‹ Voyage de Kalm en Amérique (volume 2)Chapitre 43 sur 49 · ST. JOACHIM · texte numérisé non relu

ST. JOACHIM

jusqu'au milien du bras du fleuve St Laurent, qui divise la terre ferme d'avec l'île d'Orléans.

Vers deux heures de l'après-midi, la marée commença à remonter le cours de la rivière, et le vent se troavant contraire, nous fûmes obligés de faire une relâche et d'attendre le reflux pour nous remettre en route. Noos passâmes la nuit dans une grande ferme appartenant aux prêtres de Québec et près de laquelle s'élève une belle église dédiée à St Joachim. De cette localité à Québec, la dislance est d'environ huit lieues. Nous iùmes reçus avec tous les égards possibles. Le roi a donné le pays d'alentour au Séminaire de Québec, qui en a concédé la plus grande partie à des cultivateurs dont les maisons sont éparses ça et là. Deux prêtres résident à St Joachim, et avec eux un certain nombre de jeunes gens à qui ils enseignent la lecture, l'écriture et le latin. La plupart de ces élèves sont destinés à la prêtrise. Ju^te en face de cette ferme, à l'oriant, se trouve la pointe nord -est ou l'extrémité de l'île d'Orléanjt. Le gadellier rouge, qui fut d'abord apporté d'Europe, abonde dans tons les jardins du Canada. Il vient parfaitement bien ici. Les buissons sont tellement chargés de fruit que le vert de leur feuillage se perd dans le pourpre de leurs baies.

Les vignes sauvages (1) croissent assez abondamment dans les bois. Dans toutes les autres parties du Canada, on en plante dans les jardins, près des berceaux, ou pavillons d'été faits en treillages de lattes ; les vignes, en grimpant, y accrochent leurs tendrons et ne tardent pas à les couvrir de leur feuillage, de manière

|1} Vilis bibrusca (I i-ulpino.

jk les préserver complètement de Tardenr da soleil. Ces charmilles on tonnelles sont très fraîches l'Été.

Un grand rent contraire nons obligea de passer la unit à St Joachim.

Ce matin, nons continnâmes notre voyage en dépit d'an rent debout très violent. Qnelqne peu pins bas que St Joachim, l'eau de la riTière commence à prendre nn goût sanm&lre.i hante marée ; et pins on descend, pins le go&t salin aagmenta. Sur la rive occidentale, le flenva est bordé de champs couverts de riches moissons de blé ; mais le terrain s'élève rapidement et bientôt après, les hantes montagnes semblent émerger du sein même des flots. La formation géologique des eûtes change avec leur aspect. Le schiste ardoisier du rivage accidenté cesse à l'apparition des montagnes dont la masse se compose d'une espèce de roche crayeuse mêlée de mica noir (1) et de quartz en partie violet et en partie gris. Les quatre matières constituantes de cette roche sont si bien liées entre elles, qu'il est difficile de les séparer avec un instrument qnoique parfaitement dis* tinctibles à l'œil un.

Tout le long de notre course, anjoard'huî, la rivière nous a paru avoir une largeur nniforme de trois milles français. Pour me donner nne idée des difficultés de la navigation dans certaines parties du flecve, on m'a montré, en chemin, tons les détours que les vaisseaux de fort tonnée sont obligés de faire pour éviter les écneîls et les bancs de sable ; ce doit être pour les équipages

(1) Syxuni mieacto ^iiar:oso catcani

une tâche bien ennuyeuse que d'avoir à alarguer d'une rive & l'autre si Bouvent.

