‹ Voyage de Kalm en Amérique (volume 2)Chapitre 42 sur 49 · ENTRE QUÉBEC ET LORETTE · texte numérisé non relu

ENTRE QUÉBEC ET LORETTE

la charrue. On ne les fauche qu'une fois l'été, parce que le printemps commence tard.

Les cnltlTateurs sont maintenant occupés & faire leurs foins et à les rentrer, et il y a environ une semaine qu'ils ont commencé ces travaux. Il y a de grands tas de fourrage prés de la plupart de leurs prairies. Lorsque le foin est humide, on le met en monceaux de forme conique.

Comme les bestiaux sont parqués dans les pâturages de l'autre c6té des bois, et confiés à la garde de vachers en cas de nécessité, beaucoup de colons se dispensent de clôturer leurs terres.

Les champs sont très grands. Je n'ai pas vu de fossés nulle part : ce n'est pourtant pas manque de besoin, ainsi qu'il m'a semblé en certains endroits. Ces champs sont divisés en planches larges de .deux ou trois verges entre les raies. La hauteur nérpendfculaire d'une planche de son milieu au fond du sillon, est de près d'un pied. Tout le blé est du blé d'été ; le froid dnrant l'hiver détruisant le grain qui a été déposé dans la terre, on n'en sème paa l'automne. Le blé blanc est très commnn dans les champs ; il y a. aussi de grandes pièces de pois, d'avoine, de seigle d'été en quelques endroits, et d'orge çà et là. Près de chaque ferme on voit un carré planté de choux, de citronilles et do melons. Les champs ne sont pas toujoars ensemencés ; on les laisse en Iriche tous les deux ans. On ne laboare pas les terres en friche durant l'été, dé sorte que les herbes sauvages y croissent en pleine liberté, et les bestianx les broutent pendant toute la saison {1).

(1) Suit dans l'original une description des dùtures on usage près de Québec, qui ne peut Être ialéressante que pour tos Suédois, et non pour uao nation comme l'Angleterre, qui a Taîl de si grands progrès dans l'art do cultiver la terre. (F.)

Les habîtationfidans lacampi^^esont bâties indistino tement en pierre ou en bois. Il n'entre pas de brique dans la construction des maisons en pierre, on n'en fait pas encore assez pour cela, ici. On emploie les matériaux que l'on trouve dans le voisinage, Tardoise noire surtout. Cette ardoise qui parait compacte lorsqu'on la casse, se fendille lorsqu'elle est exposée à l'air ; cependant cela ne tire pas & conséquence, vu que les pierres tiennent ferme an mur, et ne s'en détachent pas. A défaut de cette espèce de schiste, on construit les maisons avec des moellons ou de la pierre à sablon, et quelque* foie avec une pierre grisâtre. Les murs ont deux pieds d'épaisseur, rarement moins. On peut se procurer la pierre à chaux partout dans le voisinage. Fresque toutes les maisons à la campagne sont en bois ; quelques unes sont enduites à l'extérieur. Les joints sont rem* pUs avec de la glaise au lieu de mousse. Les maisons ont rarement plus d'un étage de haut.- Chaque chambre a, ou sa cheminée, en un poêle, ou les deux ensemble. Les poéîes ont la forme d'un carré oblong ; quelques uns sont entiàrement en fer, et des dimensions qui suivent : longueur deux pieds et demi, hauteur un pied et demi, largeur un pied et demi. Ces poêles en fer viennent tons de la fonderie des Trois-Rivières. D'autres sont en brique on en pierre, de la grandeur à peu près des poêles en fonte, et recouverts an sommet d'une plaque de fer. La fumée est conduite dans la cheminée par un tuyau en fer. En été les poêles sont enlevés. Arrivés à Lorette dans la soirée, noue allâmes passer la nuit chez les Jésuites.

13 AODT.

Sur le matin, nous continnons notre excursion à travers

la forêt e» gagnant les hautes montagnes, à la recherche

IfOBKTTS. ISt

de pUntea nrei et de cariosités. Le terrain est pUt et conrert d'an boû épais, excepté dans les endroits msrécsgeni. Près de la moitié des plantes que nous rencontrons croissent dans les bois et les marsis de Saède.

Yoici daox sortes de cerisiers sauvages qui sont probablement de simples rariétés de la même espace, quoiqu'ils difierent sons plnsienTs rapports. Tons tes deux sont communs eu Canada, et produisent des bues rongées. L'un, appelé tout simplement ceritier par les Français, porte des fruits qui ont le goût de notre «erise des Alpes, et leur ftcreté est telle qu'elle fait contracter la bouche et les joues. Les baies de l'autre espèce ont un ^ût légèrement acidulé et aj(réable (1).

I-'ellébore à trois feuilles (3) croit eu grande quantité dans les bois, et en beaucoup d'endroits il couvre tout le Al. Cependant il préfère ne terrain humide qui n'est pas trop trempé ; l'oseille sauvage (S), et la Oiroée de montagne, ou Herbe des Magiciennes (4), loi tien* nent compagnie. Ses graines ne sont pas encore mûres, et la plupart de ses tiges n'en portent pas du tout. Cette plante est appelée la tissavoyanne janne par tout le Canada. Les Indiens se servent de ses feniUes et de sa tige pour donner une belle couleur orange à certains ouvrages en peaux dans lesquels ils excellent Les

(I) J'ai décrit comme suU dans mon Journal l'arbre app'ilé cerisier par le* Fronçais : Ctraiiufoliit ovalit terralù, ittralurU pT<^ndit/ir» tubu' lotit, /nictu raamùtc, et l'aulre, Ctraiv foiiit laoetolatit cronalo-»giretit, aeiitâ./ruelu/m tolUario.

(!) HilUhorut trifoliui. (Renoncu lacées). {M )

(3) Oxalû aeelo tlla, Linn. c'est le Rumez Pelilo-Oseille (Polygcnacéea-) (H.)

(t) Circma Âlpina, Linn. Circée des Alpos. On l'appelle aussi Herbe de 5t Btienns. (Onigrariées). t^.)

Français, qui ont appris cela d'enx, teignent la laine et d'antres tissus aveè cette plante.

Koos atteignîmes avec beaucoup de difficulté le sommet d'une des plus hautes montagnes, mais, à mon grand désappointement, je n'y ai rien trouvé que je n'eusse déjà va en Canada. Nous n'eûmes pas même le plaisir de la perspective, les bois qui couronnent le sommet de cette éminence obstruant la vue. En fait d'arbres, j'ai noté le charme, ou Carpinus Ostrya, Linn., l'orme d'Amérique, l'érable ronge, l'érable à sucré, cette espèce d'érable qui guérit les brûlares (qne je n'ai pas encore décrite), le hêtre, le bouleau commun, le merisier (1), le sorbier (ou cormier), le pin du Canada, appelé pruche, le viorne aux feuilles dentelées (2), le frêne, le cerisier que je viens de décrire, et l'if baccifère. (8)

Les moucherons sont plus nombreux que nous ne l'aurions désiré. Lear piqûre irrite la peau, et les Jésuites deLorette disent que le meilleur préservatif ciktre leurs attaques est de se frotter le yisage et les parties unes du corps avec de la graisse. On prétend aussi qne l'eau fruche est le meilleur remède contre iRur piqûre, pourvu que l'on ait le soin de laver les plaies tout de suite.

