‹ Voyage de Kalm en Amérique (volume 2)Chapitre 9 sur 49 · AOUT ET SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

AOUT ET SEPTEMBRE

course à volonté. Les exocets ressemblent snx harengs par la taille, ta forme et la conteur. Leur chair est excellente. Ils doivent à l'excessive grandeur de leurs ailes pectorales, qui sont aussi longues que leur corps, la fticnlté de se mouvoir pendant quelques instants hors de lenr élément naturel. Le bruit qu'ils produisent en volant est causé par le choc de l'air sur une espèce de membrane ou tambour qu'ils ont an fond de la gorge. Forster dit dans une note que la Zoologie de Fennant contient an dessin très-exact de ce poisson, et il ajoute qu'on trouvera dans le même ouvrée {Pennant's British Zoology, vol. 3, p. 282) la meilleure description connue de l'exocet,

Kalm mentionne un autre poisson de la famille des Scombérofdes, le bonito {icomber pe)amp$, Linn.) (1) qai Ressemble au maquereau par la forme, maïs non par la taille, car il est de beaucoup pins grand et plus gros.

D'animaux amphibies ou reptiles, notre voyageur ne rencontra que deux tortues (2), dont l'une dormait paisiblement, et l'antre continuait paresseusement sa route, sans paraître seulement s'apercevoir de la présence d'un navire dans ses eaux.

Kalm passe ensuite à la nomenclature des oiseaux de mer qu'il a vus ; ce sont ;

Le pétrel {proceUaria pelagica, Linn.) (3). ct^ compagnon assidu des navigateurs, qoi examine curieusement tout ce qui tombe hors du vaisseau, et qui fait sa proie de tout ce qu'il trouve i sa convenance.

(1) Thynnut Pelam>js. (M.)

(2) Reptiles chéloniens. tU.)

(3| Thataisidroma pelagica {Paîmipèdri). (M.)

SUR l'océan. Î>

Le ooapenr d'ean ou bec-en-oiseaui (procetloria puffiuut, Linn.), oiseau palmipède, comme le Pétrel, qui pIoDge son bec dans l'eau en volant. Par la couleur et la taille, il ressemble beaucoup à la mouette et au canard.

L'oiseau du tropique (phaëlon aelhereus, Ijnn.), qui a la forme d'une mouette ; il s'en distingue aisj^ment, ainsi que de tout autre volatile, par un appendice caudal composé de deux pennes excessivement longnee, qui lui ont fait donner le nom plus que vulgaire de paiUe-enifUeue. Il se tient à des hauteurs prodigieuses dans les airs.

La mouette commune {larus canus, Linn.), que Kalm dit n'avoir vue que vis-à-vis " le Bout-de-la-Terre (Me LatuTs End)," dans le pays de Comouailles ; c'est le nom que porte encore aujourd'hui le cap le plus occidental de l'Angleterre, lequel fait face à l'Irlande.

L'hirondelle de mer {Sterna-Hirundo, Linn.), qui est d'une couleur plus foncée que l'hirondelle commune.

Une poule de mer, vue à quelque distance du vaisseau, près des c6tes de l'Amérique, complote la liste des oiseaux aquatiques qui ont. fait l'objet des observations de Kalm.

"11 n'est pas rare," — dit le savant naturaliste, " de rencontrer des oiseaux de terre en pleine mer ; mais il est difficile de s'expliquer ce qu'ils y viennent faire."

Le 18 Août, il y en eut un qui se jeta sur les m&ts de 1^ Mary-Gally, et qui avait tonte l'apparence de la grande mésange (parus major, Linn.) (1)

(I) PaseerMui coniroslres. (M.)

10 AOITT ET SEPTEMBRE 1748.

I^ 1er de Septembre, nos voyageurs, étant à une distance de 420 milles de tontes câtes, observèrent plusieurs oiseaux de terre, qui volaient au-dessus de leurs têtes ; quelques-uns vinrent faire une halte dans les voilures du vaisseau ; les passagers crurent reconnaître en eux des hirondelles de rivage {hirundines ripariae, Linn.) (1). Le lendemain, une autre hirondelle se posa aussi sur les m&ts.

Le 10 Septembre, la Mary-GaUy reçut la visite d'un hibou ; et le 12, ce fut le tour d'un pivert, bientât saivi d'un oiseau de la famille des passereanx, à venir demander aux cordages du navire un peu de répit pour ses ailes fatigaêes.

Le professeur a noté ses observations sur ce qu'il appelle deux curieux phénomènes : des flammes électriques sur la crôte des vagues et le bout des mâts — (c'est le feu Saint- Elme, dont il ne donne pas le nom) — et une lumière ressemblant à la phosphorescence du bois pourri, qui parait, le soir, jaillir du sein de la mer.

Ce dernier phénomène est attribué à la phosphorescence propre à des myriades d'infasoires qui vivent suspendus à la surfaco des eaux-

Kalm reprend ensuite le fil de sa narration.

Vers le soir du 14 Septembre, le vaisseau passa en vue de Newcastle, petite ville pise sur la rive occidentale de la rivière Delavrare, et qui fut fondée par les Hollandais à une époque où les Suédois étaient encore maîtres de ce pays. Mais les J^'éerlandais, par des empiétements

(I) Pjssoroaux ll»siras[ra& (M |

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B et continus, fiuirent par supplanter les légitimes propriétaires du sol, qni enrent recours aux armes mais qui furent battus. Les vainqueurs ne jouirent pas longtemps du frnit de leur victoire, et à leur tour ils se rirent dépossédés par les Anglais. Cependant, il y avait encore des Suédois dans le pays ; et, après que le vaisseau eût un peu dépassé Cheeter, sur la rive occidentale de la ririère, le second se fit ua plaisir d'indiquer à Kalm les résidences de plusieurs de ses compatriotes.

15 Septembre 1748. — Kalm débarque à Philadelphie après une traversée de 41 jours, & compter du départ de Gravesend. C'était à cette époque un voyï^e des plus rapides.

Porteur de plusieurs lettres de recommandation adressées aaz premiers citoyens de Philadelphie, le professenr ent bientôt fait des connaissances dans cette ville, et entre autres celle de Benjamin Franklin, " i qoi, dit- " il, la Pensylvanie est redevable de sa prospérité, et le " monde savant, de beaucoup de nouvelles découvertes '■ sur l'électricité." Cependant, il y avait à peine deux atH. que Franklin s'était livré à des études sérieuses sur cette branche de la Physique, et ce lie fut qu'en Juin 1752 qu'il fit à Philadelphie sa grande ezpérieuce du cerf-volant électrique, qui amena la découverte du paratonnerre. Mais il ne fant pas oublier que le premier volume de la relation de Kalm ne parut qu'en 1753.

Franklin présenta le naturaliste suédois à plusieurs de ses amis et le combla d'attentions.

Katm décrit les impressions qu'il ressentit dans sa première excursion botanique* Il était accompagné de

12 SEPTBUBBE 1748.

Jacob BengBton et dn sculpteur G-oetave Hesselins, deux de ses compatrioieB. Laissoiks-lai la parole an instant :

" Tont antonr de moi me dit que je suis dans un "monde nouveau. Si je jette la vue sur le sol, je le " vois oourert de plantes qui me sont inconnues. Quand " j'arrive près d'un arbre, il faut que je fasse une panse " pour en demander le nom à mes compagnons de pro- " menade. La première chose qui frappa mon regard fat '' un pied d'andropogon (Graminées)— une herbe ! c'était *' précisément l'espèce de plantes dont l'étude a toujours • " eu le plus d'attrait pour moi. Et quand je me pris à réflé- «' chir que j'aurais à classer un si grand nombre de végé- <' taux sur lesquels le regard du botaniste ne s'est pas en- " core arrêté, j'en eus le frisson. Au commencement, je me '' contentai de jeter nu coup d'œil sur les plantes, n'osant " commencer & en faire un examen plus attentif."

Kalm se logea chez un honnête quaker, épicier de son État, qui lui fonrnit une chambre pour lui et Yangstrœm — sou domestique ou plutôt son compagnon de voyage — avec trois repas par jour an prix de vingt ohelins par semaine, y compris ta bougie, la literie et le service ; mais le chauffage, le blanchissage et le vin devaient être payés à part,

Philadelphie fut fondée en 1682 par le célèbre quaker "William Penn, auquel Charles H avait concédé une grande partie du territoire de la Nouvelle-SuMe, après que ses premiers occupants eurejit abandonné toute prétention. Cette ville, à l'époque du voyage de Kalm, était, comme encore anjourd'hui, la seconde ville de l'Amérique Septentrionale, mais avec cette différence

que Boston teuiût alors le rang de métropole, tandis qn'aajoard'hni c'est New- York qui l'occupe.

D'après le plan do son fondateur, la ville devait être bâtie sur un quadrangle de deux milles de long sur un mille de large, formé par l'union des rivières Delawarc et Skulkill. Ce terrain avait été vendu à Fenn par trois frères suédois du nom de Sven's Soener (fils de Sven). Ealm dit que la plupart d&s rues étaient belles, coupées à angles droits, et qu'elles avaient une largeur d'environ cinquante pieâs. Quelques-unes étaient pavées. Les maisons, en pierres on en briques, à plusieurs étages, étaient bâties avec goût et recouvertes en bardeaux de cèdre blanc, cupressus tlit/oidet, Linn. (Conifères), bois très léger, peu snjet à la pourriture. TJne couverture faite de ce bois peut durer nn demi-siècle.

" Parmi les édifices publics," ajoute Kalm, "je men- " tionnerai d'abord les églises, qui sont en assez grand " nombre ; car Sien est servi de difiërentes manières " dans ce pays."

Et il nomme :

^o. L'église anglicane ou Christ Ckurck, sise dans la partie noid de la ville, bâtie à la fin du 17e siècle et desservie par deux ministres qui recevaient d'Angleterre la plus grande partie de leur salaire.

2o. L'église suédoise, autrement appelée église de Weekacko, an sud de la ville.

3o. L'église luthérienne allemande, au nord-ouest.

4o. La vieille église presbytérienne, bâtie en 1704, sur Markel street.

14 SE^TKAtâBÏ 1^48.

5o. La noarelle église presbytérienne, construite eil 1760 par les New-ligkU ou prosélytes dn célèbre White- Seld (le père des Méthodistes), qui dans les années 1739, 1740etansBi en 1744 et 1745 (1), parcourut presque toutes les colonies anglaises, prêchant en plein air à d'immenses auditoires composés parfois de pins de 20,000 personnes, hommes, femmes et enfants. Franklin décrit dans son autobiographie l'effet produit sur les masses par la parole ardente du fougueux sectaire.

6i>. L'église de la vieille réforme allemande, desservie quelque temps auparavant, par deni ministres qui se querellaient continuellement au grand scandale de la ville. L'an d'eux, pour empêcher son confrère de prêcher, s'empara de la chaire un dimanche matin, et n'en descendit que le lendemain.

7o. Ces dissensions eurent leur effet accoutumé de susciter une nouvelle secte, qui prit le nom de nouvelle église réformée, et qui se bâtît un temple près de l'ancien.

Les Qnakers tenaient lenrs assemblées dans deux salles, l'une au Marché, et l'autre au nord de la ville.

Les Catholiques Komains avaient consacré au culte une maison sise au sud-ouest de la ville, spacieuse, bien ornée à l'intérieur et pourvue d'un orgue.

Les Frères Moraves faisaient leurs exereices religieux dans un vaste local qu'ils avaient loué; mais ils se virent contraints d'abandonner le service du soir, à cause des mauvaises plaisanteries de quelques jeunes impudents qui, cachés dans les coins, troublaient le chant des hymnes en jouant, k la fin des strophes, d'un instrument avec lequel ils imitaient â perfection le cri du coucou.

