NEW-JERSEY.— SALEM
rille commerçante sise à quelque distance de la Delaware. L'herbe des prairies, du genre laiche, carex (Cypéracéee), était déjà mûre pour être fauchée. Les pruniers sauvages se couvraient do leurs fleurs, et les cornouillers de leurs involucl-es blancs. Des milliers de petits oiseaux couraient dans les bois ou grimpaient dans les buissons, dispensant, par leur folle imprudence*, les serpents à sonnettes d'avoir recours à leur puissance fascinatrice pour en faire leur proie.
Salem était une ' localité peu salubre. Un jeune couple qui avait fait la traversée d'Angleterre en Amérique avec Kalm, étant allé s'établir dans cette ville peu de temps après son arrivée à Philadelphie, y contracta les fièvres, et en moins de six mois, le mari et la femme moururent.
On y cultivait un sahun (l) de qualité inférieure au safran anglais ou français.
La culture du cotonnier, ghssypium herbaceum (2) (Malvacées), qui est une plante annuelle, venait de s'introduire dans cette partie du New-Jersey. D'abord, les graines eurent de la peine à mûrir, mais la plante a fini par s'acclimater.
4 Mai. — Le pommier odorant, Malui, coronaria ou Pgrvs coronaria, très commun en Pensylvanie, venait d'entrer en floraison. " Les fruits (-3), petits et acides, ue sont bons que pour faire du vinaigre,"
(I) Crocus (Iridi'es).
(î) L'espèce de cotonnier plus généralomeiil cullivéi! aus ElaLs-Unis p^t Is yotsyiiium barbudente. L'usage du coton date des temps préhi^tor"|iies tant dans l'ancien nue dans le nouveaii-raonde. Avant la découverte ds l'-Vm^riqtie, les aborigènes savnient n'en Tabriquer des tissus. Pline dit qii>He cotonnier élnil cultivé dans la Ha nie lïlgypte. Les Maures inlroduisirent cettrt {ilnnle en Ëepa^cne. Les premières raanuraclures de coton lurent établies on Angleterre à la Un du seizième siècle par de« réfugiés flnmaDds M.
(3) Pomm 'S de Sibérie, pommes d'amour. M,
Ealm place ici une obBervation. Il se demande pourquoi les arbrçB importés d'Europe, comme leB pommiers par exemple, fleurissent, en Pensylvanie, beaucoup plus tôt que les arbres indigènes de mêmes espèces. Sa réponse est curieuse. Cette précooitô des individus exotiques, dit-il, eot inexplicable, à moins qu'on n'admette qu'ils ouvrent hurs enveloppes florales dès qu'ils reçoivent le degré de chaleur qui provoque l'efflorescence dans les pays d'où ils sont originaires — ne s'attendant pas aux changements climatériqnes si fréquents ici et inconnus on Europe. Au contraire, les individus indigènes sont instruits par l'expérience (si je puis m'exprimer ainsi) à ne pas se fier aux premières apparences de beau temps et de chaleur; ils diffèrent prudemment leur entrée en floraison jusqu'à ce que la saison étant plus avancée, les nuits froides ne soient plus à craindre. Aussi, arrive-t-il souvent que les arbres importés d'Europe périssent par la gelée, tandis que les indigènes de mêmes espèces n'en souff"rent aucunement. " Peut-on trouver une preuve plus manifeste de la sagesse du Créateur ?" Kalm passa la journée du 5 Mai à Rapaapo, grand villuge habité exclusivement par des Suédois.
Les azalées, asalea nvdtfiora (Ericacées), alors en floraison, ajoutaient i. la beauté des bois par l'éclat de leurs splendides corolles. Les Anglais appelaient cet arbuste Whitsunday-fiower, et le confondaient quelquefois avec le chèvrefeuille, auquel il ressemble, en effet, vu de loin ; les Hollandais lui donnaient le nom de Pinxter-fiQwer, et les Suédois celui de May-fioioer (1).
Kalm parle longuement de la grenouille mugissante
NEW-JEESEY. — EAPAiPO. 1 10
des marais, Ra»a boans, Linn. (1), qai était aue uouveanté ponr lui, cette espèce de greuouille ne se rencoutrant pas ea Europe. Il faisait à cheval une excarsioii à travers champs, quand il entendit pour la première fois, le coassement de ce batracien géant, et se crat poursniri par un taureau furieux ; il ne connut sa méprise que quelques heures après, lorsqu'il voulut raconter comme quoi il avait couru un grand danger. La grenouille mugissante, lorsqu'elle est rendue tt sa pleine croissance, peut franchir la distance de trois verges d'un seul saut. On sait qne les sau%-ages sont très forts à la course. Un Suédois fit un pari arec un jeune Indien qu'il ne pourrait rattraper nne de ces grenouilles, à condition qu'il lui donnât une avance de deux, bonds sur lui. Le sauvage accepta la gageure et la perdit. Mais on avait en la précanHon de choisir pour champ de course le voisinage de l'étang habité par le batracien lutteur, auquel, en outre, pour lui donner du cœur au veni;re, on avait brûlé !e postérieur avant de le lancer dans l'arène. Il faut dire que la grenouille-taureau avait peu d'amis: les ménagères lui attribuaient souvent la disparition mystérieuse de jeunes oies et de petits canards ; et peu d'appréciateurs des bonnes qualités de sa chair, qui est aujourd'hui an mets recherché.
