NEW-BRISTOL — TRENTON
Y«rs midi, Kalm et son compagnon tiieiit ane autre halte à NeW'Bristol, petite ville sise sur la Delaware, à quinze milles de PhUadelphie et tout en face de Burlington, résidence dn gouverneur du New-Jersey.
En partant de New-Bristol, ils trouvèrent la route bordée de beaux cottages, mais plus loin ils eurent à passer à travers une grande forêt et sur un sol très pauvre, qui, cependant, était couvert de lupins vivaces, Lupinus perennis (1). " La vue de cette plante, couvrant avec profusion un terrain si maigre, me combla de joie", (2) dit Kalm, " et je me mis à méditer sur la possibilité de tirer parti, en Suède, d'un sol de même nature pour la culture du lupin. Mais quel ne fut pas mon désappointement quand je m'aperçus que les chevaux et les vaches mangeaient de presque toutes les plantes à l'exception du lupin, qui était cependant très vert, doux au toucher et, en apparence, d'une fraîcheur invitante ! Peut-être trouvera-t-ou le moyen de rendre cette plante plus appétissante pour les animaux " (3).
Dans la nuit, les voyageurs, après avoir traversé la Delaware en bac, arrivèrent à Trenton, ville du New- Jersey, distante de trente milles de Philadelphie.
Le lendemain matin, 28 Octobre, ils continuèrent leur voyage, passant k travers un pays habité en grande partie par des Allemands et des Hollandais,
Leurs bâtiments de ferme étaient assez spacieux
lll L"giiiniiieiiï>t'6. âei:lioii de!; Pa]>i]iona';ée^, trlliu ùi:i Ginï&lècs. M.
\i) Le lupin blanc |<aruU soulirer de t'atmospbère tout l'engrais qui le fuit végéter ; celle propriété expliqiie commenl il peut praspt'rer dans un »ùl maii^re, aride, sur las sablits et l<'s graviers, lui qui dnniande de prérén<nce un lerr.iin humide et meuble à la Toix. M.
(3| 11 est ceriaia que d'ordinaire les animaux s'acc' mmojiinl très bien du lupin commt roiirrag>', lorsqu'il est frais. M.
pour contenir, à la fois, sons un même toit, l'aire, la grange, les étables, le feni! et la remise. Forster remarque, dans une note, qne ce genre de constructions, qtiî parait inusité au professeur, est fréquent dans le Nord de l'Allemagne, en Hollande et en Prusse, et qu'il est tout naturel que les colons venant de ces pays, l'aient adopté dans leurs nouveanz établisnements.
A dix heures du matin. Ealm et son compagnon entraient dans Frincetown, et comme il tombait une forte pluie, ils y passèrent le reste de la journée et la nuit. Au réveil, ils reprirent leur course, et à midi, ils étaient rendus à New-Brunswick, jolie petite villa de la province du Kew-Jersey, bâtie dans une plaine sur la c6te occidentale de la rivière Rareton (1). Une de ses rues était entièrement habitée par des Hollandais originaires d'Albany et pour cette raison portait le nom d'Albany street. Ces descendants de Bataves n'avaient que peu de relations sociales avec les autres habitants de la ville.
Dans l'après-midi, ils traversèrent la ririàre Bareton et poursuivirent leur voyage. A huit milles de New-Brunswick, le chemin se divisait en deux routes, dont l'une, celle de droite, conduisait à Amboy, principal port de mer du New-Jersey. Nos voyageurs prirent la route de gauche, et an soleil couchant, ils entraient dans Elizabeth-town ; mais ils ne s'y arrêtèrent pas et continuèrent leur course jusqu'à la traverse, à deux milles de la ville.
30 Octobre. — De cet endroit, Kalm et sou compagnon n'eurent qu'à traverser la rivière jusqu'à Staten Island pour se trouver dans la province de New York. Presque tons les habitants de l'île étaient des descendants
NeW-yobk. 61
de Hollandais, mais la plupart parlaient l'anglais. Â huit heures du matin, les voyageurs arrivèrent i nn point de la côte oà les attendait le yatch qui devait les conduire à New-York. Ils s'y embarquèrent, et après une courte et agréable traversée de hait milles en mer, ils arrivèrent heureusement vers onze heures de l'avantmidi dans le port de la future métropole dea Etats-Unis d'Amérique, quatre jours après leur départ de Philadelphie.
31 OcTOBBK. — Le savant naturaliste ne tarit pas d'éloges sur les huîtres (1) de New-Tork et leur goût exquis ; il décrit minutieusement les préparations qu'on leur faisait subir pour les convertir en conserves, dont on expédiait annuellement d'immenses quantités dans les Indes Occidentales. Il consigne la remarque, déjà faite par tout le monde, paraît-il, que ces bivalves sont meilleurs dans les mois qui ont un r dans leurs noms, tels que Septembre, Octobre.
Les Indiens qui habitaient la côte avant l'arrivée des Européens Ëùsaient leur principale nourriture d'huitres et d'autres mollusques ; ils en vendaient même de grandes quantités aux sauvages qui vivaient à quelque distance des bords de la mer. Kalm dit qae ce fait doit inspirer de la prudence aux savants qui bâtissent des théories plus ou moins hasardées snr la présence d'écaillés dans l'intérienr des continents.
Il n'y avait pas de homards (2) autrefois sur les côtes de New-York ; il fallait faire venir ces crustacés de la Nou-
(1) Osirea ejutig — HoUusca conchirera. M.
lï) IIoTMniR vulgarii (crustacea decapoda macrourt), crustacés décapodes, au corps 1res allongé et terminÊ par une <iiieue composée de plusieurs reuillets, tels que 1«8 écrevisses, les langoustes, les crevettes, etc. M.
62 NOV^EMBBE 1748.
velle-Angletorre d'où ils étaient eipédiés dans de grandes barges. Il arrira un jonr qu'nn des bateaux sombra prtis de Hellgate à dix milles de Ja ville avec toute sa virante cargaison, qui recouvra sa liberté et ae multiplia si bien que New-Vork a cessé d'être tributaire des antres villes dn littoral pour sa provision de homards.
Les fièvres tremblantes étaient très commanea dans certaines parties de l'Amérique du Nord, et on les combattait av€C le quinquina, appelé poudre des Jésuites par les Anglais. Néanmoins, il parait que ce spécifique n'avait pas toujours l'effet désiré, et on y suppléait avec les feuilles de la sauge des jardins, Salvia officinalis, Liun. (Labiées).
L'écorce du chêne blanc était regardée comme un excellent remcde contre la dyssenterie.
