‹ Voyage de Kalm en Amérique (volume 2)Chapitre 36 sur 49 · FOUT KT FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

FOUT KT FRÉDÉRIC

délétère. Cependant 1^8 Français dn Canada en mangent au printemps les jeanes pooEses préparées comme des aeperg'es, et ne s'en portent pas plus mal, ces premiers jets n'ayant pas eu le temps de s'imprégner du poison. Ses fleurs sont très odorantes, et remplissent les bois de leurs exhalaisons, ce qui rend une promenade dans la forêt extrêmement agréable, surtout le soir. Les Français font du sucre avec les fleurs de l'asclépiade, qne pour oet objet ils ont soin de cueillir le matin, lorsqu'elles sont encore tontes couvertes de rosée. Cette rosée, exprimée et bouillie, produit un sucre brun excellent et d'au goût agréable. Les cosses de cette plante, lorsqu'elles sont mûres, contiennent nue sorte de ouate qui renferme la graine et ressemble à du coton, d'où lui vient sou nom français. Ce coton est l'édredon des pauvres ; ils le recueillent et en font des lits, surtout pour leurs enfants, aussi moëllenz que des lits de plumes. L'asclépiade fleurit en Canada entre la fin de juin et le commohoement de juillet, et ses graines sont mûres au milien de septembre. Les chevaux n'en mangent jamais,

Ce matin j'ai traversé le lac Champlain pour examiner la flore et les autres cnriosités d'une haute montagne qni s'élôve sur sa rive ouest. Du sommet des rochers, à une petite distance du T'ort St Frédéric, une rangée d'autres éminences se déroule à la vue, sur la même rive, s'étendant du sud au nord; et sur la rive orientale, une seconde chaine court dans la même direction, mais à une certaine distance du lac, dix ou douze milles environ, et la plaine entre le lao et ces hauteurs est basse, unie et eourerte de bois, excepté là où le feu a exercé ses ravages. Ces montagnes sont généralement escarpées ; il

y ea a, cependant, dont les flancs vont en pente douce. Nous traven&mes le lao dans un oanot qui pouvait à peine oontenir trois personnes, et, atisBitAt débarqués, nous ne âmes qn'nne étape du liva^ an sommet du pic le pins lapproohé, non sans trouver l'asoension fa< tigante, d'abord parce que la montée était roide, et ensuite à cause du peu de consistance du sol, qui est un pur terreau parsemé de grosses roches. Parvenus à la crête de la montagne, nous nous aperçûmes qu'elle n'était pas la plus hante ; d'autres beaucoup plus élevées bornaient l'horison dans le lointain, liais le temps pour les explorer nous manquait ; puis le vent s'éle* vait, et notre canot était si petit ! D'ailleurs, nous ne trouvâmes ni plantes curieuses, ni rien de remarquable. Toutes ces montagnes étaient autrefois boisées ; mais, en certains endroits, les forêts ont été détruites par le feu. De retour au rivage, nous trouvâmes le vent tellement fort que nous n'osâmes nous risquer & traverser le lac dans notre canot ; et, pour cette raison, je laissai au patron le soin de ramener son esquif aossitét que le vent aurait cessé, et fis, suivi de mon domestique, le tour de la baie à pied, promenade d'environ sept milles anglais. Comme il n'y avait pu de sentier battu, nous longeâmes le rivage en le serrant de prôs, passant audessus des collines et sur les saillies des rochers, à travers d'épaisses forél/ et des marais profonds, que nous savions être fréquentés par d'innombrables serpents à sonnettes ; heureusement nous n'en vîmes aucun. Le rivage est rempli de cailloux en certains endroits, et couvert de grosses roches primitivement angulaires; mats le temps a tellement émoussé l'arête de ces blocs que quelques uns paraissent presque ronds. Ça et là nous rencontrons d'étroits espaces coui^rts de sable ^is, et ftOsn do ce beau sable rouge dont j'ai déjà parlé,

FORT 61 FBâDÊBIC. 25

mêlé de sable noir fermgmetix. Nons avons tronTé sur Its mont^ues. des pierres d'an ronge iclat<iut, de belle texture. Qnel<jaefois ces banteais, arec les arbres t^ni les convrent, s'éléveat perpendiculairement an<dessqs da lac, mais en d'antres Uenx la rive est marécageose.