Il était nuit quand nous retournâmes à Lorette, après un examen minutieux des plantes que nous avions rencontrées.

Lorette est un village situé à trois milles français (lienes) & l'ouest de Québec, habité principalement par des Indiens de la nation Huronne, convertis à la religion catholique. Le village occnpe le bord d'une petite

(1) Bttula nigTa,lSvDn.

(2) VïbuTtmia Dtnimum [CAfiitaWaiCéai). (U.)

(3) Taxut iiaeeata (Conirères). (U.)

."loeette. 123

rÎTière qnî, en cet endroit, tombe avec grand bruit dii haut d'un rocher, et fait tourner un moulin à scie et un moulin à farine. Lorsque le jésuite qui les dessert y Tint pour la première fois, ils vivaient dans des cabanes (wigwams) ùitea sur le modèle de celles des Lapons. Depuis, ils se sont bâti des habitations à la mode française. Chaque maison est divisée en deux parties, dont l'une est la chambre à coucher et l'autre la:cuisine, qui contient un petit four en pierre, recouvert à son sommet d'une plaque de fer. Les lits sont rangés contre le mur et dépourvus de draps et de couvrepieds ; l'Indien, lorsqu'il se couche, s'enroule dans la même couverture qu'il a portée toute la journée. Les autres meubles et ustensiles paraissent également misérables. La petite église du village est vraiment jolie avec sa flâche élevée couverte en ferblanc, qui contient une cloche. On prétend qu'elle a un air de ressemblance, par sa forme et ses dimensions, avec la Santa Casa de Lorette en Italie, d'où vient le nom de Lorette donné à ce village. Frès de l'église il y a une maison de pierre servant de presbytère, et occupée par les deux jésuites domiciliés ici. Le service divin est aussi régulièrement suivi que dans aucune autre église catholique, et j'ai été charmé de voir le zèle des Indiens, surtout des femmes, et de les entendre chanter, avec de belles voix, dans leur idiome, tontes sortes de cantiques. Leur habillement ressemble à celui des autres sauvages ; les hommes cependant aiment à porter des gilets, ou vestes, comme les Français. Les femmes restent fidèles au costume indien. Il est certain que ces barbares et leurs ancêtres ont depuis longtemps, et même lors de leur conversion à la religion chrétienne, fait un vœu à Dieu de ne ja mais boire de liqueurs fortes. Ce vœu, ils l'ont gardé d'une manière mviolable jusqu'à présent, et il est très

rare d'ea voir sous l'influence de la boisson ; ponr« tant, Dion sait si l'ean de rie'ef. les autres liqueurs eni* vrantes ont généralement de l'attrait pour les Indlent qui, bien souTent, préféreraient monrlr plutôt que de s'en priver.

Ces Indiens ont choisi les Français pour modèles en beaucoup d'autres choses que la constmction de leurs maisons. Ils cnltivent tons le maïs, et quelques uns ont de petits champs de blé et de seigle. Flnsîenrs d'en* treenxontdes vaches. Ils eëment dans leurs pièces de maïs cette plante, si commune chez nous, que nons appelons soleil (1), et ses graines forment un des ingrédients de leur sagamité, ou soupe au mais. Le mais qu'Us cultivent ici est de l'espèce naine, qui mûrit plus t&t que l'autre ; ses grains sont plus petits, mais ils donnent plus de farine et d'une meilleure qualité en pro< portion.

Il vient k maturité généralement an milieu, et quelquefois à la fin d'août.

Le blé d'hiver de Suède et le seigle d'hiver ont été essayés èh Canada pour voir comment ils s'acclimateraient ; car on ne sème ici qne le blé d'été, l'expérience ayant démontré que le blé et le seigle de France semés en automne ne supportent pas l'hi vei. Le Dr. Sarrazin (à ce que m'a dit le doyen des deux jésuites ici) s'est procuré de Suède une petite quantité de blé et de seigle de l'espèce dite d'hiver. Elle fut semée en automne, passa l'hiver sans dommage aucun et rapporta de beaux grains, & épis plus petit» que le blé du Canada, il est vrai, mais près du double plus pesants, et ce grain donna une pins grande quantité de belle farine que le blé d'été. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi l'expérience n'a pas été

(t) Stliaiiikut anntiHi, composées-iénécionldiw. (U.j

quÊB&C. 125

continuée — On ne peut, me dit-on, faire ici avec la farine de blé d'été du pain blanc qui vaille celui fait en Fiuice arec la farine de blé d'biver. Je tiens de plusieurs personnes que tout le blé d'été maintenant cultivé ici vient de Suède ou Norvège ; car les Français à leur arrivée, ont trouvé lefr<»d en Canada trop sévère pour Icar blé d'hiver et leur blé d'été ne venait paa toujours à maturité, à cause du peu de durée de la saison. Ils commencèrent eu conséquence à regarder le Canada comme nu pays i. peu près inhabitable. C'est alors qu'ils Bongârent à l'expédient qui leur a si bien réussi de faire Tenir leur blé des pays du Nord de l'Europe.

Je retournai de jour à Québec, faisant des observalions botaniques en ohemin.

Le nouveau gouverneur-général de tout le Canada, le Marquis de la Jonqnière, est arrivé la nuit dernière, dans le port de Québec ; mais comme il était tard, il a remis sou entrée officielle à aujourd'hui. Parti de France le 2 juin, il n'a pu parvenir plus tAt au lien de sa destination, les bancs de sable rendant la navigation très difficile aux vaissanx de fort tonnage dans la rivière 9t Laurent. Les navires ne se risquent pas à monter sans un vent favorable & cause des coudes nombreux qu'il leur fant tourner, et cela dans un chenal souvent très étroit.

Ce jour est en outre un jour de grande fête : celle de l'Ascension (l'Assomption) de la Tierge Marie, qui est célébrée arec la plus grande pompe dans les pays Ca* tholiques-Bomains. Le 16 août de cette année sera donc une date doublement remarquable, tant à cause de la fête, qn'à cause de l'arrivée du nouveau gouverneur-général

qui est tonjonrs reçu arec beanconp d'éclat, ce fonctionnaire ayant, ici, le rang d'un vice-roi.