Il se faisait à Albany, arec les Indiens do l'intérieur, un grand commerce de tridacnes (Clams) (1), espèce de coquillage bivalve dont la chair, séchée au soleil, élai * un mets favori des Indiens, et dont les écailles, converties en wampuvi, avaient, chez ces sauvages, la même valeur que l'or parmi les salions ciViliséee.
Il n'y avait pas de Juifs en Suède à cette époque, Kalm, qui n'avait jamais vu d'Israélites auparavant, et qui, par conséquent, était entièrement étranger à leurs coutumes et à leurs manières, parle longuement de ceux de New- York et de leur synagogue, qu'il visita deux fois le 1er et le 2 Novembre. Ils jouissaient des mêmes droits que les autres citoyens.
(1) Tridacni^s (Mollusca concliifera). genre de coijuilles bivalves qui vivent fiïéee aux rochers. Une de ces espèces, tridatna gïgas, sert de béoiiier dans lea églises caLhollqiieE. La cliair de la Iridacne êlail
NEW-tORK, 63
La ville de New- York fut fondée en 1623 par les Hollandais, qai Ini donnèreut le uom de Nouvelle- Amsterdam, comme ils avaient àéjh donné à tont le pays environnant celui de Nouvelle-Hollande. Les Anglais, sons le commandement de DesCartes (1), s'en emparèrent vers la fin de l'année 1664, Par son étendue, elle égalait Boston et Philadelphie dès 1748 ; - mais par la beauté de ses édifices, la grandeur de son commerce et son opulence, elle leur; disputait déjà la palme. Ses mes étaient bordées de platanes, d'acacias, d'ormes et de tilleuls dont le feuillage abritait des milliers d'oiseaux et de grenouilles de l'espèce rana arhorea — ou rainette (2).
La plupart des maisons étaient en briques ; il y eu avait encore dont le pignon donnait sur la rue.
Kalm dit que New-Tofk, outre la synagogue et le temple des Quakers, renfermait sept églises dignes de remarque. L'église anglaise, bâtie en 1695, deux églises hollandaises, dont une ancienne et l'autre nouvelle, une église presbytérienne, deux églises allemandes et une église française pour les réfugiés protestants.
La ville faisait un commerce étendu avec les Indes Occidentales. Mais elle n'avait pas de manufactures à cette époque. Elle importait tous ses draps d'Angleterre.
Du 1er Décembre 1729 au 5 Décembre 1730, il était entré dans le port de New-Tork 211 vaisseaux, et il en était parti 222.
(I) George Cnrlerel.— Uialory of New NeKjerlanils, j.ir le Dr. O'Callat^ban. (Note fournie par H. l'ubbé Verreau.)
(î) Genre de batraciens anoures, ou batraciens qui, dan? l'ùge a.lulie Q oni point de queue, M.
64 No-raHBBE 1748.
La Tille était alors 1^ capitale de la Proriuce de New- York. L'Assemblée LégislatiTe y siégeait nne on deux fois par année à la convocation du gouTemear, qui avait le droit de la dissoudre à son gré, et qni, même, abusait qnelqne-fois de cette prérogative.
La nominatiou de ce haat fonctionnaire était réservée an bon plaisir du roi.
Tontes les colonies anglaises étaient indépendantes les nnes des antres ; chacune d'elles avait ses lois particulières et sa monnaie propre, et pouvait être considérée comme un état séparé. " Aussi," dit Ealm, " lea affaires " sont-elles conduites, en temps de guerre, avec autant <' de lenteur que d'irrégularité ; car, non-seulement le " sentiment d'une province est quelquefois directement ' opposé à celui d'une autre, mais souvent, les vues du " Gouverneur et de l'Assemblée d'une même province " sont différentes, et pendant que l'on se dispute sur les " moyens d'organiser la défense, l'ennemi a le temps de " s'emparer des places les unes après les autres. Il est " arrivé fréquemment que pendant qu'une colonie avait à " supporter tout le fardeau de la guerre, les provinces " voisines restaient dans une complète inaction comme si '• elles n'eussent eu aucun intérêt en jeu dans le conflit : " on bien, après avoir délibéré pendant deux on trois " ans sur l'opportunité d'aller au secours d'une colonie " sflBurr, elles finissaient par se déclarer contre toute în- " tervention. Bien plus, il y a des provinces qui, non " contentes de garder la neutralité, ont choisi le moment " où nne colonie voisine était ravagée par la guerre, pour " ouvrir un commerce étendu avec l'envahisseur. C'est " grâce à cet état de choses, que les Français du Canada, " qui ne sont qu'une poignée d'hommes en comparaison " des Anglais d'Amérique, ont obtenu de si grands avan-
H^W-YOBK. 65
j' tagds en temps de gaerre : en effet, ces derniers ayant " pour enz le nombre et la puissance, devaient l'em- " porter très facilement sur leurs ennemis."
" C'est, cependant," ajoute Kalm, " un bonhenr pour " la couronne d'Angleterre que ses colonies de l'Âméri' '- que da Nord soient avoisinées par un pays français " comme le Canada. Il y a lieu 4^ croire que Je roi n'a " jamais été sérieux dans ses tentatives pour expulser " les Français de leurs possessions, ce qui pouvait «e " faire sans beaucoup de difficulté ; car les colonies an- " glaises ont tellement progressé, que déjà elles rivalisent " presque avec leur métropole par le nombre de leurs " habitants et par leurs richesses. Pour sauvegarder " son aatorité et surtout son commerce, la mère^patrie " interdit l'établissement de nouvelles manufactures " dans ses provinces d'Amérique, y défend l'exploitation " des mines d'or et d'argent, leur dénie le droit de tra- " fiquer avec les pays qui n'appartiennent pas à la " Grande-Bretagne, et ferme leurs ports aux vaisseaux " étrangers. Toutes ces restrictions et ces entraves sont " de nature à diminuer l'attachement des habitants des ■' colonies anglaises pour la mère-patrie. Leur mécon- " tentement est entretenu d'ailleurs par les nombreux " étrangers allemands, hollandais et français, établis " dans ces prorinces et qui, quoique vivant au milieu "des Anglais, n'ont pas d'ordinaire une tive tendresse " pour la vieille Angleterre. A des causes do désaffec- " tion, se joignent les aspirations d'an jeune peuple, le " désir de s'agrandir, l'amour du changement"
Bre^ Kalm finit par dire que plusieurs colons anglais loi ont exprimé l'opinion que dans trente on cinquante ans les provinces britanniques de l'Amérique du Nord seraient assez fortes pour former un état par elles-mêmes
entièrement ifidépeud^jit de la mère-patrie. " Mais,'* ajoute le savant et perspicace philosophe suédoia, " comme les côtes ne sont pas protégées, et que l'intérienr du pays est harassé par les Français en temps de guerre, leur dangereux voisinage devrait avoir l'effet d'empêcher que le lien entre les colonies et la métropole ne soit entièrement brisé. Le gouvernement anglais a, par conséquent, d'excellentes raisons de considérer les Français de l'Amérique du Nord comme ses meilleurs auxiliaires pour retenir ses colonies dans le devoir."