Nous eûmes un très dangereux passag'e de cinq longues lieues à franchir. La cAte occidentale, que nous rasions de près en faisant force de rames, est formée par la terminaison abrupte d'une chaîne de hantes montagnes et il ne s'y trouve aucun endroit où l'on pourrait se réfugier s'il survenait une bourrasque. A la vérité, il y a bien deux on trois ouvertures ou enfoncements dans le roc, mais ces cavités sont si étroites que te bateau se briserait inévitablement si dans la hâte causée par l'imminence du danger, on s'écartait quelque peu du passage. Ces hautes montagnes sont on entièrement dénudées ou couvertes de sapins rabougris disséminés de loin en loin. Il n'y a de végétation un peu abondante que dans de grandes crevasses qui labourent profondément le ilanc des montagnes et dans lesquelles les arbres croissent très toufius et atteignent une certaine hanteur ; on dirait des haies vives plantées sur le roc. Peu après nous dépassâmes une petite église, entourée de quelques fermes. Cette place s'appelle Petite-Rivière, et l'on dit que ses habitants sont très pauvres, ce qui paraît bien bien vraisemblable. Ils n'oat de terre cnltivable que celle quis'élend de la rive aux montagnes— une lisière qui varie d'une à trois portées de mousquet.

Quand on est rendu à 17 milles (français) de Québec, l'eau devient tellement salée que personne ne peut en boire; en conséquence, nos rameurs se pourvurent, ce matin, d'une pleine chaudière d'eau fraîche. Yers cinq heures du soir, nous arrivâmes & la baie St Paul, et nous nous retirâmes chez les prêtres, qui ont ici une belle et grande maison; ils nous reçurent avec beaucoup d'hospitalité, l,a baie StPaul est une petite paroisse.

eitnée à environ 18 milles {français} an-ddssons de Québec, dans un vallon, à qnelque distance d'nne baie. De hantes montagnes l'environnent de tous cfttès, i l'exception d'une large brèche sur le côté dn fleuve. Les fermes sont assez éloignées les unes des autres. On considère l'église comme une des plus anciennes du Canada i au reste, sa réputation d'antiquité paraît confirmée par sa mauvaise architecture et son peu d'ornements: les mnrs sont formés de piôces de bois, posées en intervalles de denx pieds en deux pieds, et qui supportent le toit. Les espacements des diverses parties de la chat' pente sont remplis avec des moellons en pierre calcaire. La couverture est plate. L'église n'a pour tout dame qu'une cloche fixée en plein air sur le toit. Presque tout le pays, ici, appartient aux prêtres qui l'ont loué à des fermiers. Les habitants tirent leur vie en grande partie de l'^riculture et de la manufacture du goudron qu'ils vendent à Québec.

Ce pays est si bas, situé comme il l'est sur uns baie, qu'on serait porté à croire .qu'il faisait primitivement partie du lit du fleuve, et s'est formé par la diminution de l'eau, ou de terre d'allnvion entraînée de l'intérieur du pays par les ruisseaux ou rejetée sur la côte par les tempêtes.

Une grande partie des plantes qu'on rencontre ici sont des plantes marines, telles que la soude, (I) l'herbeà-lait, (2) et les pois de mer. (3) Plusieurs fois, je

(I) Salsola, genre lype de la ramilte des chenopodées ei de )a tribu des salulées, reDrennant des plantas herbacées ou ligoeuMs qui babitent le

voisinage de la mer, eLdes cendres desquelles on relire la substance saline connue elle-même sous le nom de soude. (M.)

(î) Polygalées. (M.)

(3) Salicomia^ appelée aussi passe-pierre (cfaenopodées) glaux (primulacéea) pisum tMrilimum — geas^ marilime - (tègumineuses.) (H.)

demandai a.nx habitants s'il leur arrivait de trouver des coquillages en creusant lenrs pnits ; ils me répondirent tonjouTs négativement. Je reçus la même réponse de ceux qui habitent les terres basses directement an nord de Québec, et tons convinrent qu'ils n'avaient jamais rien trouvé, en creusant, que de la terre et du sable.

Chose remarquable, le Tent qui souffle dans ta baie diffère généralement de celui qui agite les eaux de la rivière. Ce phénomène singulier s'explique par les hantes montagnes, couvertes de grands bois, qui environnent la rade de tous les c&tés, àl'exception d'un seul. Ainsi, quand le vent vient de la rivière, il se jette sur une montagne qni le renvoie en lui imprimant une direction tout opposée à celle qu'il avait d'abord. ,

J'ai trouvé (l'ois sortes de sable sur le rivage ; il y a d'abord un gros sable luisant, composé de grains de quartz angulaires, qni est très abondant.; l'autre est ce même beau sable noir, que j'ai vu en si grande quantité sur les bords du lac Champlain (1) et qui est commun dans tout le Canada, L'aimant en attire presque tons les grains. En outre, il y a un sable couleur de grenat qui est très fin, aussi, et dont l'origine n'est pas douteuse, car on en trouve dans toutes les pierres et les montagnes qui avoieinent la rive.

