, cet excès de libertinage ne demeure pas impuni ; l'épuisement le suit de près. Il a donc fallu chercher dans la nature et dans l'art les moyens d'exciter des forces affoiblies ou même presque entièrement éteintes. De là, l'usage immodéré de tant de substances excitantes, et cette foule de pratiques infâmes qu'il seroit indiscret de développer ici; de là encore ces philtres des courtisanes Chinoises, dont les Chinois que nous avons pu voir à Timor ne parloient qu'avec une sorte d'ivresse : perfides secours qui ne rendent aux organes une vigueur momentanée que pour précipiter leur ruine, et amener bientôt tous les maux qu'elle traîne après elle !

II est une autre sorte d'aphrodisiaques , beaucoup moins déraisonnables sans doute , mais qui me paraissent cependant emprunter des préjugés une grande partie de leur célébrité : ce sont ces nids d'hirondelles gélatineux, si renommés dans tout l'Orient, et qui forment une branche de commerce importante ; ce sont aussi les pieds de cerfs, les ailerons de requins ou de squales; certaines espèces de coquillages qu'on sale légèrement, et qu'on mange à moitié corrompus ; ce sont enfin ces Tripans ou ces Holothuries , dont la pêche occupe annuellement un si grand nombre de navires dans les mers équatoriales de l'Asie.

Plusieurs espèces d'Holothuries existent dans nos mers d'Europe; mais c'est entre les tropiques sur -tout qu'elles se montrent plus variées et plus nombreuses. Ces animaux, que les naturalistes rangent dans la classe des zoophytes mous , sont d'une forme cylindroïde ; leurs proportions varient suivant les espèces : il en est qui n'ont pas moins de 2.5 à 30 pouces de longueur; l'Ile-de-France en nourrit sur ses rivages, qui quelquefois ne sont guère au-dessous de ces proportions. Dans la plupart des contrées du monde, on fait rarement usage de ces Holothuries ; mais les Chinois s'en servent comme tome 11. Ii

d'un puissant aphrodisiaque , et répandues dans tout l'empire,

elles s'y vendent à très-haut prix.

Les bancs nombreux qui existent entre les îles du grand archipel d'Asie étant très - riches en zoophytes de ce genre, les Malais se trouvent depuis long-temps, à ce qu'il paroît, en possession d'en faire le commerce principal; et cette exportation est d'autant plus avantageuse , que la manière de les préparer est plus simple et plus prompte; H suffit, en effet, après les avoir retirés de l'eau, de les placer sur des nattes étendues à la surface de la terre , et de les exposer au soleil ardent de ces régions. Ces animaux se resserrent tellement alors sur eux-mêmes , que leur longueur se réduit à environ cinq ou six pouces. Quand ils ont été parfaitement desséchés , on les embarque dans des pros destinés à cette sorte de pêche, et de là ils sont portés à Batavia, à Macassar, et dans différens autres lieux, d'où on les expédie ensuite pour Canton ou pour Macao.

D'après les renseignemens que nous nous sommes procurés à Timor, auprès de quelques Chinois éclairés, il paroîtroit que la rorme des Tripans, qui leur a mérité en diverses contrées le nom de Prïapes marins , ainsi que leurs grandes dimensions , sont la source principale des rares vertus qu'on leur prête ; mais si c'estlà un préjugé ridicule , il s'en faut beaucoup qu'on doive porter le même jugement du fait lui-même, c'est-à-dire, de la vigueur nouvelle qu'une pareille nourriture est susceptible de rendre à l'homme. En effet, toutes les parties de ce zoophyte singulier se trouvent enveloppées dans une espèce de sac épais et membraneux, que l'on peut, par une forte cuisson, résoudre en une gelée très-épaisse, très-substantielle et dès-lors très-corroborative ; et si l'on fait attention qu'il en est de même des ailerons de requins, des nids gélatineux, des pieds de cerf, &c. , on conviendra sans doute que cette classe d'aphrodisiaques est préférable à la première, et que si le principe sur lequel se fonde l'usage est absurde, du

moins l'effet en est sûr et même très-puissant. A la vérité , plusieurs substances indigènes, les pieds de veau, par exemple, pourroient offrir les mêmes propriétés ; mais à la Chine, ainsi qu'en Europe, les préjugés se trouvent favorables à tout ce qui porte avec soi le double intérêt d'une production exotique et de la rareté. Servis exclusivement sur la table des riches et des grands de l'Empire , ces nids, ces ailerons, ces pieds de cerf et ces Tripans, s'y présentent à -la -fois comme une source de vigueur nouvelle, et comme un témoignage éclatant de la fortune et de la puissance de l'homme qui en fait usage.

Quoi qu'il en soit, à mesure que la consommation de ces objets s'est multipliée , les pêcheurs de Tripans ont été forcés d'étendre le théâtre de leurs excursions. Le grand banc de Sabul , qui se trouve au Sud de Timor, occupe tous les ans un grand nombre de barques destinées à cette pêche ; il en est de même des bancs de la côte N. O. de la Nouvelle -Hollande. Mais ici tout semble concourir au succès de recherches de ce genre : de toute part, en effet, se développent d'immenses bancs de sable dont plusieurs découvrent à mer basse, et présentent aux pêcheurs des millions d'animaux divers ; ici brille toujours un soleil ardent sur une terre sablonneuse, stérile et blanchâtre, qui ajoute encore à l'ardeur de ses rayons, et rend par-là plus facile et plus prompte la dessiccation de ces zoophytes.