Il n'y avait que deux imprimeries à New-York et quelques journaux hebdomadnires publiés on longue anglaise.
En 1710, cinq sachems ou chefs iroqnois partirent de New-York pour l'Angleterre dans le but d'engager la reine Anne à faire alliance avec eux contre les Français.
Les premicis colons de New York étaient Hollandais. Quand la ville fut prise par les^Anglais et qu'elle leur fut cédée ensuite en échange contre Surinam, la plupart de SCS habitants restèrent en possession de leurs biens. Les anciens demeuraient fidèles aux coutumes et à la langue de leurs pères. Mais les jeunes gens ne parlaient déjà i 'las que l'anglais, fréquentaient les églises anglaises- et trouvaient mauvais qu'on ne les prît pas toujours pour dtfS Anglais.
L'anglomanie, passant dans les mœurs, émoussait bien le sentiment national, mais pas assez pour affaiblir l'attachement au sol. Propriétaires de vastes étendues de / terrains et des plus beaux domaines, les descendants des colons hollandais les gardaient avec jalousie, et ne consentaient à les vendre aux Anglais qu'à des prix
l>mLU>SLFHXE. 67
énormes. Il s'en soirait que les émigr^nts arsient pea d'enconn^emeot à s'établir dans le pays, et se dirigeaient Ters les antres provinces.
Le 3 Novembre, Kalm partit de New-York pour retoarner à Philadelphie, on il arriva le S.
Le savant naturaliste se livre à une longue dissertation sur le putois {!), appelé généralement Polecat par
les Anglais, Skuitki New- York, Fiskatla par les Suédois, BéU puoMte, enfant d» IHable ou Peka» par les Français, Putorius AmericoHus Stfiatus par Catesby dans son Histoire Naturelle de la Caroline, el Viverra Putorius par Linné. Cet animal, on le sait, a une arme défensive redoutée des chasseurs dans son urine qu'il a La faculté de lancer au loin quand il est poursuivi, et qui répand une odeur des plus infectes, rappelant quelque peu. d'après Kalm, celle du géranium robertianum (2).
Malgré les tours désagréables que jouent ces mouffettes (3), on réussit quelquefois à les apprivoiser si biim qu'elles suivent leurs maîtres comme des chious.
6 Novembre.— Kalm alla passer l'après-midi chez M, Bartram où il fit la connaissance d'un gentleman de la Gnroline, qui lui fournit des détails intéressants sur cette province.
Le goudron, la poix et le riz étaient alors les principaux produits de la Caroline.
(I) Mephilis Amtncana, mamaiirtre carnassier ^u gearo i\i-i inouiïfucs « de la famille Jes carnivores (rigiiiRradeB. M.
iliGeraniiim robertln, Horbe à Eoborl (Géraninc^es). plant" .\ odeur désagréable, astringente, [Flore Canadienne, p. lit.)
(V) L'édiiion anglaise Jonnu du pulois {American poUcal") aussi bien qae du ralon (raiTOûn} dijs dessins qui ne so lro:iven'. ni'lan» le tmto suéilois ni dans l'eiliiion allcnind-, mais qui ont étâ )epr.>dults dans l'idition hollanlaisi).
68 NOVEMBEE 1748.
Fins d'une fois, assurait ce monsieur, on avait trouvé à des distances uonsidéiables des rivages de la mer, en creusant des pnite, des écailles d'huitres et même des becs pétrifiés d'oiseaux de mer, " des glossopètres (!) probablement," dit Kalm.
Il y avait deux espèces de renards (2) dans les colonies anglaises, le renard gris appelé renard de Virginie, et le renard rouge plus rare et qui était inconnu aur Indiens, selon M. Bartram, avant l'arrivée des Européens. D'apràs une tradition en crédit dans ces pays, l'espèce rouge aurait été importée d'Europe par un riche gentilhomme de la Nouvelle- Angleterre, très passionné pour la chasse à courre. Le traducteur anglais repousse cette explication peu scientifique, prétendant que les renards rouges sont venus de l'Asie et très probablemetat du Kamtchatka, où l'espèce en est commune. Il est possible que les Indiens ne les aient pas remarqués avant l'arrivée des Européens, parce qu'ils ne leur faisaient pas alors la chasse. Mais quand les peaux de ces animaux devinrent en grande demande, et qu'ils trouvèrent du profit à se les procurer, ils les regardèrent comme nne nouveauté. Dans tous les cas, ces renards s'étaient tellement multipliés, que l'on offrait nne prime d'un à deux chelins pour chaque bête rousse de cette espèce abattue.
Les loups (3) étaient aussi très nombreux autrefois. L'Etat donnait vingt chelins pour chaque tête de ces animaux féroces.
Le bœuf sauvage habitait principalement les forêts de la Caroline.
(1) Miner. Langues de pierre, dénis de poisson» pétriSëes. M.
(2) Cwit'i vulpes, (carnassiers digitigrades), Taniille dta canidés. U.
(3) Caais Lupus (carnassiers digitigrade»), (iimille des canîdto. M.
Le gnj fibreux, viscum filamentosum (Loranthacêes), plante parasite du chêne, était si commun dans cette même province qo'on en faisait des paillasses.
Une espèce de 'genêt à balais, spartium scoparium, (Papilionacées-Genistées), provenant de graines anglaises, croissait dans le jardin de M. Bartram.
Il avait aussi dans sa collection de cariosités des tmffes, Lycoperdon iuber (Lycoperdacées), qu'il avait trouvées au New-Jersey, dans un terrain sablonneux. Il eu montra une à son ami de la Caroline, et lui demanda si c'était le Tnckakoo des Indiens. L'étran'ger ré-, pondit négativement, prétendant que cette truffe, commune dans son pays, n'était bonne qu'à mettre dans du lait comme remède contre la dyssenterie. Le Tuckakoo est un tout autre végétal qui croit dans des terrains humides. Les cochons sont très friands de ses racines, et les déterrent avec leurs groins. Les Indiens les mettent sécher au soleil, après quoi ils les réduisent en une sorte de poudre ou farine, avec laquelle ils font du pain. £alm pense, d'après cette description du Tuckakoo, que ce n'est rien autre chose que l'arum Virginianum. Nous aurons occasion de parler encore de cette plante.
