htk chapelle de l'évêque
T. L'église de la basse ville, construite en 1690, aprôa que la ville eut été délivrée des Anglais : elle est dédiée à la Ste, Vierge, sous le nom de Notre Dame de la Victoire. (1) 8on toit est surmonté, au milieu, d'un petit clocher carré à sa base, et rond au sommet.
8. La petite chapelle du gouverneur-général peut être misa au nombre des églises.
III. La maison de l'évêque est la première habitation que l'on voit à droite en montant de la hasse ville dans la haute ville. C'est ua grand et bel édifice, entouré d'un c6té par une cour spacieuse et au jardin potager, et de l'autre côté par un mur.
£V. Le collage des Jésuites, que je;décritai avec plus de soin. Il l'emporte de beaucoup sur le palais par la noblesse de ses dimensions et de son architeoture.'et conviendrait pour une résidence priacière s'il occupait un site plus avantageux. Il est environ quatre fois aussi
(1) Levée du eiâge (le Québec et rembarquement des troupes aaglaises, commaDdées par Pbipps, 22 octobre 1690. " En mémoire de rheureuse délivrance de Quéhec, une tète Cal instituée sous le nom de Noire Dame des Victoirea, et l'égtise commencée depuis queligues années à ia basse vilie, sur l'emplacement de l'ancien mae^^in do la Compagnie des Ont Associés Cul destinée i. Ôtre un mémorial do la protection du clol." Court d'Histoire du Canada, Abbù Ferland, 2e vol.. p, 230. M.
grand que la maison da gouverneur-général, et lo plus bel édifice de la ville. Le collège des Jésuites et la cathédrale sont tous deux bâtis sur un marché, le premier an nord, et la cathédrale an sud.
y. La maison des Récollets est sise & l'ouest, tout près et directement en face dn palais. C'est nn édifice spacieux, à deux étages, avec un grand verger et on jardin potager y attenants. A chaque étage il y a une galerie étroite avec salles et chambres sur chaque côté.
VI. L'Hotel-Dieu, où l'on soigne les malades, sera décrit plus bas Les sœurs sont de l'ordre de St Au* gnatin.
VIL La Maison du Clergé (ie Séminaire,) vaste bâtiment au nord-est de la cathédrale, avec cour spacieuse sur une de ses faces,, l'autre, celle qui est vis-à-vis la rivière, donnant sur un verger étendu et nn jardin pota* ger. Aucun édifice de la ville ne peut se vanter d'une perspective comparable à celle qu'offre le jardin dn Séminaire, qui occupe un point élevé de la c6te, d'où l'on a Tue sur le fleure à une grande distance. A cet égard les Jésuites sont de beaucoup moins bien partagés ; chez eux la perspective est à peu près nulle et elle l'est complètement chez les Récollets. Tout le clergé de Québec loge dans cette maison avec son supérieur. Le Séminaire possède de grandes étendues de terre dans différentes parties du Canada, dons du Greuvernement, dont il tire un ample revenu.
TIIL Le couvent des Ursulines, dont je ferai mention plus bas.
Tels sont les principaux monuments de Québec ; mais au sud-ouest, juste en face de la ville s'élève :
IX La maison de l'intendant, édifice public, aux dimensions palatiales, et à toit couvert en ferblanc, situé dans une seconde basse-ville, vers le midi sur la rivière
8t Charles, donnant au nord sur an beau et ^and jardin. C'est dans cette maison qne se tiennent toutes Jes délibérations sur les affaires delà Province— et les messieurs qui ont la direction de la police, et ceux qui sont rerétus de l'autorité civile y ont leurs séances sous la présidence de l'Intendant ; dans les affaires de grande importanca, le gouTemeur-général assiste à ces réunions. La maison de l'Intendant est entre les mà'gasins de la couronne et la prison.
La plupart des maisons de Québec sont bâties en pierre, 61 dans la haute ville elles n'ont généralement qu'un étage, les édifices publics exceptés. J'ai vu quelques maisons en bois dans la ville, mais il ne sera pas permis de les rebâtir lorsqu'elles viendront & tomber en rnine. La brique n'est pas employée dans la construction des maisons on des églises dans la cité, on se sert d'un schiste calcaire noir extrait de la montagne même sur laqncUe Québec est assis. Cette sorte d'ardoise semble très compacte au sortir de la carrière et ne parait pas être composée de fragments ou tamellae, mais lorsqu'elle a été exposée à l'air quelque temps, elle se divise en feuilleta minces. Elle est molle et se taille aisément. Les murs de la ville et ceux des jardins en sont constraits presqu'entièretuent. Les toits des édi&ces publics sont couverts en ardoise commune que l'on fait venir de France, parce qu'il n'y en a pas en Canada (1).
L'ardoise des toits posée depuis p'usieurs années ne parait pas avoir soafiert par snite des variations de l'air et du temps. Les demeures des particuliers sont couvertes en planches ajustées parallèlement aux chevrons ou aux bords des toits, et quelquefois obliquement.
(I) L'ardoise à couverture se Irouvo on plusioim pirtins du Cano'la, surloul dans les Canlon s île l'Est. M.
Les coins des maisons et les cintres des croisées sont faits d'une pierre calcaire grise ,à petits grains, qui jette nne odeur forte pareille k celle de la pierre puante (1), plus utile dans ce pays que l'ardoise, qui est siyette à se fendre sons l'action de l'air. L'intérieur des maisons est généralement blanchi. Les fenêtres sont placées en dedans des murs, les doubles châssis étant en usage à Qnébec. Le milien du toit repose sur deux ou tout au plus trois cherrons, couverts en 'planches seulement.
On chauffe les chambres en hiver avec de petits poë* les en fer, qu'on enlève l'été. Les parquets sont très sales ; il parût qu'on ne les nettoie qu'une fois l'an.
La poudrière — au sud du palais — occupe le sommet da la montagne sur laquelle la cité est bâtie.
Les rues de la hante ville, taillées dans le roc vif, ont nue largeur suffisante, mais elles sont très raboteuses et aussi incommodes pour les piétons que pour les voitures, parceque l'ardoise du pavé se fendille en fragments aigus qui mettent les chaussures en pièces Tontes ces voies sa. coupent les unes les autres aux angles, mais elles sont très tortueuses.
Les vergers attenant aux édifices publics et les jardins contigus aux résidences privées dans le voisinage du Collage des Jésuites font paraître la ville très grande, ' bien qu'elle ue contienne pas un nombre considérable de maisons. Son étendue, dn sud au noid, est d'environ six cents toises et du bord de la rivière le long de la basse ville au mur oriental, de trois cent cinquante à quatre cents toises. Il faut remarquer que cet espace n'est pas tout habité, car à l'ouest et an sud, au pied des murs
(I) KUrum Stiillum. Linn. Syst. III. p. 86. Lapis Suitlus priimalidi Wftiler Minéral, p. 59. a. I. SUnk-Slone. Forsler Inlrol. lo Minerai p. 40.
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de la cite, il y a de grands morceaax de terre encore vacants et que Ton réserve sans doute pour être bâtis plus tard lorsque le nombre des habitants de Québec se sera accru.
L'évêqne dont le sidge est dans ta ville est le seul évêque du Canada. Son diocèse s'étend jusqu'à la Lousiane, sur le golfe du Mexique, an midi, et dans les mers du sud an couchant.
Aucun évêque le pape excepté, n'a jamais eu un diocèse plus étendu Mais son troupeau spirituel est très peu considérable à quelque distance de Québec et ses ouailles sont souvent éloignées les unes des autres de plusieurs centaines de milles.
Québec est le seul port de mer et la seule ville de commerce du Canada ; c'est d'ici que tous les produits du pays sont exportés. Le port est au bas de la ville sur ,1e bord du fleuve dont la largeur est, là, d'environ un quart de lieae. Les vatsseaui peuvent y mouiller i l'aise et en sûreté dans vingt-cinq brasses d'ean et sur un fond excellent pour l'ancrage. Le seul vent de nord-est y est un peu redouté, parceqn'il souffle avec une violence extrême. A mon arrivée ici, je comptai treize vaisseaux grands et petits dans le port, et l'on en attendait plusieurs autres- Mais il faut lemarqner qu'aucun navire ne peut venir à Québec à moins qu'il ne soit français ou n'arrive de quelque port de France, on des possessions françaises dans les Indes-Occidentales. Tontes les marchandises étrangères que l'on trouve à Montréal et dans d'autres parties du Canada, viennent d'ici- Les marchands français de Montréal vont passer six mois parmi les nations indiennes employant ce temps à l'achat des peaux et
des ioTurrures ; de retour à la fin d'août Ua descendent à Québec en septembre ou octobre ponr y vendre leurs pelleteries.
On prétend que le privilège de vendre les marchandises importées a beaucoup enrichi les négociants de Québec. Mais cette assertion est contredite par d'autres qui, tout en admettant qu'il y en a qui vivent dans l'opulence, assnrent que la plupart d'entre eux ne possèdent guère plus que le strict nécessaire, sans compter ceux qui, grâce à leur vanité et leur amour du luxe, sont accablés de dettes. Les marchands s'habillent fort élégamment et poussent la somptuosité dans les repas jusqu'à la folie.
Les femmes sont tons les jours en grande toilette et parées autant que pour une réception à la cour.
La ville est entourée de presque tous les côtés d'un mur élevé, surtout du côté de terre, Il n'était pas en* core fini lors de mou voyage, mais on y trivaillait activement. A part le schiste calcaire que j'ai décrit plus haut, on y a fait entrer aussi une sorte de grès ou pierie à aablon gris-foncé. Four les coins des portes, on aem. ployé de la pierre & chaux grise. La nature semble avoir voulu dispenser la ville du soin de se protéger par des murailles du côté de l'eau, en y plaçant un rocher, qu'il est impossible de gravir. Tontes les hauteurs sont couvertes de batteries, et aucun vaisseau ennemi ne peut approcher sans courir un risque imminent d'«tre coulé à fond. Du côté de terre, la ville est gardée par de hantes montagnes, de sorte que la nature et l'art se sont unis pour la protéger.
Québec a été fondé, en 1608 par Samuel de Champlaïn, premier gouverneur-général du Canada. L'histoire nous apprend que cette ville a progressé tràs lentement.