Les Anglais appelaient lakite fuiiiper-tree, ou cèdre blanc, le faux-thuya ou arbre de vie, avec le bois duquel on fait idu bardeau. Ce n'est pas un arbre à croissance rapide. Kalm a compté cent-seize cernes (2) sur le tronc d'un faux-thuya qui n'avait que 1 7 pouces
(I) Rann mnxioia aiii'M'icann nquaiica (Caliisby). On il vu plus liniit que i:eUo eajifecu Jh gronouille a • lé 'iès-gni>H uits^i sous lo nom ilf ron i
(î| Cercles concaDiriqui^a que l'on remarqua sur la tranche d'un arbr^ coupé horiionlttlemeDt, et c(<ii maïquent son accroissement annuel. Le Bomhro lies cernes indique 1 4ge de l'arbre,
de diamètre. Ainsi, il Ini fant quatre-vingts uis de croissance, an moios, avant de pouvoir serrir comme bois de constractioQ. Mais son bois est pea pesant. On le préférait à tout antre pour les conTertnres de maisons, qu'on constraisait si légères à Philadelphie, an dire de l'auteur, que leur poids ne paraissait pas affecter les murs, qui, en conséquence, étaient bâtis anssi minces que possible. Il a mesuré l'épaisseur des murailles de plusieurs maisons à trois étages (oaye et grenier noncompris), et a trouvé qu'elle ne dépassait pas généralement dix pouces.
On a remarqué que l'eau des terrains bas, oà croit le cèdre, est un excellent apéritif.
Le cèdre de Virginie, yuMiperaj Virginiana, ou cèdre rouge, ressemble, quand il est jeune, au genôvrier commnn, juniperus communis ; mais lorsqu'il est parvenu à une certaine hauteur, ses feuilles changent de forme. Kalm dit avoir vu un individu de cette espèce dans l'ile Magdelaine (Ste Hélène), propriété du Baron de Longueuil, gouverneur de Montréal.
Le miïrier commença à fleurir le six Mai; le même jour, le smilace entrait en fenillaitjon.
Le 18 Mai, Kalm nota dans sou journal une série d'observations pour démontrer que le climat de la vieille Suède est préférable à celui de la Nouvelle-Suède ; comme l'obscurité profonde des nuits on Pensylvanie peu- ' dant l'été", la rareté des aurores boréalas, le peu d'éclats des étoiles et l'absence de neige en hiver ; la multiplicité des serpents venimeux, serpents-à-sou nettes, serpents-à-cornes (1), serpents à ventre rouge, serpents verts, et de tant d'autres reptiles dangereux, sans compter
{l| CeraslM, genre de serpenls viïi|)ai«8, île J'onfi'e des ophidiens, qui oui sur la lâle deux éminencns courbes en fojine de corne, et dont la mor-
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les cloportes, réritable peste des forêts ; l'inconGtance du temps, l'ardenT exoeesire da soleil l'été, oaase d'insola-/ tioDs fréquentes et d'un caractère presque toujours fatal ; les fièvres intermittentes, qui n'épargnent personne ; les in8ect«s, qui détruisent le grain, entre autres le Bruehus pisi, lequel a fait abandonner la culture des pois ; tes chenilles, qui dévorent les fenilles des arbres ; la pauvreté des pâturages ; la mauvaise construction des maisons considérées comme habitations d'hiver, et enfin la fréquence et l'extrême violence des ouragans.
L'industrie, ajoute-t-il, pourra remédier à quelquesuns de ces inconvénients, mais pour la plupart elle sera impuissante. Ainsi, chaque pays a ses avantages et ses déSBvant^es : heureux celui qui se contente du sien.
Kalm trouve singulier que les Anglais, qui ont porté chez eux l'agriculture à un plus haut degré de perfection qu'aucune autre nation, semblent avoir adopté en Amérique le système agronomique des Indiens. Après qu'ils avaient défriché et converti en champs arables nue étendue de terre, ils la cultivaient aussi longtemps qu'elle produisait du grain, et quand elle était épuisée, ils la laissaient en pâturages et allaient, la hache à la main, se faire de nouvelles terres à blé aux dépens de la forêt. Les champs, les prairiec, les bois, les bestiaux, étaient traités avec la plus grande négligence par les habitants, qui n'avaient d'yeux que pour le gain du moment et ne pensaient pas à l'avenir. Leurs bêtes de somme, harassées par le travail de chaque jour, ne trouvaient pas une nourriture sufi&sante et décroissaient de génération en génération. Le savant professeur, au reste, adresse le même reproche aux colons de toutes les autres origines, Suédois, Allemands, Hollandais et Français,
Les habitants ee plaignaient de la panvreté des pàtu- , rages ; mais ils ne savaient pas employer les graines de beaucoup de plantes ntile{<, et faisaient pea de cas des enseignemenia de l'Histoire Naturelle, science qu'ils considéraient, à l'instar de plusieurs autres peuples, comme un jeu et te passe-temps des fous. Ce n'était pas la sagesse du Créateur qui élait en -défaut, ni sa bonté, mais la prévoyance dn colon, qui dédaignait de proBter des richesses que la main de la Providence avait semées avec prodigalité autour de lui.