8 NoYEUERE. — Beaucoup de colons anglais et suédois . se livraient avec succès à l'apiculture. Mnis tout le monde était d'opinion que l'abeille commune (1) n'existait pas dans l'Amérique du Nord avant l'arrivé© des Européens. Les Sauvages n'ont pas de mot dans leur langue pour la désigner, et ils l'appellent la Mouche des Anglais. Il faut croire que l'élevage des abeilles n'était pas connu dans la Nouvelle-France lors du voyage de Kalm, car le savant naturaliste prétend que " les abeil-
(1,1 Afii Hellifiea, (Ilymenoplera). M.
70 NOTaMBRB 1748.
les ne peuvent vivre an Canada, et que toutes celles qui y ont été apportées ont péri darant l'hiver."
On se plaignait déjà beaucoup de la diminntion du gibier à plumes. Les anciens se rappelaient, en sonpirant, le temps où les baies, les rivières et les étangs étaient fréquentées par d'innombrables bandes d'oiseaux aqnatiques, tels que les outardes et les canards (1). Un bon vieillard de 90 ans se vantait d'avoir tué, dans sa jeunesse, nng-trois anas d'un seul coup de fusil. Les grues (2), autrefois si communes, étaient devenues rares (3). On pouvait en dire presque autant du dindon sauvage et de la perdrix.
Il n'y avait pas de lois pour régler la cUasse et protéger le gibier à certaines saisons de l'année, et y en eût-il eu, " que l'esprit de liberté qui domine dans le pays n'aurait pas souffert leur mise à exécution."
Au contraire, les oiseaux dont la chair ne se mange pas augmentaient en nombre, entre autres une espèce de geais appelés Shining Blackbirds par les Anglais et vo}euT$ de mais par les Suédois.
La diminution du poisson était une cause de regrets plus amers encore pour les anciens, lorsque, se reportant aux jours de leur jeunesse, ils se rappelaient ces merveilleux coups de filets dont un seul suffisait pour
(1) Anas bouchas (l'almipèdes). U.
(3) Cruj Canademis (Grallatores-Echasaiers). M. (3) LecapJlaine Amadas, le premier anglais qui ait Jamais rais In pied sur le sol de l'Amérique du Nord, rapporte qu'il Dl lever en débarquaot
d'immenses volûes de grues, la plupart hlanchea; elle* s'enrtiireot i lire^'aile, en pous^nt une ctameur^formidable qui, ré|)étèe par les échos d'alentour, lifi ret>'ntii aux oreilles comme le cri de guerre de toule une Kl mie. F.
la charge d'un cheval. Les temps étaient bien changés, dès 1748 ; " en Tain," pouvait-on dire déjà :
" Le p^chelir palient prend son po^te sans bruit, " TicDl la ligDS IremMante et sur l'oude la suit,
" il ne prend rien qne de l'ennui."
Franklin rapporta à Kalm une curieuse expérience que son père avait faite. Il s'était établi dans la Nouvelle-Angleterre, sur une terre située entre deux rivières qui se déchargent dans la mer, et dont l'une fourmillait de harengs (1), tandis que dans l'autre il n'y en avait pas an seul. Eu ayant pris quelques-uns au temps du frai, dans la première rivière, il leur enleva leurs œufs qu'il alla déposer, en passant par terre, dans l'autre rivière. L'expérience fut suivie d'un plein succès. " Cela donne à penser," dit Kalm, " que le poisson aime toujours à frayer au lieu même où il est éclos, et d'où il est parti pour sa première migration en mer."
11 Novembre. — On retire de terre assez souvent en Irlande des bois de cerfs très hauts et extrêmement branchas, et, cependant, les annales de ce pays ne font mention d'aucun fauve de celte espèce dont la taille corresponde avec dtfs cornes aussi gigantesques.
Quelques-uns ont voulu voir dans ces ramures colossales des dépouilles du fameux alcée d'Amérique {moosedeer) (2), qui, comme celui do la Forêt-Noire, échappa à toute classiScation scientifique exacte. Sa présencu en Irlande à des âges reculés s'expliquerait en supposant que cette île était unie autrefois à notre continent, ou qu'une suite d'autres îles plus petites, perdues maintenant, for-
(l| Clupca llar'tngus (Milacoptcrygieua).
[1] Cervui Alces iHuminanlia).
maient une chaîne entre l'Europe et le Nouveaa-Monde. Kalm, après aroir interrogé Bartram, Franklin et des voyageurs français da Canada, s'est convainca que l'élan è, taille gig-antesqne n'existe pas en Amérique. Le célèbre inventeur des paratonnerres lui rapporta cependant avoir vu à Boston, étant petit garçon, deux animaux de cette espèce qu'on destinait comme cadeau à la reine Anne, mais leur taille ne dépassait pas celle d'an cheval de forte encolure. Il est certain qu'il y a des élans — comme l'orignal du Canada, par exemple, dont les proportions sont hors du commun (1). C'est probablement un de ces animaux que Dudley a décrit sous le nom de moosetieer. Forster, le traducteur anglais du voyage de Kalm, corrobore l'opinion de ce dernier, et fait remarquer que les Algonquins donnent à l'élan le nom de M'tsu, d'où vient probablement le mot anglais de tnnwedeerl(2).
Franklin fit don au naturaliste suédois d'un morceau d'une certaine substance minérale qui, à cause de son inaltérabilité, est employée pour les fourneaux de forges. C'est un mélange de pierre ollaire, d'ophite et d'asbeste.
Avec une autre sorte de pierre appelée pierre à savon, et que Kalm décrit comme suit dans le language scientifique du temps, saxum talcosum pai licwiis spalaceis granatisque immixtis ou talc mélangé de particules de spath et de grenat, on faisait des àtres de foyers, des chaperons et des revêtements de murs,
(1) '' S«Ion les anuvagcs, les orignau» op Orginal. Ses tuj 'ts lui rendent toutes s briand. M.
(2) La paléontologie nous enseigne aujourd'hui que les bois de cerfs trouvés dans les tourbières d'Irlande sont des débris fossiles, et qu'Ut ont appertoDu d des individus antédiluviens. M.
FHILADSLPHIE. 7S
Les colonies ang-laises importaient le sel des Indes Occidentales. On avait déconvert dn minerai de plomb, mais en troppetite quantité pour qu'on pûtl'eiploiter. On avait AQsei trouvé un aimant de bonne qualité, et Kalm s'en procura plusieurs échantillons. II s'extasie sur la richesse des mines de fer de la Pensylvanie.