En 1629, vers la fin de juillet elle tomba aux mains de deux Anglais, Lewis et Thomas Kirk, par une capitulation que Champlain dût signer. A cette époque, le Canada et Québec étaient absolument dépourvus de provisions, de sorte qu'ils virent dans les Anglais plutôt des libérateurs que des ennemis. Ces Kirk étaient les frères de l'amirai anglais David Kirk qui attendait avec sa flotte un peu plus bas dans le fleuve. En 1632 la possession de Québec et de tout le Canada fut rendue aux Français par on traité de paix. Chose remarquable, ils hésitèrent à réclamer le Canada des Anglais. Il y en avait, et c'était le pins gp-and nombre, qui pensaient que la colonie n'apportait aucun avantage à la France, parceque son climat était I trop froid et qu'elle coûtait plus qu'elle ne rapportait, et / parceque la France, ne pouvait peupler un pays aussi -^ .' étendu, sans s'affaiblir, comme la nation E8j>agnole autrefois ; qu'il valait mieux garder le peuple en France, et l'employer dans toutes sortes de manufactures, ce qui aurait pour effet d'obliger les autres puissances européennes qui ont des colonies en Amérique, d'apporter leurs produits bruts aux ports français, en échange des produits manufacturés. D'autres, an contraire, à vnes
/ plus élevées, assuraient, d'abord, que le climat n'était pas
\ aussi sévère, qu'on se plaisait à le représenter ; ensuite
ils imputaient à faute à k compagnie, l'excédant des dé-
'' penses sur les revenus, l'accusant de n'avoir pas sn con-
duire les affaires du pays. D'ailleurs, il n'était pas ques-
i tion de coloniser le Canada d'un coup, mais petit à pe*
tit, de manière à ce que la population de la France ne fût pas sensiblement diminuée. Ils espéraient que cette colonie rendrait sa métropole pnisssante dans l'avenir, à cause de ses pêcheries si riches en poissons de toutes espèces, depuis le hareng, le maquereau et la mora« jusqu'aux amphibies et cétacés, et que la Nouvelle-France
deviendrait pour l'ancioitue Gaule nne école de marine. Ils plaidaient, ensuite, l'intérêtda commerce qui airait de ni grands bénéfices à réaliser dans le trafic des peaux et des fourrures, dans la construction des veisseaux et l'exploitatiou des immenses forêts du Canada et la cause de la civilisation et de la religion chrétienne trop engagées dans le grand œuvre de la conversion des Indiens pour qu'il fût possible de l'abandonner.
Et enfin, disaient-ils, la France ne dût-elle obtenir, an prix de ses sacrifices, que le seul résultat de retarder les progrès des anglais, et le développement de leur puissance, déjà si redoutable en Amérique, ce serait un point considérable de gagné, sans compter beaucoup d'autres avantages. Le temps a montré que ces raisons étaient inspirées par une bonne politique, et la France, en s'y rendant, n'a pas nui à sa grandeur, au contraire. Il est regrettable que nous n'ayons pas eu la même sagesse chez nous, à l'époque où nous étions propriétaires de la Nouvelle-Suède — la province la plus belle, la plus fertile de tonte l'Amérique du nord — et plus tard, lorsque l'occasion nous fut offerte d'en reprendre la possession, Il faut savoir unir la prévision à la prudence et penser à l'avenir, tout en pourvoyant aux besoins du temps présent.
An commencement de février 1663 un grand tremblement de terre s'est fait sentir & Québec et par tout le Canada ; il reste encore quelques vestiges de ses ravages.
Aucune personne n'a perdu la vie durant cette convulsion de la nature.
Le 16 octobre 1690, Québec fut assiégé par le général anglais Wm. Fhipps, mais il fut repoussé au bout de quelqnesjours avec de grandes pertes. Les Anglais ont essayé plusieurs fois de prendre leur revanche, mais le St Laurent a toujours été nne bonne défense pour le pays. Un
ennemi, à moins qu'il ne soit familiarisé arec la rivière, ne peut en remonter [le cours sans aller à sa perte, à cause des récirs cachés et des forts courants qui obligent les vaisseaux à dévier de leur route bien souvent.
Québec, dit-on, doit son nom, qui dérive d'un mot normand, à sa situation sur une langue on pointe de terre. En effet quand on reinonte la rivière par l'Ile d'Orléans, le fleuve, au dessus de la ville, se dérobe à la vne et on est tenté de prendre la rivière St Charles ponr la continuation du St. Laurent. Mais en avançant plue loin on retrouve le cours du fleuve, qui offre au premier abord beaucoup de ressemblance avec l'embonchure d'une rivière oaune grande baie. Un matelot, eurpria à l'aspect de cette singularité du cours de la rivière, se serait écrié dans son dialecte provincial Que bec, (1) c'està-dire quelle pointe de terre, de là le nom que porte la cité. D'autres le font dériver du mot algonquin Qaebégo, ou Québec qui signifie " qui va en rétrécissant," la rivière devenant plus étroite à mesure qu'elle se rapproche davantage de Québec.
Le St Laurent a un quart de mille français, ou trois quarte de mille anglais de largeur à Québec. L'eau salée ne remonte paajusqn'à la ville et les habitants peuvent faire usage de l'eau du fleuve pour la cnisine. Malgré sa largeur et son cours si rapide, au reflux sartoat, il s'y forme un pont de glace qui dure tout l'hiver, et sur lequel on peut passer à pied ou en voiture. On dit qu'on a vu fréquemment, même en mai, par des nuits extrêmement froides, ce pont de glace se reformer après la débâcle, et avoir assez de force pour pouvoir supporter le poids des piétons.
Cela montre quelle est l'intensité da froid ici, snrtont qaandNçn cousidèie la diS^rence notable du niveau de l'eau à marée haute et i marée basse. I^a plus grande largeur de la rivière à son tmbouchare est de vingt-sii Ifenes on soixante dix>huît milles anglais, du moins autant qu'on peut la déterminer.
Il est aeaez' difficile de préciser la ligne de démarcation entre la mer et la rivière, vu que cette dernière ne s'y jette et ne s'y nuit que graduellement. La plus grande partie des eaux contenues dans les nombreux lacs du Canada, dont quatre ou cinq ressemblent à de grandes mers, passe forcément par le St Laurent avant d'aller se perdre dans l'océan. La rapidité du courant rend très dangercnse la navigation de la mer en remontant le St Laurent, ainsi que les bancs de sables mouvants qui se forment souvent à des endroits on on n'en avaitjamais vu auparavant. Les Anglais dans leurs entreprises contre le Canada ont fait une ou deux fois l'expérience de l'espèce de danger causé par le déplacement de ces battnres.
Aussi les Français regardentrils avec apparence de raison la rivière comme une barrière contre toute uou' velle incursion (1).
Comme je l'ai déjà dit, la marée remonte beaucoup audelà de Québec dans le Bt Laurent.
La différence du niveau de l'eau entre les hautes etbasses marées est généralement de quinze à seize pieds, mc-
|t) La rivièru St Laurenl n'a pas été une barrière coniro les Hottes victorieuses de l'Anjjleterre lors de la dernière guerre, et lesTortiOeations de Québec n'ont putenir devant les assauts intrépides de bod armée de terre, ce qui a Tort désappointé ces bons Français du Canada. Hais à présent ils vivent heureux sous le ré(;imc ançlaip, dont ils saveni apprécier la douce inlluencc. (F.)
sure française, maie à la nouvelle et pleine Inné, et lorsque le vent est favorable la différence est do dj^-sept à diz-hnit pieda, ce qui est très considédable.
7 AODT.
Gittseng (krdMacées) (1) est le nom vulgaire français au Canada d'une plante dont la racine a une grande valeur en Chine.
Elle croît de temps immémorial dans la Tartarie chinoise et la Corée, où on la cueille tous les ans pour l'exporter en Chine. Le Père du Halde dit qu'elle est la plus précieuse et la plus utile de toutes les plantes de la Tartarie Orientale, et qu'elle attire chaque année beaucoup de monde dans les déserts de cette contrée. Les Tartares-Mantchoux lui donnent le nom de Orhota, qui veut dire lapins noble ou la reine des plantes (2). Les Tartarea et les Chinois l'apprécient très fort et lui attribuent la vertu de guérir plusieurs maladies dangereuses, de renouveler la vigueur du corps et. même de relever les forces intellectuelles abattues par un excès de travail.
Xliie once de ginseng rapporte le prix incroyable de sept à huit onces d'argent à Pékin. Quand les botanistes français ont vu le dessin de cette plante pour la première
(1) Lus DoUnislcs connaissonl celle j.lanlo sous lu nom Je Panax quinqurfotiam, foliis let-natis quimUis, Lina. Mal. Med. J IIG. Sp. plnnl. p. 15, 12. Gromv. FI. Virg. p. 147. Voyez aussi CalesbyHisl. Kat. do la Caroline Vol III p. 16 t. 18. Lefltau Gins. 51. t. I. Le Père ChorleociJ Ilisl. de la Nouvelle France. Tome IV. p. 308 «g. XIII et Tome. V. p. 34.
Voir aussi " Le Pire Ladlau ei Jo Ginseng," par l'Abhé Verroaik. M,
(2) Fut-rOabeck, Voyage en Chine. Vol. I,p. 233.
fois, ils ont cra retrouver en elle nne vieille counaiseance de la Tartarie (1).
Cette conjectare parait vraisemblable, si l'on cousidùre queplnsieurs établissements an Canada se trouvent sons la même latitude que les parties de la Tartarie chinoise et de la Chine, où le vrai Ginseng croît à l'état sauvage.
Ils ont trouvé le même Ginseng sauvage en abondance dans plusieurs régions de l'Amérique du nord, dans les forêts des posbebsions françaises et anglaises. Cette plante aime l'ombre et croît dans un terrean profond et riche ; un sol humide ne lui convient pas plus qu'un sol élevé.