O furlunutDs iiiLuliim sua si koiia noriiit
Vi.r.. fitûRfiV'^-
"On trouvera peut-être," ajoute Ealm, " ces réflexions étrangères à mon sujet : mais elles m'ont été inspirées par la négligence avec laquelle l'agriculture est pratiquée partout sur ce continent. D'ailleurs, je les donne comme mon excuse pour le petit nombre d'informations utiles que contient ce journal dans les différentes branches de l'économie. Je ne puis nier cependant que j'ai rencontré, par-ci par-là, un ou dnix i^rouomes habiles.''
Les forêts â' Amérique étaient habitées par de nombreux troupeaux de cerfs- Ils se nourrissaient d'herbe, de trèfle, des feuilles du noyer, de l'andromède-àgrappes, androvieda pamcutata (Erieacées), du géranium maculé, géranium maculatum, du plantain commun, jd antago. Dans les hivers do 1705 et 1740, beaucoup de ces animaux furent trouvés morts de faim dans les bois. L'ennemi naturel du cerf est le loup-cerrier (1,) qui grimpe dans les arbres, d'où il saute sur sa proie à son passage, la déchire ensuite de ses dents et suce son sang
(I) FeliU,yni (Garni orPKli^jiLigra.les). M.
NEW-JERSEY.— BACCOON. 123
jasqn'à ce qu'elle s'abatte épuisée et meure. Un Anglais, heureux propriétaire d'une biche privée, qu'il avait prise toute jeune, s'en servait cotnme d'un appât pour attirer les cerfs de la forêt jusque chez lui. Il lui avait pendu une clochette au cou et la laissait errer en toute liberté dans les bois. Souvent, au temps du rut, des màlea trop galants venaient en bramant reconduire la perfide jusqu'à son logis, témérité qu'ils payaient ordinairement de la vie. Le possesseur de la biche réalisait de jolis bénéfices par la rente de ses faons.
Le 19 Mai, Kalm partit de Raccoou et reprit la route de Philadelphie. En chemin, il rencontra et tua un serpent noir (1) qui avait cinq pieds de long. Le naturaliste eut l'occasion de se convaincre de ses propres yeux, qu'il ue faut pas toujours se fier, avec Linné, sur le nombre des écailles abdominales et caudales, 5cu/a abdominaUa et cavdaHa ou squamœ subcau- . dates, pour faire la distinction entre diverses sortes de serpents. Forster dit que la dilTérence dans le nombre des écailles chez des individus de même genre dépasse quelquefois le nombre dix, mais que néanmoins le caractère indiqué par Linné aide à reconnaître les espèces. Il en est de celte particularité comme des marques tirées des couleurs, des mouchetures, des rayures de la robe des fauves (2), qui ne sont pas invariables. Le serpent noir est le plus vif de tons les ser* pents. C'est à peine si un chien peut le rejoindre à la course. Il est par conséquent presque impossible qu'un homme échappe à sa poursuite. Heureusement, sa morsure n'est ni venimeuse, ni même dangereuse. Rarement
il) Angiiis Tt'gtr, Gilosliy, Colubur coiislriclor, (lu l'urliL' ilua ii|i)ii.
(îl " Il fdut bien se garder de juger de la nature di» Sires |iar un si'iil Cjrjclère,"a dit BuITon, "il se trouverait toujours incoraplet et fa ilif," M.
124 UAt 1749.
il est aggressif, excepté au temps de la copulation, si on le dérange dans ses amonrs. Oh ! alors il devient très irascible et se lance arec la vitesse d'nne flèche iinr le f&chenx importun. Si celui-ci a le courage de lui faire face et de le menacer de sa canne, le serpent, subitement intimidé, rebroussera chemin. Mais si l'homme, afiolé par la terreur, se sauve en courant, i> sera infailliblement rejoint par le reptile, qui le fera tomber en s'en- Toulant autour de sa jambe et le mordra avec fure.ur.
C'est précisément ce qui est advenu à uu journalier an service du Dr Colden, de qui l'auteur tient le fait. Cet homme, nouvellement arrivé d'Europe, se laissa persuader par ses camarades d'aller attaquer, avec un petit bâton, un serpent noir qui faisait la cour à sa femelle non loin de l'endroit où les ouvriers étaient au travail. Mais à peine le reptile eût-il aperçu l'imprudent qu'il se mit à lai donner la chasse, et le malheureux, bientôt atteint, roulait sans connaissance dans la poussière.
Une fois, à Albany, au essaim de fillettes s'envola de la ville pour aller faire un tour a la campagne sous la garde d'un nègre. L'une d'elles, fatiguée de la course, s'assit sur un tronc d'arbre pendant que ses complues folâtraient dans le bois. Mais au même moment, un serpent noir, que l'arrivée de U jeune fille avait dérangé dans ses amours, s'introduit sous ses jupes et e' enroule autour de sa taille, et la voilà qui tombe en pâmoison. Le nègre accourt en tonte hâte ; soupçonnant que quelque, serpent malin est l'auteur de tout le mal, il relève prestement les vêtements de la fillette et se trouve avoir deviné juste. Mais il eut beau tirer de toute sa force sur l'envahisseur, il ne put faire cesser ses étreintes qu'en le séparant en tronçons avec son couteau. Alors la jeune fille reprit ses sens, mais de ce moment le
NEW-JBB8KT.— 'rACCOON- 125
paavre noir fat sa bête d'arersion ; elle ne put jamais dans la Boite supporter la vue de son libérateur et mou* mt de consomption.
