SECTION DEUXIÈME
Teinpératurc de la JVler à diverses profondeurs.
1 .° Description d'un nouvel appareil pour déterminer la température de la mer à de grandes profondeurs.
Autant les expériences à faire sur la température des eaux de la mer à sa surface sont simples et faciles, certaines dans leurs résultats , autant celles que l'on répète sur cette même température, à des profondeurs plus ou moins grandes, sont compliquées et délicates; autant sur-tout il est difficile de s'assurer de cette exactitude indispensable lorsqu'on doit établir des rapports. Des observations de ce genre m'ayant été recommandées particulièrement, lors de mon départ, par MM. Fourcroy, Laplace, Brisson et
Lamétherie, je crus devoir m'en occuper; et, pour le faire avec plus de succès, je cherchai d'abord à me procurer un appareil d'une composition plus simple, d'un emploi plus facile, et d'une exactitude plus grande aussi dans les résultats, que tous ceux que je savois avoir été jusqu'à ce jour mis en usage par les physiciens qui se sont occupés de cet objet. En effet , les thermomètres de Mallet et de Pictet; celui de Micheli, connu sous le nom de thermomètre pour les puits ; celui du comte de Marsigli , celui de Cavendish , celui à ressort, ceux de Saussure, le cylindre à double soupape de Forster, de Morozzo, le cylindre de verre scellé à la lampe d'émailleur, la bouteille d'ÏRViNG ; en un mot, tous les moyens employés jusqu'à ce jour me paroissant avoir des inconvéniens plus ou moins graves, je parvins, en méditant beaucoup cet objet, à la construction de l'appareil dont je vais présenter ici les détails.
Rien de plus facile que de plonger un thermomètre à la profondeur jugée convenable ; mais ce qui n'est rien moins que d'une exécution aussi simple, c'est de disposer cet instrument de telle sorte , que la température acquise à cette profondeur ne puisse sensiblement varier pendant le temps nécessaire pour le ramener à la surface. Le seul moyen que j'avois d'arriver à ce but étoit de rendre mon thermomètre le moins sensible possible, et, pour cela, de disposer autour de lui plusieurs enveloppes de substances peu conductrices du calorique. Elles sont en grand nombre ; mais parmi celles qui possèdent à un degré plus éminent cette propriété, on distingue sur -tout l'air, le verre, le bois, le charbon, les graisses et les résines. Je résolus de les employer toutes à-lafois, et dans un ordre tel, que leur faculté peu conductrice du calorique devînt encore plus foible. On sait, en effet, que la chaleur, de même que le fluide électrique, pénètre d'autant plus difficilement les corps, qu'ils sont d'une nature plus différente entre eux. Cette idée si simple, qu'il doit paroître étonnant qu'elle ne
se
se soit pas d'abord offerte à ceux qui les premiers se sont occupes de cet objet, est cependant un sûr garant de la supériorité de mon appareil sur tous ceux dont on s'est servi jusqu'à ce jour. A la vérité , plusieurs substances peu conductrices du calorique avoient été successivement employées dans les expériences sur la température de la mer; mais toutes ne l'ayant été qu'isolément, et d'une manière quelquefois même peu raisonnée, les résultats obtenus par tant d'appareils divers ne sauroient être rigoureusement comparables, soit avec eux-mêmes, soit entre eux tous; double et précieux avantage qui doit appartenir, ce me semble, à l'appareil nouveau dont j'ai fait usage : les détails de sa construction doivent en faire ressortir tout l'intérêt.
Un thermomètre àmercure ( t,Jîg. /) , porté sur une règle d'ivoire , pi. xl. est renfermé dans un cylindre de verre de 3 centimètres environ de diamètre. Cet instrument est placé dans un étui de bois (c) plus long que lui, et d'un diamètre double de celui du tube de verre; il résulte de cette disposition un espace libre qu'on remplit exactement de poussière de charbon de bois (dj : le tout est ensuite posé dans un troisième cylindre de métal (a) , d'un diamètre également double de celui de l'étui de bois; le nouvel espace libre est rempli par du suif fondu (b) qu'on y coule. A chacun des étuis de bois et de métal appartient un couvercle (h, f) de la même matière; et l'on peut les enlever tous les deux à-la-fois , d'une manière prompte , à l'aide d'un mécanisme très-simple (g, i) qu'on peut observer aisément dans le dessein de mon ami, de mon collaborateur, M. Lesueur. On parvient donc en un instant jusqu'au thermomètre même , qu'un cordon léger débordant la couche de suif sert à découvrir d'abord et à retirer aussitôt. Tout cet appareil, ainsi disposé [fig. 2), se renferme dans une double poche de toile goudronnée (n,Jîg. j), qu'on attache ensuite à l'extrémité de la ligne de sonde (q, o, p, r) qui doit le plonger à la profondeur déterminée par l'observateur. Une masse de plomb (s), plus ou moins considérable, sert à entraîner Je tome il Tt
tout au fond des eaux , en même temps qu'à maintenir la machine
dans la situation la plus perpendiculaire possible.
Tel est l'appareil simple, peu dispendieux, et sur -tout d'un emploi facile , que j'imaginai pour mesurer la température de la mer, à diverses profondeurs et sous des latitudes différentes. Malheureusement , dans mes premiers essais avec mon infortuné collègue , avec mon intéressant ami M. Depuch , la difficulté de faire construire à bord le cylindre métallique a nous força de nous borner à l'étui de verre, au charbon, à l'étui de bois. Cette dernière disposition cependant ne laissa pas de nous donner les résultats précieux que je vais exposer, en traitant successivement de la température de la mer à diverses profondeurs, soit le long des côtes et dans le voisinage des continens, soit en pleine mer et loin de toute grande terre.