L'amiante, substance minérale filamenteuse, que l'on nomme aussi asbeste, et dont on fait de la toile et du papier incombustibles et aussi des bourses, témoin celle que Franklin apporta avec lui en Angleterre et qu'il donna à Sir Hans Sloane (1), était très abondante dans cette même province. Le célèbre physicien raconta à Ealm nne mystification dont un de ses compagnons imprimeurs fut la victime. Il le chargea un jour d'aller porter an monlln à papier un morceau d'amiante avce ordre de le lui rapporter converti en feuille. L'ouvrier ayant rempli sa commission, Franklin prit le papier, en fit un rouleau et le jeta dans le feu en disant au typographe qu'il allait être témoin d'an miracle. Grande fut en efiet la stupéfaction du pauvre diable quand il vit que le papier ne s'enflammait pas. Franklin lui expUqna alors en quelques mots les qualités particnlières de cette composition, puis il sortit. Â peine fut il eenl, que notre imprimeur, tout fier de sa science nouvellement acquise, se promit bien d'en faire montre à la première occasion. Sur ces entrefaites, entrent plusieurs personnes qni étaient dans le secret. Notre homme n'eut rien de plus pressé que de dire aux nouveaux venus : " Voyez- vous cette feuille de papier, que j'ai faite moi-même, eh ! bien, je parie que je la jette au feu et qu'elle ne brûlera pas." Sa gageure fut acceptée ;
11) Uédecln el bolaniste IrlaDdaïa. M.
74 KOTEUSRS 1748.
mais pendant qu'il était occupé à actirer le braeier, left mauvais plaisants enduisirent le papier de graisse, qui s'enflamma au premier contact du rouleau avec le feu. Notre savautasse, pensant que la feuille était détruite, ne revint de sou ébahissement qae lorsque ses compagnons lui eurent découvert entre deux éclats de rires l'artifice dont ils avaient naé.
Le merveilleui instinct de la fourmi (1), qui fait encore aujourd'hui le sujet des études incessantes des naturalistes, ne pourait être ignoré d'un observateur aussi patient que Franklin. Kalm rapporte une expérience du savant américaiu, qui est de nature à confirmer l'opinion de ceux qui prétendent que ces insectes ont la faculté de se communiquer mutuellement leurs pensée s et leurs désirs. Mais n'oublions pas que nous faisons une simple analyse et non une traduction et passons outre.
18 Novembre. — Tous les arbres à feuilles décidnes avaient perdu leur verdure.
14 Novembre. — L'écureuil gris (2) est très commun gU Fensylvanie. A la diffêrence de celui de Suéde, la couleur de son pelage ne change pas en hiver. Il fait son lit dans des creux d'arbres avec de la mousse, de la paille et d'autres matières soyeuses. Sa nourriture se compose d'amandes, de noisettes, de chincapins ou faînes, de glands et sartout de grains de mais, dont il est très friand. Ce gentil petit animal a la prévoyance de la fourmi. Durant la belle saison, il amasse des provisions, qu'il dépose dans des cachettes souterraines; il en remplit son nid afin de n'avoir pas à
(l| Formica rufa (Hymenoptera).
|!) Siiurus Carolinenais (Rodeniia)
sortir de son gtte en quête d'aliments pendant les gros froids de l'hiver. La tempéralnre s'adoacit-elle an lendemain d'une forte gelée et à la veille d'une autre, on voit les écureuils descendre de leurs demeures aériennes et courir les bois à la recherche de leurs silos pour en rapporter des vivres dans leurs nids. Mais il leur arrive souvent de trouver Jes magasins eSbndrés et vides de provisions. Les auteurs de ces dégâts sont les cochons ; plus souvent encore ce sont les Indiens et même des blancs qui font des perquisitions actives dans les forêts, afin de découvrir les cachettes des pauvres sciuriens et de voler leur trésor, toujours composé d'amandes de choix, parvenues k pleine maturité, et qoe les vers n'ont pas attaquées. Le loir, Mus cricetus, Linn. (1), apporte le même soin dans le choix des noix et des glands dont il fait aussi provision.
L'écureuil s'apprivoise - iacilement. Il mange assis sur son train de derrière, à l'ombre de sa queue relevée eu panache au-dessus de sa tête, et tient entre ses pieds de devant le gland qu'il grignote. L'habitude de claquer des dents quand il voit venir quelqu'un dans la forêt, lui attire plus d'un coup de fusil qui ne lui était pas destiné. Le bruit qu'il fait ainsi donne l'éveil an gibier qui s'envole, et le chasseur désappointé passe sa mauvaise humeur sur la sentinelle avancée qui souvent ne s'en porte pas plus mal pour cela, car l'écureuil n'est pas facile à tirer. Dès qu'on donne après lui, il grimpe sur un grand arbre et s'y tient toujours du c6té opposé au chasseur, tournAut autour du tronc chaque fois que son ennemi tourne autour de l'arbre. Il continue cette manœuvre jusqu'à ce qu'il ait la chance de trouver une enfourchure foimée de trois branches ou
(1) Myoïus AveUanariiit vulg, cioque no.x. (Rodentia). M.
un nid abandonné, et alors il peat ee considérer en BÂreté. Ealm dit en avoir cependant taé planenre, et il a remarqQé qu'ils étaient couverts de puces.
Le serpent à sonnettes dévore beaucoup d'écureuils. Comment une créature rampante peut-elle léussir à faire sa proie d'un animal aussi a^le ? Kalm croit que c'est an moyen de la fascination. Le serpent se tient au pied de l'arbre la tête élevée et les yeux fixés sur l'écureuil. Une cfiSuve majpiétiqne émanant de ses prunelles ardentes, stupéfie sa victime, l'attire à loi jusqu'à la forcer à se jeter dans sa giieule béante. Âussit6t que le sciurien rencontre le regard de son ennemi, il conunence à pousser des cris plaintifs sur une note si bien connue que les passants qui l'entendent se disent de suite : " Voilà un écureuil charmé par un serpent." L'alerte petit rongeur, en proie à une vive inquiétude, monte dans l'arbre un peu, puis il en descend, puis il grimpe encore plus haut pour redescendre encore plus bas. Et le serpent ne cesse de le tenir soos le feu de son regard enflammé jusqu'à ce que l'écureuil, haletant, épuisé, se laisse choir sous la dent venimeuse dn crotale.
Ealm a donné une description plus détaillée de la fascination exercée par les serpents sur les oiseaux et les écureuils dans les Mémoires de l'Académie Boyale des Sciences de Stockholm (année 1753).
Forster, le traducteur anglais, ne croit pas à la fascination. Les serpents, dit-il, dans une note, ne dévorent guère que les oiseaux et les écureuils dont les nids sont à leur portée, et les cris -l'alarme que jettent leurs victimes en montant et redescendant de branche en branche, ont pour but de détourner l'attention de l'ennemi
PHILAJ>BIiFHIE. 77
de dessOB leurs couvées ou petlU. Mais, parfois, il arriTO qu'an bond ou essor mal dirigé les rapproche assez du serpent pour les mettre à portée de ses redoutables mâchoires, et le gentil petit animal, quadruftôde ou oiseau, ne tarde pas à uourir soos l'effet du poison et à devenir la proie du reptile.
