‹ Voyage de Kalm au Canada [microforme]Chapitre 3 sur 4 · TI · texte numérisé non relu

TI

On conçoit aisément que deux vrais savants comme M. de la Gallissonnière et le professeur Kalm durent s'entendre parfaitement, et l’on peut s'imaginer quelles bonnes causeries eurent lieu alors dans le vieux Château Saint-Louis.

M. de la Gallissonnière traita son hôte

comme un grand seigneur et d'égal à égal, Il suffit, pour nous en convaincre, de lire la lettre que l’intendant Bigot écrivit au ministre des colonies, au lendemain du départ de Kalm.

A Québec, le 15 octobre 1749.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous informer qu'il est venu en ce pays un académicien suédois, nommé Pierre Kalm, muni des passeports du roy de France et de M.le marquis de Laumary, ambassadeur à la cour de Suède.

Lorsqu'il arriva au fort St-Frédéric, venant de la Nouvelle-Angleterre, le commandant de ce fort en donna avis à M. le comte de la Galissonnière, qui lui ordonna de fournir au dit sieur Kalm un canot armé et tout ce qui lui serait nécessaire pour se rendre à Québec, où il ne s'est occupé, suivant le compte qui nous en a été rendu par le sieur Gautier, médecin, qui l’a toujours accompagné, qu'à faire des observations sur les minéraux, sur les végétaux et sur les animaux. Ce médecin nous a assuré que ces observations n'avaient d'autre objet que de les connaître et d’en faire la description.

Il a séjourné à Québec environ 40 jours, et M. de la Galissonnière m'ayant dit que de pareils botanistes, qui avaient été envoyés de France en Suède, y avaient été bien

——— — tete ——— pm memes

traités et même défrayés, j'ai fait payer ici, par représailles, sa pension, ainsi que les dépenses que les recherches qu'il y a faîtes ont occasionnées.

Il est parti de Québec, il y a environ un mois ; je donnai ordre à Montréal de le défrayer dans sa route et pendant le séjour qu'il y ferait ; on m'écrit qu'il en est parti le 10 de ce mois, pour se rendre à Orange par le fort St-Frédéric ; il voulait s’en retourner par le fort Frontenac, pour se rendre à Chouaguen, mais M. le marquis de la Jonquière n'a pas jugé à propos de lui permettre de prendre cette route, ce dont il a paru mortifié.

Ce botaniste emporte avec lui beaucoup de graines, de plantes et d'arbres.

J'espère, Monseigneur, que vous approuverez que j'aie fait payer les dépenses qu'il a occasionnées et dont ci-joint en sont les états.

Je suis, avec un profond respect, Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur, BIGOT,

Et si l’on veut maintenant descendre aux détails de cuisine et connaître par le menu les frais de réception qu’occasionna la visite

de Kalm dans Québec, qu'on lise ce qui

suit :

Etat de la dépense que le sieur Pierre Kalm, académicien suédois, muni des passeports du roy, pour la recherche de diverses plantes, graines et herbes, à faite pendant son séjour à Québec, savoir :

Payé à la demoiselle La Jus, pour son loge-

. ment et nourriture pendant 38 jours, à raison de 4 livres 10 sols par jour RE YA

Payé à la dite demoiselle, pour le logement et nourriture de Laurent Yungstrôm, son domestique,pendant le même espace de temps,

à 30 sols par jour 57

Payé à divers habitants qui l'ont mené en canot avec M. Gaultier, médecin du roy en ce pays, de Québec à la Baie St-Paul, pour aller à la découverte des mines qui sont au dit endroit, tant pour le dit voyage que pour leur subsistance, la somme de........,...

Payé à un sauvage huron de Lorette, qui l’a accompagné dans les bois pour découvrir et connaître diverses plantes et herbes, ci.... 12

Payé à divers habitants, qui l’ont conduit en canot de Québec à Montréal, la somme de 180

778 lbs.

Fait à Québec, le 30 octobre 1749.

Page 1