(l) D'après l'Encyclopédie Populaire — TAe Fop.ilar Eitcyeloptdia — Wtiiteneld aurait prolongé son séjour en Amérique jusqu'an joillet 1748; il en serait donc parti à peine un mois avant l'arrivéo de Kaim. (M.)

tfilLAbSLPHlË. là

Aa nombre des autres édifices publics de Philadelphie, Kalm mentionne encore :

L'Hôtel-de- Ville, situé dans la partie occidentale de la cité — bel édi&ce, très-spacieux, sarmouté d'une tour contenant une cloche. Une de ses ailes était occupée par la bibliothèque provinciale, fondée eu 1742 par Franklin, et qui contient de superbes collections de lî\'Tes anglais, français et latins, d'instruments de physique et de mathématiques et de curiosités naturelles.

Le Palais de Justice, sur la rue du Karché.

L'Académie, à l'ouest de la ville, occupait l'emplacement d'une redoute qu'on y avait élevée à la fin de la dernière guerre, non sans débats cependant, car lèS Quakers s'opposèrent de toutes leurs forces à, sa constractàon. Hais les corsaires français et espagnols, ayant infligé des pertes cruelles à la ville, firent taire les scrupules de ces sectaires qui contribuèrent même de leurs deniers à l'érection de la forteresse.

Kalm s'extasie sur la beauté du climat de Philadelphie, et vante son eau; qui est claire, limpide et si abondante, que chaque maison était pouToue de son puits.

La TÎTière Delaware a trois quarts de mille de large devant Philadelphie. La cité est à 90 ou 100 milles de la mer, et cependant les plus grands vaisseaux peuvent se rendre jusqu'à son port, et y mouiller dans cinq brasses d'eau. Seulement, chaque hiver, la navigation est arrêtée pendant un peu plus d'un mois.

Les chantiers de Philadelphie avaient de la réputation, des cette époque, pour la solidité des vaisseaux qui en sortaient; mais Kalm dit que le chêne d'Amérique ne Vaudra jamais celui d'Europe pour la construction des navires.

U SB^TEllBBK 1748.

La ville disait un grand commerce avec les Indes Occidentales, l'Amériqae dn Sad et les ÂntiUee, où elle ez|>édiait de la farine, da beurre, de l:i viande de boucherie, dn bois de construction et des planches. En retour, ces pays y envoyaient du sucre, de la mêlasse, de l'indigo et da bois d'acajou de la Jamaïque, qui, déjà, se faisait rare.

Kalm donne uu tableau de la valeur des marchandises expédiées d'Angleterre en Pennsylvanie de 17SS à 1747. Le total des importations, dans cette période de 25 ans. s'élève à Xl,812,838.17.6.»

Il donne aussi des arrivages et départs de vaisseaux le tableau qui suit :'

Années.

Arrivages.

Départ».

Il y avait deux grandes foires par année à Philadel- phie, l'une en Mai et l'autre en Novembre. La ville n'était pas entourée de murailles. Le gouverneur de la Province y résidait. Kalm dit que ce haut fonctionnaire était nommé par les descendants de WilHani Penn, mais que son élection devait être conlirmëe par le roi d'Angleterre.

En 1743, nne société pour l'avancement des sciences fut fondée à Philadelphie ; mais la guerre qui survint presqu'Lmmédiatement après la fit tomber.

Il y avait trois imprimeries et trois journaux hebdomadaires, dont deux rédigés en anglais et l'autre en allemand.

En Novembre 1737, la ville reçut la visite de Sckeik Sidi, prince du Liban, et en 1741, celle du comte de Sinzendorf, chef des Frères Moraves, qui se conduisit de manière à faire croire qu'il avait le cerveau dérangé.

En 1746, Philadelphie comptait environ 10,000 habitants. Voici un tableau de sa mortalité :

Années.

Décès.

Années.

Décès.

Années.

Décès.

Les registres dos naissances n'étant pas régulièrement tenus dans toutes les église^ ces tables de mortalité perdent beaucoup de leur intérêt, va qu'il est impossible de constater par leur moyen le surplus des naissances sur les décès. D'ailleurs, la population s'accroissait chaque année par l'arrivée d'un grand nombre d'immigrants.

En 1749, la ville comprenait 2,076 maisons. II n'y avait pas une seale manufacture de drap.

Tons les habitants jouissaient de la plus entière liberté de religion. Il suffisait de croire en Dieu pour avoir le droit d'exercer tous les privilèges du citoyen.

et chaque citoyen pouvait se dire arec orgueil roi et maître dans sa maison.

Kalm se Une à des considérations philosophiques sur les progrès rapides de cette ville, qui ne comptait alors que 67 ans d'eiiçtence, et qui pouvait déjà rivaliser en richesse et en populatÎQn avec les plus anciennes villes de plusieurs royaumes d'Enrope.

7 Septembre. — Notre auteur donne le récit circons" tancié d'un cas de fascination : celai d'un cat-btrd {mascicapa carnlinensix, Linn.) charmé par un grand serpent noir. Il ne fut pas témoin du fait lui-même ; mais il le tient d'une personne respectable qu'il nomme, un M. Peter Co.-k, marchand de la ville. (1)

Le Platane de Virginie, Platanus Occidentalis, Linn. (Flatanées), était très-commun sur les bords de ia Delaware. Les Indiens font avec l'écorce de cet arbre des boîtes, des seaux et autres ustensiles de ménage* Il est, aussi, indigène du Canada.

18 Septembre. — Kalm, ce jonr-là, fit une petite excursion de quatre milles à travers bois pour se rendre, tout en herborisant, à la maison de campagne de John Bartram. (2) Il était accompagné dn sculpteur Hesse-

ll| Lu nom d.^ Muscicapa ne peut convenir à i'ùiseuu appelé cat-bird par les Anglais; c'est une grive, lu griva moqueuse, i^iii ImltD le cri du chat (7unju« mimus felivox], %i qui, bien loin de se laisser fasciner par le serp'înt noir [colnbcr conslricloi),\v\ fait une guerre aohiirnée. L'oiseau dont M. Pelnr Cock a raconté i Kotm la iriste et lamentable liisloire élail probabl'.'menl un gobo -mouches, Mwcicipa. (M.)

|2) Bartiam, John, botaniste el voyageur né en Pensylvanie en 1701. Il a publié ; Voyage dis la Pensylvanie à Onondago, Oswego et au lac O'tario, LonJres, 1731, in S°. Son fils, William, a aussi publié un voyage (Pli iladelphie, 17l)l,in8°, traduit en Français, 1799,2 vols, in 8* ) où Ton trouve de curieut détails d'Histoire Naturelle. Il est l'auteur aussi d'un tableau très complet d'ornilhologie aiii>^ricaine. |M.)

Uns, déjà nommé, et de son fidèle Tungstrœm. Comme nos botanistes passaient près d'an Pereimon ou PUqnemier de Virginie — Diospyros rirgi'm'oiw, Liun. (Ebénacées) — toat chargé de ses pommes, qoi ont la grosseur et la conlenr d'nne petite orange, Tungstrœm, sar le conseil perfide d'Hesselins et tenté d'ailleors par Icar mine appétissante, eu cueillit une et la porta à sa bonche; mais il l'en retira de suite et la jeta à terre arec dégoût, apprenant à ses dépens que ce iruit n'est mangeable, même lorsqu'il est mûr, qu'après SToir passt' par la gelée.

Voici une liste des arbres qui croissent spont&némeut dans les bois près de Philadelphie :

1 — Quercus alba, le chêne blanc (1), while oak (Querci" nées ou Cupulifères) — dans les terrains riches.

2 — Quercus nigra, ou chêne noir, blackoak.

^—Quercus Hispanica, ou chêne d'Espagne, Spaniih oak, variété du précédent.

4— Jugions alba, caryer ou noyer blanc, hiekor't/ (Juglandées), dont il y a trois ou quatre variétés.

ô— iîwfrus occidenialis, ou framboisier (2) noir d'Amérique, biackberry skrub (Rosacées).

Q—Ao-er ruWtim, érable à fleurs rouges, maple tree, notre plane (Acerinées)— dans les lieux humides.

'—Rhus glabra, ou sumac glabre, vinaigrier, smoolh leaved iumack (Anacardiacées) — dans les anciens champs de maïs dont la culture est abandonnée.

(1) Le chêne blant e»t appelé pnr ciTiBins auteuru ohfine de Qiiéli r, bien qu'il «oit ud pp^) rare dans le Ras-Canada dapi*» M, labli^ Pm. vancber. {it.)

(2) Du hollandais bra^mlK-iie. trun dï la ronce. fM j

20 SBt>TBMBBB 1748.

8^ Viiis labrvsea et vulpina, rigne lambrnsqne, raisin de renard (Ampelidées), vignes de différentes espèces.

9 — Sambucus Canadensis, on sureau blanc d'Amérique, elder tree (Caprifoliacées) — le long des haies.

10 — Qttercus phellot, chêne-sanle on chêne des marais, sœamp oak.

11 — Azalea tutea, on chèrrefenille à tiges droites dlmériqne (1), honey-suckle — lieux secs dans les bois.

12 — Ctatœgut crus fa//i, aubépine, ergot-de-coq, l'azérolier de Virginie, notre senellier (Fomacées) — dans les bois.

13 — Vaccinium airelle on raisin des bois, blnet,

Whortle berry (Vacciniées).

14 — Qwercuf prinus, chêne châtaignier, cknnvt oak — dans nn sol riche.

15 — Cornus fiorida, ou cornouiller à cerises, cornelian cherry (Cornées) — dans tons les terrains.

lÔ—Liriodendron iullpifera, tulipier de Virginie, tulip tree (Magnoliacées) — dans tons les terrains. (2)

17 — Pruntu Virginiana, on cerisier à grappes, ipitd cherry tree (Dmpacées),

18 — Vaccinium antre espèce d'airelle frutescente,

frntei whortleberr y -•da.tiB les terrains riches.

(1) Le cbèvrereuille (Lonicen) appartient à la faraillâdescaprifoliacéeB, tsadia que l'Aialés appartient à celle des érlcacées. Cul donc mal. i-propos qu'on a donné à cet arbuste le nom de 'chèvrefooille d'Am^. rique. (U.)

(!) Iniroduil «n Eu.>-ope par l'amiral de la Oalisaonnière en 1733. (Uj

PHILAOBLPKIB. 21

19— Pn'iMM verticitlatui, apalanche rert, winterbftrjf iree {lUoinées) — Henx humides.

20 — Platanui jtccidentalis, Flataue de Virgiaie, walevbeeeh (Flatanées).

21 — Njfua aquatica, tupelo tree (Nyssacées) (1) — dans les cham|)8 et snr les montagnes.

22 — Liquidambar Stj/raciflua, copal d'Amérique, arbre & snc résineux, tweet gum tree (Balsamifluées) — près des rnisseanx.

23 — Betuta alnus, aane commun, aider, variété de l'anne suédois et un simple arbrisseau en Pensylvanie (Bétnlacées).

24 — Fagas castanea, châtaignier, cheanut tree (Cupulifores on Qnerciuées)— champs et buissons.

i^t-^Jugtant nigra, noyer noir, blofk walnut iree (Jnglandëes) — aux mèmee Henx que le précédent.

26 — Rhus radicans,mmaxi grimpant, variété de Therbe-àla-puce, twining sumach (Anacardiacées).

27 — Acer negnndo ou Negundo fraxinifoUum, Négondo ou érable à feailles de frêne, ash'leaved maple (Acerinées) — terrains humides, marécageux.

