TI PRÉFACE
Lorsque Kalm dit que les françaises du Canada sont jolies, bien élevées, vertueuses, un peu moqueuses peut-être, et portées au badinage, mais en toute innocence de cœur, et de plus, qu'elles sont meilleures ménagères que leurs voisines des plantations anglaises, nous n'avons pas de peine à croire qu'il a tracé un portrait fidèle de la canadienne d'alors, puisque nous en retrouvons tous les traits dans son arrièrere petite fille d'aujourd'hui.
Mais pourquoi Forster, qui n'est pas anglais, se sent-il le besoin de protester contre l'assertion que la française est meilleure ménagère que l'anglaise î Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est d'une susceptibilité à rendre des points au plus chatouilleux de Anglo-Saxons. Encore n'est-il pas heureux dans la défense qu'il entreprend en faveur du beau-sexe des colonies anglaises ; et son protêt n'est-il au fond que le plaidoyer d'un nvocat qui sent son client coupable et qui se laisse toucher par ses promesses d'amendement. C'est une sortie qui vaut la peine d'être lue à cause de sa naïveté par trop tudesque (1).
Kalm, en parlant des dangers de la navigation sur le St Laurent, rappelle le désastre arrivé aux Sept lit» (2) à la flotte de l'amiral Sir Hovenden Walker :
(1) Voir Iraduclion, paye 43 , (î) «aoûtntt.
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il obeerve que les Français regardent les baiiœ de ifable et les écucils du fleuve comme udo barrière contre une agression par mer.
Là-dessus, Forster s'empresse de mettre une note pour se donner le malin plaisir de remarquer que le St. Laurent n'est plus fermé aux flottes victorieuses de l'Angleterre : il entonne un vrai chant de triomphe.
Dans un autre endroit, Kalm rapporte qu'un chef Indien refusa au nom de tous ses frères de recevoir des missionnaires que la reine Anne se proposait de leur envoyer, en disant : " Nous n'avons eu déjà quj trop de ces prédicateurs pour le salut de nos âmes ; " et l'auteur se permet la réflexion suivante : " Il faut croire d'après cette réponse que les Anglais n'apportent pas autant d'attention que les Français à une œuvre aussi importante que éelle de la couveraion des Indiens au christianisme, et que leurs mission- «aires ne sont pas ce qu'ils devraient être.'*
Forster, qui se rappelle avoir été quelque peu prédicateur de l'Evangile dans son pays natal, prend occasion de cette remarque (si bien justifiée par les plaintes du chef Indien sur la conduite des missionnaires protestants) pour se répandre en invectives contre les missionnaires catholiques de la Nouvelle- France, ces héros, ces martyrs dont les travaux et
le courage surhumain excitent anjourd'hui l'admiration universelle.
Il est inutile d'insister davantage sur l'accusation de partialité portée contre Kalm par son traducteur anglais : elle est entièrement gratuite.
Disons maintenant dana quelles circonstances le Bavant naturaliste suédois a entrepris son voyage en Amérique.
Linné venait de révolutionner complètement la science de la Botanique par la publication de son Systema ^aturae. Il avait en outre jeté les bases de l'ouvrage Speeies Flantai-um, qui devait mettre le comble à sa gloire, et que Haller appelle Maximum opua et aeUmum. La flore d'Europe était assez bien connue, celle de la Laponie avait été décrite par Linné lui-même. Chargé d'une mission semblable à celle qu'avait remplie, quarante ans auparavant, Kudbeck, professeur à l'Université d'UpBal,son maître et son bienfaiteur, Linné avait fait comme lui, en 1732, un voyage d'exploration dans cette contrée à moitié sauvage. Il entreprit seul et termina cette tournée scientifique de plus de 3,500 milles avec cinquante piastres dans sa poche. Il la refit deux ans plus tard, accompagné, cette fois, de sept jeunes naturalistes ; il publia à son retour une flore complète de la Laponie, qui est un ouvrage classique,