Yers hait heures, les principaux habitants de la ville se sont assemblés dans la maison de M. de Yaudrenîl qui vient d'être nommé gonveraenr de Trois-Rivières et dont le pore a été gouvemenr-général du Canada. Sa maison est dans U basse-ville. M. le Marquis de la G-alissonnière, gouverneur-général jusqu'à ce jour, et qui partira pour France à la première occasion, y vint pareillement, accompagné de tous les officiers publics. Je fus invité à assister à la cérémonie. A huit heures et demie le nouveau gouverneur-général est descendu de son vaisfieau dans une chaloupe couverte d'un tapis rouge, et au même moment les canons du haut des remparts, donnèrent le signal de mettre en branle toutes les cloches de là ville. Les personnes de distinction descendirent an rivage pour rendre hommage au gouverneur, qui, à son débarquement de la chaloupe, fut reçu par le Marquis de la Gtalissonuière. Après qu'ils se furent salués l'un l'autre, le commandant de la ville présenta au nouveau gouverneur-général dans le langage le plus éloquent, une adresse à laquelle il répondit fort laconique ment et qui fût suivie d'une salve générale des canons des remparts. Toute la rue jnsqu'à la cathédrale était bordée d'hommes sous les armes appartenant pour la plupart à la classe bourgeoise. Le gouvemeui-génëral se dirigea vers la cathédrale, passant entre cette double haie. Il portait un habillement rouge tout galonné d'or. Ses gens, en li^iée verte, le précédaient le fusil sur l'épaule, A sou arrivée à la cathédrale il fut reçu par l'évéque du Canada revêtu de ses habits pontificaux, la tâte couverte d'une large mitre dorée, une haute crosse d'argent massif à la main et entouré de son clergé. Après une ïourte adresse de l'évèquc au gouverneur-général, on

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prêtre accompagné de deux autree ecclésiastiques, l'an à sa droite ot l'autre à sa gauche, qui tenaient en mains des cierges allumés, survint apportant un cmcifix d'argent fixé au bout d'un long Bâton qu'il loi donna à baiser.

Ensuite le cortège se dirigea vers le chœur en passant par la grande allée dans l'ordre suivant : l'érâque suivi de son clergé, les gens du gouverneur marchant tête couverte et le fusil sur l'épaule, puis le gouvei* nenr loi-même avec sa suite et la foule. A l'entrée du chœur, le gouverneur-général et le général de la Gtalissonnière s'arrêtèrent devant une stalle couverte d'un tapis rouge, et y restèrent pendant tout le temps de la messe, qui fut célébrée par l'évêqne lui-même. De l'église il se rendit au palais où les personnages de marque vinrent lui rendre leurs hommages. Les religieux des diSërents ordres avec leurs supérieurs reipectiis vinrent aussi lui témoigner leur joie de son arrivée.

De tonte cette foule qui s'était portée an devant du gouverneur, aucun ne resta pour le dîner & l'exception de ceux qui avaient été invités d'avance, et j'eus l'honneur d'être de ce nombre. Le repas dura fort longtemps et fut anesi somptueux que l'occaeion le demandait.

Le gonvemeur-géuéral.'mu'qais de la Jonquière, était un homme de haute taille et paraissant alors âgé d'un peu plus de soixante ans. If s'était battu avec les anglais rmr mer dms la dernière guerre ; — le combat fut acharné, mais les anglais étant de beaucoup supérieurs en nombre tant en vaisseaux qu'en hommes, il perdit la bataille et fut obligé de se rendre. Il fat blessé en cette occasion par une balle, qui lui traversa l'épaule de part en part.

Quoique d'un caractère afiable, il savait conserver sa dignité avec ceux qui recherchaient sa faveur.

Beaaconp dee messienra présents i ce banquet, in*ont assuré que le moyen suivant était employé arec succès pour garder frais durant l'été le vin, la bière on l'eau.

On met le liquide dans des bouteilles qu'oc a le soin de bien boucher ; on enveloppe les bouteilles dans des linges mottillés et on les suspend en plein air. Ce procédé réusait toujours.

Pour entretenir l'humidité des linges, il Haut les monil* 1er de temps en temps dans l'eau la plus froide qu'on peut trouver. Le vin on tout autre liquide contenu dans les bouteilles, est toujours d'une tempëratore plus basse que l'eau, avec laquelle on a humecté les linges.

Oemoyen de rafiaicfair les boissons rénssitpareillement, mémo si lés bouteilles sont exposées au soleil. (1)

Le Thuya occidental (2) ou arbre dévie (Conifères) croît en grande abondance en Canada ; mais il est moins commun dans le midi. Le point le plus éloigné dans cette direction où j'en ai vu, est un endroit un peu au sud de Sara* t(^ dans la province de Kew-York; j'en ai vu aussi près

(1) Il a èlâ ohservé dans plusieurs e^ipérienccs qu'un liquide plongé dant un autre liquide el qu'on expose ensuite k l'air pour en facitiiisr rivaporatioD, se refroiilil à un degré remarquable ; et plus vile s'obère révaporaiion, que l'on accélère au moyen de plongemenls répétés, pins grand esl le refroidisseinent. Ainsi l'esprit de vin qui s'évapore plus promptement que l'eau, perd sa chaleurailssi plus I6ti et l'esprit de sel ammoniac extrait de la chaux vive, encore plus volatil que l'esprit de vin, est aussi plus susceptible de diminution de calorique. Four stimuler l'évaporalion on brasse le vaisseau qui contient le liquide et on l'expose i l'air ou bien on MuBle dessus avec la bouche, ou en se servant d'une piîre de soufllets.— - VoyezdeMairan. UisserLationsurlaglace.Prof. Rîchraanin Nov. Comment. Petrop. adan. l?4Tet 174Sp.lS4 et Dr. CullendansBdloburgli Physicaland literary Essays and Observations, Vol. II, p. 145. (F.)

(î) Thuya occiierUalia, h\nTi. tijjninH-trtae— arbre voisin ilu cyprès— lou* Jours vert commun en Ctiine et en Canada.

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de Casses dans la même Province — ces deux localités sont à 42 ° 10m de latitude nord. M. Bartram cependant m'a dit n'avoir trouvé qn'an seul arbre de cette espèce en Virginie, près . des chûtes de la rivière James. Le Dr. Golden assare aussi qu'il a vu cet arbre en plusieurs endroits aux environs de son chftteau de Coldingham gui est situé entre New York et Âlbany à 40 ^ SOm de lotitade nord. Les Français par tout le Canada rappellent Cèdre blanc ainsi que les Anglais et Hollandais d'Albanj. Las anglais en Virginie ont donné le nom de Juniper à une espèce de Thuya qui croît chez eux.

Les terrains qu'il habite ne se ressemblent pas tonjoursi néanmoins il préfère généralement nn sol humide et marécageux, et il y atteint une grande hauteur. Sans s'y plaire autant, il vient bien, aussi, sur les collines rocailleuses et les terrains remplis de roches couvertes de plusieurs espèces de mousses. (1) Lorsque les rivages de la mer sont montagneux et parsemés de roches moussues, il est rare que le Thuya ne s'y trouve pas. On le rencontre ça et là sur les coteaux qui bordent les rivières, sur certains plateaux dont le sol se compose d'une sorte de ponssiôre de terreau. Il est à remarquer que ces endroits sont imprégnés d'une eau à saveur acre, et qu'ils reçoivent l'homidité de contrées plus élevées. J'ai vu cependant de ces arbres dans des lieux passablement secs ; mais ils n'y parviennent jamais à une croissance considérable.