28 — Prunus domeslica, le prunier domestique, leild plvm tree (Dmpacées).

(I) Dr. Linné ne menlionDe qu'une espace de.V^jja, la Nytta aqualica, H. Kalm ne donne pas le nom de l'espice; mais si celle qu'il a notée n'est pat une espèce itifTértinle, elle doit au moins en âtre une variété, puisqu'il ilit qu'elle croît surles mon tignrs, tandis que la Nj/ssa aquatica enll dans l'eau. F.

C'est peut-être la Ifyna fiHojii— Tupelo Velu— grand el bel arbre Je la Virginie. (Ml

29 — Ulmus americana, orme blanc, Khite elm (Ulmacées),

30 — Prunus spinosa, aatre espèce de prunier sauvage, sfoe shrub — terrains bas.

31 — LauTui sassafras, le sassafras (Lanrinées) — terrains meubles mélangés de sable — arbrisseau au Canada.

32 — Ribes nigrum, gadellier noir, currant Iree, avec les fruits duquel on fait le cassis (Ribésiacées on Grossulariées).

33 — Fraxinus excehior, frêne commun, ash tree (Oléinées) — terrains bas.

34 — Smitax lamifolin, smilace (Smilacinées) — dans les bois.

35 — Kalmia latifoHa (à larges feuilles), le laurier nain d'Amérique, nommé d'après Kalm lui-même dwarf laurel (Ericacées)— sur le côté nord des montagnes.

SG—Morus rubra, mûrier rouge, mufberri/ tree (Morées) — dans les cbamps, sur les coteaux et dans le voisinage des maisons,

ST—Rkus vernix,]e sumac vénéneux, herbe-à-la-puce, poisonatis sumack (Anacardiacées) — endroits humides.

38 — Quercus rubra, cliéiie rouçe, red aak (Quereinées on Cupnlifêres).

39— Hamame/ts Virgiaica, hamomelide de Virgiaie, coudrier des sorcières, wilck hazel (Hamamelidées).

40 — Dyospiros Virginiana, plaqueminier dt» Virginie, persimon (Ebénacées).

PHILAJIELPHIE. 23

41 — Pyrus eofonaria, pommier odorant de Virginie à petits fruits couroimés, anchor tree, crab-appfe^ pomme de Sibérie (Fomacées).

42 — Juniperus Virginiana, cèdre rouge, red Juniper (Conifères) — dans un soi paurre et sec.

43 — LauTus œslivalis, laurier- benjoin, spice-wood (Laurinées) — terrains hnmîdes.

44 — Carpinus vslrya, Ostryer, bois-de-fer, horn-beam (Cnpulifères) — terrains riches.

45 — Carpinus betulus, charme commun, horn-beam fCupulifères) — mêmes lieux que le précédent.

46 — Fagui sylvatita, hêtre commun, beech (Cupulifère---) — terrains riches.

47 — Juglans espèce de noyer qui croit sur les coteaux près des rivières (1), appelé par les Suédois Butlernuslrœ (Juglandées).

48- — Piiïtts americana, sapin de la Pensylvanîe, PensyU vanian fir-tree (Conifères) — sur le penchant nord des montagnes et dans les vallées (2).

49. — Betula teula, merisier rouge, a species ufbirt-h (Bétulacées) — sur les bords des rivières.

50 — Cephalanlus occidenlalis, céphalante occidental, boisbouton, buUon-wood (Uubiacées)- -terrains humides.

51. — Pinus tœda, pin à l'encens, New Jersey fir-tree (Conifères) — terrains sablonneux.

(I) Qaert — Fsl-cu lo Juglam baecata de Linné ï K.

c-'i Olin espèce nesi pas mi'nliorinée par Linné dans Spec. plant. F.

52 — Cercis Canadensis, arbre de Judas, gaiuier du Canada, bouton-rouge, saltad tree (Césal piniées) — terrains riches.

53 — Robinia pimudo-acacia. Robinier taux-acacia, acacia blane ou commun, hcmt tree (Papilionacées) — dans les champs.

54 — Magnolia glauca, magnolier, arbre des castors (Magnoliacées) — terrains marécageux.

ôà — Tilia americana, tilleul d'Amérique, bois-blauc, limetree (Tiliacées) — terrains riches.

56 — Gleditakia triacanlhos. févier ou acacia à trois épines, caronge h miel, konet/ locust tree (Césalpiniées) — terrains riches.

57 — Celtia occidentalif, micocoulier de Virginie, netlle-tree (Celtidées) — champs,

58 — Anona muricala, anoiie, corossol, cachimentier, custard-apple (Anonacées)— dans un sol fertile.

Far une journée splendide, Kalm se donna lajouissauce d'atter rendre visite à plusieurs riches suédois établis à la campagne, dans les environs de Philadelphie, entre autres à un nommé André Bambo. Il fait une description enthousiaste des beautés de la nature, des fleurs, des fruits, du feuillage encore rert des arbres, et du chant des oiseaux aux plumages variés et brillants. Une abondante rosée étant tombée le matin, il remarqua que les feuilles des plantes en étaient toutes imprégnées sur les deux côtés, à l'exception de celles de la moliine commune —Boutllon-b/anc, Verbascum Thapsus (Scrofularinées). " Chaque paysan," dit-il, " a " un verger près de ea maison. Les pêches, si rares en

" Ëarope, et surtout en Suède, où il n'y a que les riches " qui en connaissent le goût, sont si communes ici qu'on '■ en donne souvent anx pourceaux." A sa grande surprise, un de ses compagnons enjamba par-dessus une cl6tare, et alla cueillir des fruits délicieux qu'il lui apporta, sans que les gens de la ferme, qui étaient présents, prissent seulement la peine de le regarder faire. " Un paysan suédois ne se laisserait pas enlever un naret arec antant d'indifférence." Il décrit ensuite la manière de laire sécher les poires pour l'hiver.

Le fruit de l'abeUmosch ou ambrette, plante de la fitmille des matracées, à laquelle Kalm donne le nom de hibiscus esculentis, et que Miller, dans son Dictionnaire du Jardinier, a appelée Ketmia Indica, coupé vert, &it une soupe excellente dont raffolent surtout les nègres (1). Avec le fruit du poivre de Guinée, capsicum annuum, piment (Solanées), on prépare des marinades et des sauces poar la viande et le poisson frit.

Les baies du sumac glabre ou vinaigrier, rkus glabra (Anacardiacées), donnent une teinture rouge, et, mises en solution avec les branches mêmes de l'arbuste, une teinture noire.

Kalm se livre à une longue dissertation sur le sumac vénéneux, rhvs vernix, appelé herbe-à-la-puce en Canada, et son action délétère sur la peau. Il raconte la triste expérience qu'en a faite son fidèle Ynngstrœm, qui fut puni, pat une cruelle démangeaison, de sou scepticisme à l'égard des propriétés nuisibles de cette plante.

{h Les cosses de celte plante, bous le nom d'Ukra ou d'Uchro, Tont lujuvinl'tiui et depuis longtemps les délices des gourmets Anglo-Indien*, qui l'en servent pour épaissir lea soupes, à quoi te riche mucilage qu'elles raitrerEiienl les lend éminemment propres. M.

Il reçut eD présent plusieurs échantillons de minéraux : un morceau de cristal blanc et transparent (1), des pyrites cuboïdes ou de Browallius (2) (marcassites) (S), des morceaux d'un marbre blanc à mouchetares de couleur gris-pâle ou bleuâtre, dont il y avait une carrière à quelques milles de Philadelphie, des fragments de pierre de Moscorie (4), de pierre à chaax de couleur gris-pâle d'une pâte fine et compacte (5).

On n'avait pas encore trouvé à cette époque les mines de houille qui font aujourd'hui la richesse de la Pensylvanie. Voici ce que dit Kalm à ce sujet : " On n'a '* pas encore découvert de houille en Fensylvanie ; mais " des gens prétendent en avoir va plus hant dans le " pays habité par les natife. Beaucoup de personnes^ " cependant, s'accordent à penser qu'il s'en reucon- '- tre en grande quantité plus au Nord, près du Cap " Breton" (6).

{\) NilrwnCfyitaUus /iloiifn'',L\Di,. Sjsi nat.,3p.81. Cnjslallm htxagona pellucida non colorata. Wallerius's Mineralogy p. tOO. Crysfal' las Montana, cristal incolore, l-'urstcr's Inlrotl, la Miiii>ralogy, p. Vi.

(2) Eiéquo li'Abû en l'iuUiiJi.', nuiurali le. M,

(3) PyriUs crysijUinus, Liim. Sjft, nat. 3, p. 113. Maixhaiilae he-raè, iricaetetselarts. Wallerius'a Mineralogy, p, 211. Marcasitat rel cryitalU pxjrilaeei, marca^les. Foislor's Inlrod. lo Minenlogy, y 39.

i*) Mieamimbranacea, Linn. Sjsi. nat. 3, p. 58.

Mica nienibranacca pellucidi&simn Oexilis allia. Walt. Min , p. 120.

Verre de Russie, verre de Uoscovie, IsJngtaM, vilrum riilhenieum, , vilritm Mariât. Forsler's Inlrud. to Ïid., p. 13.

<5) MarmOT rude, Lina. Syst. oai. 3, p. tl.

Calcartui parliculU semliUa'ilibus. Walt, Min,, p. 3i).

C-'leareus scinlUlant. pieriB il chaux étiocelante. Forsler's Introd. to Min., p. 9.

(fl) CvUe opinion n été conlirin<V ikpiiis que le Cap Breton est entre les mains des Anglais, et on rapporte qm» les lits de houille courent à traverii toute l'étendue de l'Ile, et qu'il y en a môme qui remontent jusqu'au bord de la mer, de sorte que l'Ile produra d'immenses richessef houillères, lorsque le gouvernement, jugera à propos de '.es livrera l'exploitation pour le bénéQce de la nation. F.

OEEMASTOWN, 21

Les dames faisaient da rin arec lus fruits da gadellier commun et du framboisier noir. " Il est inutile," remarque Kalm, " de décrire la manière de faire le vin de ^adelles. parce qu'en Suède cet art est porté h nne plus ^ande perfection que dans l'Amérique Septentrionale."

Le savant botaniste ne peut dire si le troène commun, Li^strum vufgare, Linn., Common Privet (01éinée8),qui se rencontre si fréquemment dans les bois et les taillis, est indigène, ou s'il provient d'individus importés d'Angleterre, et dont les graines auraient été dispersées ça et là par les oiseaux. Les clôtures étaient généralement eu ptrches et en planches. Mais il y avait déjà à cette époque des fermiers économes qui, pour ménager te bois en prévision de sa rareté future, utilisaient le troëue commun pour en faire des haies vives.

Le 21 Septembre, Kalm fit à cheval une course agréable, en compagnie de Peter Coek, qui le conduisit à sa maison de campagne à quelques milles au nord-ouest de Philadelphie, près de G-ermantown, petite ville manufacturière habitée en grande partie par des Allemands très-iiidustrieux. En chemin, il remarqua que les arbres des forêts étaient tous à feuilles décidues. Il ne vît pas uuseul pin nisapin, mais beaucoup de noyers, de châtaigniers, de robiniers ou faux-acacias. De temps en temps, dans les éclaircies des bois, un joli cottage en pierre ou en brique avec parterre et allée plantée d'arbres sut le devant, jardin et verger en arrière, réjouissait le regard de nos chevaucheurs. Les maisons de Crermantown étaient en pierre, à deux ou trois étages, à toits plats entourés d'une balustrade, et à croisées garnies de volets donnant sur des balcons. Un jardin était contign à chaque maison.