Elle n'est pas très commune partout, et parfois on la cherchera inutilement pendant l'espace de plusieurs milles sans en découvrir un seul pied, mais là où elle croît on la trouve toujours en abondance. Elle fleurit en mai et juin, et ses baies sont mûres à la fin d'août. Elle se transplante facilement, prospère même dansun nouveau terrain. Quelques personnes ici qui en ont ramassé des graines et les ont semées dans leurs jardins potagers m'ont dit qu'elles sont restées dans la terre un ou deux ans avant de lever. Les Iroquois ou cinq (six) nations donnent au ginseng le nom de Garangloging, ce qui signifie, dit-on, unettfant,\& racine de cette plante ayant quelque peu la forme d'un enfant; mais il y en a qui croient plutôt qu'ils veulent désigner par ce nom la cuisse et la jambe, à quoi, en effet, elle ressemble singulièrement. Les Français s'en servent pour la curede l'asthme,
(1) Entre auiros lo P. Jarlaux, qui avaii Tuil un voyage ea Tarlarie en 1700, et le P. Lailtau, qui reconnut le ginseng dans les rorAts du Canada eo 171 j. La racine (le celle ptanie qui se vendait alors au poida de l'or en Chine, devint bicntûl l'un des articli?g tei ptus en demande ilu commerce canadien, qui en 17^2 on expédia pour la valeur d'un demi- mit lion de francs. (M.)
comme toniqae, et poar donner de la fécondité anx femmes. Le commerce du ginseng ici est trâs actif, on le cneille en grandes quantités poar l'envoyer en FraJioe d'on il est transporté en Chine, pour y être Veudn à grand profit (1). On dit que les marchands en France ont fait au commencement des profits énormes dans ce commerce; mais l'exportation continue du ginseng en Chine a fini par y faire tomber les prix aussi bien en France qu'en Canada. Néanmoins les marchands y trouvent encore leur compte Dans l'été de 1748, une livre de ginseng se vendait six francs ou livres à Québec mais le prix ordinaire ici est cent sous ou cinq livres. (2)
Fendant mon séjour en Canada, tous les marchands de Québec et Montréal ont reçu des ordres de leurs correspondants en Franco, où le ginseng était en grande demande. On se mit en conséquence à cueillir les racines avec la plus grande diligence possible ; les Indiens surtout se livrèrent à cette occupation, parcourant tout le pays à la recherche de la précieuse plante, et vendant ensuite le fruit de leur travail aux marchands de Montréal.
(I] M. Osbetk somblodoutcr i|U(i 1l>s Européens puissent tiror qtielqu'a* vantaeo du coromeroo du ginseng, parceque U» Chinois n'estiment pas les raciaiiE venant du Canada, autant que ctillesqui proviennent de laTarlarie chinoise, el que les premières valenl à peine la moiliô du priï ilos secondes Voyyi Voyage d'Osb«ck en Chine Vol. I p. S33. P.
(î) Ce commerce rut ruiné au Canada par lafautedcs marclian(ls,qui, voyant qne l> racine était on grande demande, et qu'on l'achetait sans regarder de Irts près à sa qualité, se mirent A la faire sScber ftu Taur, au lieu de suivre le procédé ordinaire de dessicaiion, trop lent an gré de leur avidité, la vendant, ainsi préparée, Jusqu'à vingt francs la livre. Uais le» Chinois ne tardi^rent pas à s'apercvoir de la frand'', et le ginseng du Canada perdit sa vogae. M.
Ils s'adonnèrent tellement à cette industrie, que les caltivatenrs français ne purent tronrer on senl Indien qni Toolnt s'engager ponr les aider an temps de la mois- Bon, bien qne d'ordinaire ils se lonent rolontiers. Si l'on continue encore pondant plnsienrs années consécntires & faire la guerre an gineeng de cette manière, c'est-à-dire, suis laisser à chaqne plaoe an on deux sojets pour propa* ger l'espèce, il ne tardera pas à disparaître, c'est ce que l'on craint ici. Et avec raison ; en efiet cette plante qni (tait ai commune aux environs de Montréal, ne s'y rencontre pins dn tout, tant les razzias ont été complètes.
Anesi les Indiens ont-ils dû, cet été, se rendre jnsqu' an pays appartenant à l'Angleterre ponr faire la cueillette.
La préparation de la plante ezi^e beaucoup de soin avant qu'elle puisse être livrée au commerce. Le marchand qui l'achète toute frûche de l'Indien procède d'abord à la dessication des racines, opération assez simple à la vérité puisqu'il suffit de les laisser sur le plancher, mais qui demande deux mois el plus, suivant que la saison est belle ou pluvieuse. II faut avoir la précaution de les retourner une on deux fois par jour, sans cela elles seraient exposées à pourrir ou à moisir. Le ginseng n'a jamais été trouvé an nord de Montréal.
Le supérieur du clergé ici, et plusieurs autres personnes, m'assurent que les Chinois estiment le ginseng du Canada autant que celui de la Tartarie {!), mais, qu'on n'a jamais pu découvrir le secret de le préparer à la manière
{I) CcUe assarUon est direclement contredite par H. Oabeck. Voyei h la page précédente. F.
Il est probable que le ginseng du Canada valait à sen état naturel le ginseng de la Tartarie, mais on ignorait en Canada et même en France l'art de le préparer convenablement, et c'est la cause de sa dëpréciatioD. H. l'abîmé proyencherest de cette opinion. H.
des Chinois. Oa pense nêanmoias qu'ils plongent les racines dans une décoction de feuilles de ginseng.
Celles qni ont sabi les manipulations en Chine sout presque transparentes et ressemblent à de la corne à rintérienr ; ou ne les conaidèro propres à l'usage méde' cinal que lorsqu'elles sont pesantes et compactes.
La plante qui par tout le Canada porte le nom de Herba Capitlarts (!) y est pareillement l'objet d'nn grand trafic. Les anglais des plantations l'appellent MaiJen Hair; elle croît dans tontes les colonies de rÂmérique du Nordquej'aivisitées'ainsi que dans les régions méridionales du Canada ; mais je ne l'ai pas trouvée près de Québec. Elle pousse dans les bois à l'ombre et dans un bon sol (t). Je me sais laissé dire par plusieurs personnes à Albany et au Canada, qae l'on y fait grand usage de ses feuilles an lien de thé dans les cas de consomj)tion. de rhame et dans toutes les maladies de la poitrine. Ce remède vient des Indiens qnî s'en servent de temps immémorial. Le capillaire d'Amérique est regardé par les hommes de l'art comme bien préférable jt celui d'Europe (2) et aussi en envoie-t-on des quantités considérables en France chaque année. Son prix varie
(I) C'i.'st VAdiantwn ■pfd-itum île I.innâ. ap. pi. p. t557. Cornuta; ilans an C<nadmt. planl. hisloria p. 7. rappelle Adiantuin Amerieanum ei en donne un ilossin avec la descripllon p. 6.
Adiante, de la rtnaille des Fougères, (de Adianlhos, non mouillé ; allusion il ta propriété de la planta de rester toujours sèche, mâine quand on la plong') daust'eau) rïor« (^aBdffimrtT, Abbé Provancherp. TU, A.pitiali { capillaire du Canadai sans contredit la plus délicate dans ses formes, el la plus belle de toutes nos Tougëres. Ses toufTes font un très bel elTet dans les jardins — un peu rare dans les environs de Québec. On en extrait un ^rop très apprécié pour ses propriétés stomachiques et dont on fait surtout usag« dans les rliumes, floj-e Canadienne, id. (U.)
(3) Adtantum Capillvs Vtneri: Le vrai Capillaire.
et se règle sur la qualité de la plante, son mode de préparation et la quantité apportée dans le marché. Qaand elle est en grande abondance à Québec, le prix tombe, il s'élève an contraire quand elle y est rare, mais d'oidinaire elle vaut de cinq à qoinze boqb la livre. Le#i Indiens parcourent les bois en ce moment à la recherche de la plante, recherche qui les entraîne des fois bien audelà de Montréal.
Les plantes potagères viennent trits bien ici, le chou blanc, Brassica oleracera, (Crucifôres) surtout réussit à merveille, mais il est souvent attaqué par les vers.
On fait beaucoup usage de l'oignon AlUum Cepa (Liliacées), en Canada, ainsi que du poireau {ifl). On cultive aussi plusieurs espèces de courges, de melons, la laitue, la chicorée ou endive sauvage, Cichorium Intibus, plusieurs cBpèces de pois et de fèves ou haricots, la carotte et le concombre. Labetteraveroug6,leraifort et larave ordinaire le thym et la marjolaine y viennent à merveille, ainsi que les navets, dont il se fait une grande consommation, principalement l'hiver. Le panais se voit quelquefois sur la table, mais il n'est pas commun. Feu de gens connaisent la pomme de terre, et l'on n'y cultive ni l'espôce commune {Solanum Tuberosum) (Solauées) ni la patate des Bermndes (Convolvulus Batatas),
Les Français d'ici, lorsqu'on lôur demande pourquoi ils ne plantent pas de patates, répoudent qu'ils ne lui trouvent aucune saveur, et ils se moquent des Anglais qui en sont si friands. Le chou-rave (Brassica Gongylodes Linn.,) (1) ne se trouve pas dans l'Amérique du Nord,
(I) Dans une noie à cet endroit, Kalin dit que c'est une espèce de cbou i {^rosses racines rondt/s succulentes, qui croit liors de terre, en quoi cette plante dilTËra du cliou-navet (^Brassica A'apobratsica) dont lis racines s'enfoncent dans la terre. Lea deux espèces sont communes en Allemagne et la preif iére l'eit pareillement eo Italie. M.
du moins il est inconna Aux Suédois, Anglais, Hollaudais, Irlandais, Allemands et Français qni l'habitent. Jo tiens de personnes expérimentées dans la culture des herbes de cuisine et dans le jardinage en Oanada, qu'elles sont obligées de fSaire Tenir des grùnes fraîche* de France chaque année, paroeque la semence perd généralement sa force à la troisième génération, et produit des plantes inférieures aux premières, par rapport au goût et à la qualité.