£alm en revient à la question de la fascioation exercée par les serpents sur les écureuils et les oiseanx. Il ne voudrait pas croire à cet étrange phénomène. Et cependant, il a une liste de vingt personnes et plus parmi lesquelles des gentlemen dignes de la plus haute confiance; qui, tons, lui ont affirmé sur l'honneur avoir été témoins oculaires de cas de fascination.
Les serpents noirH aiment beaucoup le lait, et lorsqu'une foiff ils en ont trouvé dans nae cave, il est difficile de les empêcher d'y retourner. Plus d'un de ces ophidiens a été snrpris au moment où il satisfaisait sa gourmandise dans le vaisseau même où des enfants prenaient lenr goûter et eans chercher & les mordre, bien que ceux-ci lui donnassent des coups de cuillère sur la tête quand il lenr semblait que l'intrus, dépassant les bornes de la discrétion, se servait plus souvent qu'à son tour. Kalm n'a jamais entendu le sifflement de ce reptile. Le serpent noir change de peau tous les ans, et sa vieille dépouille est regardée comme un remède contre les crampes, ponrvu qu'on se la tienne continuellement enroulée autour du corps.
C'est extraordinaire comme la végétation des côtés opposés d'une rivière, et même du simple ruisseau que l'on franchit d'an seul bond, diffère quelquefois ! Cela dépend de ce que les graines sont apportées, par le courant, des contrées éloignées, flottantes sur les eaux. Le New-Jersey et la Pensylvanie ne sont séparés que par la rivière Delaware, et cependant, quelle disparité entre les deux pays ! C'est à peine si l'on peut trouver une pierre dans le New-Jersey, où il n'y a pas de montagnes, taudis que le sol de la Pensylvanie est des plus acciden'
tés. Dans ce dernier pays, le sapin est très rare, tandis qne l'antre contrée renferme des forêts entièrement composées de cette essence.
Le 22 Mai, Kalm étant do retour à Philadelphie, reprit le conrs de ses chères excursions botaniques dans la campagne.
lies sauterelles sortaient de terre en Jiombre immense. Leurs ailes étaient à peine sèches que ces insectes faisaient déjà un bruit assourdissant avec lenrcha'ïit (1).
Le tulipier, Liriodendron talipifera, était en pleine floraison. Kien de plus beau que de voir ce géant des forêts, de la hauteur d'un chêne, tont couvert de ses fleurs qui ressemblent à des tulipes. Mais i! n'y faut pas regarder de trop près, car lorsqu'on les cueille, on est désagréablement surpris de trouver dans leur brillant calice une sorte de scarabée de couleur olive sans cornes, mulicus, à élytres frangés et suturés de noir et à pattes brunes. Plus tard dans l'été, le même insecte se rencontre sur les mûriers et les magnoliers.
Les gens de Ja campagne commençaient à apporter des framboises et des cerises à la ville.
Le 26 Mai, il y eut «ne violente bourrasque, appelée travat ou iravado dans le pays, accompagnée d'éclairs, de tonnerre et do pluie et qui fît beaucoup de dommages.
Le 28 Mai. — L'air était parfumé par l'odeur suave des magnoliers ; la Kalmie angustil'oliée, appelée laurier nain par les colons anglais, et la Kalmieè larges feuilles (2) donnaient aux bois un aspect ravissant a\'ec leurs
(1) Léchant di'S sauterelles vient îles mAles, et est jirod^iil par \e ttaU teinent de leurs élytres l'un cû.itre l'autre, U.
(2) Kalm prétend que la Knlmie est rare en Canada, mais, suivant l'abbe Provencher, la Kalmie glauque, Stiianip Laurel, est très abondante sur les bords du chemin An ïe.r Grand-Tronc, dans la savanne qu'il Ira* vcrs'! un peu au-dessus de St. Nicolas (Flore (^nadienne, page 371).
PHILADELPHIE. 12t
fleurs ronge \'if disposées eu élégants et gracieux corymbes. Toutes deux riralisaicnt. d'éclat avec le magiiolier, et semblaient lui disputer le prix de la beauté. Mais l'arbre à castor (1) l'emportait par l'odeur saare qui s'exhalait de ses brillantes corolles.
" Ainsi" dit Kalm, " la natare distribue ses dons avec justice et égalité ; aucun être dans la création ne les "^
réunit tons, mais aucun n'en est absolument dépourvu." \
Des' Frères Moraves, en grand nombre, arrivèrent ^\ d'Europe à New- York vers la fiu du mois de Mai, ame- ^
nant avec eux deux prosélytes groënlandais. Leurs co-religionnaires d'Amérique envoyèrent de Philadelphie des délégués chargés de présenter aux zélés hemutes leurs souhaits de bienvenue. Âa nombre de ces députés, il y avait deux Indiens de l'Amérique du Nord et deux Indiens de Surinam, (2) tous quatre convertis à leur doctrine.