Le lendemain matin, E!alm fit une excursion à travers la campagne avec son hôte. D'aprôs la description des clôtures des champs, elles devaient être constroiteB comme les nôtres. Le noyer était regardé comme le meilleur combustible. II se vendait à Philadelphie 18 cbelins la corde de huit pieds sur quatre, et le chêne 12 chelins. On prévoyait déjà la rareté du bois. Les cultivateurs s'adonnaieut surtout à la culture du seigle et du maïs. Les femmes faisaient du vin de framboises noires et de cerises et de l'eau-de-vie de pêches et de pommes.

Le phytolaque commun ou raisin d'Amérique, pA$/olaca decandra (Pbytolaccées) se rencontrait partout près des fermes et sur le bord des chemins. On tirait des racines de cette plante une belle teinture rouge (1).

11 y avait plusieurs espèces d'écureuils (2) : l'écureuil de terre ou sciurvs slriatus de Linné, que l'on garde en cage, mais qui ne s'apprivoise jamais entièrement, et l'écureuil ceudré, sciurus cinereus, qui est plus grand. Dans le Maryland, ces petits animaux s'étaient tellement multipliés qu'il fut décrété que chaque habitant serait tenu d'apporter au Surintendant quatre tètes d' écureuils par année. Dans les autres provinces,- on en donnait deux deniers la pièce. L'écureuil fait la principale nourriture dn serpent à sonnettes (3). Gomment un reptile peut-il s'emparer d'un animal aussi f^ile ? C'est une question que le vulgaire a bientôt résolue en s'appuyant sur l'hypothèse de la fascination. Nous reviendrons snr ce sujet.

Il) Le jus du bois du Pliyl(ili|uc strl A colorer les vins. U. [1\ Mammir&res de l'or'lre (t«s Rondeurs, lypa de la fumille du Siluriens. M.

(3) Crotalui hortidus iO|ihiaio]. M.

QERMANTOWN. 29

Le raton, appelé par Linné Ursus cauda ehngata et Ursus htor (1) et raccoon par les Anglais, est souvent, aussi, ditoD, la proie des serpents. La chair de ce plantigrade, très commiin alora en Pensylvanie, est répatêe excellente ; cet animal est un pen pins gros que le renard, et ctHnxne Ini grand croqueur de poulets. On loi fait la chasse arec des chiens. Les organes du mâle renferment un 08 dont les fomenrs se servent pour foaler le tabac dans la pipe. Le poil du raton est beaucoup ntiliaé par les chapeliers, et sa queue est très-estimée depnis que la mode des boas a été introduite (2).

On a trouvé de grandes quantités d'écaillés d'huitres pris de la rivière Potomac et même à une distance considérable du rivt^e de la mer, des montagnes entières qui en étaient composées.

Kalm fait un grand éloge des Sauvages de l'Amérique, de leurs bonnes qualités naturelles, de leur hospitalité, de leur respect pour la foi jurée. Deux ans auparavant, un coljwrteur avait été secrètement assassiné dans une bourgade où il s'était rendu pour débiter ses marchaudisea. Le coupable se croyait bien sûr de l'impunité. Mais un jour il commit une imprudence qui le fit découvrir comme l'aateur du meurtre ; tout de suite, les membres de sa tribu s'emparèrent de sa personne, lui lièrent les pieds et les mains, et allèrent le livrer au gouverneur pour qu'il subit la peine de son crime, suivant le cours de la loi anglaise. Il fat pendu à Philadelphie.

Kalm parle aussi des talents naturels des Indiens, talents dont ils ont donné tant de preuves dans leurs traités avec les gouverneurs anglais.

(I) Proc}Dii*Iotor, laveur, A cause de son habitude singulière de ne rlpn msager qu'il ne l'ait fbit préalablement tremper dans l'eau. M,

(t) On a fait aussi, avec la peau et la queue du raton, des espèce* de bonneU à poils ; c'était un des ornementa diatinctira des jacobins de 1793. [Bonlllel, Dict. des Soiences], M.

30 SKtTEMBEE 1748.

Poar montrer aussi qu'ils ne manquent pas dans l'occasion d'esprit de répartie, il cite le fait suivant :

Uujour, un indien à l'air vénérable entra dans une auberge où un certain nombre de blancs étaient à causer, le verre en main. Invité à plusieurs reprises à se joindre à leurs libations, il ne tarda pas à se sentir la tète échanfiée par l'eau-de-vie, et sortant de la réserve ordinaire aux gens de sa race, il se vanta tout-à-coup de pouvoir lire et écrire en anglais. Un sceptique, pour mettre son érudition & l'épreuve, lui demanda alors s'il savait le nom du premier homme qui ait été circoncis. Le sauvage interpellé répondit sans hésiter : "ce fut le père Abraham". Après quoi, il réclama le droit de poser une question à son interlocuteur ; se tournant vers lui, il lui dit : " Sais-tu qui fut le premier quaker ?" La réponse se faisant attendre : — " Eh bien ! je vais te le nommer," reprit le vieil indien," "ce fut Mardochée, qui refusa d'dter son chapeau devant Aman." Les rieurs passèrent du côté dn sauvage.

Kalm s'est laissé dire que le pays était habité autrefois par une race de géants, et à l'appui de cette assertion, on lui a rapporté que quelques années auparavant des ossements humains d'une grandeur prodigieuse furent trouvés dans une tombe, un tibia et un fémur, longs de quatorze pieds chacun, et des dents d'une grosseur à l'avenant. L'une d'elles fut envoyée à un naturaliste de Hambourg. D'après une vieille légende, que les Indiens se transmettent de père en fils depuis un grand nombre de générations, il y aurait eu autrefois dans ce voisinage un géant, qui, moyennant nne légère rétribution, portait, comme St. Christophe, sur son dos, fous ceux qui voulaient passer la rivière.

Trois récoltes successives de mais épuisaient com-

GermantowN. si

plètement nn champ ; on l'abandounait alors pour en prendre un autre. Lee bestiaux passaient l'hiver dehors.

Tous les animaux des fermes ont été originairement importés d'Europe. Lea Indiens n'en ont jamais eu. ïlais on avait remarqué que le bétail dégénérait petit à petit.

Kalm remarque qae les enfants f>n Amérique sont > plus précoces qu'en Europe, et que leur développement intellectuel est si rapide qu'aucune question ne peut les embarrasser : ils ont réponse à tout. En revanche, l'homme y vit moins longtemps que dans le Viem- Monde. Et même ou a observé que la longévité de l'cnropéen qui est venu s'établir en Amérique, dépasse celle des enfants qu'il y a procrées. Comme l'auteur revient sur ce sujet dans le récit de son séjour en Canada, nous renvoyons le lecteur à notre traduction du 3e volume.

Une citation seulement :

" Dans la dernière guerre," dit Kalm, " il a été claire- " ment constaté que ces nouveaux américains étaient " bien moins robustes, moins endurcis à la fatigue que "les Européens; dans les expéditions, les sièges, les " longs voyages de mer, ils moururent en grand nom- " bre." La femme cesse d'avoir des enfants à quarante on quarante-cinq, et, bien souvent, à trente ans.

D'après le naturaliste suédois, la même faiblesse relative qu'il a cons(atée dans le règne animal se retrouve dans le règne végétal. Un vaisseau construit avec du bois d'Amérique n'a pas autant de solidité ni de force qu'un navire européen.

Le 23 Septembre, Kalm, étant de retour à Philadel-

phie, plQBtenrB amateurs de la science Ini demandèrent s'il pouvait expliquer pourquoi la plupart des végétaui de l'Amérique du Nord, transplantés on Europe, y fleurissent si tard et ne donnent pas de fruits mûrs avant les gelées? Les hivers en Pensylvanie, à New-York, dans la Nouvelle-Angleterre et en Canada, sont, cependant, tout aussi sévères que les hivers de la Suède et bisaucoup pluB rigoureux que ceai de l'Angleterre. Kalm ne répond pas directement h la question ; mais il note quelques observations qu'il a faites sur le climat et les plantes de l'Amérique Septentrionale, laissant à ses lecteurs la liberté d'en déduire une conclusion.

lo. Il admet que les hivers en Pensylvanie, et à plus forte raison, ceux des pays situés plus au nord, sont aussi sévères que les hivers de la Suède et plus rigoureux qu'en Angleterre et dans le midi de l'Europe.

2o. La froide saison en Pensylvanie est glaciale; mais elle n'est pas d'aussi longue durée qu'en Suède.

3o. La chaleur dans la Pensylvanie, en été, est excessive et sans intermission. Il est vrai, dit Kalm, que j'ai vu le thermomètre marquer près de trente degrés audessus du point de congélation à Abc. Mais cela arrive une fois tous les deux ou trois an^ tandis qu'à Fhiladdlphie,à New-Yorl^ Albany et surtout au Canada, la température reste an même degré pendant deux ou trois mois consécutifs. Il est certain qu'en Pensylvanie, la plus grande partie du mois d'Avril, le mois ''de Mai et tous les mois suivants jusqu'en Octobre sont aussi chauds que les mois de Juin et de Juillet en Suède.

4o. Tout le mois de Septembre et la moitié, sinon la totalité du mois d'Octobre forment la belle saison en Pensylvanie ; car les mois précédents sont trop chauds,

La plus grande partie des plantes n'y flearissent qu'en Septembre, et beaucoup ne commencent même à ou\Tir lears boutons qu'à la fin de ce mois ; et cependant ces plantes, qui sont venues si lentement, ont atteint leur pleine maturité arant le milieu d'Octobre. " Mais," dit Ealm, " je ne puis m'eipliquer pourquoi elles s'êpanouissent 81 tard en antorane. Pourquoi la centaurée jacée (Composées), la gentiane, l'amarella et le centaurion de Linné, ou sabbatie (Gentianées), et la verge d'or commune (Composées), fleurissent-ils avant la fin de l'été ? Et pourquoi la belle hépatique ou anémone kepatica (Ilenonculacées), la violette sauvage ou de Mars (Tiolariées), le daphné mézéréon (1) (thymélées) viennent-ils si t6t à maturité le printemps? C'est le secret du Créateur tout-puissant."

5. Il y a cependant quelques plantes indigèues de la Fensylvanie dont les graines ne mûrissent pas avant les premiers froids, comme certaines espèces de gentiane et d'astères (Composées) ; mais, ici encore, il faut admirer la sagesse du Créateur, qui a tout disposé avec ordre ; en effet, presque toutes les plantes d'antomne sont vivaces, ou renaissent chaque année de rejetons de la même racine.

Kalm pense que la tardivelé de ces plantes peut s'expliquer par une cause naturelle. Avant la découverte de ï'Améviqae, tout ce continent ne formait pour ainsi dire qu'une épaisse forêt (2), et à l'eTception des grands arbres et des plantes marines, la plupart des végétaux pendant plus de mille ans ont crû à l'ombre ; ils doivent, par conséquent, appartenir à cette espèce de plantes qui ne se plaisent que dans les bois et dans les lieux peu

il) ViJe Hackloyfs Collect. Vov. III, Ikii.

{2\ Bois-joli ou B >is-geDtil M,

34 SUPTEUBRB 1748.

exposés à l'ardeur des rayons da soleil. Eu outre, le sol, au printemps, était couvert par le Ut épais des feuilles tombées en automne, qui retardait la germinatiou des graines tant qu'il n'était pas converti en terreau. Ne pourrait-on pas dire qu'à la longue les plantes ont iiui par prendre Fkabilui/e de venir tard, habitude dont elles ne se corrigeront peut-être qu'après des siècles de culture ?