Les Européens n'ont jamais pu trou7er aucuns caractères, ou signes représentatifs de l'écriture, encore moins d'écrits ou livres parmi les Indiens qui habitent l'Amérique du Nord de temps immémorial, et paraissent ne former qu'une seule nation, parlant le même langage. Ces Indiens ont par conséquent reçu, dans les ténèbres de la plus grande ignorance pendant plusieurs siècles, et ne savent absolument rien de l'état de leur pays araut l'arrivée des Européens, à l'exception de quelque» traditions vagues et de fables grossières. Il n'est pas certain qu'aucune autre nation ait vécu en Amérique avant l'établissement de ses habitants Indiens, ou qu'aucun autre peuple ait visité cette partie du globe avant la découverte de Colomb. On ignore de même si la religion chrétienne y a jamais été prêchée avant cette époque. J'ai conversé avec des jésuites qui ont fait de longs voyages dans ces vastes contrées, et leur ai demandé s'ils n'avaient jamais tronvé des indices du séjour de quelques chrétiens parmi les Indiens avant la découverte de l'Amérique ; mais ils m'ont tons répondu négativement.
Les Indiens ont toujours été aussi ignorants en architecture et eu travail manuel qu'eu écriture ou tout autre branche de sciences. C'est en vain que l'on chercherait
chez enx des maisoiiB on villee bien bâties, des fortifications artificielles, des tours ou piliers élevés comme l'on en voit tant dans l'ancien monde datant des époques les plus reculées. Leurs habitations sont de misérables cabanes d'écorce exposées de tous cAtés an veut et à la pluie. Tont leur savoir-faire en maçonnerie consiste i placer quelques pierres sur le sol autour de leur foyer, pour empêcher les tisons de s'égarer dans la hntle ou plutAt pour marquer la place de l'àtre. Les voyageurs ne trouvent pas à traverser ces pays, la dixième partie du plaisir qu'ils éprouvent eu parcourant notre vieux inonde, oà presque chaque jour ils rencontrent quelques vestiges d'antiquité : ici, c'est une ancienne ville très célèbre qu'il faut visiter ; là, ce sont les raines d'un vieux château ; voici un champ où, quelques siècles passés, les plus fameux capitaines et les rois les plus puissants se i^nt livré une bataille sanglante ; ou encore, voil& le lien de naissance, ou la résidence d'un grand homme on d'un savant. Dans un semblable voyage, l'esprit jouit de difiérentes manières, et se représente les temps passés eutou* rés de vivantes couleurs.
Mais rien de semblable en Amérique. Son histoirâ ne remonte pas au-delà de l'arrivée des Européens.
Ce que l'on donne comme ayant eu lieu avant cette période, a plntdt l'air d'une fiction on d'un rêve que d'événements réels. Dans ces derniers temps, néanmoins, l'on a découvert quelques vestiges d'antiquité propres à faire conjecturer que l'Amérique du Nord a été autrefois habitée par une nation plus avancée dans les sciences, et plus civilisée, que celle qui était en possession du sol à l'arrivée des Européens ; on qn'nne grande expédition militaire a été entreprise contre ce continent par quelque peuple de l'ancien monde.
Cette opinion est confirmée par an rapport que je tiens de lA. de Yérandriàre (1), qai a commandé en personne l'expédition à la mei du sud dont je rais parler & l'instant. Je l'ai entendu répéter par d'autres Français qui ont été témoins oculaires de tout ce qui s'est passé dans cette occasion. Quelques années avant mon voyage en ce pays, le goavemeur'général d'alors, le Cheralier de Beanharnois, (2) donna à M. de Yerandrière l'ordre de quitter le Canada à la tête d'un parti, en expédition au travers de l'Amérique du Nord vers la mer du sud, pour examiner la distance entre les deux points, et les avantages qui pourraient résulter pour le Canada on la Louisiane d'une communication avec cet océan. (8) Ils partirent à cheval de Montréal et se dirigèrent vers l'occident autant que le permirent les lacs, rivières et monti^pncg qu'ils rencontrèrent sur leur chemin. Parvenus loin dans l'intérieur et an-delà de pays habités par différentes nations, il leur arriva quelquefois de rencontrer de grandes étendues de terre entièrement dépourvues d'arbres, mais couvertes d'une espèce d'herbe très haute, et qu'ils mirent plusieurs journées de voyage h traverser. Beaucoup de (fes prairies étaient sur toute leur surface marquées de sillons comme si elles eussent été labourées et ensemencées autrefois.
(1) CeBl probablement le lieulenanl du La Véraniiritre, qui iifrll dans le naufrage du navire l'Auguite sur l'Ile Royale le 16 Novembre 1761. (U )
{1) Charles de Beauliornois de la Boisclie, Marquis de Beauljamois, Gou. Vomeur-Général du Canada de 1116 h 1747. (M.)
(3} Le Cours d' histoire du Canada ne fait mention^que de deux eX)iédiiions de Montréal vers l'occident durant les ÎO ans que le Marquis de lleauharaws Ait Gouvemenr-GénéralduCanada.cflle de H. de Noy^lles en août 1734, contra les Outagamia ou Rcnardscl colle de M. de Longueuit en 1 74Q, contre les Chicasas de la Louisiane. Mais Garoeau, dans san Uisloire du Canada, parle longuement de rei]iédiUon mOme do M. de la Vérandrje, qui eut lieu en 173(1. (M.)
Et cependant il faut remarquer qae les uations qui habitent l'Amérique dn Noid, n'ont pa cnltireT la terre de cette manière, n'ayant ni cheranx, ni bœafs, ni ancnn instrument aratoire ; la charrue lent était parfaitement inconnue avant l'arrlrée des Enropéens. En deux on trots endroits, mais k des distances considérables entre chaque point, nos voyagenrs ont troavé sur le roc, des empreintes de pieds, tant d'enfants que d'hommes faits, amples jeux delà nature probablement. Après qu'ils se furent enfoncés plus avant à l'ouest et dans des régions où, an meilleur de leur connaissance, ancun Français on autre Européen n'était jamais paivenu, ils trouvèrent à xin certain endroit dans les bois, et ensuite dans une plaine étendue, de grands piliers de pierre, affaissés les uns sur les autres. Ces piliers étaient formés chacun d'une seule.pierre, et les Français n'ont pu faire autrement que supposer qu'ils avaient élé érigés de main d'homme. Quelquefois ils ont rencontré des masses de pierres posées les nues sur les antres, ressemblant à des pans de murs en ruines.
Dans quelques uns de ces endroits, où ils ont remarqué des vestiges d'anciens édifices, il leur a été impossible de trouver aucune autre sorte de pierre. Ils n'ont pu découvrir de caractères ou écritures sur aucuns de ces piliers oumonnments, malgré les recherches les plus soigneuses. A la fin, ils rencontrèrent une large pierre en forme de pilier 'dans laquelle était enchâssée une pierre plus petite, couverte des deux cotés de caractères inconnus. (1)
(Ij CliOeecurieuae.Kalin ne fait aucune menilOD derexpédilion doM. de C£loroa sur l'Ofaio qui eûL lieu le l&Juln 1749, juste quinioJoursaTentson arTlvé« en Canada. Au nombre di b bourgades d'Indiens dont le brave coannandanlexIgealaioumiBsion auroide France, il y avait un lillage Iroquols gouverné par une vieille remme et qui portait le nom de Roektr- Berit. (M.
Ils détachèrent cette pîerie qui était d'environ un. pied de long snr quatre à cinq ponces de large, mesnre française, et l'emportèrent an Canada, d'où elle fat envoyée en France au secrétaire d'état, le comte de Manrepas. On ue sait où elle estf maintenant; il est probable qu'elle fait encore partie de sa collection. Plosieurs jésuites d'ici ont tu et examiné cette pierre, ils s'accordent à affirmer que les lettres gravées deseas sont les mSmee que celles qui (dans les livres contenant \àea rapports sur la Tartarie) sont appelées caractères tartares. (1) Ou est forcé de reconnutre que la similitude est parfaite, lorsqu'on les compare entre elles.
( I ) Celle opInioD parail très probablO) car on irouve dsus Marcj l'aoh que KitbkU-Khan, un de* successeurs de Gengis-Khsn après la conquMe de la partie occideotale de la Chine, envoya def vaisseaux pour s'emparer du royaume du Japon ou NIpan-Uri, mais survint une lempâte f\i.-ieu3e qui dispersa toute la Oolle dont on n'enlcndil plus parler. Quelques uns de ces vaisseaux peuvent avoir éli jutés sur le rivage vis-i-vis les grands lacs amiricains, entre les 40'=' et 50° digrés de latllude nord. Les naunragte y auraient érigé les monuments dont l'auteur vient de parler, et y auraient fondé ces nalions qui avaient certaines teintes de civilisation et que l'on a appelées Uojomleei*. Une autre partie île cette flotta, supposons-le, alla s'écbouer sur les rivages du pays qui fait Tace à Mexico, et y Tonda l'empire Mexicain, qui est très récent d'après ses jH^jpres archives telles que conservées par les Espagnols, et ses annales peintes ( l'oi'r Pwahaa't PUgrimagei) — si récent, que c'est à jwlne si son histoire compte plus de sept princes avant Uonlezuma 11 qui régnait lors de ladescoote desEspa' gnols en 1519, sous Fernando Corte-, par conséquent te piemier de ces princes, en accordant à chacun un régne de trente-troi^ ans et quatre mois, et ajoutant àcelte période les sol za an née i de colui de Jfa.fejunia, prit le sceptre en l'année UTO ; or Kiiblai-Khan le conquérant de la Ciiineeldu Japonétait alorssurletrûne, etc'est sous son règnequ'eut lieu cette première expédition contrd le Japon mentionnée plus haut, à l'avorte* meut de laquelle l'Amérique du NorJ a dû probablement ses premiers habitants civilisés. Il y a, si je ne me trompe, une grande reewablance entre laQguredes idoles mexicaines etcelledesidolesdesTeriaivs, appartenant an culte dw Dalai-Lamaqat A'u6kï>&'Aanaintroduit le premier parmi les tfon^oit ou Monyufj. Les Indiens sauvages de l'Amérique du Nord
dUÊBEC ' 97
Les Françus ont en beau questionner les Indiens poar saroir l'époque où ces piliers ont été érigés, et par qni — qaelles étaient lenrs traditions on opinions an sujet de ces monnments — à qui ils en attribuaient les inscriptions, et s'ils connaissaient quelque chose de leur signification — de quelle sorte de lettres étaient composées ces inscriptions — en quelle langue elles étaient écrites— et d'antres circonstances, mais inutilement — ^impossible d'en tirer la moindre explication; ils étaient tout aussi ignorants sur ce sujet que les Français eux-mêmes. Tout ce qu'ils purent faire, ce fut d'affirmer l'existence de ces pierres en ces lieux, de temps immémorial. Les piliers sont à une distance de près de neuf cents milles franfais (900 lieues) à l'ouest de Montréal. Le but principal de cette expédition, savoir de parvenir à la mer du sud et d'examiner 1^ distance entre elle et le Canada, n'a pas été atteint. Le parti d'exploration s'étant laissé entraînera prendre part à une guerre qui éclata entre plusieurs des nations Indiennes les plus éloignées, quelques uns des Français furent faits prisonniers, et le reste fut obligé de s'en retourner. Ils apprirent des peuplades de l'extràme occident, an milieu desquelles ils se trouvèrent en dernier
ont, il semUe, une autrj orlgine.etdesoendent probablement des Yukajlbirii et T-Aucklcliais, habiianls de l'extrême Nord-Ksl de l'Asie, d'où, galvant le rapport des Russes, il n'y & qu'un faible tn^et k Taire pour atteindre l'Amérique. ■ Il y a tant de points de ressemblance eatre cette raceet les AméricaioB, qu'il n'y a. pas moyen de douter de leur commune origine,— rnSme férocité de mœurs, mâme maniera de sa peindre, mdme foût pour les liqueurs enivrantes que les Yukagbins savent extraire d'une sorte de champignon vènéneut qu'ils se procurent chez les Russes. Les Esquimaux paraissent appartenir à la même race que les habitants du Groenland, les Samoïëdeiat les Lapons. L'Amérique du Sud (elparticuU&remeat le Pérou) tire probablement sa populalioil dugrand continent sud inconnu, qui est tout près de l' Amérique, et qui est civilisé, rempli d'babitants de dllférenlea couleurs, qui ont pu facilement fitre jetés sur le continent d'Amérique en canots ou praos. (F.)