Pendant un temps, les écureuils causèrent des dommages si considérables à la récolte du mais que le gouvernement offrit de payer trois deniers chaquef tête de ces petits quadrupèdes, et on en fit un tel carnage que cette proscription coûts au trésor dans la seule année de 1749 à 1750 l'énorme somme de hait mille lonis.
L'écureuil volant (seiurus volans) est pins rare qne l'écDreuil gris ou noir et ses habitudes mnt différentes. C'est un animal nocturne, qui reste caché dans sa retraite toute la journée, à moins qu'on ne lui donne la chasse, et ne se met en mouvement que la nuit pour aller chercner ses aliments, qui, du reste, sont les mêmes qne cenx des autres espèces d'écureuils. Il vole au moyen d'nne double luembrane qai lui permet, en s'étendant, de santer d'un arbre sur un autre ; il peut faire, ainsi, nn trajet de vingt-cinq h trente pieds dans l'air. Ces sciuroptères s'apprivoisent très facilement
Kalm parle d'une antre espèce d'écureuils, l'écureuil suisse {sciurui atriatus) on écureuil de terre de Catesby, qui vit dans des galeries souterraines, et ne grimpe sur les arbres que pour y chercher un refuge contre lea poursuites du chasseur. Sa longueur est d'environ six pouces, non compris sa queue, qu'il porte aussi en panache. Son pelage est couleur de fer ou brun foncé et marqué de cinq raies noires, dont l'une impaire, s'étend le long de
78 NOtïMBEÈ lt48.
l'échine entre les quatre aatres formant paire sur '. chaque flanc. On le voit raremeni rhiver, qu'il passe confiné dans sa retraite, vivant des provisions qu'il a amassées pendant la belle saison. Les chats Ini font une guerre acharnée. L'écureuil suisse ne s'apprivoise jamais entièrement ; il est toujours dangereux de le toucher arec la main nue, et sa morsnre est très douloureuse (1).
Après un examen minutieux d'un vase indien d'une belle facture, ornementé avec profusion, et de fragments de vieilles poteries, indiennes aussi, Kalm émet l'opinion, d'accord avec Bartram, qu'outre l'argile, il entrait dans la composition de ces ustensiles des matériaux dout la nature différait suivant celle des lieux où ils étaient fabriqués. Les sauvages qui habitaient les bords de la mer mêlaient avec la terre glaise de la poudre d'écaillés de moules et de coquilles de limaçons, et ceux de l'intérieur de la poussière de cristal de roche. Mais leur mode de fabrication des vases est encore entièrement inconnu. Il est certain qu'ils ne leur faisaient subir qu'une légère cuisson, car l'argile de ces vaisseaux est si molle qu'on peut la couper avec un canif. Et cependant la confection en est excellente, puisqu'il n'est pas rare de trouver des vases indiens en parfait état de conservation après un séjour de plus d'un siècle dans le sein de la terre, Mais cet art s'est entièrement perdu parmi les sauvages depuis l'établissement des colons européens en Amérique. Kalm dit avoir vu nu pot en pierre d'ophite.
On avait découvert une carrière d'ardoise {schialus tabularis) près de la rivière Skulkill.
(l)L'cd[tiononglttise conlienlunegravumreprésealonl l'écureuil vola :il et l'écvireuil suisse, luquella est reproduite dans l'éditioD hollandaise avec l'addition d'un dessin du putois d'Amérique ou bËte-puante. M.
EACCOON. 79
Ealm a sa par Bartram qu'il y arait dans les montagnes de la Pensylvanie de nombreuses grottes et cavernes dont les stalactites présentaient l'aspect le plus curieux et le plus bizarre, mais il ne les a pas visitées.
20 Novembre. — Kalm alla passer quelques jours à Raccoon (1), dans le New-Jersey. C'est dans cette excursion que le botaniste suédois vit pour la première fois l'arbuste que ses compatriotes d'Amérique appelaient arbre à cuillère, parce que c'est de son bois que les Indiens faisaient leurs coillèies on truelles ; les Anglais, laurier, parce que ses feuilles ressemblent à celles du lanrier-cerise, et que Linné nomma Ealmia en l'honnear de l'illustre voyageur. Kalmia foliis ovatis, corym. bis ierminalibus ou Katmia latifolia (Ericacées). Chose singulière, les feuilles de cette plante, qui sont un véritable poison pour les chevaux, les bœufs et les moutons, forment la nourriture ordinaire des cerfs lorsque la neige couvre le sol. Les chasseurs en trouvent toujours dans les intestins de ces animaux durant cette saison, et les chiens qui mangeut ces débris deviennent comme stupides et tombent malades. Les feuilles de la Kalmie forment aussi, en hiver, la nourriture du ptarmigan, Lagopus mutus, appelé Hazel'Hen parles Suédois (2).
Le bois de la K&lmie est très dur ; on en fait des axes de poulie, des navettes de tisserand. Il est fort recherché par les tourneurs et les menuisiers. Les feuilles de cet arbuste pétillent dans le feu comme le sel. Ou prétend que dans les incendies si fréquents qui consument des forêts presque entières, l'élément destructeur s'arrête lorsqu'il rencontre un groupe de Kalmies.
{Il Aujourd'hui Swedesboro. M.
(2) Oiseau de l'ordre des gallinacés, famille des tétras. M.
80 NOTEICBRE 1748.
Une décoction de racine de easeafras, bne chaque matin sTec application de ventouses sur les pieds, a guéri, paraît-il, plus d'un hydropiqae.
Au commencement du t8e siècle, on avait l'habitude, à Londres, de boire du thé de feuilles de sassafras, mais quand on a su que cette infusion était donnée aux syphilisês, l'usée de cette boisson a été abandonnée.
Kalm fait une observation qui montre avec quelle sagesse tout a été ordonné dans la création. C'est que dans les régions du Sud, où les bestiaux broutent le patutin des«hamps toute l'année, la plupart des espèces d'herbes sont annuelles et se ressôment d'elles-mêmes. Dans les contrées septentrionales, an contraire, comme au Canada, par exemple, où les cultivateurs ont besoin de plus de fourrage pour nourrir leurs animaux à cau^e de la longueur des hivers, la plus grande partie des herbes sont pérennes et vivaces.
Les habitants du New-Jersey faisaient de la bière et même de l'ean-de-vie avec les pommes du plaquemînier de Virginie.
Ils cultivaient en grand plusieurs espèces de melons (1) et de courges {2), ainsi que le' sarrasin {3;, peu apprécié, cependant, par les Français du Canada.