J'ai vn nn certain nombre de cornes d'Ammon pétrifiées en nu endroit, près da rivage, an milîen d'an tas de pierres et de roches. Les rocbars consistent en nne pierre à chaux grise, qai est une variété de la noire, disposée en couches superposées comme elle. Quelques uns contiennent des pétrifications arec ou sans coquilles ; nous y avons trouvé une énorme ammonite, large d'environ vingt pouces. L'eau avait usé le roc en certains endroits, laissant en relief les pétrifioatioDSi qui paraissaient comme collées à la pierre.

Les montagnes prâs da rivage, très hautes et imposAtes, sont formées de pierre de roche grise compacte, non disposée par couches comme la pierre k chaux, et dont la principale partie constituante est le quartz gris parsemé do mica noir. Cette pierre composée vient jasqu'i l'eau aux endroits oà les montagnes émergent des bords mêmes du lac. Mais celles qui sont éloignées sont formées de couches de pierre i chaux grise et noire, qui se prolongent jusqu'au bord de l'eau, et la roche grise ne s'y trouve pas.

La Zizania aquattca — folle-avoine — (Q-raminées) croit dans la vase aussi bien que dans le courant le plus rapide des ruisseaux, et entra en flenraison dans la saison actuelle.

Les Indiens sont très sujets aux rhumatismes et aux pleurédeE, soit parcequ'ils couchent souvent la nuit sur la .

terre hnmide dans les bois, oapsrceqn'ilc sont exposés i un biosqne passage de la chaleur au froid — ce qni est une partioalarité du climat de ce pays. L'abua des liqueurs fortes leur fait oommettre mille extravagances, comme de reater nus en plein air, saiu égard à la saison ou an temps. Ces maladies, surtout la pleurésie, sont bien communes aussi parmi les Français. Le gourerneur m'a dit en avoir en nne attaque très vio- Isnte. dont le docteur Sarrasin l'avait guéri par le traitement suivant, qni est regardé comme le meillenr ici : il le tînt sons l'effet des sudorifiquea pendant huit ou dix heures, après quoi, il le saigna, répéta l'emploi des sndorifiques, puis nonvelle saignée, et cure complète. Le Dr. Sarrasin, médecin dn roi à Québec, était membre correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris. Il avait nne grande connaissance de h pratique de la médecine, de l'^natomie, et des antres sciences, et son commerce était des pins agréables. Il mourut à Qpébec d'une ûÔTre maligne apportée par nu vaisseau, et qn'il prit i l'hôpital en soignant les malades. Il laissa un fils, qui étudia aussi la médecine ; mais il est mort en France, on il était allé pour se perfectionner dans la pratique de son art. (1)

II) Le Dr. Michel Sarrasin, savant naturaliste, dA à Nuita, en France, en t639,décédëà Québec en 1734. C'est lui qui découvrit la Sarncène, genm do plantes d'Amérique, toutes marécageuses à Qeura éclatante!, lemarquabiei par la singulière conformation de leurs feuilles. L» Or. Sarrasin en ayant envoyé de Québec, un pied au célbbre botaniste Tournefort, celui-ci lui dédia la plante qui,prUe pour type, a donné son nom i toute la famille des Sarrêcinéei. 11 n'est peut-être jms hors de propos de relever ici une erreur de date de nos auteurs Canadiens; ils prétendent que ce fut vers 1730 que le Dr. Barrasin envoya un pied de sarracëne i Tournefort, tandis que toua les biographes s'accordent à placer le décis 'terilluitre savant en 1708, On soutient aujourd'hui que la Sarracëne Oit un antidote du virus de la petite vérole. La Biographie Universelle erre évidemment quand elle iisit un miKÎo&iialre du Dr. Sarrasin.