lieu, que la mer du md n'étaîtplus qu'à quelques journées de marche, et que les Indiens trafiquaient souTent avec les Espagnols sur cette c6te, et quelquefois se rendaient à la Baie d'Hudson, pour faire le commerce arec les Anglais.
PlnsieuTB de ces sauvages habitaient des huttes de terre. Beaucotfp d'entre eux n'avaient jamais tu de Français ; leurs vêtements ordinaires étaient en peanx^ mais grand nombre allaient entièrement nus.
Tous ceux qui ont fait de longs voyages en Canada vers le sud, et surtout h l'occident, s'accordent à constater l'existence de plusieurs grandes plaines dé* nuées d'arbres, et dont le sol est couvert de sillons comme s'il avait été labouré. A quoi cela est-il dâ, personne ne le sait ; car les champs d'un grand village ou bourgade des Indienei ont à peine plus de quatre ou six acres d'é* tendue ; tandiâ^que ces plaines ondulées sont si vastes qu'il faut faire plusieurs journées de marche successives pour les traverser, et ce n''est que par exception, que l'on rencontre par-cî, par-là, des inégalités de terrain ou des points où la surface du sol n'ofire pas de semblables traces d'anciens labours.
Je n'ai pu découvrir d'autres vestiges d'antiquité au Canada, malgré toutes mes recherches. Dans la lontinuation de ma relation de voyage pour l'année 1750 (1) j'aurai occasion de parler de deux autres curiosités remarquables. Notre compatriote M. G-eorga "Westman, A.M. a clairement démontré que les Scandinaves, principalement ceux du Nord, ont entrepris des voyages dans l'Amérique Septentrionale longtemps avant l'époque de Colomb, (voir la dissertation sur ce sig'et, qu'il a lue à Abo en 1747, pour obtenir son degré.)
(1) Celle paplian'apisencorefté publiée. (F.)
Ce matin j'ai TÏsité le pins grand conveat de femmes de Québec. L'entrée en est défendue auxhommes sons les peines les pins sévères, à l'exception de quelqnes chambres divisées par des grilles en fer, dans lesquelles les hommes et les femmes qui n'appartiennent pas à la communauté penvent causer du dehors avec les religieuses. Mais pour mettre le comble aux faveurs tontes spéciales'dont ou m'a honoré dans ce pays, comme Suédois et étranger, le gouverneur-général a obtenu de
' Tévêque, pour moi, la permission de pénétrer dans le cloître et d'en voir l'intérieur. L'ordinaire a seul le pouvoir d'accorder cette faveur, et il en use rarement. Le mê-
'' decin du roi et le chirurgien ont cependant leurs entrées libres aussi souvent que leur ministère le requiert. M. Gaulthier, homme d'un grand savoir en physique et en botanique, et maintenant le médecin du couvent, m'a accompagné dans cette visite. Nous vîmes d'abord l'hôpital, dont je rais donner une description, et nous entrâmes ensuite dans le couvent, qui est contigu à l'hâpital. C'est un grand bâtiment en pierre, i trois étages, divisé & l'intérieur en longs corridors, sur lesquels donnent, de chaque côté, des cellules, des salles et des chambres. Les cellules des religieuses sont au troisième, elles sent petites, non peinturées en dedans et ornées d'images dé saints, en papier, et d'un crucifix. Un lit à rideaux et garni de bonnes couvertures, un petit pupitre, tme chaise on deux en forment tout l'ameublement. Les chambres ne sont pas chauffées en hiver, mais il y a un poêle dans le corridor, et les religieuses laissent la porte de leurs cellules ouverte, pour que la chaleur y pénètre.
Dans l'étage du milieu il y a des chambres où elles passent la journée ensemble, la salle de couture surtout, qui
est spacieuse, bien peintatée, bien ornée, et garnie d'un poêle en fonte. Elles s'y livrent k des traranx d'aîguille,de broderie, de dorure, & la fabrication de fleurs artificielles en soie qui imitent trôs bien les fleurs naturelles. En un mot, elles sont toutes employées à des ouvrîmes délicats, convenables au rang qu'occupent ces dames dans la vie. Elles tiennent leurs assemblées dans une grande salle ; une antre est rê&ervée pour celles qui sont indisposées, mais si la maladie a an caractère dangereux, on soigne la patiente dans une chambre séparée. Le noviciat forme aussi un appartement à part, ainsi que le réfectoire ou salle imanger, qui est garni de tables ran> gées le long des murs, et an centre, il y a une petite tribune sur laquelle je vois un livre français contenant la vie des saints du Nouveau Testament. Pendant le dîner toutes gardent le silence, à l'exoeption d'une des plus àgéesi qui lit & haute voix du haut de la tribune. Le repas est suivi d'une lecture spirituelle. Chaque tablée tourne le dos an mur. Dans presque toutes les chambres, on voit sur un guéridon doré, un crucifix, des images de saints et des cierges ; c'est ]& qu'elles disent leurs prières. Adossée à cet édifice est l'église, et tout près il y a une galerie spacieose où se tiennent les religieuses pendant le service, et qnî est séparée de l'église par nn treillis qui leur permet tout juste de suivre l'office du regard, sans être vues elles-mêmes. Le prêtre reste dans l'église, et les nonnes lui présentent ses habits sacerdotaux À travers on guichet, l'entrée de la sacristie leur étant interdite, ainsi que celle de l'appartement où se tient le prêtre. Il 7 a encore nombre de salles et de chambres dont je ne me rappelle plus la destination. L'étage inférieur contient la cuisine, la boulangerie, les dépenses, etc. Dans les greniers on conserve les grains et fait sécher le hnge. L'étage du milieu est entouré
d'tine galerie où les religieuses ont la liberté d'aller prendre Tair. Da couTent on a nue fort belle vne de tons cAtés sur la riviàre, les champs et les prairies en dehors de la Tille. La maison possôde nn grand jardin, contenant tontes sortes d'arbres fruitiers, et entouré d'nn mar éleré ; les religieuses ont la permission de s'y prtHuener. Le convent renferme environ cinquante nonnes, presque tuntes d'nn âge aTancé, la plus jaune n'ayant guôre moins de quarante ans. En ce moment il y a parmi elles deux postulantes qui reçoivent l'enseignement propre à la vie du cloître. Avant d'être admise à faire profession, la religieuse passe par un noviciat de deux ou trois ans, dans le coars duquel sa vocation s'éprouve. Car pendant ce temps la novice peut laisser le couvent à volonté, si la fègle monastique ne lui convient pas. Mais dès qu'elle a été reçue religieuse, et qu'elle a prononcé des vœux, elle doit y passer ■a vie entière. Si une nonne montre des di^ositions à vouloir changer son mode d'existence, on l'enferme dans une chambre d'où elle ne peut plus sortir. Les religieuses de ee couvent ne vont jamais plus loin qu'à l'hftpital, qui est tout près, et même en fait partie. Elles y prennent le soin des malades. Je me suis laissé dire par plosieurs personnes — voire par des dames — qu'aucune jeune fille ne se décide à entrer an couvent qu'après avoir atteint un fige qoi ne loi laisse que peu d'espoir de jamais trouver un mari. Les religieuses des trois couvents de Québec paraissent très vieilles, ce qui me fait croire qu'U y a quelque vérité dans cette assertion,
Tont le monde convient ici qu'il y a moins d'hommes que de femmes en Canada, parceque beaucoup d'hommes meurent en voyage, qu'un grand nombre vont aux Indes Occidentales ponr s'y établir, et que d'autres succombent
dans Iss combats, etc. Delà, la nécessité pour qaelqneB femmes d'entrer dans les convents.
