‹ Voyage de découvertes aux terres australesChapitre 82 sur 115 · SECTION TROISIEME · texte numérisé non relu

SECTION TROISIEME

Température de la Mer h diverses profondeurs , et près des Côtes.

Les expériences de Marsigli , de Saussure et les miennes, sur la température des eaux de la mer à diverses profondeurs et le long des côtes, présentent d'abord une différence si grande, dans les résultats, avec ceux qui ont été obtenus par tous les autres observateurs, sur cet objet, loin des continens et des

3 M. PÉRON, depuis son retour en France, lignes de diamètre propre à donner issue à

fit exécuter par un de nos plus habiles artistes, l'air; une vis ensuite bouchoit cette ouver-

l'étui en cuivre qui vient d'être décrit. Mais ture; cependant ce ne fut jamais avec assez

ayant voulu se servir de cet appareil pour de précision, pour que l'eau ne pénétrât pas

faire à Nice de nouvelles expériences, il dans l'instrument par les interstices inévitables

éprouva une difficulté presque insurmontable de ce mécanisme.

a 1 ouvrir et à le fermer; pour parvenir plus En conservant l'appareil ingénieux de PÉ-

facilement à ce but, on fut obligé de prati- RON, ilfaudroit imaginer un moyen plus com-

quer au couvercle, un trou d'environ deux mode pour fermer l'enveloppe en cuivre. L. F.

grandes îles, que la distinction que j'établis ici me paroît nonseulement utile, mais encore tout-à-fait indispensable. En effet, que de causes réunies concourent , le long des rivages , à élever la température des eaux ! La proximité des terres , dont la chaleur moyenne , d'après les belles expériences de Raymond , est cinq fois plus intense que celle des flots ; la profondeur du lit des mers , beaucoup moins considérable ; la concentration plus grande des rayons du soleil ; l'existence des courans , qui doivent être tout-à-fait insensibles dans les abîmes les plus profonds de l'Océan ; enfin l'énorme quantité d'êtres organisés , soit végétaux, soit minéraux, qui tapissent le fond des mers, et qui paroissent jouir d'une température supérieure à celle du fond qu'ils habitent; tout paroît concourir à donner une proportion plus forte de température au fond des mers le long des côtes , que loin des terres , toutes choses d'ailleurs supposées égales. Aussi , dans la Méditerranée, Saussure et Marsigli, Donati dans le golfe- Adriatique, et moi-même dans les mers qui baignent la côte Occidentale de la Nouvelle-Hollande, avons-nous tous obtenu pour résultat, ou bien une température supérieure à celle de la surface et de l'atmosphère , ou bien une chaleur égale au moins à la température moyenne du centre de la terre. Il faudroit bien se garder d'en conclure, ainsi que l'ont fait quelques physiciens, que la température moyenne du fond des mers est la même que celle de la terre à une certaine profondeur. Marsigli l'a vue s'élever jusqu'à -+- 1 yà,o ; je l'ai trouvée moi-même à -+- 1 8 J,o. Voilà donc des résultats en plus qui tendent à repousser déjà cette idée, et bientôt nous allons en voir en moins de plus décisifs encore. Aussi le sévère Saussure , malgré ses propres résultats , qui sembloient devoir le confirmer dans cette idée, la combat-il lui-même de la manière la plus victorieuse : Marsigli se trouva pareillement forcé, par ses expériences sur les zoophytes et sur les poissons, à reconnoître l'inexactitude de la conséquence qu'il avoit cru d'abord

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pouvoir déduire de ses observations (voyez page i ^ 8 de son ouvrage, édition in-folio).

Ce que je dis ici de la température du fond de la mer se retrouve également pour celle de la surface. En effet, chaque fois que nous nous approchions des terres, je voyois la température augmenter, toutes les autres circonstances restant les mêmes ; on auroit pu déterminer, pour ainsi dire, les proportions du rapprochement, d'après celles de l'accroissement de température de la surface des rlots.