Ces matières arénenses proviennent-elles de morceanx égrenés de rochers ; ne - sont-elles pas, au contraire, antérieures aux roches mêmes qui, eu ce cas, leur devraient leur formation ? J'ai trouvé le sable de grenat et le sabie noir sur les rivages en plusieurs endroits dans

(IJ Voir page ÎO.

cette excursion ; mais le sable noir était toujours le plus abondant.

Tontes les hautes collines du voisinage nous envoyaient ce matin une fumée ressemblant à celle d'un fourneau à charbon. Les cousins sont innombrables, ici ; ils nous attaquent au sortir de la maison, et ils sont encore plus incommodes dans les bois. Ils ont évidemment de la parenté avec nos cousins de Suéde, quoiqu'un peu plus petits que Is généralité des moustiques de l'Amérique du Nord, comme ceux du fort St Jean, par exemple, qui ressemblent aussi aux nôtres, bien que plus gros, leur taille se rapprochant de celle de nos tipules. (1) Les cousins d'ici, sont avides de sang, outre mesure. Heureusement, le temps arrivait, bientôt où nous allions en être débarrassés.

Nous descendîmes cette après-midi encore plus bas dans la rivière St Laurent, jusqu'à un endroit où l'on nous dit qu'il payait des mines d'argent on de plomb. Tant soit peu en aval de la Baie St Paul, nous passâmes une langue de terre, composée entièrement d'une pierre calcaire grise et assez compacte, disposée en couches inclinées et presque perpendiculaires, et qoi me paraît n'être qu'une variété du schiste ardoisier. Les couches penchent vers le sud-est et remontent au nordnjuest. Chacun de ces lits séparément est de l'épaiesaur de dix à quinze pouces. Quand on brise la roche, il en émane une odeur forte rappelant celle de la roche-puante. Nous longeâmes, comme auparavant, ta rive occidentale du fleuve, qui est toute bordée de montagn-ïs et de rochers

11} njtr/ii hoUoriim, Lion. (Dipt'res némocèr^s.)

escarpés. La rivière n'a pas an-deïà de trois mille* (français) de largeur ici. Çà et U, on pouvait distinguer dans le roc des veines de spath d'un beau blanc, semiopaque, à grains peu serrés. On voyait aussi, dans le fleuve, des morceaux de rochers gros comme des maisons, qni ont roulé, au printemps, du flanc des montagnes, y laissant des vides que le temps n'a pas encore remplis et que l'on reconuait facilement. En plusieurs endroits, il y avait, dans la rivière, des madragues pour la pêcherie des anguilles semblables à celles que j'ai déj& décrites. (1)

Je me suis amusé à noter quelques mots de la langue des Algonquins, que j'ai appris d'un jésuite qui a vécu longtemps chez les sauvages. Ils appellent l'eau, mufcuma» ; la tête, usligon ; le cœur, uta ; le corps, veelra» ; le pied, ukhita ; un petit bateau, usb ; un navire, nabikoan ; le feu, skule ; du foin, maskoesee ; le lièvre, tehabus ; (ils ont un verbe, dérivé du nom, qui exprime l'action de chasser le lièvre) ; la martre, vjkabislanis ; l'élan, moosu (1) (l'w final est à peine prononcé); le renne, atticku : la souris, mawiluhis.