Ils sont assez communs dans les crevasses des montagnes, mais ils y végètent pauvrement. Les plus grands individus de cette espèce que j'aie remarqués dans les bois en Canada, avaient de trente à trente-six pieds de

.yGoogle

180 loUT 1749.

hant Sar la tranche horizontale d'un arbre de dix ponces de diaiaêtre (mesure précise) j'ai compté quatre-vingtdooze cernes antonr du tronc (1) ; sur nn antre arbre d'un pied et denz ponces de diamètre, j'en ai compté cent qnarante-denx. (2)

Les habitants du Canada emploient le bois de cet arbre aux nsages snirants ; reconnu pour être le pins durable, le moins sujet à la ponrritore et pour se conserver sain pendant plus qu'âge d'homme, il est choisi, de préférence à tout antre, pour les clûtores. Tous les pieux qu'on enfonce dans le soi, sont du bois de Thuya, ainsi que les palissades des forts, les planches qui entrent dans la construction des maisons et ces pièces minces qui forment i la fois le fond et les membrures des canots d'écorce si communs ici, ce bois ayant à la fois la flexibilité et la légèreté requises pour cet emploi, surtout quand il est vert.

On considèrele bois de Thuyacomme l'un des meilleurs combustibles ponr les fours à chaux. Avec ses branches on fait des balais ; les brindilles et les feuilles de Varbre étant naturellement ramassées tontes ensemble, cela les rend éminemment propres i> cet usage. Les Indiens qui ont le monopole dé cette industrie vont en écouler les produits dans les villes. Je ne me souviens pas d'avoir vu en Canada d'autres balais que ces balais de cùdre. Les branches du Thuya fraîchement coupées ont uneodenr particnlière assez agréable dont s'imprègne fortement l'air des maisons où l'on étrenne l'un de ces utiles instruments de ménage.

(I) Il est bien connu que loua les arbrei n'onl qu'un cerna par année, de sorte que le nombre des cornet indii|Ue celui des annéei de l'arbre ainsi que la rapidité ou la lenteur de sa croissance. (P.)

(î> I/êcorce des orbres n'entre pas dans le m'^surago de leurs diamètres. (F.)

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Le Thuya est employé à différents usages médicaaz.

Le commandant du fort St Frédéric le recommandait fortement contre les douleurs rhumatismales. Il m'a dit aroir tu sourent essayer arec un succès remarquable sur plusieurs personnes, nne sotte d'onguent composé de feuilles fraîches de Thuya pilées dans un mortier et bouillies arec du saindoux. Cet onguent étendu sur un linge, appliqué ensuite sur la partie malade, procure un soulagement certain en peu de temps.

On recommande, contre ces douleurs riolentes qui montent et descendent dans les cuisses, et qui quel* quefois se répandent par tout le corps — l'application d'un cataplasme composé de feuilles d'une espèce de Polypode (1) {4i5),ot de cônes de Thuya (1[5) que l'on commence par réduire séparément en poudres grossières pour les mêler ensuite; puis on verse sur ce mélange de l'eau de lait chaud, et le tout forme un topique que TOUS étendez sur nne toile dont voua vous enveloppez le corps ; mais vu que cet emplâtre brûle comme le feu, on a soin ordinairement de se ceindre d'une autre toile avant de l'appliquer, autrement il écorcherait la peau. J'ai entendu préconiser ce remède outre mesure par des personnes qui avaient fait l'expérience de son efficacité. Un Indien Iroquois m'a dit qu'un décocté de feuilles de Thuya est bon pour la toux. Dans le voisinage de Saratoga on se sert de cette tisane dans les fièvres intermittentes.

Le Thuya garde ses feuilles et sa verdure pendant tout rhiver ; ses graines sont mûres vers la fin de septembre (vieux style.) (2) Le 4 Octobre de cette année (1749)

(I) Polypodium frondt pinaaitt pinnii , allemit ad battn tuptmt apptndieu' Ia(ii~'geDre de plantes cryplogames de la fumille des fougères.

(!) C'est'à-dLre suivant la manière de compter les jours et les mois avsDt l'introduclioa du caleo'trier grégorien. (M.)

une partie des cônes, surtout ceux qui s'étaient tronvâe les plus exposés & la chaleur du soleil, avaient déjà laissé tomber leurs graines, et les antres commençaient à s'ouvrir. A ce propos, il convient de noter une singularité qu'offre cet arbre, en commun, du reste, avec beaucoup d'autres en Amérique. Il est certain qu'U se plait dans les marais et les bois épais; on peut dire avec assurance que ce sont ses lieux de prédilection. Et cependant c'est à peine si l'on y trouve un seul arbre qui porte des graines — ^tandis qu'un individu de cette espèce qui a crû accidentellement en dehors du bois, sur le bord de la mer ou dans un champ en plein air, en porte toujours en abondance. J'ai, en maintes occasions, fait cette observation SUT le Thuya.

Il en est de même de l'érable à sucre, de l'érable qui est bonne pour guérir les écorehuies, du sapin blanc, du pin appelé Pérasse (1) du mûrier et de plusieurs autres arbres.

Aujourd'hui, je suis allé -visiter le couvent des Urselines, qui est tenu à peu près sur le même pied que les deux autres couvents. Il est situé dans la ville et possède une fortbelle église. Les religieuses, qui sont renommées pour leur piété, vont moins au dehors que les autres. L'entrée du monastère est strictement interdite aux hommes, à moins d'un permis spécial de l'évêque, ce qui est une grande faveur. Le médecin du roi et le chirurgien, seuls ont leurs entrées libres, pour la visite des malades. A la demande du marquis de la Galissonnière, les portes du cloître me furent gracieusement

(I) C'est la pruchc |)rob3.blcment, qui, cepen'lanl, appartieot au genre £a)iin, Abies Canadensit. 'M.)

J^UÊBEC. 188

oarertes. J'étais accompagné dn médecin du roi M. Gaiilthiar. A notre arrivée, nous fûmes reçus par l'abbesso entourée d'an grand nombre de religienses, la plupart avancées en âge. De là, nons passâmes à l'église où, comme c'était nn dimanche, nons vîmes des religieuses agenouillées ça et là qui disaient leurs prières. L'abbesse et les nonnes se mirent aussi à genoux en entrant dans l'égliee, et M. G-aultbier et moi eu fimes autant.

Nous nous dirigeâmes ensuite vers un oratoire on petite chapelle dédiée à la Vierge Marie. Puis nous visitâmes la cuisine, le réfectoire, la salle de travail — pièce très belle et très spacieuse. On y fait toutes sortes d'ouvrages délicats, images dorées, fleurs artificielles etc. Le réfectoire est disposé de la même manière, que dans les deux auttes monastères. Les tables sont munies en dessous de petits tiroirs dans lesquels chaque religieuse serre sa serviette, son couteau et sa fourchette et autres menus objets. Les cellules sont petites ; mais chaque religieuse a la sienne — Les murs ne sont pas peints ; un petit lit, une chaise, une table arec un tiroir et sur cette table un crucifix, et des images de saints en composent tout l'ameublement. On nous fit entrer ensuite dans une chambre remplie de jeunes demoiselles dont les plus âgées pouvaient avoir une douzaine d'années, envoyées là par leurs parents pour apprendre à lire et recevoir l'instruction religieuse. On leur permet de sortir une fois par jour pour aller voir leurs familles, mais elles ne doivent pas rester longtemps absentes. Quand elles savent lire et connaissent leurs devoirs de religion, on les rend à leurs parents. Près du convent, il y a an beau jardin entouré d'un mur élevé ; il appartient à la maison et est fourni de toutes sortes d'herbes culinaires et d'arbres fruitiers. Les sœurs travaillent at dînent en silence tandis

que l'aue d'elles fait la lecture à hante voix. Mais après le dîner, elles ont la permission de se promener pendant une heure on deux dans le jardin, ou de se recréer dans l'intérieur du couvent. Après que nous eûmes tu tout ce qu'il y avait de remarquable dans ce monastère nous primes congé de l'abbesse et de ses nonnes.