25 Sbptembbb.— Kalm fit, ce jour-lâ, une seconde visite à John Bartram, dont il vante les grandes connaissances en philosophie et en histoire naturelle. " On dirait que cet homme est né avec un génie tout particulier pour les sciences. Il s'est instruit tout seul, et a appris le latin sans avoir jamais été à l'école. Fendant plusieurs années successives, il a fait des excursions dans différentes parties de l'Amérique Septentrionale, à la recherche de plantes rares et inconnues jusqu'alors, qu'il cultive aujourd'hui lui-même dans son jardin botanique, et dont il a expédié des graines et des racines en Europe."

Bartram, était, en effet, un botaniste distingué, et le monde savant lui est redevable de la découverte de beaucoup de végétaux utiles et précieux ; mais il n'aimait pas à écrire. X la En, à ta sollicitation de ses amis de Londres, il se décida à publier le récit d'une de ses excursions {1) ; mais son livre parut si tard, qu'il se trouva ne contenir que peu d'observations nouvelles. Les progrés de la science l'avaient devancé. Kalm reconnaît tenir de lui un bon nombre d'informations, " car il possédait le grand don de pouvoir communiquer " aux autres tout ce qu'il savait. Aussi, devrai-je, dans la

(1) VoyagedelaPeiifyl''anieàOnoniUgo, etc., IodJi-ps, lT:)l,in8o. M.

" «oite dti cet ouvrage, citer ce monsieur souvent ; je " ne me pardonnerais jamais d'avoir omis le nom d'un " premier inventeur et réclamé comme le fruit de mes " propres découvertes ce que je tiens d'une autre per- '* sonne."

Les moules, muscfe-shells ou mt/tili-anatlni (1) étaient ' très-recherchées par les gourmets de Philadelphie- La marée eu apportait un grand nombre sur les bords de la rivière, et les petits garçons allaient chaque jour en faire d'amples provisions pour les vendre en ville.

L'Azérolier de Virginie à fruits rouges ou le Ciataegiis crus gain de Linné était employé à défaut d'aubépine pour faire des haies ; mais il ne convient guère à cet usage, parce qu'il perd ses feuilles d^s la fin de Septembre. Chacune de ses baies contient deux noyaux pierreux ; ses épines sont longues de doux à trois pouces, et très-pointues.

Bartram prétendait que le uhùne d'Amérique pourrit plus vite que celui d'Europe, et que deux espèces de bois entraient dans la construction des vaisseaux qui naviguaient sur la rivière Hndson, te chêne noir, pour la quille, et le cèdre rouge, Juniperm Virginiana, pour la carène ou cette partie du navire qui est tantôt dans l'eau et tantôt au-dessus de l'eau, et partant plus sujette à pourrir.

Toutes les observations de Kalm sur le aerpent-àsonnettcfi sont insérées dans les mémoires de l'Académie des Sciences de Stockholm, 1752, p. 316, et 1753, p. 54 ; il y renvoie le lecteur.

Les ours étaient très-nombreux dans le pays et commettaient beaucoup de déprédations. A propos de ces

M] Molliisqu s conchirèrrts. M,

plantigrades, Kalm fait honneur à Battram d'une opinion assez peu scientifiqne, et qae le traducteur anglais traite avec raison d'erreur Tulgairc. D'après le naturaliste américain, lorsqu'un ours (1) fait sa proie d'une vache, il s'y prend pour la tuer de la manière qui suit : Il lui ouvre le cûté d'un coup de dent, introduit son museau dans la plaie béante, et souffle la pauvre vache, qui enfle jusqu'à ce qu'elle en crève

Les Indiens prétendaient que le grand plantin, plantago nu^'or (Plantaginées), est originaire d'Europe, et donnaient à cette plante le nom de pied Sanglais, parceque, disaient-ils, elle semble naître sons tes pas des Européens.

Kalm pense que l'ansérine, ckenopodium album ou chou-gras, goose-foot (Chenopodées), vient de graines importées d'Europe, ainsi que la taaaîsie, taaacetum vulgare (Composées), et la verveine commune à fleurs bleues, verbena yfficinalis (Yerbénacées), parce que ces plantes ne se tronvent que dans le voisinage des maisons et des fermes.

Les feuilles de la casse, casaia cliamaecrisla (Césalpiniées), comme celles de la sensttive ou mimosa (Mimosées) se contractent au toucher.

Le cri des corneilles ressemble à celui du freux, le corvus frugilegus de Linné.

Bartram rapportait avoir dans ses voyages découvert de grands trous dans les montagnes, sur les berges des rivières. D'après la description qu'il donnait de ces cavités, £alm pense que cç devaient être des chaudières ou marmites de géants, sorte de curiosité naturelle assez

(I) Prs

PttlLADELFHIE. t^

commune en Suède, et sur laquelle il avait fait une dis- Bertation devant l'Académie des Sciences de Stockholm. Bartram' avait lui-même écrit à la Société Koyale de Londres à ce sujet. Dans les lettres qu'il adressa à ce corps savant, il combattit l'opinion que ces cavités fussent l'onvrf^ des sanvages, qui les auraient creusées en temps de guerre, pour mettre leurs provisions en sûreté, et expliqua leur origine comme suit :

Lorsque la glace se forme, il s'y loge beaucoup de cailloux. Au printemps, à la fonte des neiges, l'eau des riviàres s'élève bien au-dessus de son niveau ordinaire, et les morceaux de glace flottant à sa surface, laissent échapper les cailloux qu'ils renferment depuis l'automne.- Ces cailloux tombent sur la berge rocbense des rivières, et sont entraînés par le courant dans les fentes'ou crevasses qui s'y trouvent. Une fois là, ils sont continuellement agités par l'eau qui tourbillonne autour d'eux et leur imprime un mouvement giratoire qui, à la longue, finit par creuser le roc. Après qu'un premier caillou a fait son œuvre, qu'il a élargi sa prison et usé ses aspérités à l'arrondir, il est rejoint par d'autres froments de quartz ou de silex dont l'action continue, unie à celle du sable et des vagues, agrandit sans cesse la marmite du géant. Telle était l'opinion de M. Bartram sur l'origine de ces cavités, et elle a reçu l'approbarion de l'Acamie Koyale des Sciences, à Londres (1). Ealm démontre qu'il avait émis la même opinion dès 1743, et renvoie à on mémoire qu'il a adressé à l'Académie Royale des Sciences de Suède. " Mais," dit-il, "il est très-douteut " que toutes les cavités de cette sorte que l'onrencontre " dans les montagnes aient la même origine."

(1) Pour savoir quel degré de créance il faut donner & cott ; approbation de la Société Royale, consultez les avis insérés en lete de cbaque nouveau volume des Transactions Philosoplilqiies. F.

Comme plasiears espèces de mûriers croissent à l'état saavage dans les forêts de l'Amérique, Ealm déplorait devant Bartram l'absence de fabriques de soie ; celui-ci lui répondit que le principal obstacle à leur établiesement était le haut prix de la main-d'œuvre, le salaire des bommes étant de dix-huit pence à trois chelins par jour, et celui des femmes en proportion. Un gouverneur du Connecticut a réussi cependant à acclimater les chenilles du bombyx mori (1), qni ont filé assez de soie pour le vêtir lui et sa famille.

Bartram a donné la même raison à Ealm lorsqnc ce dernier lui a demandé pourquoi, dans un pays couvert de vignes sauvages comme l'était alors la Pensylvanie, ou ne s'adonnait pas à la vinification. Mais le naturaliste suédois, cette fois, se permet de différer d'opinion d'avec son savant interlocuteur, et dit que la véritable cause de l'absence de vignobles, c'est que la plupart des rainins d'Amérique ne produisent qu'un vin sûr et acre.

Les Indiens regardent comme un mets succulent le spadice du gonet, arum virginicum (aroïdées), bouilli avec ses fruits.

Bartram envoya nu pied de sarotkra gentiano'ides, millepertuis-en-balai (Hypéricinées) a* Dr. Dilleaius, (2) botaniste allemand, qui n'a su dans quelle catégorie ranger cette plante, Elle fait un excellent vulnéraire.

Un mélèse, Larix americana (Conifères) expédié par le même Bartram au Dr. Peter Collinson fat regardé alors comme une si grande curiosité, que Miller en fit une

(I) LepidoplËree. M.

(^) John James Dill'^a ou Uillâcius. né en I6S7, â UdrmsiaJl <-\ taari proleïseur k l'Université d'Oxford en I74Î. (M.j

t>BlLAt)ELPHIE. 39

Mention spéciale dans son Dictionnaire Botanique. Eahn ajoute qu'il a vu plus tard que cet arbre était trèscomman au Canada.

Le pommier (1), d'après Bartram, vient d'Europe ; maie le pêcher (2) est une plante indigène de l'Amérique. lies Français du Canada assurent que cet arbre fruitier se rencontre à l'état sauvage partout sur les bords du Mississipi. Forster, dans une note, dit que Thomas Heriot, serviteur de Sir Walter Raleigh, et chargé d'examiner pour lui les productions de l'Amérique Septentrionale, ne fait aucune mention de la pêche ; et il ajonte : " M. du Fratz, qui a publié une excellente rcla- " tion de voyage en Louisiane et sur le Mississipi, dit " que dès longtemps avant que les Français se fassent " établis dans , ces pays, les natifs se procuraient des V pêches dans la colonie anglaise de la Caroline."

La grande molène blanche, Verbascum fAopsut, appelée à tort par les Suédois tabac des sauvages, a plusieurs propriétés médicinales. On l'emploie dans les cas de fièvre, de dyssenterie et pour guérir les plaies faîtes sur les animaux par la larve de l'œstre (3).

Les dames ornaient leurs cheminées en hiver de bouquets formés de corymbes du gnapkalium margarilaceum, espèce ^immortelle (Composées), et en général elles aimaient à garnir leurs appartements de fleurs.

L'apocyn chaurrin, Apocynum cannabinttm, remplaçait le lin et ie chanvre pour diSérents usages. Les femmes fabriquaient divers tissus avec ses fibres. Elles avaient

( I) Pynis malus (Pomac-es). M.

, l2| Amygdalua Persica (Orupacéra}. M.

f3] Oeslrus(Dipt(ra). M.

Bans doute appris l'utilité de cette plante des sauvages qui savaient en tirer parti plusieurs siècles avant l'arrivée des Européens.

Dans une visite que Kalm fit à Bartram, à sa maison de campagne, ce dernier lui exprima l'opinion que la plus grande partie du pays était autrefois couverte par la mer ; il appuyait cette thèse sur plusieurs raisons déduites d'observations géologiques, et même sur une tradition qui avait cours chez les Indiens, d'après laquelle les Montagnes Bleues auraient été primitivement entourées par l'eau. Parmi ces raisons, Ealm a noté les suivantes :

lo. En creusant dans les Montagnes Bleues, qui sont à une distance de plus de trois cents milles de la mer, on trouve des écailles d'huitres et des coquilles. Les vallées formées par ces montagnes en contiennent pareillement.

2o. Ou trouve aussi d'immenses quantités de coquilles pétrifiées dans la pierre à chaux, le silex et le grès dont la masse de ces montagnes est formée.

3o. Dans les provinces de la Virginie et du Marylaud, aussi bien qu'à Philadelphie et à New- York, on a découvert dans le sein de la terre de vastes dépôts de coquilles parfaitement conservées.

4o. En creusant des puits non-seulement à Philadel' phie, mais en plusieurs autres localités, on s trouvé à une profondeur de dix^huit pieds des arbres, des racines et des feuilles de chêne qui n'étaient pas encore pourris.

