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ment peuplés de chaqno côté. J'ai fait la remarque, qu'en Canada, les terres défrichées sont tontes snr le long de la ririôre St. Laurent et des autres rivières dn pays, à l'exception des environs des villes, autour desquelles la campagne est complètement cultivée et habitée dans un rayon de douze à dix-huit milles. Les grandes îles du St. Laurent sont également peuplées.
Les bords du fleuve, coupés en pleine terre, s'élèvent graduellement, tantôt en pente oblique, tantôt en pente escarpée. Çà et là, quelques rivières, ou grands ruisseaux, viennent se jeter dans le fleuve, entre autres la Rivière Puante, qui s'unit, au sud-est, avec la rivière St. Laurent, à environ deux lieues audessous de Trois-Riviôres. Sur les bords de la Rivière Puante, à quelque distance de son embouchure, il y a une ville appelée Becancourt, dont toute la population se compose d'Indiens Abénakis, convertis h. la religion catholique romaine, et qui ont des Jésuites pour pasteurs. A une grande distance sur la côte nord-ouest, nous vîmes une chaîne de hautes mont^nes, courant du nord au sud, dominant tout le pays, qui est généralement plat et dépourvu de collines.
Le long de la rivièr(>, il y plusieurs fours à chaux ; la pierre calcaire qu'on y fait cuire est extraite des hauteurs voisines ; elle est grise, compacte, et la chaux qui en provient est très blanche.
Les champs sont généralement semés de blé, d'avoine, de mais et de pois. Les citrouilles et les melons se disputent le terrain dans les jardins des fermes.
Ayant mis pied à terre en un certain endroit de la côte, nous eûmes le plaisir d'y voir ua colibri {Tcochillus Colubris) bourdonnant dans les buissons. Les Français donnent le nom à' oiseau-mouche à ce petit favori •
de la nature , ut diseut qu'il est fort commun en Canada. J'en ai vu plusieurs fois à Québec.
Vers cinq heures de l'après-midi, un fort vent debout, accompagné de pluie, nous força d'aller chercher un refuge et nn ^te pour la nuit, sur le rivage. Plus on approche de Québec, plus le pays est déboisé et ouvert. L'endroit où nous avons passé la nuit est éloigné de Québec d'environ douze lieues.
' On se seit d'un curieux engin de pêche ici; ce sont des haies d'osier entrelacées, et si serrées qu'aucun poissou ne peut passer à travers, disposées sur la plage à une hauteur variant d'un à trois pieds, suivant la profondeur de l'eau, et toujours en un endroit d'où la mer SB retire au reAux. Dans l'enclos formé par les haies, on place des verveux, on trappos-à-poisson, en forme d'entonnoir, évasés par le bas, posés perpendiculairement, trois pieds de haut sur deux et demi de large. Les poissons entrent par nne ouverture pratiquée au rez de terre sur nn des côtés, et faite de petites branches, ou de fil de caret, eu forme de réseau. Vis-à-vis cette entrée, de l'autre côté du verveur, ou celui d'aval, il y a une seconde ouverture, disposée comme la première, et conduisant à nne boite en planches, longue de quatre pieds, haute et large de deux pieds. Do chaque verveux, une clôture part et va rejoindre, en suivant une ligne oblique, la longue haie, avec laquelle elle fait un angle aigu. Ces clôtures, ainsi placées aux extrémités de la longue haie, qui donne sur le haut de la rivière, conduisent le poisson dans la trappe, voici comment : lorsque la marée monte, le poisson, et principalement l'anguille, monte avec elle, le long de la rivière ; lorsque la marée se retire, le poisson descend, et rencontrant les hnies, il les longe, passe dans
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la trappe, et de la trappe tombe dans la boite on vivier, d'où le pêcheur le retire par une ouverture pratiquée à son sommet, et munie d'un couvert. Cet appareil sert surtout à prendre les anguilles. En certains endroits on se sdrt de filets an lieu de haies de branches.
