TROIS-RIVIÈRES. G
couvert de forêts qui ne sont jamais ébrauchées, il est facile d'y faire du charbon de bois en abondance. Le combustible provenant d'arbres toujours rerts, comme le sapin, par exemple, est préférable pour la forge, mais celui qu'on fait avec des arbres à feuilles décidues convient mieux pour les hauts-fourneaui. Le fer qui sort de cette usine est, me dit-on, mou, flexible et 'résistant ; et la rouille ne l'attaque pas aussi aisément que le fer ordinaire ; et à cet égard il paraît que l'on fait une grande différence entre le fer espagnol et celui d'ici pour la construction des vaisseaux. L'usine a été fondée eu 1737, par dea particuliers, qui l'ont ensuite cédée au roi ; on y fond des canons et des mortiers de diverses grandeurs, des poêles qui sont eu vogae dans tout le Canada, deg chaudrons, etc., sans compter le fer en barres. Ou a essayé d'y fabriquer de l'acier, mais saus pouvoir l'amener au degré de perfection requis, faute de connaître la meilleure manière de le tremper. L'usine est sous lu snrveillauce de beaucoup d'officiers et d'inspecteurs, qui habitent de très bonnes maisons bâties exprès pour eux. Tout le monde convient qu'elle ne paie pas ses dépenses et que pour la maintenir le roi est obligé d'en combler les déficits chaque année. On attribue ce résultat à l'insuffisance de la population, les habitants du pays ayant assez à faire de cultiver leurs terres, et ce n'est qu'à force d'argent, et avec beaucoup de peine, que l'on peut se procurer des ouvriers d'ailleurs. Cette explication peut paraître plausible, et cependant l'usine devrait être une entreprise profitable, pour plnsienr3 raisons : La mine est d'exploitation facile, elle est aux portes de la fonderie, et le fer qu'on en tire est des plus fusibles ; il est bon et peut être transporté aisément par tout le pays. En outre, comme c'est la seule entreprise de ce genre en Canada,, elle n'a pas de concurrence à sou-
t)« AOUT 1749.
tenir, c'eat chez elle qu'il faut se procurer tons les outils en fer, et tout le fer dont on peat avoir besoin. De plus, une riviàre, qui descend des Forges au fleuve St. Laurent, offre une voie facile autant que iieu coûteuse pour le transport du métal sur tons les points du pays. Le personnel de l'établissement, depuis les officiers jusqu'aux domestiques, parait vivre dans l'opulence. Le soir j'étais de retour à Trois-Rivières. (1)
A l'aurore, nous quittâmes Trois-Rivières, et nous poursuivîmes notre route vers Québec. La terre, sur le côté nord dn fleuve, est assez élevée, sablonneuse, •et les habitations sont rapprochées les unes des autres le long de la rive. La côte sud est, dit-on, également bien peuplée ; mais les bois qui la couvrent nous empêchèrent de voir les maisons, que l'on a dû recaler à l'intérieur, pour éviter les inondations auxquelles cette rive est sujette, à cause de son peu d'élévation au-dessus du niveau du fleuve.
Près de Trois- Rivières, le fleuve est quelque peu étroit, mais plus bas sa largeur est de deux milles.
En chemin, nous apercevons plusieurs églises en pierre, dont quelques unes fort belles. Les rives da fleuve sont bien habitées jusqu'à une profondeur d'environ trois quarts de mille dans l'intérieur du pays, mais au-delà c'est la forêt et la solitude. Les bords des petites rivières qui se jettent dans le St. Laurent sont pareille*
(1) Les Forges de St Haurico Turont «lablles en 1736. En 1739 ellea ctoient en Ëtat de Tabriquer C00,0€0 livrei de Ter par année. Les dé*
penses journal iÈres ne dépassaient pus 125 rr-tnci par jour, tandis quo les revenuB étaient canaidé râbles, car le fer as vendait de vingt A Vingt-un Trancs le cent livres, l'crianil, Cours d'Histoire, 2, p. 419. M.