A la distance d'environ nu quart de mille suédois h l'ouest de Québec, il y a une source d'eau minérale chargée d'ocre de fer et ayant un gont ferrugineux très prononcé. M. Gitulthier l'a prescrite avec succès dans des cas de constfpation et dans d'autres maladies du même genre.

On assure qu'il n'y a pas de serpents venimeux dans les bois et les campagnes autour de Québec et que l'on peut marcher dans les prairies en toute sûreté. Je n'ai pas trouvé do reptiles qui cherchassent a mordre ; au contraire, ils semblaient plulôt^disposés à prendre la fuite.

Dans les régions méridionales du Canada, il en est autrement, il faut se tefiir toujonr» sur ses gardes.

Une très petite espèce de fourmi noire (1) rit en société dans des retraites creusées sur les flancs des collines boi'< sées ; elle ressemble beaucoup à notre fourmi de Suède,

Aujourd'hui, le gouverneur-général a reçu des représentants des trois nations Indiennes de ce pays, savoir ; des Hnrons, des Micmacs et des Anies (Agniers). (2) Ces derniers dont la tribu fait partie de la nation IroquoisQ alliée des anglais, étaient prisonniers de guerre,

(I) Fon/iica nigra. LIdd.

(!) Prob&bl«meDt des ODidoaa. (P.)

Les Hnroue appartenaient aa groape d'indiens établis i Lorette et convertis k la religion chrétienne. Ils sont grands, robustes, bien faits et de conlear enivrée. Lear chevelnre noire et conrte, est rasée sur le front d'nne oreille à l'antre. Ils n'ont ni chapeanz ni casquettes, mais plnaiears portent des pendants d'oreilles. Les nns ont tonte la fignre, et même jnsqn'anx cheveux peints de vermQlon ; mais d'autres se sont contentés de quelques bariolages sur le front et près des oreilles. Le rouge est éridemment leur couleur préférée. J'en ai vu cependant qui avaient toute la face barbouillée de noir.

PInsienrs d'entre eux ont la figure et le corps couverts de tatouages, formés de conlears imprégnées dans des piqûres & la peau et partant indélibiles. La manière de les faire sera décrite dans la suite de oet oUvrage. (1) Ces desseins sont ordinairement noirs ; tantôt o'est un serpent qu'on s'est peint sur chaque joue, tant6t ce sont des croix ou des flèches, un soleil ou n'importe quel objet suivant le caprice ou l'imagination des individus. Il y en a qui ont de semblables desseins sur la poitrine, les cuisses, toutes les parties du corps ; d'autres n'en ont pas du tout. Leur habillement se compose d'une chemise blanche ou en toile & carreaux et d'un morceau de gros drap à longs poils, de couleur bleue ou blanche, garni en bas d'une bordure bleue on rong-e.

Ils portent cette couverture sur leurs épaules ou enroulée autour de la taille. Leur cou est orné d'un collier de W(im/?«»n violets alternant avec de petits Wàmpums bleus. Ces grains de nacre, menus et ressemblant à des perles oblongues, sont faits de l'écaillé d'une espèce de biv^ve que les anglais appellent Clams. (2) Au bout du

(1) Il est probable qu'il l'a donnée plulàt dans ses Uémolrea à l'Acadenio do Stockholm, car elle ne le trouve pas dans la suite de son voyage. (F.j

(}} Vttui* pureetxma. Linn, ^ous avons vu plus haut que le mol anglais çlatm dfisigue ai^ssi les écaiJles de la Tridacne. (M-)

collier de wampnms beaucoup d'indiens portent, pendne BQr la poitrine, une grosse pièce de monnaie française marqnée i. l'effif^e du roi, ou une grande écaille d'une belle coulent blanche qu'ils estiment & xm haut prix, et qni, en effet, a une valeur considérable. Enfin d'antres n'ont aucun ornement autour du cou ; ils vont toujours La poitrine découverte, sur laquelle se balance leur sao a tabac fait de peau de bête sauvage le poil tourné en dehors. Leurs chaussures de cuir ont une grande ressemblance avec les souliers sans talons des femmes de la Finlande. Ils s'enveloppent les jambes dans des mocas- ' sins de drap bleu, qni leur tiennent lieu de bas ; j'ai vu des paysans russes se couvrir les pîeds et les jambes de la même manière.

Les Micmacs s'habillent comme les Hurons, mais ils s'en distinguent par leurs cheveui longs et droits couleur de jais. Fresque tons les Indiens ont la chevelure noire et raide, cependant j'en ai vu quelques-uns qui l'avaient passablement frisée. Mais il faut remarquer qu'il est difficile de ju^er de la vraie complexion des sauvages du Canada, tant leur sang s'est mélangé avec celui des Européens, soit par suite do leur coutume d'adopter des prisonniers des deux sexes, ou bien & cause de leur fréquent commerce avec les Français qui, en voyageant dans le pays, contribuent pour une bonne part à l'accroissement des familles des Indiens, dont les femmes ne sont pas très-farouches. Les Micmacs n'ont pas généralement la taille élevée des Hurons. Je n'ai jamais vu d'Indiens qui eussent les cheveux aussi longs et aussi droits que les lears. Leur langage diffère de celui des Hurons, et il y a un interprête ici eiprtis pour eux.

Les Ânies (Âguiers) présents à la conférence sont

(4DEBEC. IS7

presque les seuls suiTiTants d'an parti de cinqnuite biares qui prit I9 ^utier de gtierre, souk prélexto de ^ryir rAugl^erie, dont leur nation est l'alliée, mais en réalité pour piller dans le voisinage de Montréal. Les Français ayant eu vent de cette expédition leur tendirent nne.embuscade et en tuèrent quarante-quatre à la. premièze décharge de IfiUra fnails; de sorte qu'il n'eu resta daboot que les quatre iadividas qui étaient id aujoard'hui, plus 4e;az a^ties, malades eu ce moment. Ils sont aussi grands qœ les Hurons dont ils parlent la langue, mais ils n'ont pas la £gaie anssi ovale qu'eux et il p 4 qnelque chose de cruel dans leur regard ; au Teste, leur oostume est le même que celai des antres IndieiiB. Ils tiennent leur^ cheveux relevés pag derrière au moyeu d'une plaque de feE-Uanç de forme oblongue fixée sur la nuque. L'an d'eux avaii pria une fleur de roae-tremîère en passant dans an jardin où plusieurs de ces plantes étaient en pleine floraison à cette époque de l'année, et se l'était mise dana les oho' veux sur le sommet de la tête. Chaque sauvage avait sa pipe en pierre-K-chaux originairement de couleur grise, msâs noircie par l'usage et fixée à un long tuyau do bois. Il n'y avait pas de femmes Indiennes présentes à cette entrevue. Dès que le gouverneur-général fût entré et se fût installé dans son fauteuil pour ouvrir la conférence, les Micmacs s'assirent par tçrre & la façon des Lapons, mais les autres Indiens prirent des sièges.