La rencontre dansle même lieuetpoarune semblable mission de ces six individus appartenant à trois familles différentes d'aborigènes, excita beaucoup d'intérêt et une grande curiosité. Kalm regrette de n'avoir pas eu l'occasion de voir ces types de la race américaine. Mais des personnes qui avaient assisté à la conférence lui ont rapporté qu'il y avait entre eux une grande- ressemblance de traits et de formes, sauf que la taille des GrToèalandais était un peu plus petite, et qu'à n'en pas donter, ils provenaient tous de la descendance de Noé.
Dans une visite que le professeur fit à Franklin, le savant Américain offrit à son h6te de la racine d'igname, importée des Indes Occidentales, et que les habitants des tropiques mangent, comme nous mangeons la pom-
(I) Nom donné par ka Indieni au Magnolior.
(.*) EUbiias mcnl hollandais dans l'Amérique du Sud'
me de terre, quoiqu'elle soit loin d'en avoir la saveur. Le nom botanique de cette plante est Dtoscorea alata (Dioscorées).
Les habitants faisaient beaucoup de fromage qui valait le fromage anglais quand il avait vieilli un peu. Le 31 Mai, Kalm commença ce long voyage qu'il devait poursuivre jusqu'en Canada' Il partit de Philadelphie dans un petit yacht qui faisait le trajet continuellement entre cette ville et Trenton. A trois heures de l'après-midi il passait vis-à-vis Burlington, chef-lieu de la Province de New-Jersey, dontle commerce aurait été I florissant dàs cette époque sans les monopoles odieux que Philadelphie tenait de son fondateur, et qne les descendants de William Penn exerçaient encore au détriment des viUes voisines.
Le 1er Juin an matin, Kalm arriva à Trenton, et il en repartit le lendemain de bonne heure pour New-Tork. Les champs ensemencés de blé, de seigle, de mais d'avoine, de chanvre et de lin, se paraient de la verdare du grain nouvellement levé. Une odeur suave s'exhalait des magnoliers. Les lisières des bois de chaque côté de la rivière étaient émaillées des fleurs du phlox (1), de la c&stilùge écarlate (2), de la lobélie cardinale (3), de la monarde rooge (4) qui est originaire de ce pays. Le vif incarnat de leurs milliers de corolles succédant à l'émeraude des ptés donnait à la campagne un aspect des plus ravissants.
Kalm arriva à New- York le 3 Juin à neuf heures du soir, et y passa la semaine.
L'usage du rhum — espèce d'ean-de-vie obtenue dans
(1) Phlox globerrima — Phlox maculata (Polémoniacécs) M.
(3) Barlsjscoccinea (scorofularinêes) M.
i3) (Lobeliacées) M, "
(4) Monarda didyina iLabiéesj M.
NKW-TORK. 129
les colonies par la difitillation du jasde la canne-à'-sncre était très répandndaoB l'Amérique Sei>tentrional0. Cette liqneni est bien plus salataire qae l'ean-de-rie de rin ou de grain. Un officier anglais, le major Roderfort. remarqua dauB la dernière guerre contre le Canada, que le brandy avait caosé la mort de beaucoup de soldats taudis que l'abos même du rhum n'eu avait fait périr aucun.
Cette observation est con&rmée par Forster qui croit que le rhum est la moind nuisible de toutes tes liqueurs spiritueuses à canse de la propriété balsamique du sacre qui corrige le caractère styptique de tous les alcools. Plus le rhum est vieux, moins il est astringent.
Il n'y avait presque plus de sauvages dans Long-Island. La rive sud de l'île était renommée par la richesse de ses bancs d'haitres.
Le 10 Juin Kalm se remit en voyage et remonta l'Hudson en yacht jusqu'à Albany, La rivière était couverte d'une multitude de petits bateaux qui revenaient de la ville. Les marsouins (1) prenaient leurs ébats dans le fleuve, et lesétnrgeons (2) sautaient hors de l'eau. Forster remarque dans une note que l'éturgeon d'Amérique a le nez court et obtus, tandis que son congénère anglais a le nez long. Les montagnes hantes et escarpées de la côte occidentale de l'Hudson rappelèrent au voyageur suédois celles de la Qothie occidentale. La rire nord était dans un état de culture avancée, > et ane longue suite de fermes, de vergers et de champs de blé se déroulait à la vue. Les sinuosités de la rivière entre les hautes montagnes qui en resserrent le lit jetèrent le savant dans une foule de considérations sur l'origine des cours d'eau ; en parlant de l'Hudson, il
i\\ Phoceimvutgarit. Celacea.
(1) Âeciptnur tlurio, Plag:
180 jtiiN 1Ï4Ô. ,
émet l'opiuioQ que ce fleave ne doit pas son existence à l'érnption accidentelle de qaelqne grand réservoir, mais qn'il suit le cours que la Providence lui assigna dès la création.
Le yacht ayant dépassé la derniùre des hauteurs qai hérissent la côte occidentale, les Monti^nes Blenes apparurent tont-i-coup dans le lointain, dominant de leurs cimes altières les plus fières éminences.