Les bords de la rivière deviennent très roides, et coupés presque perpendiculairement, mais ils ne soatplus en terre végétale ; ils consistent maintenant en une ardoise noire de teinte brune, jiouvant se diviser en minces fragments pas plus épais que le dos d'un couteau, qui se réduisent en poussière dès qu'ils sont exposés à l'air. La grôve est couverte d'une sorte de sable qui n'est rien autre chose que des particules de cette ardoise. Tantôt les couches sont horizontales, tantôt elles sont obliques, avec inclinaison au sud et ascension au nord ; quelquefois c'est tout le contraire. Ici, elles sont échancrées en forme d'hémycicle. Là, elles sont coupées perpendiculairement à une profondeur de deux pieds, ce qui leur donne, de chaque côté de la ligne de section, l'apparence d'un mur droit à surface polie. En quelques endroits on trouve dans l'ardoise, en couches épaisses de qnatre pouces, une pierre calcaire grise, compacte et molle, dont les ludions, depuis des siècles, et les Français, aujourd'hui, font des pipes à tabac (1).
Ce matin nous continuâmes notre voyage à la rame, à cause d'un vent contraire, qui nous empêcha de mettre
(I) Celte pitrrc-â-cliaiix semble Être lie la marne, ou une sorte de pierre marnease — car c'est ainsi qu'on appelle une substance de même nature et de couleur blanchâtre que l'en trouve en CrimAe et prèi de Stira ou TLÈbes, en Grèce, et qui est tmjiloyée au mËme u«ige par les Tartares sous le nom de Keirokil, ei par lus Turcs sojs celui dV^cume-dc-aier. Elle se taille aisément et durcit avec le temps. P.
à la voile. Les rivages ont la même apparence qu'hier, hauts, escarpés, conpés à pic, formés de la même ardoise noire décrite ci-dessas Le pays est une plaine bien peuplée, depnis le bord de la rivière josqn'à la profondeur d'un mille et demi & l'intérieur. Pas d'îles, mais des battures pierreuses découvertes & eau basse seulement, cause fréquente d'accidents. La largeur de la rivîùre varie de deux milles à trois-qnarts de mille, ou un demi-mille. Les habitants se servent ici des engins de pêche décrits plus haut pour prendre des anguilles. On emploie aussi des réseaux d'osier.
La punaise (Cimex lectulariu^) abonde en Canada. Je l'ai trouvée partout où j'ai logé, tant à la ville qu'à la campagne ; on ne connait pas d'autre remède à ce fléau que la patience.
Le criquet {Gryllus domeslicus) pullule aussi en Canada, surtout dans les campagnes, où cet h&te désagréable se loge dans les cheminées. Il n'est pas rare non plus dans les villes, où il passe l'été comme l'hiver, coupant les hardes en pièces en manière de passe-temps.
La blatte {Slalta orienlalis) n'avait pas encore élu domicile dans les maisons ici.
La pente des bords de la rivière s'accroît davantage à mesure que Von approche de Québec. Vers le nord, l'horizon est borné par une hante rangée de montagnes. A environ deux lieues et demie de la ville, la rivière est très étroite, ses rives n'étant qu'à une portée de mousquet l'une de l'autre. Le pays de chaque côté est montagheux, accidenté, couvert d'arbres et parsemé de petites roches. Le rivage est pierreux.
 quatre heures de l'après-midi, nous débarquâmes à Québec, après un voyage des plus heureux. La cité ne
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s'aperçoit qae lorsqu'on en esl arrivé tout près, la vne étant interceptée rln côté sud par nne hante montngne. Cependant une partie des fortifications qui cootonneut cette même montagne se voit & nne grande distance. Les soldats de notre escorte, dès que nous fûmes en rue de Québec, se mirent.à crier qu'ils allaient donner le baptême k tons ceux qni y venaient ponr la première fois, à moins qu'ils ne se rachetassent O'est la coutume, parait-il, et tout le monde doit s'y soumettre ; le gonremeur-général du Canada n'eptpas plus erempt de ce tribut qu'un autre, lorsqu'il fait son premier voyage à Montréal. Nous fie regardâmes pas à quelques sons, et lorsque nous fûmes en face de la ville, nous nous exécutâmes volontiers, à la grande joie des panvres rameurs, qui, avec l'obole de notre rançon, purent so remettre de leur rude labenr en se donnant quelque divertissement à Québec.
Immédiatement après mon arrivée, l'officier qui m'avait accompagné depuis Montréal me conduisit au palais du vîce-gonverneur-général du Canada, le mar* . qais de la Galissonnière, gentilhomme doué de qualités peu communes, qui m'a traité arec lapins grande bonté jusqu'à son -départ. (1) Il avait déjà donné ses ordres pour que l'on me préparât quelques appartements, et vu à ce que je ne manquasse de rien ; en outre, il m'a fait l'honneur d^m'inviter à sa table presque chaque jonr que j'ai passé en ville.