L'hôpital, je l'ai déjà dit, fait partie du convent. Il renferme deux grandes salles et quelques chambres pràs de l'apothicairerie. Les -salles contiennent deux rangées de lits de chaque c6té. Les lits près du mur sont entourés de rideanz : les autres n'en ont pas. Tous sont garnis de bonnes couvertures et de draps doubles bien propres. Dès que le malade est debout, on refait son lit, de manière à garder l'hftpital dans un état de propreté et en bon ordre. Les couchettes sont & deux ou trois rerges de distance les nnes des antres, et entre chacune d'elles il 7 a une petite table. Les dortoirs sont chauffés avec d'excellents poêles en fonte, et de nombreaaes croisées y laissent pénétrer la lumière. Les religieuses prennent soin des malades, leur apportent leurs repas, et voient à leurs besoins. En outre, Thûpi* tal a ses infirmiers et son chirurgien. Le médecin du roi est tenu de faire la visite une ou deux fois par jour ; il va d'un lit à l'autre et donne ses prescriptions. On reçoit généralement les soldats malade3 dans cet hôpital ; ils sont très nombrenx en juillet et août, époq^ne de l'arrivée des vaisseaux du roi, et en temps de guerre. Mais en d'antres temps, quand il n'y a pas beaucoup de militaires malades, leurs places sont données à d'antres patients, an far et à mesqre que les lits se vident. La maison est abondamment pourvue de tout ce qni est reqnis pour le soin des malades ; provisions, médecines, combustible, etc. On met dans une chambre séparée ceux dont l'état demande pins de soin, afin d'empêcher qu'ils ne soient incommodés par le bruit. ': La politesse des habitants, ici, est bien plus raffinée I que celle des Hollandais et des Anglais des colonies appartenant & la Grande Bretagne ; mais en ]:evanche, ces
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derniers ne donnent pas autant de temps à leor toilette qne lei Français. Les dames, sartont, ornent et pondrent leurs cheveux chaque jour, et se papillottent chaque nuit Cette oontume frivole n'est pas introduite dans les colonies anglaises. Les gentilshommes portent généralement leurs propres cheveux, mais il 7 en a qui ibnt usage de perruques. Les gens de condition mettent du linge garni de dentelles ; tons les officiers de la couronne ont l'épée. Les gentilshommes, même ceux d'un rang élevé, le gouverneur-général excepté, lorsqu'ils vont eu ville par un jour qui menace d'être pluvieux, portent lenrs manteaux sur le bras gauche. Les amis de l'un et l'autre sexe, qui ne se sont pas vos depuis quelque temps, se saluent en s'embrassant mutuellement lorsqu'ils viennent à se rencontrer.
Je ne ferai pas une nouvelle mention des plantes qne j'ai collectionnées en Canada, et que j'ai déjà en partie décrites, afin de ne pas fatiguer la patience des lecteurs par une ennuycaçe énumération. Si Je remplissais mon journal de mes observations botaniques de tous les jours, et de mes descriptions d'animaux, d'oiseaux, d'infectes de minéraux et d'autres curiosités semblables, il deviendrait de six à dix lois plus volumineux qu'il ne l'est. (1) Far conséquent, je réserve tontes ces notes, qui sont principalement des descriptions arides de curiosités naturelles, pour une Flora Canademis, ou nn autre ouvrage de ce genre. Je dirai la même chose de mes observations sur la médecine. J'ai recueilli fidèlement tontes les informations que j'ai pu me procurer dans mou voyage sur l'usage médical des plantes d'Amérique et des simples,
(1) Quel libraire en Suède pourrait entreprendre d'imprimer un pareil ouvrage è tes frais sans s'expaier i une perte considérable J [tfoti de r<mlew)
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dont qnelqnes-nns passent en plus d'un endroit pour des remèdes soarerûns. Mais la médecine n'étant pu mon fort (bien qne depuis ma jeanefise je l'aie toa^oars beanoonp aimée) j'ai probablement omis des oiroonsfanoes TdmBTqoables dans mes descriptions de remèdes et de simples, et je sais qu'on ne peut jamais âtre trop précis SUT de semblables sojets. Les médecins, par conséquent, ne tireront qne peu on point de profit de mes remarques, à cause des nombreuses lacunes qu'ils y trouveront.
C'est mon excuse pour avoir omis autant qtie posnble, de faire mention des choses qui intéressent la médecine, et qui sont au-dessus de mes connaissances. Quant aux plantes du Canada, je puis ajouter ici, que plus vous allez au Kord, plus vous trouvez qu'elles ressemblent à celles de la Suède ; au septentrion de Québec, oet^e similitude se remarque dans la proportion d'un quart au moins.
Cependant certaines plantes ou arbres qui ont des qualités particnlières on sont employés à des usages spéciaux feront l'objet d'une courte mention, dans la suite de cet ouvrage.
La mousse de renne ou lichen, {Lichen roHgiferinut) croît en abondance dans les bois autour de Qnébeo.
M.Qaulthier,etplUBieursautresmeBsieure,m'onta8snré que les Français, dans les longues courses que leur commerce de fourrures avec les Indiens les oblige d'entreprendre au milieu des forêts, iont quelquefois bouillir cette mousse et en boivent la décoction au déiaut de meilleure nourriture, quand leurs provisions sont épuisées ; il paraîl que ce breuvage est très nutritif. Des Français qui sont all^s dans le pays dn Labrador, où il y a beaucoup de rennes (appelés Caribous ici) (1) rapportent
jl) Cervm Tarandus (HuminaDis). (M.)
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que tonte la terre 7 est, en beaucoup d'endroits, couverte de cette mousse, si bien qu» le sol parait auwi Uauc que neige.
Aujourd'hui, j'ai dîné chez les jâsuites. Je leur avais fait une visite il y a quelques jours, et dôs le lendemain leur supérieur et on autre père jésuite rin* rent m'inviter à dîner avec eux pour anjourd'hai. J'ai assisté au service divin dans leur église, qui fait partie de leur maison. Elle est très belle h l'intérieur, mais dépourvue de sièges, et il &ut Eruivre l'office à genoux. An dessus de l'éfirlise il 7 a im petit clocher à cadran. La maisou qu'habitent les jésuites est magnifique, et a une apparence superbe tant du dehora qu'à l'intérieur— on dirait un vrai palais. C'est un êdifioe en pierre à trois étages, — outre le grenier — à toit carré très élevé et couvert en ardoise ; il ressemble au nouveau palais de Stockholm, et renferme entre ses murs une cour spacieuse. Ses dimensions sont telles que trois cents familles pourraient 7 loger à l'aise, et cependant, àasia le moment, il n'abrite pas plus de vingt jésuites.
Mais quelquefois leur maison en contient nn bien plus grand nombre, surtout an retour de ceux qui ont été envoyés comme missionnaires dans le pays. A chaque étage il y a un long corridor, sur lequel donnent des chambres, des salles ou d'antres pièces pour les pores ; ainsi que la bibliothèque, l'apothicairerie, etc.
Tout y est bien ordonné, et les jésuites sont des mieux partagéaici. LecoUègeformennemaisonàpart; degrands vergers et des jardins potagers coupés de belles allées l'entourent de tous côtés. Outre les arbres de culture, il y a là de nombreux vétérans que la hache du bûcheron
a respectéa, seuls restes des forêts primitires qui ont tu les commencements de la ville. On y a planté atuai beaucoup d'arbres fmitiers, et le jardin est rempli de toutes sortes d'herbes et de Tégétauz, ponr l'usage de la cuisine. Lesjéanites dînent ensemble dans ane grande salle. Des tables y sont placées tout le long des murs, et entre ces tables et les murs, il y a des siégea, mais non de l'antre c6té. Adossée à l'on des mnrs, il y a une tribune d'où l'un des pères fait la lectnre dans quoique ouvrage religieux, mais ce jour-li, la lecture fut omise ; tout le temps dn repas tat employé i la conversation, et à faire honneur au dîner, un dîner vraiment somptueux, et comprenant une variété de mets comme dans les plus grands festins. Dans cet édifice spacieux, vous ne rencontrez pas une senfe femme ; il ne contient que les pères et les frè* res. Ces derniers, tous des jeunes ïtommes élevés pour faire des jésuites, apprêtent eux-mêmes les mets et les apportent sur la table, car de domestiques proprement dits il n'y en a point. Outre l'Ëvêque.il y a trois sortes d'ecclésiastiques en Canada;leB jésuites, les prêtres (curés) et les récollets. Les jésuites, sont sans contredit, les plus con> sidérés. C'est un dicton général, ici, passé en proverbe que, " pour faire un récollet, il faut une hachette, et un ciseau pour faire un prêtre, mais pour un jésuite, il faut un pinceau" (1). Les jésuites sont ordinairement très instruits, et adonnés à l'étude on même temps que très polis et agréables en compagnie. Il y a quelque chose qui plaît dans tout leur maintien, et il n'est pas surprenant qu'ils captivent l'esprit du peuple. Ils parlent rarement de questions religieuses, ou bien quand il leur arrive d'en parler, ils ont le soin d'éviter les disputes.
(IjBq &«ii^iBdanB ie texte.
UOEBEC. 107
Ils sont toujours prêta & rendre service, et quand ils voient que leur aseistance est requise, ils préviennent toute demande d'aide en se mettant tout de suite à l'œuvre, pour faire ce que l'on- attend d'eux. Leur cou. versation est très intéressante et instructive, et l'on ne peut s'ennuyer dans leur société. J'ai causé avec beaucoup de jésuites en Canada ; je n'en ai pas trouvé nn qui ' ne possédât ces qualités, à un degré émineut. Ils ont de grands biens dans ce pays qu'ils tiennent du roi de France. A Montréal, ils ont pareillement une belle église, une maison petite mais élégante, et un jardin à l'avenant. Ils ne se soucient pas de devenir prédicateurs de congrégations (curés) à la nlle on à la campagne ; ita laissent aux prêtres les cures, ainsi que lus émoluments qui y sont attachés. Ils se consacrent entièrement à la conversion des païens, et leurs missionnaires sont dispersés dans tontes les parties du pays, à la poursuite de cette ŒUvre. Dans chaque bourgade ou village habités par les Indiens convertis, il y a un on deux jésuites fixés au millieu d'eox pour leur apprendre à vivre en bons chrétiens, et les détourner des pratiques du paganisme.
Ainsi, il y a des jésuites, chez les Indiens convertis de Tadoussac, de Lorette, de Bécancour, de St François, du Sanlt St Louis, par tout le Canada, Cet ordre envoie pareillement des missionnaires parmi les nations non encore évangélisées, de sorte qu'il y a un jésuite dans chaque bourgade d'Indiens, s'efibrçant en tonte occasion de les christianiser, les suivant dans lenrs grandes chasses d'hiver, en butte à des souffrances inimaginables, marchant dans la neige tonte la journée, couchant en plein air par les pins gros froids ; sortant par tons les temps beaux on mauvais, (car les Indiens n'ont nul souci de la température) vivant dans les huttes de ces sauvages, qui souvent
DigtizBdbïGOOgle
founnilleat de paces, et d'aatraiTermiiiM, etc. Lesjésoites endurent toutes oei peinas en vae de la oanvernon de ceghRihareB, Ai anasi dan6 nnbnt politique. II« rendent souvent de grands terrices au roi, en invitant les Indiens à rompre leurs traités avec les Anglais, et à leur faire la guerre, ou bien à apporter leurs foomuas box Français, et à ne pas permettre aux Anglais de trafiquer avec eux.