Mais un fort vent contraire s'éleva, et il fallut mettre à l'ancre pendant quelques heures. L'infatigable botaniste profita de ce contre-temps pour descendre sur le rivage, et faire un examen rapide de la flore du pays, qu'il trouva couvert de sassatras et de châtaigniers. Il vit anssi dans les bois quelques tulipiers et beaucoup de Kalmiea latifoliées, dont la floraison tirait à la fin.
Dans l'après-midi, le vent prit une direction favorable, et Kalm interrompit ses recherches pour remonter sur son yacht. Le navire avait à peine filé quelques nœuds lorsque notre naturaliste aperçoit, sur la rive orientale de l'Hndson, un autre groupe de montagnes qui n'étaient convertcs de bois que depuis leur base jusqu'à la moitié de leur hauteur. 11 se demande pourquoi les sommets de ces éminences sont chauves et stériles. "Je suppose," dit-il, " que c'est & cause de la chaleur, de la sécheresse et de la violence da vent " Forater remarque arec raison qne la température est toujours moins élevée sur les montagnes que dans les plaines, et que la stérilité du sol à leur sommet est plutôt due au froid qu'à la chaleur.
Une petite iwinte, qui se projette sur le côté occidental de la rivière, a reçu le nom de Dance, en souvenir à'nn festival qne les Hollandais célébraient en cet endroit chaque année, et dont le dernier se teimina d'une ma-
nière tragique, par l'irraptiou d'ane bande de Sanvages, qui massacrèrent, sans pitié, toas les danseurs.
12 Juin. — Après une relâche forcée de quelques heures durant la nnit, à cause du manTais temps, le yacht remit à la roile de bon matin. A 11 heures, il longeait nne petite île, qui est située à mi-chemin, entre New- York et Albany. Il y avait plusieurs villages sur la rive septentrionale, et l'un d'eux, appelé Strasburg, était habité par des Allemands. De cette localité, on a une rue superbe des Montagnes Bleues.
On faisait usage de l'agaric (champignon) jaune en guise d'amadou ; celui qui croît sur l'érable rouge était préféré, quoique l'agaric de l'érable à sucre soit aussi bon (t).
Ealm débarqua à Albany le 13 Juin, à 8 heures du matin, et alla se loger chez un armurier qri tenait des chambres garnies.
Les marchands d' Albany étaient ptopriétaires de tous les yachts qui naviguaient entre cette ville et NeW' York, où ils expédiaient des madriers, des planches, toutes sortes de bois de construction, de la larine et des fourrures provenant des Indiens du Canada et introduites par contrebande. Ces navires revenaient sur lest ou avec des cargaisons de rhum, article d'absolu nécessité pour les habitants d' Albany, qui, à l'aide de cette boisson, trichaient à volonté les Indiens dans le com- i merce des peaux. Une fois que les pauvres Sauvages | étaient ivres, ils laissaient au trafiquant le soin de fixer lui-même le prix des fourrures.
Pour le commerce intérieur avec les Indiens, on se servait d'une sorte de bateau plat en planches de pin, pointu à chaque extrémité et garni de sièges,
lP le Polyporui Jomtniariut ou
,Googlé
Chaque fermier d'AJbany avait son verger, planté de pommierBqmproâaisueutd'excelIenta fruits. Le poirier ne réussissait pas bien, non plus que le pêcher. On cultivait le Un, le chanvre, pour la consommation domestique, et le mais en grand. Un demi-minot de semence de ce grain en produisait cent minots. Le blé donnait un rendement qui variait de douze & vingt minots pour un. On semait aussi beaucoup de seigle, mais peu d'avoine, et encore moins d'orge. Les ravages de l'insecte nommé plus haut (I) avaient fait abandonner la calture des pois. Tous les fermiers plantaient des patates sucrées, convoloulut batalas, qui réussissaient bien, mais il était difficile de les conserver pendant l'hiver.
L'oiseau-mouche {Trocliitus Colubris) visitait rarement Âlbany.
Ealm a noté douze espèces d'arbres de la Fensylvanie qui ne se rencontrent pas dans les bois d'^lbany. Ce sont :
Le magnolier glauque, magnolia glauca
La nysse aquatique, nytsa aquatica.
Le liqnidambar-copal, UquidambaT'ilyracifiua.
Le plaqueminier de Virginie, diospyros Virginiana.
Le tulipier, Hriodendron tulipifera.
Le noyer noir, juglans ntgra.
Le chêne des marais, quercus (2).
Le gaînier du Canada, êercis CanadensU,
Le robinier faux-acacia, robinia pxeudo-acacia.
Le fèvier ou acacia à trois épines, gleditschia triacanthos.
L'anone on coroaaolier anona murieata.
Le micocoulier ceUis occidentalis (UlmacéeS'Celtidées).
{!) Brucbus pisi- (!) QuéTcut aqaatiea Y
ALBANT. 188
L'anfear pense qne t' absence de ces essences dans cette contrée peut s'expliquer natareHément par sou climat pins froid que celai de la Pensylvanie, la hanteor des Montagnes B!enes et la direction méridionale dn cours des rivières qui transportent les graines du nord an sud.
Kalm étant allé botaniser dans une île située à un mille an bas de la Tille, il y vit de beaux érables ronges à feuilles blanches, argentées au revers, des platanes, des liards (1), des hêtres et des ormes ; il y remarqua de plus le sumac, la vigne sauvage et le pourpier potager.