Il n'y a pas d'imprimeries maintenant eu Canada, qnoiqull y entait eu autrefois. Les livres sont importés de Franae et les mandats sont tous écrits, même le pa^t-monnaie. On donne pour raison de l'absence d'établissements typograf^ques la crainte que l'imprimerie ne 8<Ht un moyen de propager des libelles contre legouvemementetlarel^on. Mais la vnâe raison est,je

CTMS, la pauvreté du pays. Âacnn imprimear ne pourrait trouTer & rendre nu nombre saffisaiit de lirrea pour gagner aa vie. Il se peut aussi que la France tienne & se réaerrer les bénéfices résultant 'de Texportation des liTTes dans sa colonie. ,

A quelques égards les repas ne sont pas les mêmes en Canada que dans les pTovinces anglaises. Cela dépend peut-être de la différence des coutumes, des goûts et de la religion entre les deux nations. On fait ici trois repas par jour, le déjeuner, le diner et le aonper. Le déjeûner se prend généralement entre sept et huit henres ; on est très matinenx dans ce pays, h commencer par le gouverneur-général qui donne audience dès sept heures, A son lever. Les uns se contentent d'un morceau de pain trempé dans de l'eau-de-vie, d'autres commencent par le petit verre et mangent un croûton ensuite, ou avalent une tasse de chocolat ; beaucoup de dames prennent du café. Il ne manque pas de gens qui ne déjeûnent qu'à midi. Je n'ai jamais vu faire usage de thé ici ; on peut se procurer le café et le chocola^os colonies françaises de l'Amérique du Snd, tandis que pour le thé il fout le faire venir de la Chine, et je suppose qu'on ne tronre pt« que ce breuvage vaille l'argent qu'il faudrait débourser pour se le procurer. Midi est l'heure du diner, rep*a8 où l'on sert une grande variété de mets chez les gens de qualité et aussi chez les bourgeois, quant ils reçoivent des étrangers à leur table, lie pain, de forme ovale, est fait de fanne de froment Le couvert de chaque personne se compose d'une serviette, d'une cnillièra et d'une fourchette. On donne des coateaux quelquefois, mais en général on les omet, chaque dame et monsieur ayant soin d'apporter son propre couteau. Les cuillières et les fourchettes sont en argent et les assiettes en porcelaine de Hollande. Le

repas commence par une soupe qui se mange arec. beanconp de pain, puis viennent les viandes fraîches de tontes sortes, bouillies et rôties, le gibier, les volailles, fricassées ou en ragoûts, et diverses espèces de salades. On boit généralement dq bordeaux, mêlé d'eau, au diner. La bière d'épinette est aussi très en vogue. Les dames boivent de l'eau, rarement du vin. ■ Après le dîner vient le dessert qui comprend une grande variété de fruits : des noix dc« France on dn Canada an naturel on confites, des amandes, du raisin, des noisettes, pluaieurs espèces de baies qni viennent à maturité dans la saison d'été, comme les groseilles et les gadelles, des alocas confits dans de la mêlasse, des conserves, en sucre, de û'aises, de framboises, de mûres et d'autres fruits de ronces. Le fro* mage entre aussi dans le dessert, ainsi que le lait que l'on prend, h la fin, arec du sucre. Le vendredi et le samedi on s'abstient de viande, suivant les règlements ' de l'Eglise Catholique Komaine, ce qoi ne vent pas dire qu'on se laisse mourrîr de faim. Ce jonr-là on fait bonillir tontes sortes d'berbes culinaires et de fruits, on sert du lait, du poisson, des œufs apprêtés de différentes manières. X g. conco mbre coupé en tranches et mangé avec de la crème est un mets excellent. Quelquefois on le seri'an naturel ; chaque convive s'empare d'un de ces rafTEdchissants cncumis, le pèle, le coupe en morceaux et le mange à la croque au sel comme on fait des raves. Le melon est en abondauce ici et on l'offre toujours avec du sucre, mais non le vin on l'eau-de-vie. Les Françus et les Anglais, qui ont de si belles plantations de canne-à-Bucre dans leurs possessions des Indes Occidentales, ne consomment pas la moitié autant de sucre que nooB, Suédois.

Les Français ne disent de grâces ni avant ni après les repas, mais ils font le signe de la croix, pas tous cepen*

daat. lounédiatemeut après le dîner, ils prenueut nne tasse de cafô sans crème. Le souper se donne ordinairement à sept ou entre sept et huit heures do soir, et il se compose des mêmes mets que le dîner. Le pudding est inconna ici ; ou sait préparer le panch, maia il n'eat pas d'usage de le passer.

28 Août.

En beaucoup d'endroits dans les environs on se sert de chiens pour apporter l'eau de la rivière. Atyourd'hni même, j'ai vu deux mâtins d'assez forte taille, attachés à une petite charrette, l'un devant l'autre, complètement harnachés comme des chevaux et le mors en gueule. Il y avait un tonneau dans la charrette ; un gamin courant derrière la voiture dirigeait l'attelage qui, à peine arrivé au bord de la rivière, y entra de son plein gré ; quand le tonneau fut rempli, les chiens remontèrent la côte avec leur charge qu'ils traînèrent jusqu'i la maison de leur maître. Il m'a été donné de voir pareil équipage plus d'une fois pendant mon séjour à Québec. Quelquefois on n'attelle qu'un chien an tonneau qui est plus petit en proportion. Ces animaux ne sont pas trèsgros, c'e^ à peine si leur taille dépasse celle de nos mâtins de ferme. Les gamins qui les conduisent sont armés de grands fouets arec lesquels ils excitent leur ardeur au besoin. On ne leur fait pas seulement porter l'eau, mais aussi le bois et d'autres fardeaux.

En hiver les voyageurs au Canada ont l'habitude d'atteler des chiens à de petits traîneaux construits sur un modèle exprès, e*^ dans lesquels Ils déposent leurs vêtements, leura provisions, etc. Ce mode de transport est surtout commua parmi les pauvres dans lenrs courses, qu'au reste, ils ne fout jamais qu'à pied.

Prcsqae tont le bois qno les indig-ents ramassent dans les forêts en hiver est charroyé par cet ntUe animal qni, en conséqtience, a reçu le nom de " cheval dn pauvre." On met ordinairement une paire de chiens devant chv que charge de bois. J'ai ru plus d'une fois des dames se donner le plaisir d'une promenade en hiver avec ce singulier attelage, qui va pins vite qu'on serait porté à le croire quand les cheminsfeont bien battus. Un chien de moyenne taille peut traîner une seule personne sur nne route unie. Des vieillards m'ont açsnrê que les chevaux étaient tellement rares dans leur jeunesse que . prenque tout le charriage par terre se faisait avec des chiens. Je tiens aussi de plusieurs Français qui ont voyagé panni les Esquimaux sur la terre du Labrador, que non-seulement ils se servent de chiens pour le transport de leurs provisions, mais aussi pour se faire Toiturer eux-mêmes sur de légers traîneaux.