Mais tout cela n'est pas sans danger ; car quand les Indiens sont ivres, ils tnent quelquefois les missionnaires qui vivent an milliea d'enz, en affectant de les regarder comme des espions, après quoi, ils disent pour s'excuser, que le meurtre est l'œuvre de l'eau-de-'feu.
L'évangélisation des sauvages est donc, comme je l'ai dit pins haut, l'occupation principale des jêsnites. Ils ne vont pas viAter les malles dans la ville, ils n'entendent pas les confessions, n'assistent pas aux funérailles.
Je ne les ai jamais vos faisant des processioDS en l'honneur de la Vierge Marie, et des antres saints. Ils entrent rarement dans les maisons pour y prendre un r^Mks ; rarement ils acceptent une invitation, à moins qu'ils ne soient en voyage; en un mot, on les considère comme des sujets chosis entre beaucoup d'autres, à cause de leurs talents supérieurs et de leurs qualités. On les regarde aussi comme geus très habiles, réussissant toujours dans leurs entreprises, et surpassant tons les autres en finesse et pénétration d'esprit. Aussi, ai-je remarqué souvent qu'ils ont des ennemis en Canada. Ils ne reçoivent dans leur société que des sujets qui promettent. On ne trouve pas d'imbéciles parmi eux. Les prêtres, de leur c6té, aussi, reçoivent dans leurs rangs les meilleurs sujets qu'ils peuvent trouver, mais les moines sont moins particuliers. Les jésuites qtu demeurent ici vien. uent tous de France, et beaucoup y retournent après
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un séjour de qnelgifcs années. Qaelqnes uns (dont cinq on six sont encore rirants) natifs du Canada sont allés en France, et y ont été admis an nombre d«s jésnites ; mais aticnn d'eux n'est jamais rerenn en Canada ; pour quelle canse ? je l'i^ore. Pendant mon séjour à Qnébec, un des prêtres s'est démis de sa cure arec la permisnion de l'évêque pour se faire jésuite, an grand mécontentement des autres prêtres, qui se sont demandés si le changement d'état de leur confrère était dû à ce qu'il croyait leur conditiou trop petite pour lui. Il y a des paroisses dans la campagne qui paient des rede* Tances aux jésuites, mais el!es sont desservies par des prêtres nommés par l'évéque, et les jésnites ne perçoivent que les cens et rentes. Les jésuites ne trafiquent nf dans les peaux ni dans les fourrures, laissant ce soin entidrement aux marchands.*
Cette après-midi j'ai visité la bâtisse appelée le Séminaire, où tous les prêtres vivent en commun. C'est Une grande maison en pierre, divisée en corridors, arec cham* bres de chaque cOtê. Elle est à plusieurs étages, et tout près il y a un beau jardin rempli de toutes sortes d'ar* bres fhiitiers, et d'herbes poli^ôres, ot coupé d'allées.
De là, on a la plus belle rue de tout Québec^ Les prêtres du Séminaire ne le cèdent guère aux jésuites sous le rapport de la politesse, et j'ai passé un temps des pins agréables en leur compagnie.
Les prêtres (curés) forment la seconde et la plus nom* brense classe du clergé dans le pays et desservent la i^ns grande partie des églises, tant dans la ville que dans les villages, à l'exception des bourgades d'Indiens convertis ; cependant, quelques-unes [de ces paroisses ont des missionnaires pour curés. Il y a deux Séminaires en Canada, un à Qnébec et l'antre à Montréal» Les prêtres
da Séminaire de Montréal sont de l'ordre de St. Solpice et desserrent eenlement l'île de Montréal, et la ville da même nom. Dans tontes les autres églises da Canada, ce sont des prêtres appartenant au Séminaire de Québec qui officient.
Les premiers, ou ceux de l'ordre de St Sulpice, Tiennent tons de France : on m'asjrare qu'ils n'admettent aucun natif du Canada parmi eux. Au Séminaire de Québec, ce sont les natiis du Canada qui forment la majorité. Il y a des écoles h Qaêbec et à St Joachim, ponr préparer aux ordres les enfants du paya. Ils y apprennent le latin et les sciences qui ont le pins de rapport arec l'état auquel on les destine. Cependant, on n'est pas toujours heureux dans le choix dee sujets et des gens de capacités médiocres sont souvent ordonnés.
Les curés ne paraissent pas tràs forts sur le latiu, car quoique le service se fosse dans cette langue, et qn'ila lisent leurs bréviaires et d'autres livres chaque jour, cependant la plupart ne parlent le latin que très difficilement. Tons les prâtres du Séminaire de Qaéboc sont consacrés par l'évèqae. Les deux Séminaires ont de grands revenus, qu'ils tiennent de la libéralité du roi > celui de Québec a au-dessus de trente mille livres par an. Toute la contrée sur le côté onest de la rivière St Laurent, depuis la plie de Québec jusqu'à la baie St Paul, appartient à cette communauté, et elle a d'antres domaines. Elle coniède les terres aux colons moyennant une certaine rente, et le paiement annuel de cette rentO) suivant les conventions, assure aux enfants ou aux héritiers des colons la possession tranquille du sol. Pour une pièce de terre de trois arpents de large sur trente, quarante ou cinquante arpents de profondeur, on donne annuellement un écn, plus nu conple de ponlets;
redeTances Traiment iosignifianteB. Fartont où il y a des pouToira d'eau, le Séminaire a bàtî de» monlius à scie dont il retire ttn rerenn considérable. Celai de Montréal possède tont le terrain occupé par la ville, et toute l'île de Montréal. On m'assure que la rente foncière de la ville et de l'île rapporte soixante-dix mille livres, à part de ce que les prêtres reçoirenl pont dire des messes, baptiser, entendre des confessions (1), célébrer des mariages et des seri-ices funéraires, etc. Tout le revenu provenant des rentes foncières appartient aux Séminaires seuls, et les prêtres de la campagne n'y ont aucune part. Mais comme celui de Montréal, qui ne compte que seize prêtres, a plus de revenus qu'il ne peut en dépenser, il envoie chaqii,e année à la maisonmère, en France, une grosse somme d'argent Les rentes foncières appartenant an Séminaire -de Québec sont employées pour l'usage de ses membres, et l'entretien d'un certain nombre de jeunes gens, qui sont élevés pour la prêtrise. Les curSs des paroisses de la campagne perçoivent la dîme, ainsi que certains honoraires casuela pour la visite des malades (2), etc. Si la paroisse est trop petite, le roi donne an desservant une somme additionnelle. Lorsqu'un prêtre de la campagne devient infirme, après une carrière bien remplie, on le recueille au Séminaire. Ces communautés ont la nomination des curés snr leurs terras, mais elle appartient à l'évêque dans les autres paroisses.
Les récollets forment la troisiâme classe d'ecclésiastiqnes en Canada. Ili ont une grande et belle maison
(1) M. Kalma dû tDDir ce renBeignemenl de qaelqu'csprit fort assez peu au fait des us et coutumes <tu iribuuat de ta pénitence, le seul dû la Justice s'administre pour rien. (U.)
(?) La visite ites tialadeâ n'a jnnais enflé ailcun cAsuel, croyodsnous. (U.)
et une très jolie église qu'ils desservent, et tout auprès, un jardin spacieux qu'ils cultivent avec soin. A Montréal et à Trois^Rivières ils sont aussi bien établis qu'ici. Ils ne se mettent pas en peine de choisir des sujets brillants pour leur communauté ; an contraire, ils prennent tons ceux qu'ils peuvent avoir. Ils ne se martèlent pas le cerveau pour acquérir la science, et l'on i^'assure qu'à peine ont-ils endossé l'habit monastique, non-seule* ment ils cessent d'étudier, mais ils oublient le peu qu'ils savaient avant. Ils couchent sur une natte ou un matelas dur. J'ai vu cependant de bons lits dans les cellules de quelques-uns d'entre eux. Ces moines n'ont pas de biens, ici, ayant iait vcen de pauvreté ; ils virent principalement d'auttônes. Les jeunes moines on frères vont, munis de besaces, quêter de maison en maison. Ils n'ont pas de congrégations (cures) dons le pays, mais quelquefois ils vont évangéliser les sauvages. En outre, dans chaque fort qui contient quarante hommes, le roi tient un de ces moines comme aumônier ; il lui fournit le logement, la nourriture, le service, eu un mot, il pour* toit à tous ses besoins, et Ini donne en outre deux cents livres par au, dont moitié va à la communauté, l'anmdnier gardant l'autre moitié pour lui. A bord des russeaux du roi, il n'y a pas d'autres prâtres que ces moines qui, en conséquence, sont regardée par le peuple comme gens du roi. Quand un curé de la campagne rient à mourir, et qu'un successeur ne peut Ini être uommé immédiatement, ou y envoie un de ces religieux [lour desservir la paroisse pendant que la place reste vacante. Les récoUets viennent en partie de France i les autres sont natiis du Canada. Il n'y a pas d'antres moines en Canada ; cependant, de temps en temps, il arrive ici, sur les vaisseaux du roi, un religieux de l'ordre de St. Augustin, on de quelqu'autre ordre, mais il n'y fait qu'un
conrt séjour, et s'ea letourno le pins souvent sur le même vaisseau.