Vers le soir, le sol dans les bois, étincelait de lueurs phosphoriques jetées par les vers-luisants (4). Kalm décrit ces insectes comme suit : Corps linéaire formé de onze articulations jointes comme celles des cloportes, allongé
(1) Cucumis JVelo ICucwbithcéea). M.
(ï> Cucurbita tCucurbitacées). M.
(3) Fagopyrum eso^mtum (Polygonacéea|. M.
(4) Lampjp-U noctilaca (CoUoptera).
NEW-JEESEY.— RACCOON. 81
aax denx extrémités, et d'ane lon^aeur de cinq ligneB et demie géométriques; coulenr bnine, antennes coartes et filiformes, pattes attachées aux articulations antérieures. Qnand l'insecte rampe, ses articulations postérieures traînent sur le sol et aident à ses mouvemituta. L'extrémité de sa queue contient une matière qui reluit dans les ténèbres, en jetant une lumière verte.
Las feuilles du houx, Ilex aquifolium (Ilicinées), pilées dans un mortier et bouillies, se donnaient contre la pleurésie.
Beaucoup de fermiers cultivaient le lin (1), peu le chanvre (2).
On coupait avec la faucille ie seigle (8 , le froment (4), et le sarrasin, mais on fauchait l'avoine (5). Les champs étaient laissés en friche pendant uae année. Tous les habitants avaient des vergers.
Les anciens colons remarquaient que le volume des eaux avait beaucoup diminué dans les lacs et les ruisseaux depuis leur établissement dans le pays. En creusant des puits, on avait trouvé, à la profondeur d'une vingtaine de pieds, des écailles d'huîtres, des coquilles de moules, des roseaux et d'autres plantes marines.
La présence de ces fossiles dans l'intérieur de la terre démontre, dit Kalm, qu'une grande partie de la province de New-Jersey, i des époques reculées, était recouverte par les eaux de la mer.
(I) Littum (Unées). H.
(3) t'imnabu tatiM (Canna binées). M.
(3) Secait (Graminâee). M.
(4) Triticum (Graminées). M.
(5; Asetia (Graminées). M.
82 NOVBMBBE 1748.
Oa avait aussi découvert, à la même profondeur, des hlocs de bois, les ims pourris, les autres paraissant comme noircis par le iVîii, des briques, des cuillères et des truelles, et même jusqu'à une botte de lin. Au récit de cotte doriiièie trouvaille, Kalra, qui avait remarqué d^Jà que le lin n'est pas une niante indigùne de l'AmériquL', se récria: — "Assurément," dit-il aux vieux colons suédois qui prétendaient avoir été témoine oculaires de cette découverte extraordinaire, " voue vous êtes trompés ; vous avez pris î:our du lin quelque végétal du pays, le liu de Virginie, par exemple, ou la liaaiie du Canada, anlirrhinum canaUeme" (t), "Non," répondirent les vieillards, " et la preuve que nous n'avons pas fait erreur, c'est que la botte était encore munie de son lieu :"
" Il est certMD, cependant," dit le savant botaniste, " que les Européens, & leur arrivée en Amérique, n'ont trouvé Jiotre Un commun ni à l'état sauvage ni en culture parmi les Indiens. Comment donc a-t-on pu en retirer toute une botte des entrailles de la terre ? Fautil supposer que, dans les anciens temps, il y avait ici une nation qui connaissait déjà l'ueage du lin ? J'aime mieux m'en tenir à l'opinion qu'on aura pris des plantes d'A* mérique pour du lin." Mais il ne manquait pas de gens qui s'appuyaient sur ces découvertes de pièces de bois, de briques, de truelles, de cuillères et d'autres ustensileB évidemment faits de main-d'homme, pour conclure que l'Amérique était habitée avant le déluge.
27 Novembre — Kalm donne une liste des arbres qui avaient encore leur verdure à cette saison de l'année : 1 — Le houx, Ilex aquifolium.
(1) (Sorofuliirinées)- M.
NEW-JEIiaET.— EACCOON. 88
2 — La kalmic latifoliée oa arbre-à-cuillère.
3 — La kalmie angastifoliée.
4 — Le magnolier glauqae ou arbre-à> castor.
5 — Le gnî, Viscum album.
6— Lg cirier de la Caroline, Mi/riaa cinfera.
1 — Ls sapin, Pinu$ abies (1).
8 — Le pin sylvestre, Pi««s sj/lveslris {Conifères).
9 — Le cèdre blanc, Cupressus thyoides.
10 — Le cèdre rouge, juniperus Yirginiana.
K&Itn attribue la perte prématurée des dents, ei coramane parmi les colons et surtout chez leurs filles et leurs femmes, à l'usage du thé bouillant et des mets trop chauds. " Les Indiens, qui ne mangent que des viandes froides, ont tons des dents saines. "
Il note plusieurs remèdes contre les fièvres intermittentes si fréquentes alors dans les provinces anglaises et qui attaquaient les étrangers, la première on la seconde année de leur arrivée. Ces remèdes sont le quinquina, l'écorce de la racine du tulipier ou du comoailler, l'écoroe jaune du pêcher, les feuilles de la potentille. potenlilla repians, palentUla canadensis (rosacées), les racines de la benoîte des ruisseaux, geum rivale (rosacées), la sauge mâlée avec du jus do citron.
Le voyageur suédois parle longuement d'une maladie qui faisait tous les ans de terribles ravages parmi les colons, dépeuplait en quelques jours des villages entiers et qu'il appelle pleurésie. A la vérité, pinceurs des aymptâmes qu'il décrit comme la fièvre et les points de c&té, sont propres à cette affection. Mais la pleurésie n'est de sa nature qu'une maladie accidentelle due, la plupart du temps, à quelque imprudence ; elle n'est ni
lit Abies Americana (Contferea). M.
84 DÉCBMBEE 1748.
contagieuse, ni épidémiqne. Tous les autres symptômes rapportés par l'anteiir, comme l'ioflammation de la gorge, l'enflure du cou, la difficulté d'avaler, ressemblent à ceux de la maladie appelée autrefois angine gutturale gangreneuse et diphtérie axijourd'hui, et qui est contagieuse.
" Le mal était si violent," dit Kalni, " que lorsqu'il attaquait une personne, elle mourait au bout de deux oa trois joars." Ot la pleurésie n'a pas ce caractÈre d'intensité, et elle dure plus de neuf jours (1).
Le 3 Décembre, Kalm retourna à Philadelphie.