5o. Les vallées, dont le sol est d'une richesse extrême et composé de par terreau, sont généralement traversées

pftT On Toissoau qui paese au pied d'une montagne, et l'effleure de à près qu'il semble y avoir creusé son lit. " Toutes ces rallées," disait Bartram, " étaient des lacs dont l'eau a fini par ae créer un passage à travers les montagnes en les minant par degrés, et la vase qui reposait au fond de ces lacs forme aujourd'hui le sol si fertile des vallées." C'est un accident de cette nature qui ouvrit, entre deux montagnes, cette brèche d'aspect si singulier, à travers laquelle une rivière va reprendre son cours sur les frontières de New- York et de la Fensylvanie. Les gens disaient en plaisantant que cette onrerture avait été iaite par le diable un jour qu'il voulait sortir de la patrie des quakers pour aller dans celle des knickerbockers.

60. Toute l'apparence des Montagnes Bleues montre clairement qu'elles furent autrefois couvertes par la mer. C'est à l'action de l'eau qn'il faut attribuer ces escarpements que l'on remarque sur plusieurs d'entre elles.

7o. Quand on dit aux sauvages que l'on trouve des coquilles sur ces hautes montagnes, et qu'il y a lieu de croire que la mer en baignait le pied autrefois, et même les recouvrait en partie, ils répondent que cette opinion n'est pas nouvelle pour eux, et qu'elle est conforme à leurs traditions.

80. L'eatt des rivières et des ruisseaux décroit sensible* ment. Beaucoup de moulins qui étaient en opération soixante ans auparavant, sont maintenant arrêtés parce que le pouvoir d'eau qui les mettait en mouvement est devenu presque nul. La diminution de l'eau est due à la culture et au déboisement du pays.

9o. Les bords de la mer s'agrandissent par l'accumulation des sables que les vagues apportent sur la plage.

zBd^ïQoOgle

42 aBPTÏMBRE 1?48.

Bartram pensait aaasi qu'il fallait ne pas perdre de vue un certain autre ordre de faite qui se rattache 8UI observationn précédentes. Les coquilles pétrifiées que l'on trouve sur les mont^ncs du Nord appartiennent à des espèces que l'on chercherait en vain dans la mer sonc la même latitude. Qui se serait imaginé qu'on découvrirait des ossements d'éléphants dans la Sibérie ! Il est vrai qne les carcasses de ces animaux penveni y avoir été transportées par le déluge universel ; mais tout porte à croire que la terre, avant ce cataclysme, n'occupait pas vis-à-vis du soleil la même position qu'aujourd'hui et que les zones étaient différentes (1).

(1) Ce n'est pas S'-ulenient en Hussie qu'on trouve den oasemeols et <1ps défenses d'éléphanis ; on en a découvurt ausn dans te canton de Bflle, eu Suisse, dans Iks domaines du marquis du Bareith, en Francoitie, et en beaucoup d'autres lieuï cités pir le célèbre Leibnitz dans ses Prologaea. Dernièrement, près de in RivtËre Oliio, on a déterré un grand nombre de squelelles d'uléphants avec leurs dérenses; et di^s molaires tenant encore ferme dans leurs alvéoles ont été onvoj'i''eï au Musée Britannique. Feu le Dr. Liiilelon, évoque de Carlisie, a fait don au Musée de la Société Royale de dents semblables, trouvées au Pérou. Les rivière* Ckalunga m Indighirha. en Sibérie, sont renommées pour la grande quantité d'os et de défenses d'éléphants que l'on découvre sur leurs borda, dans un parlïiU étni de conservation ; cela est dû à la rigueur du climat, au peu de durée de la silBon d'été et à la presque comp'Ëte absence de pluie. Ces débris sont si communs en Russie qu'on s'en sert comme de l'ivoire ordinaire ; on a extrait du sein de la terre des défenses qui avaient Jusqu'à huit pieds do long et pesaient trois cents livres, et des molaires dont le diamètre était de neuf pouces. Mais les mâcbelléres d'éléphants trouvées en Amériquu étaient encore plus remarquables en ce qu'elles étaient pourvues de cou ronnes à k'ur sommet, comme celles des animaux carnivores ou des animaux qui se nourrissent d'o» durs ou de noix ; tandis qu'au contraire, lej molaires des éléphants qui maintenant ne se nourrissent que d'berbes et de végétau.^ mous sont déjiourvucs de couronni-s. Tite-Lîve, il est vrai, fait une distinction entre les éléphants d'Asie ou iudieus et ceux d'Afrique, et remarque que ces der.iiers sont Inférieurs aux premiers sous le rapport de la taire et de la force. Hais on n'a jamais pensé à rechercher s'il y avait une dilTérence notable entre les deux espèces dans les organes de la mastication, f.a dissemblance entre les molaires des élé-

Conime l'on pense bien, Bartram ne e'est pas fait faute de montrer sa collection de plantes au naturaliste sué. dois. Kalm a noté les suivantes qui se retrouvent dans les parties septentrioaaies de l'Europe :

1~-Le bouleau commun, tke common birch free, belula aJba (Bétulacées) — sur les coteaux.

2^Le bouleau nain, betvla nana — lieux bas au pied des coteaux.

3 — Le comaret, quintcfeuille rouge des marais, coma- Tum palustre (Rosacées) — dans les prairies, entre les les collines, dans le New-Jersey.

4 — La gentiane jaune on grande gentiane, ffenliana lutea (Gt-entianées) — dans les champs, près des montagnes.

phanls fuBsilei et celles des élé|j)iani3 du monije puBlililuviun, et [e fuit que leurs squelettes odI étâ trouvés dans des pays comme la Sibérie l'Allemagne et l'Amérique, que les proboscidiens n'habitent pas aujouril'bui, ouvrent un large champ aux conjectures sur la manière dont il.^ ont été transportés sous ces Satiludcs. Il est possible que ce déplacement ait été causé par les eaux du déluge. Il n'est pas contraire à la raison, â rbi^loire ou à la révélation de croire que ces squelettes soient les restes d'animaux qui vivaient sur la surface du globe antérieurement à la créalion moaaîque, en la considérant seulement comme une nouvelle modillcntion des créatures qui rhabital>;nl adaptée à l'etal actuel de notre planète, modiflcalion qui demeurerajusqu'à ce que les circonstances rendent un autre changement nécessaire. Alors nctrii globe passera par une nouvelk' création ou révolution, qui sera marquée par l'apparition surla terre d'animaux d'espèces nouvelles aussi. Tout homme quelque peu philosophe, ou p.-irté au raiaonoemenl, trouvera que ce plan donne une grande idée du Créateur, dans l'économie et la conduite de l'univers, et de plus, qu'il est conforme au se.is des paroles d'un écrivain sacré, qui dit : Psaume 104, !9, 30 — " Vous voilei votre visage, ils (les animaux grands et petits) te Iroubleut ; vous retirez votre souflle, ils expirent et rentrent dans leur poussière. Vous envoyez votre esprit, ils renaisient ei la Tace de la terre est renouvelée." Voir les remarques du Dr. Hunter sur les dents fossiles, dans les Transactions Philosophiques, Vol. LVIII. F,

44 tiEPTEUBBE 1748.

5 — La linuée boréale, linnœa borealis (Caprifoliacées), — montagnes da Canada.

6 — Le gale on piment-ioyal, viprica gale (Myricées) — lieux humides, dans le voisinage de la Snsquehanna.

T — La potentille frutescente, poteniilla frulicosa (Bosacées) champs marécageux et prairies basses, entre la rivière Delaware et NevF-Tork.

8 — La trientale d'Europe, irivntalis evroptra (Primuiacées) — snr les coteaux.

9— Le triglochin aquatique, trighdUn martlimum (Joncacées) — voisinage des sources minérales dans le pays des Cinq-Nations.

Bartram communiqua à Ealm une lettre qu'il avait reçue de East Jerset/, qui contenait le récit de la découverte d'une tombe indienne. Dans le mois d'Avril 1744, en creusant une cave, on trouva une grande pierre, et, à quelques pieds au-dessous, des ossements humains et un gâteau de maïs bien conservé, aaquel plusieurs personnes goûtèrent par curiosité. Il n'y avait ni lettres ni d'autres caractères visibles sur la pierre.

^ Le maïs ou Zea Mays, Linn. (ûraminéea) (1), était

l'unique céréale que les Indiens s'appliquassent à faire

produire à la terre. Ils plantaient aussi une grande

\ quantité de courges de l'espèce cucurbita latior {Squash),

' qu'ils ont toujoars cultivée depuis les âges les plus

reculés. Ils semaient des haricots (2) depuis l'arrivée

des Européens en Amérique; mais quant aux pois

I (3), ils en connaissaient le culture avant qu'aucun étran-

[ ger mit le pied dans leur pays.

{1) Tribu des Pbalaridées. M.

l!) Pbaseolus (Légumineusei.) M.

(3) Pisum (LégumineuBes.) M.

~i PHILADELPHIE, 45

Certaias arbres qui croisaeut Bpontanément dans les régions da Snd ne font que végéter duns des pays pins froids où leurs graines sont transportées par les oiseaux. Kalm a remarqué lui-même que le sassafras (Laarinées), qui est un arbre de haute futaie en Pensylvanie, à quarante degrés de latitude nord, n'est qu'un arbrisseau à Oawego et au Fort Nicholson, entre lefc quarante-trois et quarante-quatre degrés de latitude. L'érable à sacre, acer saccharinum (acérinées), ne parvient pas en Pensylvanie au tiers ou au quart de la hauteur qu'il atteint au Canada, où il est un bel et grand arbre. Les gens du peuple emploient les fleurs du sassafras en guise de thé ; comme combustible, il n'est pas estimé. Son écorce fait une bonne teinture jaune. Ou extrait des baies du sassafras une espèce d'huile qui est an remède très-efficace contre les douleurs rhumatismales. Kalm cite le cas d'une femme qui souffrait tellement dans un de ses pieds qu'elle ne pouvait plas marcher. Elle se servit de cette huile une première foie, et, s'étant aperçue que ce traitement lui avait apporté du soulagement, bien que l'odeur da remède lai eût causé des nausées, elle répéta les trictions trois fois, et fut complètement guérie.

Le Picui pileatus, pic-bois noir à huppe roage (1) était commun dans les forêts de la Pensylvanie, et même il y hivernait

Le 3 Ooctobre, Kalm passa la rivière Skulkill en bateau traversier, à une lieue en arrière de Philadelphie, et se mit en route pour Wilmington, autrefois appelé Ghristina par les Suédois, et qui est situé à trente milles au sud-ouest de Philadelphie.

Chemin faisant, il observa que la profondeur de la

'\) Samores. grimpeurs, M.

conohe arable n'est pas aassi considérable qu'elle derrait l'être d'après lea calculs de quelques savanh*. " Et, cependant," dit-il, " il est bien oertain que la terre n'a pas été remuée ici depuis le déluge" (1).

La straraoineoa pomme-épinense, Dalwa Sframonium (Solauées), se rencontrait fréquemment aux alentours des rillages. On la mettait, ainsi que le phytolaque, au rang des herbes nuisibles, et on ne leur connaissait aucune propriété utile. Aujourd'hui, on les considère comme des plantes d'agrément, et on les introduit dans nos jardins : la stramoine (qui est cependant an poison dangereux), à cause de la singularité de son fruit, et le

(I) Nous ri'griittons île ne i^ouvair 'lonner en entier une noie trèsintËressanle du traducieur anglais ; m lia elle est si longue que nous nr>uB bomprons à en fairt- une coiirie aiulyse.

