ALBANY
Un jour, le gouverneur Hnnter reçut de l'un des Bachems une réponse foudroyante, que Kalm regarde comme une preuve que les Anglais ne portaient pas autant d'attention qne les Français au grand œuvre de l'évangélisatiou des sauvages, et que les missionnaires protestants (1) n'étaient pas dignes de leur état.
Laissons parler l'auteur.
" Après que le gouverneur Hanter eut distribué & ces sauvages par ordre de la reine Anne des vêtements et des présents choisis exprès à leur goût, il s'efforça de les convaincre davantage du bon vouloir de Sa Majesté à leur égard etde Sa sollicitude pour eux en leur disant que leur gratuTmére la Reine, non contente d'orner leurs corps de beaux ajustements, se proposait aussi dorner leurs âmes par la prédication de CEvangtle, et de leur envoyer des ministres pour les instruire. "
(I) Forster combat vivement l'opinion de Kalm, qu'il déclare mal informé.
"Les Eccl^Riastiquea O'ançaiR," dil-il, "ont gagné à leur religion et mis dans leurs intérêts quelques miiêrables Indiens, qu'ils ont établis lans de petites bourgades. Mais il parait que ces pros^lj-tes se sont rtmdas coupables, dans les guerres en ire les Français et les Anglais, de cruautés plus atroces que leurs frires païens, ce qui les ferait croire Mulût pervertis que convertis. Les Anglais ont traduit la Bible ilans la hngue 'tes Sauvoges de la Virginie, et amen* plusieurs d'entre oui à la connaissance du vrai Dieu ; à l'époque acluvlle, les écoles de charit£ et h^ missions diri|;ées par le Révérend M. Eleaznr Wheelock, ont christianisé nombre de ces intldéles. La société pour la propagation de l'Evangile dans les pays étrangers envoie chaque année, à ses frais, beaucoup démissionnaires parmi les Indiens. Les Frères Moravesjsont aussi très zélés pour la conversion des gentils. 6i M. Kalm avait pris toutea ces circonstances eu consids-alion, il aurait fait une appréciation plus juste ri.« travaux des ministres de l'Evangile." F.
Quoiqu'on dise Forster. Kalm avait parfaitem'nt raison. Les traditions ' de la politique anglaise à l'égard des Sauvages n'ont été que trop Udèlemenl saivies i>ar tes Américains. Le CanaJa, de son cût^, a continué celles qu'il tenait de ses premiers fondateurs, et il n'y a qu'à comparer le sort des Indiens des Ktnts-Unis, encore pi'ians pour la plupart, avec celui des "ûires, pour voir lequel des di'Ui pays a constamment montré le plus de dévouement pour la civilisation et la conversion d<!S Sauvagi^s. Il n'y a pas longtemps encore, tes Indiens formulaient devant le Président 'des Etats-Unis, et dans un langage presque identique, des plaintes graves contre les ministres protestants, et demandaien; des robit noires pour misdoDnaires. U.
Le goarerneur avait à psine fini de parler que l'ati des plos rieax sachems se tera, et Tépoudit, au nom de tous les Indiens, qu'il remerciait la gracieuse et bonne reine et mère des beaux habillements qu'elle Uur avait envoyés ; mais que quant aux ministres, ils en avaient défa eu plusieurs (qu'il nomma) qui, au lieu de leur prêcher le saint Evangile, leur avaient appris à boire avec excès, à tricher et à se querel' 1er entre eux. II supplia ensuite le goavernenr de rappeler ces prédicateurs, et de débarrasser ses frères d'an certain nombre d'Européens qui résidaient au milieu d'eux parce que, avant l'arrivée de ces étrangers dans leurs bourgades, les Indiens étaient un peuple honnête sobre et innocent, tandis que maintenant ils ne sont plus qu'un ramassis de misérables. Ils avaient autrefois la crainte de Dieu, mais aujourd'hui c'est à peine s'ils croient à son existence. Que s'il (le gonvernenr) leur voulait du bien, il leur enverrait deux ou troisforgerons pour leur apprendre à forger le for, art qu'ils ne connaissaient pas. Le gonvernenr ne put s'empêcher de rire (?) en entendant ce discours extraordinaire. Je pense qne cette parole de St. Paul trouve ici son explication. " Le nom de Dieu est blasphème parmi les gentils à cause de vous" (1).
Kalm partit d'Âlbauy le 21 Juin ponr le Canada. Il avait, outre son fidèle Yungstrcem, deux hommes qui devaient l'accompagner jusqu'au premier poste français St Frédéric, appelé par les Anglais Crown Point. Les guides avaient lyaé leurs services au prix de cinq livres, cours de New- York, chacun, leur noarritnre à part. Ils ne purent se procurer d'autre embarcation qu'an canot. La rive occidentale de l'Hudson était généralement cnlti. vée, mais les terres soufiraient du manque d'égontte-
(I) Romains, ii., 31.