Québec, la ville la plus importante du Canada, est dtué sur la c6te occidentale de la rivière St. Laurent,
(1) Le 2\ seiilembro t149, ri. il« la Gali3sonnii!ire s'enibanfua à Québec, sur le Léopard, pour retourner nn France. Voir Perland, t. H, p. 495. M.
toat au bord de Tean, snr une langue de terre bornée par cette rivière à l'est, et par la rivière St. Charles an Nord ; la montagne, sur laquelle la ville est bâtie, s'élève encore pins haut au sud, et derrière commencent de grands pâturages ; la même montagne s'étend encore loin du c6té de l'ouest. La cité est divisée en hante et basse ville. La basse ville est sur le bord de la rivière, à l'ouest de la hante ville. La langue de terre, que j'ai mentionnée plus haut, s'est formée par l'accumulation séculaire du limon sur le roc, et non par la diminution graduelle de l'eau. La haute ville domine la basse, snr une colline élevée couvraBt une étendue de terre cinq ou six fois plus grande, quoique moins peu* plée. La montagne sur laquelle la haute ville est située s'étend bien au-dessus des maisons de la basse ville, bien qu'elles aient trois on quatre étages de hant ; rien qu'à jeter un coup d'oeil du palais sur la basse ville, dont partie se trouve immédiatement au-dessoas, c'est assez pour donner le vertige.
^ ITne seule rue mène à la hante ville, et elle a été pratiquée en faisant santer une partie de la montagne ; elle est très roide, malgré ses sinuosités. Cependant on y monte ou descend la c6te en voitures et en waggons. Tons les antres chemins sont tellement escarpés qu'il est très difficile de gravir le rocher. La plnpart des marchands habitent la basw ville, dont les maisons sont serrées les unes contre les antres. Les rues sont étroites, raboteuses et presque toujours humides. Il y a dans cette partie de la cité une église et un petit marché.
La hante ville est habitée par les gens de qualité, fonctionnaires, négociants, ou autres. Elle renferme les principaux édifices de la cité, dont voici ceux qui méritent une mention particulière :
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I. Lo palais, qui est situé ear le c6té ouest, et le càté le plas escarpô de la montagne, jaste au-dessus do la basse ville. Ce n'est pas précisément nn palai8,mai8 un grand bâtiment en pierre à deux étages, s'étendant du nord an sud. L'entrée est à l'ouest, sur une cour entourée partie par un mur, et partie par des maisons. Une galerie, large d'environ deux brasses {12 pieds), parée en dalles et fermée par une balustrade en fer, règne tout le long de la façade de l'est, qui donne sur la rivière ; on y a une rue spleudide de la cité et du fleuve. C'est le promenoir par exoellence de l'apràs-diner, et aussi de ceux qui ont affaire au gouvernenr-général, en attendant qu'il puisse les recevoir. Le palais est la ré* sidence du gouverneur-général du Canada ; un piquet de soldats y monte la garde, tant devant la grande porte que dans la cour, et à l'entrée ou sortie du gouverneur, ou de l'évéque, ces militaires doivent présenter les armes au son du tambour. Le gouverneur-général a une chaiielle privée, ce qui ne l'empêche pas d'aller souvent entendre la messe à l'église des Bécollets, (1) qui est proche du palais.
IL Les églises, qui sont au nombre de sept ou huit, toutes bâties en pierre :
1. La cathédrale: elle est à main droite en allant de la basse ville à la haule nlle, un peu au-delà de l'Evèché* On travaille en ce moment à l'orner. Elle est surmontée à l'ouest d'un clocher rond k deux divisions, dont la plus basse contient quelques cloches. La chaire est dorée, ainsi que plusieurs autres parties de l'église Les sièges sont très beaux.
2. L'église des Jésuites, bfttie en forme de croix, et surmontée, elle aussi, d'un clocher rond. C'est la seule.
(I) Religieux Franciscains rérorroés sous le nom de Ordo SU. Franciici ilrkiiorii obierrantix.
églieo qui ait un cadran ; j'en ftirai toat-à-l'lieare une mention plus spéciale.
3. L'église des Râcollets, vifi>à-yis la porte du palais à l'ouest, qui est un bel édifice ; son clocher, eu forme de pointe, et passablement élevé, contient une division en bas pour les cloches.