Quelques savants pensonl que Vhumus ou lerre vég.'tale -le notr* globo s'accroU graduellement, pir la décomposition des plantas, d'un demipouce par cent ans, surloui dans les régions qui n'ont Jamais éiÊ livrées à la culture de|>uis h- iloluge. D'autres naturnlistes, Watleriui entre ouires, ne concourent pas dans cette opinion pour la raison qui suit ; Los couches d'humus excédant raremenl un pied, Il s'en suivrait qu'il ne s'est écoulé qu'une période de 3,400 depuis le délugo, tandis que d'après la chronologie de la Bible, il y a plus de 4,000 atis que cet évênemenl « eu lieu^

En Russie, de ce côté-ci de la riviJire Volg.t, il y a des plaines étendues qui n'ont jamais été cultivÈes depuis le firand cataclysme; car l'Idsloiri' nous appreni que les Scythes, les biarnialea, li>s Huns, lus Mugola, qui ont filé successivement les maîtres de ces vastes contrées, étaient des raoes nomades qui vivaient sans agriculture. C'S régions sont déponrvuns de bois da temps immémorial. Et cependant le sel y a deux et même quatre pieds de proronduur : ce qui démontre coml)i<?n est incertain le calcul d'un demî-|)ouce par siècle. L'analyse chimique des plantes Tuil voir qu'elles sont formées d'eau, de terre, d'alculis, d'huile, etc. D'où ci^s substances variée», nécessaires pour ta vég talion, sonl-elles venues originairement? Répondra qu'elles soûl le produit d'uutres plantes décomposées, c'est tomber dans un cercle vicieux. Elles Sjntl'ceuvre du Créateur de l'univers, qui les a douées des qualités nécess-tires pour la perpétuation des espèces. Porster conclut par dire qu'il abonde dans le sentiment de Kalm, et repjusse t'opin'on que la couche arable de la terre est le produit t\^ |a végétation F.

WILMINQTON, CHICHESTEB, CHESTER. 47

phytolaqae, à cause de son port noble et de ses belles grappes de fleurs et de Traits qui se saccèdent toute l'anaée.

Kalm am\-a & Wilmington le 4 Octobre. Cette petite ville ftit fondée en 1733. Dans l'été de 1748, on y érigea une redoute pour la protéger contre les incursions des corsaires français et espagnols.

JJès le lendemain, le voyÉ^eur suédois repartit pour Philadelphie, suivant tantôt la voie publiijue, tantôt de petits rentiers i travers bois, examinant avec soin toutes les piroductions du sol.

Le lierre (1) et la vigne-vierge (2) grimpaient entrelacés avec le smltace (3) jusqu'à la tête des plus grands arbres. Le mélange de leurs feuilles rouges et vertes produisait le plus bel effet.

Kalm vit pour la première fois, à Chichester, bourg sur la Delaware, où les voyageurs passaient la rivière dans nn bac, an canot fuit d'un seul tronc de cèdre crcnsé.

En Pensylvaoie et dans le New-Jersey, ou employait Us graines de l'ansérine anthelmintique (Chenopodées) comme vermifuge.

Il y avait beaucoup de vergers à Chichester, et on y faisait du cidre.

Après une courte pause à Chester, petite ville de marché sur la Delaware, notre voyageur se remit en

(1) HeUra Hélix, Englis'i Ivy (Araliacées). M.

(I) Hedera Quinquefolia (Ampelidëas), espèce df aaae. M-

(3) Smilax laurifolta. H.

route, et le 6 Octobre an soir, il était de retour à Philadelphie. Le lendemain, il traversait la Delaware en bateau, et passait la journée dans le New-Jersey. Il fat frappé de la pauvreté du sol de cette province. L'as* perge (1) y était commune ; Kalm pense qu'elle est une plaate indigène de l'Amérique, parce qu'il l'y a rencontrée souvent à l'état sauvage.

Le pourpier potager (2) se trouve partout aussi à l'état sauvage.

Le bidcnt bidens bipinnala (Composées), dont les graines, garnies de trois épines armées à leur extrémité de petits crochets, s'attachent aux vêtements avec une. ténacité qui fait pester les mén^^res.

Parlant des huitres de Philadelphie, Kalm dit qu'autrefois on faisait du mortier avec leurs écailles ; mais on s'est aperçu que les murs des maisons dans la construction desquelles on avait employé cette espèce de ciment suintaient toujours.

Les ravages causés par un petit insecte de la classe des coléoptères (3) avaient fait abandonner la culture des pois. II s'en est peu fallu que le savant professeur n'introduisit lui-même, involontairement, cette vermine dans son pays. Lors de son départ de l'Amérique, il avait mis dans un papier des pois d'odeur verts et tout frais cueillis, parfaitement sains en apparence. Maie quand, à son arrivée à Stockholm, le 1er Août 1751, il ouvrit l'enveloppe qui les contenait, il se trouva que tous les pois étaient creux et renfermait, chacun, un insecte en train de sortir de sa prison, déjà la tête à la fenêtre et

(1) Asparagus (Liliucée^). M.

(!) Portulaca oUraeta (Portu lacées). M

(3) IiH bruche des pois, Bruc/nis p'ti. 1{,

OERMANTOWN. 49

prêt à s'envoler. Inutile de dire qu'il replia piécipi' tamment le papier, afin d'empêcher qn'aucun de ses hôtes dangereui ne prit son essor (1). Il avoue naïvement, qu'à cette vue, il fat pins effrayé que s'il eut été au moment de mettre la m»n sur une vipère, " car j'eus tout " de suite une claire perception de l'immensité du dom- " mage que mon cher pays aurait souffert, si seulement " deux ou trois de ces insectes nuisibles m'eussent " échappé. La postérité de beaucoup de familles, et " même les habitants de provinces entières auraient eu " raison de me détester comme la cause d'une grande " calamité." Cela ne l'empêcha pas d'envoyer quelques uns de ces pois à Linné, qui donna à l'insecte qu'ils contenaient le nom de Bruchus jfisi, bruche des pois, dont le plus grand ennemi, d'après ce célèbre naturaliste, est le Quiscale pourpre, Gracula Quiscula (2), auquel on a cependant fait une guerre acharnée pendant longtemps en Pensylvanie à cause de ses déprédations dans les champs de maïs.

Kalm alla passer encore deux jours à Germantown chez son ami M. Cock. On se livrait, dans cette ville, à la cultare de la patate des Bermudes, Canooloulm Batatas (3) (Convolvulacées) qui était connue à cette époque en Portugal et en Espagne et même en Angleterre, mais non en Suède. Le professeur à son retour avait apporté plusieurs échantillons de cette pomme de terre, qu'il se

(I) Quoi'jue M. Ealm ait évité soigneuseoient d introilulre cet insacte «n Europe, cependant, le Dr. Linné nous assure, dans son Système de la Nature, que leî contrées méridionales du continent en soot déji inrestêes. Scapoli le mentionne parmi ses Imeeia Carn'oHca, p. 63, Geoflroy en parle Aan» sen Instclt* de Paris et en donne un hon dessin, vol. \, p. 367.

il) Purple GraekU. Quiacalua Versicolor — .Vuiubon — (Coniroatres). M. (3) Batatas edutis, patate sucrée. H.

proposait d'introduire dans son pays; mais le vaisseau ayant lait eau dans une tempête, ils pourrirest tous. Les Espagnols font une sorte d'eau-de-Tie avec la patate sucrée.

Le Poly trie, genre de plantes cryptogames de la famille des mousses, était très-commun ; en certains endroits bas et humides, il couvrait toute la surface du sol.

L'agriculture était très-peu avancée dans la Peitôylvanie. Là, comme dans les autres provinces anglaises, on s'attardait trop dans l'ornière de la routine. Dès qu'un colon avait acheté une terre, il abattait une partie du bois qui la couvrait pour s'y conquérir un champ arable, qu'il labourait et ensenpençait. Le sol, cultivé pour ta première fois peut-être depuis la création, produisait naturellement une récotte magnifique. L'année suivante, le colon labourait encore la même pièce sans y mettre le moindre engrais, et il continuait ainsi d'année en année jusqu'au complet épuisement du sot. Alors, il laissait son champ en friche, prenait sa hache et se taillait en pleine forêt un autre champ, qu'il traitait de la même façon. Toute la terre ayant passé par ce système de culture, le laboureur retournait à son premier champ, qui avait eu le temps de se refaire, puis il l'abandonnait pour le second, qu'il laissait reposer à son tour. Comme on tenait les animnux dehors en toute saison, il ne se ramassait que peu de fumier pour les engrais. Les terres restant en friche pendant de longues années se couvraient à la longue de mauvaises herbes, que l'on ne parvenait à détruire ensuite que très-difEicilemcnt. Lorsque ie sol a perdu sa fertilité, il faut beaucoup de temps et de travail pour la lui rendre.

Un des esclaves de M. Cock montra à Kalm la peau d'un blaireau {Ursus J^eles), (1) qu'il avait tué quelques

(1) Mêles vulgaris (Plantigrades.) M.

, PllIT,ADELPHIE- 5 1-

jours auparavant ; aprùB un examen attentif de cette dépouille, le naturaliste resta convaincu que le blaireau d'Amérique ue diffère pas de celui de Suède.

11 revint à Philadelphie dans la nuit.

12 Octobre. — Cette journée et les suivantes furent consacrées à des excursions sur les bords de la rivière Skulkill. Passant dans un champ, Kalm remarqua plusieurs petites galeries souterraines, habitées par une espèce de taupes, à laquelle Linné a donné le nom de Sorex Cristatus, mais qui est maintenant désignée par les naturalistes sous celui de Condylura Crislata, et qui est propre à l'Amérique Septentrionale.

Kalm a donné une description détaillée de ce petit mammifère carnassier de la famille des insectivores. Cette description est citée dans " The Treasurt/ of Natvr<U History" par Samuel Maunders, Londres, 1S70, qui en reproduit la partie suivante :

" Ayant réussi à m'cmparer d'une de ces taupes, j'ai remarqué qu'elle avait plus de force et de vigueur dans les pattes qu'aucun autre animal en proportion de sa

taille Lui ayant présenté un mouchoir, elle le

perça de trous en moins d'un instant Elle était

très-irascible, et se jetait avec fureur sur tout ce qu'on

mettait à sa portée Cette espèce de taupes ne vil

pas sous des monticules comme celles d'Europe, mais dans des retraites souterraines."

On rencontre dans les bois un arbrisseau dont les baies fournissent de la cire, et que pour cette raison les Suédois appellent Tallow skrub, les Anglais Candle-berry' iree ou Bay berry-bush. Linné lui a donné le nom de Myrica cerifera (Myricées) (1). Les bougies faites avec cet-

ll> Nous avonsrnmarquécoUe plante à Rualico, I!o du Prinw -Edouard, en juillet 1ST6. M.

te cire sont plus durables que les chandelles de suif; elles brûlent mieux et ne fument pas quand on les souffle, an contraire, elles répandent une odeur agréable. On fait aussi arec ce produit un savon excellent pour la barbe. Cette cire est, en outre, un vulnéraire efficace pour les blessures et un remède contre le mal de dents. Un marchand de Philadelphie s'imagina faire une bonne spéculation en expédiant aux pays catholiques de l'Amérique des cierges faits avec les baies du cirier ; mais il fut trompé dans son attente, car le clgrgé ne voulut pas les recevoir.

Avec le Faui-Pouliot, Penny Royal, Cunila pulegioides, (Labiées), 'plante qui a une odeur particulière trèsforte, on faisait un breuvage aussi bon que le thé, et qui se donnait pour exciter la transpiration dans les cas de rhume.