Ce matin, j'ai fait une promenade hors les mnrs'àvec M. Gaulthier, le médecin du roi, pour collectionner des plantes et visiter un couvent de femmes à quelque distance de Québec. Ce monastère, magnifique édifice en pierre, occupe un site charmant, entouré qu'il est de champs, de prairies et de bois au travers desquels on voit Québec et la rivière St Laurent ; nn hôpital pour lea vieillards indigents, les infirmes, etd., fait partie du monastère ; il est divisé en deux salles : l'une pour les hommes, l'autre twur les femmes. Les religieuses subviennent aux besoins des malades des deux sexes, avec cette différence, néanmoins, qu'elles ne fout que prépa' ler la nourriture des hommes, apporter leurs mets enlever la nappe après le repas et leur donner des remèdes, laissant le reste du service aux domestiques ; mais dans l'appartement des femmes, elles font tout le service elles-mêmes. Le règlement de l'hôpital est le même que celai de l'hâpital de Québec. Far une faveur tonte spéciale, l'évêque, à la prière du Marquis de la OalisBOnnière, gouverneur-général du Canada, m'a accordé la permission de visiter ce couvent; aucun homme n'y peut entrer sans nue permission de l'ordinaire, et c'est on honneur qui s'accorde rarement. L'abbesse, suivie d'un grand nombre de religieuses, nons a conduits dans tous les appartements. La plupart de ces nonnes appartiennent à des familles nobles, et l'one d'elles est la fille d'un gouverneur. Il y en a beaucoup qui paraissent ftgêes, mais il 7 en a aussi quelques unes très jei^es et fort jolies. Il m'a semblé qu'elles étaient
plus polies qne les Teligienses de l'autre couvent. Quant à la division des chambres, elle est la même que dans cette dernière maison, à l'exception de quelques meubles en plus dans les cellules ; les lits sont entourés de rideaux bleus; il y'a une couple de petits bureaux avec une table au milieu, et des tableaux suspendus aux murs. Les cellules n'ont pas de poêles. 21 ais les salles et les chambres dans lesquelles les nonnes se réunissent, ou qui sont occupées par les malades, sont chauffées par un poêle eu fonte. Le nombre des religieuses est indê* terminé ici, et si j'en juge par mes yeux, il est très considérable. Il y a aussi quelques novices qui se préparent à faire leur profession. De petites filles sont envoyées ici par leurs parents pour être élevées par les sœnra dans les principes de la religion chrétienne, et apprendre à faire toutes sortes d'ouvrages de dames. Le convent, à distance, paraît comme nn palais ; il a été fondé par un évêque dont les restes, dît-on, reposent dans l'église.
Nous avons botanisé dans les champs voisins jusqu'à l'heure du diner, et de retour au couvent nous nous sommes mis à table avec le chapelain, un vénérable père récollet très âgé. Les mets, tous apprêtés par les religieuses elles-mêmes, étaient aussi nombreux et variés que sur la table des grands. Il y avait, en outre, plusieurs sortes de vins et beaucoup de conserves. Il ' parait que les revenus du monastère sont considérables. L'édifice est surmonté d'un clocheton contenant une cloche. Quand on considère les grandes étendues de terrain que le roi a données aux couvents, aux jésuites, aux prêtres et à plusieurs familles nobles, il semblerait n'avoir presque rien gardé pour lui-même.
Notre framboisier commun est extrêmement abondant ici; il couvre les coteaux et court sur les lisières
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des champs, et les bords des rivières, en longues haies qui, en cette saison, paraissent tontes rouges, tant les ' branches de l'arbuste sont chargées de baies en pleine maturité. On les donne comme dessert après dîner, au naturel ou en confitnres.
Le aorbier, on frêne sauvage (1),' est très commun dans les bois environnants.
On regarde ici le nord-est comme le vent le plus I>erf ant. Des personnes dignes de foi m*ont assuré que l'aquilon, quand il est très violent eu hiver, passe à travers les murs d'épaisseur moyenne, si bien que tonte la muraille en dedans de la maison est couverte de neige ou d'une gelée blanche, et qn'une chandelle placée près d'un mur pins mince est presque soufflée par l'air qui le transperce. Le nord-est endommage jnsqu'anx maisons en pierre, surtout à leur pignon septentrional qu'il faut réparer souvent. Les vents du nord et du nord-est sont pareillement redoutés ici comme les plus glacés. Eu été, le premier amène généralement la pluie.
La différence de climat entre Québec et .Montréal est très grande. Le vent et la température à Montréal sont souvent tout l'opposé de ce qu'ils sont à Québec. L'hiver n'y est pas aussi rigoureux.. Plusieurs espèces de poires (2) délicieuses qui viennent bien i Montréal, ne rénssissent pas ici, et la gelée les détruit fréquemment. Québec a généralement plus de temps pluvieux que Montréal ; le printemps y commence moins vite et l'hiver plus tAt, et toutes les espèces de fruits y mûrissent une semaine on deux plus tard qu'à Montréal
(1) Soriu* aueupaHa, SerUer det oiteaux (Hosacées-Pomacées). (H.) [i] Pi'ram, Truit do Poirier /Vrai (Rosacées-Pomacées). (H.) t
Cette après-midi, je sais sorti de la ville avec mon eerviteUT, poar aller passer mie couple de jours à la campagne, afin d'avoir pins de loisir pour examiner les plantes qui croissent dans les bois, et le pays eu général. Dans le but de me faciliter cette excursion, le gouverneur-général avait envoyé chercher un Indien de Lorette pour nous servir do guide, et m'indiquer en même temps l'usage que les aborigènes font des plantes naturelles. Cet Indien était un anglais de naissance qui fut pris par les sauvages il y a trente ans, alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon, et adopté par eux, suivant leur coutume, pour tenir la place d'un des leurs tué par l'ennemi Depuis ce temps il est toujours resté avec eux ; devenu Catholique BomaJn, il s'est marié avec une femme Indienne, s'habille commo un Indien, parle au* glais et français et plusieurs des idiftmes sauvages. Duis les guerres entre les Français et les Ânglaisr^lee tribus amies des Français ont fait beaucoup do prisonniers des deux sexes dans les colonies anglaises, les ont edoptés et mariés avec des gens de leur nation. Il s'en suit que le sang indien en Canada est très mélangé de sang européen, et une grande partie des ssuvf^es maintenant vivants peuvent ae dire d'origine anglaise. Chose remarquable, la plupart des individus qu'ils ont ainsi pris pendant la guerre, et incorporés à leurs nations, les jeunes gens surtout, ontrefusé de retourner dansleur pays natal, alors même qu'il était en leur pouvoir de le faire, résistant aux sollicitations de leurs plus proches parents, venus exprès pour les chercher, et préférant la vie licencieuse des sauvages aux douceurs du foyer paternel. Ces Indiens d'adoption s'habillent comme les santuges, et fout tout à la mode indienne. Ce n'est pas
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chose aiaé& que de les distlngner des ttûs Indiens, si ce n'est par lenr oonlenr, qui est nn peu pins blanche. Il y a aussi un grand nombre de Français qui sont allés habiter aveo les Indiens et ont adopté leur manière de vivre. Âg contraire, c'est à peine si l'on connaît nn Indien qui ait adopté les coutumes européennes ; ceux qui ont été faits prisonniers pendant la guerre ont ton- Jours cherché h retourner au milieu des leurs, mÂme après avoir Joui, pendant plusieurs années de captivité, de tous les privilèges des Européens en Amérique.
Les terres que nous parcourons sont partout divisées en champs et en prairies on p.'iturages. Nons ne voyons que fermes et maisons de fermiers. Près de la ville, le sol cet plat et coupé, ci et là, par des ruisseaux limpides. Les chemins sont excellente, larges et bordés de fossés de chaque cOté, dans les terrains bas. Mais à mesure qu'on s'éloigne de la ville, le sol devient plus élevé ; on dirait des terrasses échelonnées les unes au-dessus des autres. 1*6 soi de ces plateaux est uni. et très fertile, et on n'y voit pas de pierres. Sous ce riche terreau il y a un fond de roche feuilletée, si commune ici, et qui se divise en petits fragments bous l'action de l'air. Ces couches sont tantfit horizontales, tantAt perpendiculaires, comme dans pluBÎenrB autres localités autour de Qnêbeo. Toutes les collines sont cultivées ; sur le sommet de plusieurs on distingue des villages pittoresquement groupés autour de belles églises. Les prairies sont généralement dans les vallées, quoiqu'il y en ait sur les coteaux. Bientôt après, nous jouissons de la plus belle perspective possible, du haut d'une de ces éminences. Â l'est nons avons une vue splendide de Québec ainsi que de la rivière St Laurent, Plus loin, au levant, une longue chaîne de hautes montagnes conrt sur me ligne parallèle au fleuvC) quoiqu'elle en soit
éloignée de plnsienrB milles. A l'occident, k qnelqtte dists^ioo du platean qne nous occapons, les coUines se changent en une antre longue shaine de très hautes montagnes rapprochées les nnes des antres, et cornant aussi parallèlement à la rivière, c'est-A-dire du sud an nord. Ces masses imposantes sont formées d'nne pierre grise, composée de plusieurs espaces de pierres (1) dont je ferai nne mention spéciale dans la suite. Il semblerait qne l'ardoise de ces montagnes est de date ansû ancienne que la pierre grise, puisque d'immenses blocs de cette pierre s'y trouvent au sommet, tandis que c'est l'ardoise qui en forme la base.
Les hantes prairies en Canada sont excellentes, et de beaucoup préférables à celles des environs de Philadelphie et des antres colonies anglaises. Fins j'avance an nord, pliu elles sont belles, et plus le gazon en est riche et fourni. L'herbe ici est de deax sortes, savoir: nne espèce d'herbe & feuilles étroites (2), et dont les épis (3) contiennent trois ou quatre fleurs si petites que la plante pourrait facilement être prise pour l'agrosti^ et dont la graine est à base pnbescente. L'autre plante, qui croit dans les prairies, est le trèfle blanc (4). Ces deux sortes d'herbes forment le foin des prairies, et ce foin est très fourni et serré. Le paturin des prés (Foa) a nne tige assez élevée, mais ses épis sont très minces. An pied de cette herbe, le sol est couvert de trèfle, de sorte que l'on ne peut trouver de meilleures prairies qne celles-là. Tontes ces prairies ont été auparavant des champs de blé ; on y voit encore la trfkçç de
(I> CoDgiomèrats. (H.) (3) Fea angu»l\falia, Lidd.
(3) SpicuUe tri Vit quairi-fiarK mînimm ; ttmina baii pubtierrUia,
(4) TiifiUium repeiu, t-inti. ; Tr^olium praUntt alium, C B.
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