Le jésuite de qui je tiens ces détails m'a dit aussi qu'il avait grand'raison de croire que si quelques Indiens, ici, étaient de race Tartare, ce devaient être certainement les Algonquins, car leur langue est universellement

11) Voir page 70,

1 1 ) Le rameui moose^lter n'est piobablcnient pas autre chose que l'élan, car personne ne peut nier que moose^tr ne dériva ie moom ; surtout quand on considère qu'avant que les Iroquois ou Cloq-Nationa soient parvenusau haut degré de puissance qu'ils ont maintenant sur toute l'Amérique du Nord, les Algonquins, étdient alors la principale nation parmi tes Indiens, et conséquemment leur langue était la plus répandue sur celte partie du conlineot ; quoiqu'ils aient été presque anéantis par les Iroquois, leur langue est encore plus parlée qu'arcune autra, en Canada. (F.)

Tépandae dans cette partie de rÂmériqne du Nord, qui s'étend an loin & TocoidCDi du Canada, vers l'Asie. On dit que c'est un idifime très riche ; le verbe aller, employé ponr exprimer l'action d'oUer lur la gtace, est, en algODqnin, tout-à-fait différent du même verhe employé pour exprimer l'action qu'on est allé sur la terre ferme ou qn'o» est ailé sur les montagnes, etc.

Noue arrivâmes tard dans la soirée à Terre dEboHtement, qui est à vingt-deux milles (français) de Québec ; c'est la dernière localité cultivée sur la rive occidentale du fleuve St Laurent.

Le pays plus au bas passe pour si montagneux, q«ie personne n'y peut vivre, et qu'il n'y a pas un morceau de terre labourable. La petite église paroissiale s'élève sur la côte, au bord de l'eau. Le noyer ne se renccmtre pas près de ce vill^e, ni aucun antre arbre de la famille des juglandées au nord de cet endroit. A. la baie St Faul, j'ai bien remarqué deux ou trois individus de l'espèce que les Anglais appellent butteritul trees, (1) mais on les considère comme de grandes raretés, et il n'y en a pas d'autres dans le voisinage.

Anoune espèce de chêne ne vient près de cette localité, ni plus an bas, on plus au nord.

Le blé est l'espèce de grain que l'on sème en plus grande quantité ici. Le sol est très fertile ; et même on récolte quelquefois vingt-quatre ou vingt-six boisseaux pour un ; le rendement ordinaire est de dix ou douze pour un. Le pain est plus blanc, ici, que nulle part ailleurs en Canada. On sème beaucoup d'avoine, qui réussit encore mieux que le blé. On sème aussi des

(l) lfoyeremiàré~-Juglamclnerea,Jugla'u eaitia^^ica, (Noyer tendre.) H.

pois en grande quantité ; ita rapportent pins qn'sacnne céréale ; il y a des exemples de rendements de pois allant jusqu'à cent pour un.

II y a peu d'oiseaux ici ; ceux qui y passent l'été, émigrent en automne ; il ne reste alors que les oiseaux de neige, les perdrix rouges, et les corbeaux. Même les corneilles ne s'exposent pas à la rigueur de l'hirer et prennent la fuite arant les grands froids. La grenouille mugissante {Rana pipiens) peuple les étangs da voisinage. On trouve aussi des mouches-à-feu en cet endroit.

Pour éclairer les maisons dans les campagnes, on se sert de lampes alimentées avec de l'huile de marsouin, on, si l'on ne peut s'en procurer, arec de l'huile de reaumarin ou phoque.

IBB aSPTSUBKE.

Il y a dans ce village une femme âgée de 59 ans qui est enceinte. Elle fût 18 ans sans avoir ses menstrues. Attaquée de la petite vérole, en 1748, elle est ai^ourd'hui dans un état avancé de grossesse. Elle sent les mouvements du fœtus et se dit bien portante ; en efiet, elle a très bonne mine ainsi que son mari. Comme c'est un ces peu ordinaire, elle fat présentée au médecin du roi, M. Ganlthier, qui nous accompagnait dans ce voyage.

Ce matin, sur les sept heures et demie, nous desceu' dîmes la rivière. Le pays voisin de la Terre dEboulement est élevé ; imaginez-vous trois on quatre rangées de collines à sol meuble, étagëes les nups au-dessus des autres, et la plupart dans un excellent état de culture, oSrant l'aspect, avec leurs champs de blé, leurs prairies et leurs pâturages êmaillés de fleurs, d'un amphithéâtre de verdure.