Ceux de nos gens qui avoient été sur l'île Cassini , rapportèrent un assez grand nombre de coquillages qui tous appartenoient, à quelques variétés près de couleurs et de proportions, aux espèces que nous avions précédemment recueillies à Timor ; en revanche, pas une seule des espèces du Sud de la Nouvelle-Hollande et de la terre de Diéinen: résultat curieux, également applicable à toutes les branches du règne animal. Nous apprîmes encore de nos matelots que toute la portion de l'île sur laquelle ils avoient abordé, étoit composée de substances madréporiques et calcaires , et que , sous

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ce rapport , la constitution de ces rivages étoit semblable à celle

de Timor.

A peine le canot et le Casuarina furent de retour, que notre Commandant s'empressa d'appareiller pour reprendre l'exploration des terres en vue; mais bientôt il 'fut contraint par les calmes de laisser de nouveau tomber l'ancre.

Le Casuarina, qui, à six heures du soir, étoit à quelques milles dans le N. O. du Géographe, découvrit et vint reconnoître, à la distance d'une ou deux encablures, un banc de sable et de roches à fleur d'eau, sur lequel la mer doit briser avec force, lorsqu'elle est agitée par le vent. La sonde , à moins d'un mille de ce banc dangereux, a rapporté 3 ^ brasses.

Le 28 avril, nous continuâmes à prolonger cette suite immense de bancs, auxquels nous avons donné le nom de Bancs des Holothuries. Quelques-uns étoient à découvert, et l'on apercevoit, de distance en distance , des pointes de rochers qui se montroient sur leur surface blanchie par l'écume des vagues. Une terre, aperçue à grande distance au-delà, nous laissa dans l'incertitude de savoir si elle appartenoit à des îles ou au continent.

Le 29 et le 30 avril, après avoir été de nouveau contrarié par l'extrême foiblesse du vent, suite ordinaire du revirement de la mousson dans ces parages , notre Commandant désespéra de pouvoir continuer, à l'époque où nous nous trouvions , la reconnoissance de la terre de Witt, et se décida, en conséquence, à faire une seconde relâche à Timor : son projet étoit, après avoir pris les rafraîchissemens dont il avoit besoin, de s'élever contre mousson jusqu'à la hauteur du cap AX^alshe, à l'extrémité S. O. de la Nouvelle-Guinée, et de profiter ensuite des vents de S. E. , qui seroient alors dans toute leur force, pour explorer le golfe de Carpentarie, et compléter la reconnoissance de la terre de Witt. Nous verrons dans le XXXIII.e chapitre quel fut le succès de cette dernière partie de nos opérations aux Terres Australes.

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Par suite de cette détermination , l'ordre de route fut donné au N., et le 30, à six heures du matin, nous mîmes sous toutes voiles pour gagner la relâche projetée.

Ainsi se termina , pour la seconde fois , notre navigation à la terre de Wit't. Sur la simple exposition des faits , le lecteur aura pu se convaincre que cette partie de la Nouvelle - Hollande offre un grand nombre de dangers et d'obstacles, et sans doute il faudra un concours de circonstances bien favorables, pour que la géographie en soit faite avec tous les détails qu'elle comporte. Les récifs, les hauts-fonds, les courans, les hautes marées, les vents, les calmes même, la brièveté des jours, tout semble ici se réunir pour repousser le navigateur et contrarier ses opérations.

A la vérité , les pros Malais fréquentent habituellement ces rivages; mais d'abord, si l'on fait attention à la petitesse de ces barques qui leur permet de naviguer sans danger au milieu des hauts -fonds et des bancs de sable ; si l'on observe que le long séjour près des côtes, qu'exige la pèche des Malais, leur fournit l'avantage de pouvoir profiter de la mousson du N. O. pour l'arrivée sur ces plages , et de celle du S. E. pour leur retour dans les îles d'Asie, on conviendra sans doute qu'une navigation de ce genre est absolument dégagée de tous les périls qui se réunissent contre les Européens^.

Au reste, quelque peu satisfaisans que soient nos résultats particuliers, ils n'en sont pas moins précieux. En effet, la position géographique des divers points de la terre de Witt n'ayant été déterminée que par des navigateurs fort anciens, ne l'avoit même été par eux que d'une manière aussi défectueuse que les méthodes dont ils faisoient usage. On peut, au contraire , regarder comme très-exact ce que nous avons pu faire en ce genre ; l'excellence de nos instrumens et l'attention scrupuleuse de nos observateurs en sont un sûr garant : d'ailleurs la plupart de nos relèvemens ont été vérifiées sur les lieux à deux époques différentes , et peu de

travaux de cette espèce ont eu à subir une pareille vérification.

On pourra donc partir aujourd'hui , pour de nouvelles découvertes , des points très-nombreux d'ailleurs que nous avons fixés ; et conséquemment éviter cette foule de récifs et de hauts-fonds au milieu desquels nous avons tant de fois couru de si grands périls.

Sans doute il sera possible à l'avenir de faire mieux que nous sur ces rivages ; mais nos propres efforts et nos découvertes n'en conserveront pas moins l'honorable titre des premières difficultés vaincues , et nos travaux seront toujours un des élémens essentiels des succès qu'ils auront préparés. Ainsi la perfection dans les découvertes nautiques, comme dans les sciences, est le fruit tardif de l'expérience et du temps ; on ne peut y arriver que par une suite de degrés plus ou moins rapides , dont souvent les derniers ne sont pas les plus difficiles à parcourir.

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