Il y a beaucoup de ruisseaux sur les collines à l'ouest de la ville. Ces buttes sont formées d'une sorte de schiste ardoisier noir déjà mentionné, et sont assez escarpées pour que l'ascension en devienne fatigante. Elles ont nne hauteur perpendiculaire de vingt à vingtquatre verces. Leurs sommets dépourvus d'arbres et reconverts d'une légère couche de terre reposant sur l'ardoise, sont cultivés on laissés en pâturages. II est difficile de comprendre d'où viennent les nombreux ruisseaux qui courent sur ces collines nues et quelquefois en descendent avec la rapidité de vrais torrents. Est-ce que ces élévations auraient la propriété d'attirer l'eau de l'atmosphère ? Si oui, est-ce durant le jour ou pendant la nuit que se fait cette mystérieuse opération ? Ou bien est-ce que le schiste argileux dont elles sont formées aurait cette vertu ?

Tons les chevaux canadiens sont forts, tUs, bien faits, anssi grands que nos cheTanx de cavalerie et d'one race importée de France. Les habitants ont la contome de couper la qaene k leurs chevaux, ce qui est nne vraie cruauté ici, puisqu'on les prive ainsi de leur unique moyen de défense contre les moucherons, les taons et les hippobosqnes. Cette coutume vient peut-être de ce qu'ils attellent leurs chevana l'un devant l'autre ; et pour empêcher celui de devant de blesser les yeux d« celui qui est dans les timons en agitant sa queue, ils auront pris le parti d'écourter tons leurs chevaux.

Le gonvemenr-génêral et quelques-uns des princi*panx de la ville ont des carrosses, mais le reste du peuple se sert de cabriolets. On se plaint généralement que le penple de la campagne commence à élever nu si grand nombre de cheranx (1) que les bestîanx manquent de fourrage en hiver.

Les vaches, de la taille de notre vache de Suède, viennent de France aussi. Il est admis que le bétail né, ici, d'animaux importés d'Europe n'en atteint jamais les proportioDS. Cette dégênération est attribuée à la rigueur excessive des hivers canadiens, qui oblige le

(1) Dès IT09 rintendant, Anlolna Denis Rau'lot, avait fbit une ordonnance dans la but de reatrrindre le nombra de chevaux ; il défiandsil aui habitants, surtout à ceux du gouvernameot de H onlréal, do garder plu* da deux cbevtui et un poulîn ; ceux qui en avaient davantage étaient tenui de les vendre ou de les tuer. Le préambule de cette ordonnance, qui ne manquerait pas d'actualité encore aujourd'hui, te lit comme suit :

" Btant informés que les habitanl*du gouvernement de llontréal nonr- " rissent une trop grande quantité de chevaux, ce qui les empêche « d'élever des bétes à comes et & laine, ne aonnaistant point en cela leur " véritable intérêt, puisqu'ils ne retirent aucun profit des dlta cheveux " qu'ils élèvent, et qu'au contraire, ils en retireraient beaucoup des bètes- " i-cornes et i laine qu'ils élèveraient avec les Tourrages qne consomment " les dits chevaux "—(M.)

cnltÎTatear de tenir ses bestiaux renferiiEiés dans TétaMe et pan^'rement notiris. Le plus grand nombid de vaches ont des oornes, j'en ai va cependant qui étaient dépourvues de cet appendice frontal. Une vache sans cornes serait une curiosité inouïe en Pensylvanie. . La chair des bœufs et des veanx engraissés k Québec est préférable à celle des animaux de boucherie élevés à Montréal, elle est beaucoup plus grasse et plus savoureuse. Cette difiSrence est attribuée aux prés salés du bas du fleuve. Kn Canada les bœnis tirent avec leurs cornes, mais dans les colonies anglaises ils tirent par le garrot comme les chevaux. Les vaches varient de couleur, mais la plupart sont on ro.nges ou noires.

Chaque habitant élève ordinairement quelques montons qui lui fournissent toute la laine dont il a besoin pour se vêtir. Mais les meilleures étoffes viennent de France. Le mouton importé ici dégéndre, et sa progéniture encore plus que lui-même. Le manque de nourriture pendant l'hiver est, dit-on, cause de cette dég-é' nérescence.

Je n'ai pas vu de chèvres en Canada, et on m'assure qu'il n'y en a pas. Dans les colonies anglaises, on n'en rencontre que dans les villes seulement, où on les garde pour certains malades qui boivent le lait de chèvre Bur l'avis de leurs médecins.

Les herses sont de forma triangulaire; deux des cfttés ont- six pieds de long, le troisième en a quatre. Les dents, comme le reste de l'instrumelit, sont en bois, l<Higues d'environ cinq pouces, et distantes d'autant les Unes des autres.

L'aspect du pays, à environ un quart de mille suédois au nord de Québec, sur le côté ouest de la riviira

St. Laarent, est mag^nifiqne. Le terrain est très ese&rpé près da fienre et s'élève de plne en plus ft mesare qa'il s'en éloigne. En beMiconp d'èndroHa, il est n&tnrellem«nt divisé en ternunes. Da sommet de ces émfnences, le regard du tonricte embrasse, comme dans nn raste panorama, Qnébec, -qn'on voit distinctement an sad, la rivière St. Lanrent à l'est, et la multitude de vaisseaux à voiles de tontes candeurs qui en montent ou descendent le cours ; et & l'ouest, un long amphithéâtre de montagnes s'abaiesani graduellement depuis celles dont la masse imposante borne l'horizon jasqa'auz collines dont le pied forme la bei^ da fleuve. Toute la contrée est en état de culture et divisée en champs, en prairiâs on pâturages. La plupart des terres sont couvertes de riches moissons de blé, d'avoine blanche et de pois. La campagne est parsemée de fermes et d'habitations dont quelques-unes fort belles ; il n'y en a pas deux qui se touchent. Les maisons sont généralement bâties en pierre à chaux noire et blanchies à l'extérieur. Beaucoup de ruisseaux et de cours d'eau descendent des éminences et des montagnes qui les dominent. Ces hauteurs sont entièrement formées d'une espèce de schiste ardoisier sujette i se diviser en feuillets an contact de Tair, et qno recouTre une croûte de terre végétable de deux ou trois pieds d'épaisseur. Le sol des champs est partout mélangé de particules de cette ardoise, et les bords des roisseaux dont les lits sont très creux en sont aussi composés. Bans ces couches de schiste, on trouve une espèce de pierre calcaire gris de fer qui, broyée, émet une odeur semblable à celle de la pierre puante.

On est actuellement à construire au-dessous de Québec plusieurs navires pour la marine royale ; cependant, avant mon départ, il est arrivé un ordre de France défendant de mettre sur les chantiers des vaisseaux de

guerre, permettant néanmoins de finir cenz qui y étaient déjà. On a troarë, parait-il, qne le chêne d'Amérique ne Tant pas celai d'Enrope pour la constrnction des navires.