Le grand tremblement de terre qui a eu lien en Canada, en février 1663, et dont Charlevoii fait mention, (1) 8 causé un dommage considérable à cette place, renversant les collines les plus éleTées scr les coteaux qu'elles dominaient et comblant les vallées eu état de culture. Ou m'a montré plusieurs petites iles qui doivent leur existence i cette convulsion de la nature. La oonche d'bumaa qui forme le sol de ces collines est parsemée de roches gypsenses noires. En revanche, on n'en trouve pas une seule le long de la rivière jusqu'à la distance de huit milles français. Tout ce pays est couvert de hautes montagnes grises de formation granitique qui contiennent du quartz pourpre et cristallin mélangé de pierre calcaire et de mica noir, et dont le pied baigne dans le fleuve. Ensuite reparaît la pierre gypsense.

Une bande d'hirondelles de mer (2) vole le long du rivage en gasonillant un bruyant concert.

Le flenre peut avoir, ici, une largeur d'environ quatre milles français. Sur chacun de ses bords, à une distance d'environ deux milles français, on voit des terrasses semblables & celles delà Terre dEbovlement; puis, nn peu plus loin, des montagnes sourcilleuses, d'aspect sauvage.

Des ruisseaux se déchargent avec brnit dans la rivière, tombant en cascade du sommet des falaises escarpées et taillées, en précipice, A nue hanteor de plusieurs verges, dans la terre ou la roche granitique.

L'un de ces ruisseaux qui traverse une colline coin* posée de pierre calcaire, contient de l'eau minérale à

(1) Ilistoire de la Nouvelle France, tome II, p. m, \^i. {1) SUma AiVunA), Linn.

TERRE D'tBODI.EMBNT. 159

odeur Bnlfarease msù très claire, et qui, mélangée arec de la noix de galle, ne change pas de coulear. Versée dans une .coupe d'argent, elle la feit paraître comme dorée et ; laisse un sédiment rouge&tre. I«es pierres et les moTceanx de bois, dans le voisinage de cette eau, sont recouverts d'un limon gris-pâle sur le dessus et noir au dessous. Cette vase & une saveur qui sans être très acre rappelle celle de l'huile de tabac. Ayant pris pour les examiner quelques-unes de ces pierres, mes mains en ont senti le soufre toute la journée.

An niveau de l'eau, le schiste ardoisier noir appa* rait de nouveau en abondance. Il gît en couches posées presque perpendiculairement les unes près des autres avec une légère inclinaison vers l'onest sud-ouest. Chaque lit a une épaisseur de dix à quinze ponces. La surface de ce schiste se divise en feuilles minces sous ' l'action des agents atmosphériques ; mais l'intérieur qui est h l'abri du soleil, de l'air et de l'eau, en Veste serré et compacte. Quelques-unes de ces pierres ne sont pas tout-à-fait noires et ont plutôt une teinte grisâtre.

Vers midi, nous arrivâmes au Cap aux Oyes, qui doit probablement son nom au nombre d'oies sauvages que les Français trouv rent près d'ici, lors de leur première arrivée en Canada. Four moi, je n'ai vu ni palmipèdes, ni aucune antre espèce d'oiseaux, à l'exception d'un seul corbeau. Ici, nous devions examiner sur les flancs de la montagne de prétendus filons métallifères dont on parlait beaucoup, mais je n'ai rien trouvé que de petites veines d'un beaa spath blanc, contenant quelques taches d'un minerai de plomb. On estime que la distance entre le Cap aux Oies et Québec est de 22 à 25 milles français. A mou grand plaisir, j'ai remarqué que la plupart des plantes sont les mêmes que celles de Suède. Je donne-

rai plus loin la preuve qae mon obserration est exacte. L'anunophile arandinacée (1) se plait sur Iob twrds du fleuve et empêche les reuts d'enlever les si^bles poar les transporter ailleurs.