En hiver lo froid était si rigoureux qne la glace sur l'Hudson avait ordinairement de trois à quatre pieds d'épaisseur. Le 8 Avril on avait traversé la rivière avec six paires do chevaux. La débâcle avait lieu k la fin de Mars et la clôture de la navigation le 16 Novembre. Le sol gelait à la profondeur de trois, qnatre et cinq pieds.
En examinant l'eau des puits avec attention, Kalm y découvrit une grande quantité de petits crustacés — " des monocIe$,monoculi (2), probablement " de longueurs diffêrentes variant d'une ligne et demie  quatre lignes, an corps mince et allongé et de couleur p&le, à tête noire de la grosseur d'une tête d'épingle et iqueuedivisée en deux branches, se terminant chacune par nu petit globule noir. Ces crustacés nageaient comme des têtards en décrivant . des circuits. Le professeur pensa devoir attribuer à l'nsf^e de cette eau certains picotements désagréables qu'il éprouva dans la gorge pendant son séjour à Albany, et son serviteur Yuugstrœm se plaignit d'un semblable malaise.
L'armurier chez qui Kalm logeait prétendait que le
(I)Populua Canadensis (SaliciDAes) M.
(!i LiDDè a donné le nom de monocles i un genre de petits crustacés de l'ordre des Branchiopodes, appelés aujourd'hui Cyclopes. H.
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pin noir et le hêtre prodaisaient le meillenr charbon de boÏB pour la forge, et que le boia de cerisier sanvage était excellent pour les montares de fusils, ainsi que le noyer noir ; cette dernière esBence ne croît pas dans les environs d'Albany.
Après New- York, Albany était la principale ville de la Province de New* York. II y avait deux églises l'une anglaise et l'antre hollandaise. Cette dernière seule avait un ministre qui se trouvait par conséquent l'unique pasteur de la ville, mais tous les habitants, la garnison exceptée, comprenaient le hollandais. Il recevait un salaire de XlOO, qui lui était envoyé d'Angleterre.
L'h6tel-de-ville était un bel édifice en pierre à trois étages. La plupart des maisons des particuliers — en pierre anssi et couvertes en bardeaux ou en tuiles de Hollande — avaient leur pignon sur la rue, suivant l'ancienne façon. Les murs extérieurs n'étaient jamais enduits de chaux ou de mortier. Les gouttières des toits se projetaient presque jusqu'au milieu de la rue, ce qui avait bien son avantage pour les propriétaires, mais était fort incommode pour les passants, les jours de pluie. Les portes qui donnaient sur la voie publique s'ouvraient au milieu des maisons et de chaque côté il y avait des sièges qui, le soir surtout, étaient occupés par des individus des deux sexes qu'il fallait saluer, en passant, sous peine de passer pour un mal-appris.
Les rues larges pour la plupart, et bordées d'arbres, n'étaient pas proprement entretenues ; les habitants y laissaient errer leurs animaux pendant les nuits d'été. Le port n'avait pas encore de quais.
Le fort occupait le sommet d'une haute colline à l'ouest de la ville. C'était un grand bâtiment en pierre entouré de murs élevés et épais. Quelques soldats sons les ordres d'un officier en formaient toute la garnison.
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Nulle part dans les colonies anglaises — à l'exception des établiBsements de la Baie d'Hudsoa — il ne se faisait nn aussi grand commerce de peaux et de fourrures qu'à Albany. La plupart des marchands de cette ville envoyaient nn commis ou agent à Oswego & la rencontre des Indiens qui s'y rendaient en foule avec le produit de leurs chasses. Les Sauvages du Canada allaient porter leurs peaitx de castors à Albany. Nonobstant les peines sévères étabhes contre ce trafic, do:it la compagnie française des Indes Occidentales avait seule le monopole, les marchands du Canada faisaient, par contrebande, un grand commerce de fourrures avec Albany, où ils les expédiaient par l'entremise d'Indiens à leurs correspondants, qui les prenaient à un prix convenu d'avance. Les Sauvages s'en retonrnuent avec des draps et diverses antres marchandises que les Hollandais pouvaient leur rendre à bien plus bas prix que les Français.
Beaucoup de négociants d'Albany possédaient des domaines considérables ainsi que de grandes terres à bois, sur lesquelles ils érigeaient des moulina à scie qui étaient toujours en opération.
Plusieurs industriels de la ville fabriquaient le Wampum qui était à la fois la monnaie des Indiens et leur parure la pins chère.