Cet arbre est assez rare prûs de Québec, et lorsqu'il y croit, il est si petit qn'il ne peut servir. Aussi, fait-on venir le chêne des régions du Canada qui avoisinent la Nouvelle- Angleterre. Mais tous les chênes de l'Amérique septentrionale ont la propriété de durer plus longtemps et de résister mieux à la pourriture, à mesure qu'ils croissent plus an nord et vice versa. Le bois de construction qui vient des confins de la Nouvelle-Angleterre est apporté en trains flottants ou radeaux par les rivières qui se jettent dans la grande rivière St Laurent, près du lac St Pierre. Une partie du chêne employé vient aussi du pays situé entre Montréal et le fort St Frédéric ou fort Champlain, mais il n'est pas aussi estimé que le premier, sans compter qn'il faut le faire dVscendre d'une distance plus considérable.

On m'a montré un morceau de terre verte apporté des pays d'en haut au général Marquis de la Galissonniôre ; c'était une aorte de glaise dont toutes les parties adhéraient fortement les unes aux autres, et dont la couleur ressemblait à celle du vert-de-gris. (1)

Tous les ruisseaux en Canada contiennent des écrevisses (2) de la même espèce que les nôtres ; les Français en sont friands et disent qne le nombre en a grandement diminué depuis qu'on leur fait la chasse.

(Il Elle était probablement Imprégnée de particules de rainerai <le cuivre. Ne serait-ce pas is terre à phoaphate. (2) Crustacés de l'ordre des Décapodes macroures. (M.)

Les habitants de la campagne paraissent très^paarreB. Ils n'ont gnère pins qae le strict nécessaire. Ils se contentent de pain et d'ean et portent tous leurs antres produits, tels que le beurre, le fromsge, les viandes, les œuis et les volailles, à ta ville, pour les convertir en argent avec lequel ilsachètent des vêtements et del'eande-vie pour eux, et des robes pour leurs femmes. Mal' gré leur pauvreté, ils sont toujours d'humeur joyeuse et gaillarde.

A la demande du gonvernaar-géuéral, le Marquis de la Jonqnière, et da Marquis de la Galîssonnière, je partis avec quelques gentilshommes français, pour aller visiter une mine d'argent, on de plomb, qu'on disait exister près de la baie St. Paul. J'étais bien aise d'entreprendre ce voyage, comme cela me donnait occasion de voir mie plus grande étendue du pays. Conséqaemmeat, nous partîmes en bateau pour notre excursion et descendîmes la rivière St. Laurent. On faisait alors la récolte, et les paysans travaillaient dans leurs champs. La moisson du blé et de l'avoine était déjà commencée depuis une semaine.

Vus de la rivière, les environs de Québec sont des plus pittoresques. La ville est très-élevée, et ses églises et ses monuments s'aperçoivent de fort loin. Les vaisseaux, dans la rivière, au-dessous de la cité, ornent le paysage de ce cdté. La poudrière, qui conronne le sommet de la montagne sur laquelle s'élève la ville, domine tous les autres édifices. La campagne, qui se déroule sous nos regards le long de notre course, ne nous ofire pas un aspect moins enchanteur. La rivière St. Laurent coule du sud an nord en cet endroit ; les deux côtés en sont bien cultivés, cependant, celui de l'ouest, l'est

ILB d'oELÉAKS. 147

davantage. Les mes sont hantes et coupées à pic. Flasienrs belles collines dâtachées, de grands champs, éblouissants de la blanchenr du blé mûr qai les couvre, et de magnifiques forêts d'arbres à feuilles décidues (1) donnent à la contrée nn aspect tont-à-fait agréable. De temps en temps, apparaissait une église en pierre, et de distance en distance, des raieseauz venaient ge perdre dans la rivière. On a b&ti des moulins à vent et même des moulins à scie sur les cours d'eau de quelque importance. Après avoir fait nn mille et demi (français), (2) nous arrivâmes à l'ile d'Orléans, grande île qui a ^l milles de long, sur deux milles (français) de large, dans sa pins vaste étendue. Elle émerge du sein des flots comme une montagne, et ses rives sont escarpées et bien boisées. Il y a cependant des espaces sur la câte où il n'y a plus d'arbres, des maisons de ferme occupant les éclaircies. L'ile est bien cultivée, et l'on n'y trouve que de belles maisons constrnites en moellons, de vastes champs de blé, des prairies, des pâturages, des bois d'arbres à feuilles décidues et quelques églises en pierre.

Kons entrâmes dans le bras de la rivière qui conle sur la côte occidentale de l'île d'Orléans, et qui offre la voie la plus courte. On lai donne â peu près un quart de mille (français) de largeur, mais les vaisseaux ne peuvent y naviguer, à cause des bancs de sable avoisinant les pointes de terre qui s'avancent dans la rivière, du peu de profondeur de l'eau, et ^auasi à cause des rochers

[1) Arbres qui penlenl leurs Teuilles en BUlomne ou avanl ta nouvelle pousse. Ce terme détldu s'emploie par opposition à celui de persis- Unt. (M.j

(!) Le lecteur n'a pas oublié que par ceite locution " mille rrantaii," l'auteur désigne une lieue. (M.)

14^ ^ AOtTT 1749.

et des pierres da fond. Les rivages offraient toujours le même conp d'œil qu'anpararuit

Snr le c6té onesf, on plutôt sur la terre ferme, les collines pràs de la rivière sont composées d'une pierre à chaux noire, employée par les paysans dans la construction de leurs maisons, qui sont cependant blanchies à l'extérieur. Quelques habitations sont en pierres meulières. Une chaîne de dix montagnes, qui se déronle sur la cdtc occidentale et s'étend du sud an nord, s'approche graduellement du rirage : de sorte que la distance entre ces hauteurs et le fleure qui, à Québec, est de près de deux milles (français), diminue peu h peu jusqu'à neuf milles (français) en aval de la rivière où les hauteurs touchent presque aux rives. Ces montagnes sont bien boisées ; cependant, en quelques endroits, les forêts ont été détruites par des incendies. Sur cette même côte, et tout près du rivage, à environ huit milles et demi (français) de Québec, est située l'église qu'on appelle Ste. Aune, et qui est remarquable par cette circonstance que les équipages des vaisseaux venant de France ou d'autres pays, aussitôt qu'ils ont 'remonté lo St Laurent assez haut pour l'apercevoir, tirent des salves d'artillerie, en signe de joie, parce qu'arrivés là, ils eu ont fini avec les dangers de la navigation, les écueils et les bancs de sable.

L'eau a une teinte rouge pâle, et se trouvait très ssle dans les parties du fleuve que nous parcourûmes aujour d'hui, bien qu'elle eût partout une profondeur uniforme d'environ six brasses. Quelque peu plus bas que Ste Anne, sur la côte orientale du fleuve St Laurent, une antre rivière, appelée la Grand'Rivière, vient s'y jeter avec une telle violence que ses eaux se tracent un chemin

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