?OBT BT FBâDËRIC. 2T

Les fièvres intermitteuteé Béyisseaf quelquefois ici, parmi les haliitants et la maladie vénérienne est oom* mnne. Les Indiens y sont st^ets comme les Français, Beaaoonp d'entre enx ont en cette maladie, et plnsienTS l'ont encore. Mais ils connaissent parfaitement l'art de se gnérir. On cite des cnres merveilleases; plu* lîenra Français, infectés de ce mal par tont le corps, ont été radicalement guéris par des Indiens dans le coars de cinq on«iz mois. Les Français n'ont pn déconvrir ce remède ; ils savent cependant que les Indiens ne se servent pas de mercure, mais de racines principalement ; quelles sont ces racines ? ils l'^orént. Je l'ai sa depuis et ai fait un long mémoire sur ces simples i notre Académie Boyale des Sciences. (1)

NoQB connaissons fort bien en Suède la maladie causée par ane espèce de vers appelé» Tœitiœ. EUe est ejuéa rare dans les colonies de l'Âmériqne Britannique du Mord (NonveUe Angleterre), mais très commune en Canada, Il 7 a des personnes qui ont évacué des vers de plusieurs verges de long. On ne sait si les Indiens en sont atteinte ou non, et l'on ne connaît ici aucun remède particulier contre cette maladie ; personne ne peut dire comment elle se contracte ; on conjecture cependant

H. FerUnd (Cours d'Histoire du Canada, vol. 'î, p. 44T) dit que cet homme, remarquable par sa science, ses talenle et la renommée, mournt le 8 Septembre 1734, igé de 70 aus. Il serait donc né en 1661 et non en 1659. Cependant, H. l'abbé Traguay (Dictionnaire Généalogique) a adopté cette dernière date. Les deacendanls du Dr. Barrasia vivent encore dans les environs de Quétwc. (M.)

(1| Voir las mémoiresde celte Académie pour l'année 17â0, page 281 La Stillingia Sylvalica est probablemant une de cei plantes. (K.)

Il n'est pas Tait mention de la Stillînge des bois dans la Flore Canadienne de l'Abbé Provencher, Cette plante, qui est originaire de la Caroline, suivant quelques auteurs, appartient i la Tamllle des Buphorblacées, et contient un suc laiteux, gluant, mais sans âcrelé, employé comme anli- syphilitique, (H.)

qme l'uMge de certuns fruits coutribn« à la produira (I).

Le Fort St Frédéric est sitaé sur nne langue de terre, h l'extrémité sud du lao Champlun, entre oe lac et la rivière fonnée de la réunion du Woodoreek et du lao St Sacrement. Ici, cette rivière est à peu près de la lergenr d'une bonne portée de mousquet. Les Anglais nomment la fortere&se Crown Point. Son nom français lui vient du Beoréttûre d'état, Frédéric Maurepas, qui, an moment de l'érection de oe fort, avait en mains la conduite de l'amirautà en France (2) ; car, il faut observer qne le gouvernement du Canada est soumis à la cour d'anùrautA française, et le gonvemeur-général est tonjonrs choisi parmi ses membres (8). Fresque tous les villi^s en Canada portant le nom de quelque saint, il est devenu nécessaire de foire précéder du mot saint le nom de la forteresse. Cette dernière est bfttie sur un roc de schiste calcaire noir ; sa forme est presque qnadrangnlaire ; ses murs, épais et élevés, sont constmits de cette même pierre, dont il y a une carrière à près d'un demi-mille du fort. Une tour haute et très forte, à l'épreuve des bombes, et munie de canons du haut en bas, en défend la partie orientale ; c'est là que réside

II) LeNaturaliMe CaDadien, Vol. I, 1869, contient une sirie d'excellents articles sur le ver solitaire. (M.)

(t) Uaurepas, J. Frédéric Phélippeaux, (Com(« de) ministre de Louis XV; petit-Ols dn chevalier de Pontchartrain ; né en 1701, mort en 1781. Jl n'avait que vingt-quatre ans lorsqu'il [Ut chargA du départemeat de la marine. Cest lui qui envoya La Cmdaniine sous l'équatenr, Uauperluis au pAle boréal, it qui chargea Jussieu (Joseph) d'aller étudier les plantes BU Pérou. (M.)

(3) Voir note E.

.yGoogle

Page 1