Fendant que les Hollandais — les premiers Enropêene qui se soient établis dans la province de New- York— étaient les maîtres incontestés de ce pays, ils s'emparèrent de la Nouvelle-Suède, c'est-à-dire du New-Jersey' et d'une partie de la Peasylvanie. Mais ils ne jouirent pas longtemps du fruit de leur victoire, qui leur fut enlevé ainsi que leur propre territoirQ par les Anglais. Vers la fin de 1664, Sir Eobert Carre (I) par ordre à^
(l)Ceorge Carleret.
roi Charles II s'emparait de New-Amsterdam, qui devint New- York, et bientôt après le colonel Nichols prenait possession da Fort Orange, qui reçut le nom d'Albauy (1), mais conBarva longtemps sa physionomie de Tille hollandaise. Les principaux marchands avaient amassé de grandes fortunes, et les habitants eu général passaient pour riches. Mais on les taxait d'avarice et d'égoiame et ils étaient détestés à l'égal des Jnifs par les Anglais. Kalm Ini-méme en fait an portrait peu flatteur. Il se plaint de leur cupidité, et dit qu'il lui fallait payer trôs cher le moindre service. Il les compare avec les Hollandais des autres parties de la proviucede New- York, dont il vante la civilité,robligeance et la droil ure, tontes qualités naturelles à la nation néerlandaise. Comment s'expliquer cette diflérence de caractère et de respectabilité entre des groupes d'habitants de même origine 1 £alm suppose qu'au début de la colonisation du pays, le gouvernement hollandais se serait débarrassé de ses m&Qvais sujets en les envoyant sur les frontières, aux postes les plus avancés, sons la surveillance de quelques honnêtes familles, à qui l'on aurait persuadé de se dévouer pour tâcher de les contenir dans le devoir. Kalm reconnaît cependant qn'il y avait d'honorables exceptions et beaucoup de gens de bien, qui, en fait de politesse, de probité et de charité chrétienne, ne le cédaient & aucun autre peuple.
La conduite des habitants d'Albany pendant la guerre entre l'Angleterre et la France, qui s'est terminée par le traité de paix d'Aix-la-Chapelle, n'avait pas peu contribué à leur attirer la haine de toutes les colonies britanniques. An début de cette guerre, les Indiens alliés de chacune des deux parties beltigérentes ayant reçu ordre
(l) Nom d'un duché d'Ecosse apanage Ju duc d'York.
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de commencer les hoBtilitêe, les Sanvf^es amis des Frauçais se raèrent sar les habitants de la NonTelle^Angleterre, en tuèrent un grand nombre et firent un butin énorme. Pendant ce temps-là", le peuple d'Albany gardait la neutralité, et trafiquait avec les mêmes Indiens qui massacraient les colons anglais, achetant jusqu'à l'argenterie dont ces barbares les avaient dépouillés. Ce genre de commerce fut regardé comme un encouragement donné par les habitants d'Âlbany au meurtre et au pillage de ceux qu'ils auraient dû considéier en quelque manière comme des frères, puisqu'ils étaient sujets de la même couronne. A la première nouvelle de cette conduite des Hollandais, il s'éleva un cri général d'indignation dans la Nouvelle-Angleterre, et l'on y proféra )a menace d'incendier Albany an premier coup de canon, dans le cas où la paix serait rompue.
" Dans la présente guerre" (1), dit Kalm, " il est facile de voir que les autres provinces ne se pressent pas de porter secours à Albany quand cette ville est menacée par les Français ou les Sauvages."
Mais la haine des Anglais pour les habitants de l'ancien Fort Orange leur était rendue au centuple. La population d'Albany gardait dans son cœur une vieille rancune contre la perfide Albion, dont les faciles victoires l'avaient séparée de sa métropole. " Et cependant," remarque l'auteur, " elle jouit de plus d'avantages sous la domination anglaise que le gouvernement hollandais ne lui en aurait jamais conférés." En quelque sorte, les vaincus avaient plus de privilèges que les conquérants eux-mêmes.
La parcimonie des habitants d'Albany était proverbiale. Ils ne passaient pas pour surcharger leurs tables
<t) M. Kalm a publié ce volume pendsiil la guerre, f.
de mets, loin de là, et la conpe ne circalait pas anssi souvent chez eax qae parmi les Anglais. Mais lears femmes étaient de très-bonnes ménagères et renommées poor leur propreté, surtout à l'égard du parquet de leurs maisons, qu'elles lavaient trois on quatre fois par semaine. Les domestiques étaient presque tous des nègres. Les hommes portaient les cheveax très courts et sans la couette, qui était regardée comme une bizarrerie de la mode française.
Kalm, à son retour du Canada, se coiffait à la française. Quand il passa par Âlbany, les gamins coururent après lui en l'appelant français, et les pins hardis voulurent lui tirer la couette.
Le déjeuner chez les Hollandais se donnait à 7 heures ; il se composait de pain, de beurre, de minces tranches de bœuf séché et de thé sans lait, rarement de café. Le sucre ne se mettait pas dans la tasse, on en portait un petit morceau à sa bouche en buvant.
Leur dîner se composait de lait de beurre mélangé de pain, sucré on non, ou de lait frais, et d'un plat de viande. On servait aussi, k ce repas, une sorte de brouet de gruau très-clair, bouilli dans du lait de beurre, d'un goût acide, mais non désagréable.Le diner se teiminait par une grosse salade assaisonnée avec force vinaigre, mais pea ou point d'hnile.
Au souper, il n'y avait sur la table que du fromage rftpé, du'pain, du beurre et du lait.
Le Gouverneur de New- York tenait souvent des conférences à Albany avec les Iroquois, surtout lorsqu'il s'agissait d'organiser quelque expédition contre les Français, en temps de gnerre. Quelquefois, dans ces délibérations, le représentant de Sa Majesté Britannique abordait le sujet de leur conversion & la religion chrétienne.