Indépendamment des autres causes de la supériorité de chaleur de la mer le long des côtes, et que je viens d'assigner, il en est encore une que je ne crois pas devoir passer sous silence. Le 28 mai 1801 , nous venions d'aborder enfin à ces plages si longtemps désirées de l'Ouest de la Nouvelle - Hollande ; nous nous trouvions déjà au Nord du cap Leuwin : la mer étoit calme, le ciel étoit serein , un zéphir agréable nous faisoit parcourir à peine un tiers de mille à l'heure ; à force de prières , nous obtînmes du Commandant, mon collègue Maugé et moi, de laisser jeter une de nos dragues à la mer : c'est une espèce de filet propre à ramener à la surface les substances qui tapissent le fond des mers ; instrument précieux sous beaucoup de rapports pour un naturaliste. Chaque fois que nous retirions notre drague de la profondeur de 90 à 100 brasses, par laquelle nous naviguions alors , elle étoit encombrée de zoophytes de diverses espèces , particulièrement de rétépores , de sertulaires , d'isis , de gorgones , d'alcyons et d'épongés , mêlés avec des fucus et des ulvas en grand nombre. Presque tous ces objets étoient phosphoriques ; et ce spectacle fut d'autant plus agréable, que notre pêche se faisoit au milieu des ténèbres ; mais ce qui surprit davantage tout le monde à bord , ce fut la chaleur dont toutes ces susbtances paroissoient jouir ; elle étoit de plus de trois degrés supérieure à celle de l'atmosphère et de la surface.

Quelle peut être la cause d'une telle chaleur î Ces zoophytes la tenoient-ils immédiatement du fond de la mer, plus échauffé que la surface ! ou bien , comme les animaux plus parfaits qu'eux , ou plutôt comme les substances végétales , jouiroient-ils d'une température supérieure à celle du milieu dans lequel ils habitent! C'est une question délicate, dont la solution exige encore de nouvelles expériences : seulement, si l'on se rappelle les observations de Buniva sur la température propre aux poissons ; si l'on remarque que toutes les observations de Marsigli et de Don ati ont été faites dans des lieux encombrés d'épongés, de coraux, d'alcyons , &c. , que les miennes , le long des côtes de la terre de Leuwin, ont eu lieu dans un fond également tapissé d'animaux, peut-être ne répugnera-t-on pas autant à admettre cette idée, que les zoophytes, accumulés au fond des mers, y jouissent d'une température qui leur est propre , et qui, dans certains cas, est supérieure à celle des eaux dans lesquelles ils sont plongés. Quoi qu'il en soit, on peut déduire, ce me semble, de toutes les expériences faites jusqu'à ce jour sur la température de la mer à diverses profondeurs et le long des rivages, les conséquences suivantes :

8.° Toutes choses égales d'ailleurs, la température du fond de la mer le long des côtes et dans le voisinage des grandes terres, est plus forte, à même profondeur , qu'au milieu de l'Océan.

9.0 Elle paroît augmenter à mesure qu'on se rapproche davantage des continens ou des grandes îles.

io.° La chaleur cinq fois plus considérable des terres, la profondeur moins grande du lit de la mer, la concentration des rayons solaires et les courans, peuvent être considérés comme les causes essentielles de ce phénomène.

ii.° Il n'est pas improbable que les animaux et les végétaux qui tapissent le fond des mers, puissent y contribuer eux-mêmes par la température plus élevée dont ils paroissent jouir.

i 2.0 Dans tous les cas, il seroit inexact d'appliquer à la température de la mer, observée loin des continens, les résultats obtenus sur cet objet le long des rivages et des îles.

13.0 La conséquence générale des observations tentées jusqu'à ce jour, dans les circonstances dont nous parlons, exclut toute idée de température uniforme et constante au sein des mers, puisqu'on la voit varier du 8.e au i8.e degré de Réaumur.

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