Le seigle sauvage (2) se trouve aussi en abondance sur le rivage. Les Français donnent à cette plante, ainsi qu'& la précédente, le nom de seigle de mer. Elles sont si communes, dit-on, à Terreneure et sur tontes les côtes de l'Amérique du Nord, que les espaces qïd en sont couverts, vus d'une certaine distance, paraissent comme autant de champs de blé — ce qui explique ce passage des vieilles relations de voyages au nord, dans lequel il est fait mention de l'excellent pays du Vinland, (3) où t'on trouve des champs entiers de blé sauvage.

Le plantain maritime (4) se rencontre fréquemment sur le bor4 de la mer. Les marins français se servent de ses feuilles pour relever le goût de leur bouillon ou tes mangent en salade. On peut aussi les mariner comme celles de la passe-pierre.

(I) Aniodo arenaria, Lion. (Graminèea.) (M.)

(1) Elymus armarius, Linn. (Graminées.) (M.)

(3) Vinland del goda, ou la bonne terre, est le nom que lae anciens na- TigalMira Scandinaves donnèrent à l'Amérique, qu'ils ont découverte longtemps avant Colomb. Voyez Torfxi Hittoria Vinlandix imtiqtt» S. patiù Amtrics Stpientrionalit. //asntoe (Haneau) 1715 *lo, et la dissertation BUrce sujet de H. George Westmann, A. M. Abo, 1747. (Y.)

Voir aussi lo. Description abrégée de la province de la Nouvelle Suède eu Amérique, appelée aujourd'hui Pensylvanie {en Suédois). Stockholm. 1702, in-4o, par Thomas Campanius. On relate dans cet ouvrage Us «Tpédillons qui eurent lieu dans te Vinland au Xe siècle. 2o. Islaod Hoilramannaland, GroenlanJ, und Vinland von Karl Wilhelmi. Heidell>efïl842. [U.)

(1) Phmiaço marilima, Linn.

B4IE ST. PAOL 161

Le TaiBin-d'onTs (1) croît k proftision ici. Partout où je sais tilé dans l'Amérique dn nord, j'ai tonjonrs entendu désirer cette plante par sou nom indien, Sagackhomi ; et tons, Français, Anglais et Hollandais ont l'habitude d'en mêler les feailles avec lenr tabac.

Le golé ou piment royal (2) est abondant ausEd. Les Français le nomment Laurier on Poivrier ; ils font une grande consommation de ses feuilles pour assaisonner leurs alimenta.

La raquette de mer (3) est assez commune. Ses racines, piléee, entrent dans la composition dn pain quand la farine est rare. Le sorbier on Irène sauvage, la cannebei^e (atocas), le genévrier, les pois de mer, la linnée et plusieurs antres plantes familières aux habitants de la Suàde se trouvent ici.

Comme nous retournions de jour à la Baie St. Paul, nous rimes un phoque de couleur grise qui prenait ses . ébats derrière notre bateau, tout en ayant soin de se tenir hors de la portée de nos fusils.

2 Septsmbrk.

Ce matin, nous allâmes \'isiter la montagne où l'on prétend qu'il existe des veines d'argent ou de plomb, et qui s'élève on peu au sud du moulin des prêtres. Elle est de la même formation que les hauts rochers de couleur grise que l'on trouve eo cet endroit ; c'est un composé de granit, de pierre à chaux blanchâtre, de quartz Tonge&tre, couleur de grenat, et de mica noir. La pierre &

Cl) Atbulut Uva Uai, Llun. Arbousier, ArcloslapbyloEi, Busserole tBri caches).* (H.) [2] Myrka gale. Lion.

{3) firmtai CairUe, Linn. (CrucirËres.) (M.)

chaux prédomine, maie elle est d'an g^ain si fin qu'elle est à peine visible. L'application de l'acide nitrique y produit une forte eSerrescence. Enenîte vient le quartz rougeâtre ou couleur de grenat diaséminé en graine ezceBeirement menus, et qui, battu arec un briquet, jeite des étincelles ; puis, de peliles particules de mica noir, et enfin les points cristallins et transparents du quartz métallifère. La pierre à chaux contient de menus grains de spath. Toutes ces différentes espèces de pierre sont bien mélangées, à l'exception du mica qui, parfois, &e répand en petites lignes ou veines. La roche est naturellement très dure, mais exposée an soleil et en plein air, elle se décompose et devient friable, et alors il est presque impossible d'en distinguer les parties constituantes. i