Des vieillards hollandais se rappelaient avoir entendu dire, dans leur jeunesse, que les Indiens fumaient avec des pipesde cuivre, lors de l'arrivée des premiers colons sur cette terre d'Amérique. En effet, mais longtemps après, une belle mine de ce métal fut découverte, entre Elizabethtown et New- York. Lorsqu'on commença à l'exploiter, on trouva des traces d'anciennes fouilles, cQmme des outils et des excavations. Ealm pense que ces premières recherches furent tout simplement faites par des Indiens ; " à moins," dit-il, "qu'on ne les attribue à nos vieux Normands, qui, suivant le recueil de nos anciennes traditions appelé Sagor, seraient venus attérîr sur ces côtes, longtemps avant les découvertes de Christophe Colomb ; car il n'y a pas de doate que l'excellente terre de la Tinlande dont ces hardis navigateurs ont décrit les merveilles, était l'Amérique du Nord" (2).
Franklin se plaisait à raconter que le territoire de la province du Khode-Island avait été cédé tout entier aux Anglais par un grand chef sauvage en échange contre une
(I) Quelques-uns des symiitômes dâcrilg par le savant professeur rea-
semblent à ceux de la maladie que l'on désigne aujouririiuî sous le nom de pleoro-pneumonie épidémique. M.
('Z) Ici, le traducteur anglais renvoie le lecteur à l'ouvrage rare et curieux intiiuU : " Torfœi hisioria Vinlandiie aniiquce seu partis Americx Septentrionalis," Hasniffi, 171^, 4to.
paire de lunettes. Kalm, qui était peut-être myope, n'a pas l'air de considérer qae le sachem ait fait nu mandais marché. Il se contente de remarquer que cet Indien savait ce que vaut une paire de lunettes : " car il n'y a pas de donte que si les verres étaient bien rares, et que si on petit nombre de privilégiés senls pouvaient s'en procurer, ils se vendraient le prix des diamants. "
Il y avait deux classes de serviteurs dans les colonies anglaises, les domestiques et les esclaves, et la première classe se divisait en deux catégories ;
lo. Ceux qui, de condition libre, se louaient à l'année au prix variant de huit & vingt louis, nourriture à part.
2o. Les pauvres immigrants qui, n'ayant paa eu les moyens de payer leur passage, étaient convenus avec le capitaine du vaisseau sur lequel ils avaient fait la traversée, de se laisser vendre, pour quelques années, à leur arrivée en Amérique. Cette catégorie de domestiques, qu'on appelait les engagés, comprenait des individus de tout âge et de tout sexe, et beaucoup de malhenreux qui fuyaient l'oppression et la persécution religieuse.
Les esclaves étaient tous de race nègre. Le maître n'avait pas droit de vie et de mort sur eux. La loi condamnait même à la peine capitale celui qui tuait son esclave. Mais on n'avait pas connaissance qu'un blanc eût jamais été exécuté pour le meurtre d'un noir. Un nègre, homme fait, coûtait de quarante à cent lonis ; un négrillon environ quatorze louis ; une négrillonne huit loois. Les Quakers s'étaient d'abord fait un scrupule de posséder des esclaves, mais chez la plupart, l'intérêt avait en bientôt raison de cette délicatesse de conscience.
Le maître qui avait des esclaves des deux sexes les obligeait de se marier entre eux, parce que tous les
86 DËCEHBBK 174S.
enfants qui naissaient de ces «nions lui appartenaient. Mais celui qui, ne possédant qu'un nègre mâle, lui permettait de piendre femme dans la maison d'un propriétaire voisin, n'avait pas part avec ce dernier dans les fruits de ce mariage. C'était, par conséquent, un "grand avantage que d'avoir une négresse pour esclave.
Les mariages entre blancs et noirs étaient défendus sous peine de mort.
" Il est vraiment pénible," dit Kalm, " de voir comme les maîtres sont peu soucieux du bien être spirituel de leurs esclaves dans la plupart des colonies anglaises," On craignait d'en faire des chrétiens, de peur qu'ils ne vinssent à s'cuorgneillir en apprenantqne tons les hommes sont frères.
Les noirs connaissaient une aorte de poison lent avec lequel ils exerçaient K'urs vengeances ; mais rarement ils en usaient contre leurs maîtres. On n'a jamais pu découvrir en quoi consiste ce poison. C'est cependant une substance très commune et qui se trouve partout : car le nègre se procure le poison facilement, dans n'im- ' porte quelle partie du monde, qu'il habite. Il est certain que ce n'est pas une plante. Un esclave de la campagne, que son maître avait pris en affection, et qui, i cause de ceia, était l'objet de la haine de ses frères, se trouvant à Philadelphie un jour de foire, fut emmené par d'autres nègres à une partie de plaisir. On buvait à la ronde dans un pot qui passait de main en main. Le campagnard se tenait sur ses gardes. Il refusa la première fois; à la seconde tournée, cependant, il céda aux instances de ses hôtes et porta le pot à ses lèvres. Mais à peine ent-il avalé quelques gorgées du liquide qu'il s'écria : " Quelle est cette bière-là ? elle est pleine de " désignant la substance par son nom, que
Kalm a ri.'mplacé par des points, pensant qa'il valait mienx ie taire dans l'intérêt de la société, vn que c'est le nom d'an ingrédient ei.trêmement commun. Aux reproches du pauvre diable, qui les accusait de l'avoir empoisonné, ses compagTions, hommes et femmes, répondirent par dos éclats de rire et des chansons suivies de danses (probablement la danse do vaudoux). Â la fin, il parvint à s'échapper des mains de ses bourreaux ; de retour chez son maître, il ne tarda pas à tomber dans une maladie de langueur dont aiicon remède ne put le guérir.
Le 7 Décembre, Kalm retourna à Saccoon, où il continua son étude des mœurs des habitants de la campagne.
Aussitôt qu'un jeune homme avait atteint l'âge de se marier, il s'achetait un lopin de terre et entrait en ménage sans craindre la pauvreté. Les taxes étaient fort peu élevées. Chaque paysan jouissait de la plus entière liberté, et pouvait se considérer comme un prince dans ses possessions. Le peuple était heureux et les mariages féconds.
En 1732, une veuve du nom de Sarah Tuthil mourut à Ipswîch dans la Nouvel le- Ang-leterre, à l'âge de 86 ans. Elle avait eu seize enfants, dont sept lui donnèrent de son vivant cent soixnnte dix-sept petits-eiifants et arrière petits-enfants.
Kn 1739, les enfants et les petits -enfants de Richard Buttington, de la paroisse de Chester, en reiisylvanie, firent une réunion de famille comprenant cent qtiinze personnes, dans la maison de leur aïeul, alors âgé de quatre-vingt-cinq ans, et encore frais et vigoureax. Son fils aîné, âgé de soixante ans, fut le premier Anglais qui naquit en Fensylvanie