L'écorce de l'aune bouillie est excellente pour la guéri^n des plaies. On en tire aussi une teinture rouge et brune.

Les feuilles du phytolaque décandre, lorsqu'il est jeune, peuvent se manger en guise d'épinards. Mais lorsque la plante a atteint sa pleine croissance, il faut se garder d'en faire usage, si l'on ne veut se donner ■une attaque de dyssenterie. Il doit en être autrement de ses baies, appelées raisins d'Amérique, qui ont une saveur particulière, et dont les enfants sont si friands en automne.

L'écorce du noyer teint les lainages en jaune ; il en est de même de celle du chêne noir, Quercvs nigfa, et du Qufircus marilandica.

Les fleurs et tes feuilles de la balsamine, Impatitns noli tanière (Balsaminées), donnent la même couleur.

PHILADELPHIE. âS

La CoUinsonia Canadensis (Labiétis) a été dâcourerte par Bartram, qui l'a envoyée en Ëarope. Jnssieu, pendant son séjour à Londres, et Linné, ensuite, l'ont ainsi nommée d'après Peter CoUinson, marchand de Londres et membre des Sociétés Royales d'Angleterre et de Suède. L'odear de cette plante est agréable, mais très-forte, Kalm se plaint qu'elle lui donnait des maax de tête. Solvant les sauvages, elle guérit de la morsnre des serpeDts-à-sonnettes. Ailleurs, on l'appelle Herbe-aux' chevaux.

D'après plnsieurs observations qui lui ont été communiquées par Franklin, Kalm pense qu'une grande partie du pays était autrefois couverte par la mer. Parmi ces observations noas remarquons les deux suivantes :

lo. La présence de quantités immenses de coquilles dans le Sud, an pied des montagnes.

2o. Il n'était pas rare de trouver, à 14 pieds sous terre, des pierres rondes à surface polie, comme celles qui ont longtemps été exposées à l'action des eaux, et, à 18 pieds de profondeur, après avoir percé un lit de sable, une épaisse couche de vase remplie d'arbres, de feuilles, de branches, de joncs et de charbon de bois.

18 Octobre.— Kalm note une dizaine de plantes qui étaient en fleurs ce jour-là, et sur ce nombre six appartenaient à la famille des Composées : deux espèces d'astères, la verge-d'or commune, Solidago Virga Aurea, l'épervière, Hieracium, la millefenille, ou herbe-à-dindes, MiUefolium Achillœa, et la dent-de-lion, Leontodon Taraxacum ; il y avait une plante de la famille des Crentianées, une de celle des Oxalidées, l'oseille jaune des bois, Oxatis Corniculata, une de celle des Scrofalarînées, la digitale pourprée ou gant- de-Notre-Dame, Digiialis

54 OCTOBEE 1748.

purpurea, une de celle des Hamamelidées, le noisetier, appelé Hamamelh Virginica.

.Plusieurs arbres, surtout les espèces qui fleurisseut de lionne heure au printemps, comme l'érable rouge, le lauiier d'été, avaient déjà leurs bourgeons si bien formés, qu'en les ouvrant on reconnaissait facilement tontes les parties qui concourent à la production du fruit, le calice, la corolle, les étamines et le pistil. Les boutons étaient extrêmement durs et serrés de maniôre à ks protéger contre le froid.

Les noyers noirs avaient perdu leurs feailies et laissé tomber leurs fruits.

Le cornouiller de la Floride, Cornus Florûta (Cornées), appelé Doi^ioood pa.1 les Anglais, est un bel arbre, surtout au printemps, quand il se couvre de ses fleurs blanches. Il est rare au Canada.

Le tulipier, appelé par les botanistes Liriodendron luHpifera, est un des plus grands arbres de l'Amérique du Nord ; rien de plus beau à voir que ce géant de la forêt paré de ses fleurs en torme de tulipes.

Le magnolier. Magnolia glauca, Linn., désigné par les Anglais sous le nom à' Arbre du Castor parce que ce petit mammifère, de l'ordre des rongeurs, est très-friand de son écorce ; il se rencontre rarement au nord de la Pensylvanie, où il commence à fleurir vers la fin de Mai. Il perd ses feuilles de bonne heure en automne, à l'exception des jeunes individus, qui les conservent tout l'hiver. Le parfum de ses fleurs est très-suave, et em baume l'atmosphère à une grande distance, surtout le soir. Eien de plus agréable qu'une promenade dans les bois lorsque le Magnolier est en floraison. Ses baies

qui sont d'une belle coalear roage, trempéds dans du rhum on de l'eau-de^vie, fout un excellent remède contre la toux. L'écorcc de cet arbre, réduite en poudre, s'emploie contre les fièvres, et est connue bous le nom de Quinquina de Virginie.

Kalm parle d'essais de domestication du bisou, du cerf et dn castor, qui ont été couronnés d'un plein succès. Il a TU des loutres apprivoisées qui suivaient leurs maîtres comme des chiens. Le sarigue (opossum) (1), et le raton (racoon) finissent aussi par se familiariser • mais on ne peut guérir ce dernier de ses habitudes de maraudeur nocturne.

Le dindon sauvage (2) est pins gros que son congénère domestique, et sa. chair est plus savoureuse. Les gens de là campa^e recherchent ses œnfs dans les bois pour les faire couver par les dindes de leurs bassescours ; mais ils ont soin, lorsque les petits sont éclos, de leur couper les ailes avant que leur instinct les porte à s'envoler.

On était parvenu même à apprivoiser des outardes (3), mais en leur coupant les ailes. Par exemple, elles ne voulurent jamais s'accoupler avec les oies domestiques et ne laissèrent pas de postérité.

Kalm assure avoir va des perdrix (4) et des pigeons de passage (5) qui vivaient dans la plus parfaite harmonie avec les volailles de basse-cour.

(1) Fumiile de l'ordre des Mar&uphux. M.

11} HeleagrieGallipuvo {Gallinacé.'s). M.

13) Anierftrui (PalmipèdcB). M.

0) Perdix cinereua (Gallinacécs). M.

|â) EclopisUs .Vitjyaioria IG.illinacécs), M.

56 OCTOBEE 1748.

De tous les oiseaux rares de l' Amérique dn Nord, l'oiseaa-mouche, Trockilui Colubrts, eet le pins admirable. Catesby, dans son Histoire Naturelle de la Caroline, en donne nn dessin colorié de grandeur naturelle (vol. 1, p- 65, tab. 65), ainsi qu'Edwards, dans son Histoire Naturelle des Oiseaux, page 88, tab. 38. M Forster, dans une note, dit qu'il y a une espèce de Colibri encore plus petite, le Trochilus Minimus de Linné, qui ne pèse que vin^t grains. Bartram a gardé un couple d'oiseauxmouches pendant plusieurs semaines en les nourrissant arec de l'eau sucrée (1).

Ce petit favori de la nature, dont, comme l'a dit Bufibni le plumage réunit les couleurs les plus brillantes de l'émeraude, du rubis et de la topaze, arrive en Pensylvanie au printemps, lorsque la chaleur commence à animer et à faire éclore les germes de la vie, et s'y bâtit, dans les branches des arbres, un nid de forme ronde, du diamètre d'un pouce, tapissé à l'intérieur d'une sorte de duvet fourni par la grande molène et l'asclépiade, recouvert de mousse à l'extérieur, et destiné à recevoir deux œufs de la grosseur d'un pois. Sa tangue extensible, rétractile et bifide, son bec long et effilé sont organisés de manière à lui permettre de pomper le jus sucré des fleurs qui est contenu dans cet organe que les botanistes appellent le nectaire. Kalm a remarqué qu'il se plaît surtout dans le voisinage des jardins où croissent la balsamine et la monarde. Un habitant de la campagne peut

(1) Bariratn auraii gardé eus oiseaux-mouches plus longtemps et [leiiiêlre peniianl toute la durée de leur vie naturelle, s'il leur a"ait donné des jnsectesù manger. Un naturaliste de la Jamaïque, qui élève beaucoup de cea trochiles, dit qu'ils ne vivent pas seulement du nectar des (leura, mais qu'ils sont insectivores aua^i ; et que c'est parce qu'on ne peut leur (oumir des inseclis dans la traversée qu'ils meurent à bord dfs tais-

compter avec certitade snr la visite de l'oisean-moache, s'il a te Boîn de cultiver dans son parterre des fleurs à calices tubulenz. Le colibri, dout la vie est toat aérienne, lie se pose pas sur la corolle dont il aspire le nectar ; au contraire, il renvoie ses pieds en arrière et ne se soutient dans le vide que par l'agitation continuelle de ses ailes dont la vibration est tellement rapide que tout le corps de l'oiselet paraît comme enveloppé dans une gaze.

Les fleurs de ta monardesont verlicillées ou disposées par étages en anneaux rayonnants autour de l'axe, comme celles de la menthe, de la galiopside ou chanvre sauvage, de l'agripanme cardiaque et du lamier (1), et comme celles, au reste, de toutes les autres plantes appartenant à la famille des Labiées. C'est nu spectacle agréable que de voir l'oiseaa-monche voler d'une glomérule, après en avoir fait le tour en plongeant son bec vivement dans chacune des flenrs qui la composent, h nne glomérale supérieure, et de celle-ci à une autre plus élevée jusqu'au dernier anneau de la tige.

Il n'est pas farouche et on peut s'en approcher d'assez près ; seulement, si on fait mine de s'avancer directement sur loi, il s'éloigne avec une vitesse telle qu'il semble devenu subitement invisible.

Ces joyaux vivants, que lo Créateur s'est plq à vêtir d'une livrée si splendide, sont susceptibles des plus violentes passions qui agitent le cœur humain. Animés par la jalousie, ils se livrent entre eux des combats atharnés dont les péripéties les amènent jusque dans les maisons.

Une corolle trompe-t-elle leur attente après ies avoir attirés par sa mine appétissante, ils se vengent de la I rj UiTilha, galiopsU, Itonurut, Jnmium— Labiées.

58 OCTOBBK 1748.

pauvreté de son jas en reffenillant à coups de bec avec une impétuosité qui tient de la colère.

Parfois ils fout des dégâts énormes dans les jardins, détruisent toutes les fleurs et en éparpillent les pétales sur le sol avec une fureur qu'on dirait inspirée par l'envie.

Généralement on n'entend que le bourdonnement de leurs ailes. Mais quand ils se battent, ils jettent un cri qui ressemble à celui des moineaux. Kalm pensait comme Bartram que les oiseaux-mouches ue vivent que du nectar des fleurs. Ils émigrent vers le sud, à l'automne.

Le 25 Octobre, Kalm passa toute la journée et celle du lendemain i empaqueter des graines pour les envoyer en Suède.

Le 27 du même mois le savant professeur partit de Philadelphie eu compagnie de sou ami. M, Oock, pour New York, " dans le but de voir le pays et de s'enquérir de la route la plus sûre pour parvenir au Canada à travers les solitudes qui le séparent des Provinces anglaises." Ils passèrent devant un grand nombre de fermes occupées par des Anglais, des Allemands et d'autres colons européens. Presque tous les cultivateurs avaient un verger près de leur maison. Dans une halte que uos'voyageurs firent dans la matinée chez l'un de ces fermiers, pour donner quelque repos à leurs chevaux, ils virent un oiseau-moqueur qui était gardé en cage. Linné a donné à ce chantre harmonieux et sans rival Ip nom de Tardas poli/glottot (1), à cause de son habilité à imiter le ramage de presque tous les oiseaux. L'édition Ltnglaise du voyage de Ealm en contient un dessin excellent, ainsi que du rouge-gorge,

(I) Mimus Puh'glotiUE iDi.'nlirostrPS.) M.

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