La montagne est remplie de ravins à coupe hardie ; c'est sur les parois de ces excavations qne se trouve le minerai de plomb en veines, courant de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest. D'après son apparence, il semble que la montagne portait autrefois dans ses flancs des crevasses qui, avec te temps, ont été remplies par une sorte de pierre, dans laquelle le minerai de plomb s'est produit, et qui est un spath mon, de couleur blanche et souvent semi-diaphane, pouvant se travailler aisément. On y tronve quelquefois des filons de pierre à chanx d'une blancheur de neige et presque toujours des veines vertes ressemblant à du quartz. Ce spath contient beaucoup de fils et se casse en morceaux comme le quartz ; mais il est beaucoup plus noir et il n'en jaillit pas d'étincelles lorsqu'on le frappe avec l'acier ; il n'entre pas en efiervesceiice sous l'action ,àea acides et n'est pas doux au toncher. Il parait être une espèce au

BAIE ST. PAtTL. 163

Spath Titrescible de M. le Professeur "Wallerins. (1) Il contient quelquefois de petits morceani d'an quartz grisâtre qui émet de fortes étincelles sans l'action du briquet. C'ebt dans cette sorte de pierre que se trouve le minerai de plomb eu protubérances de la grosseur d'un pois, et plus rarement en lamelles d'un pouce carré. (2) Le minerai est très clair et a }a forme de petits cubes, mais il est généralement pauvre. Les veines de spath mou et des autres espèces de pierre sont étroites, n'ayant guère plus de dix à quinze pouces de large, sauf en quelques endroits où j'ai trouvé des veines de vingt pouces ; une avait vingt-deux ponces et demi de large. La ravine qui coupe la montagne dans la direction des moulins court dans une gorge, profonde de près de douze verges. Cette conformation du terrain facilitant mon examen, j'ai remarqué que la largeur des veines est la même près du fond dn ruisseau, et que la mine n'est pas pins riche en bas qu'en haut ; d'où je conclus qu'elle ne paierait pas les frais de l'exploitation. II y a dans le voisinE^^e trois on quatre autres veines, & quelque distance les unes des autres, mais elles sont toutes de la même nature. Elles ont en général une direction perpendiculaire, avec une légère tendance à s'en écarter. Quand cette pierre verte dont j'ai parlé plus haut est mise dans de l'eau, une grande partie da spath blanc et de la pierre à chaux qui y adhèrent se constune ; mais la pierre elle-même demeure intacte. Il en est de même de la surface de la veine qui est exposée au soleil, h l'air et à la pluie ; les agents extérieurs réduisent ses parties molles en poussière, ne laissant que - %

(1) Voyez BOQ Traité sur la Uinératogie, é'I. allemande, p. 87. Forstur, latrodnctiOa to Uîneralogy, p. 13. (P.)

(2) C'est un minerai de plomb ft cristaux appartenant au système cubique, Galène. Portier, inlroduction à la mim^ralogie, p. SI,

la pierre verte, qui eit alors très rade au toucher. On y tronre quelquefois des troua profonds remplis de cristal de montagne! La plus grande quantité du minerai de plomb ou d'argent 'gît immédiatement sous le roc, et même sur les côtés de la Teine. Çà et là brillent dans te spath de petits grains de pyrites couleur d'or fin. La pierre Terte, broyée et mise sur une pella chauffée à blanc, brûle, émettant une flamme bleue, et an dire de quelques-uns, une odeur de sonfre que je n'ai pu constater pour ma part, bien que j'aie le sens de l'odorant excellent. L^ même pierre, exposée à on feu ardent, perd sa conlenr verte et devient blanchâtre, main elle n'entre pas en efferrescence sous l'action de l'eau forte.'

Les sources sulfureuses (si je puis les appeler ainsi) sont au pied de la montagne qui contient la mine de plomb et d'argent. Leurs eaux en se réunissant forment un petit ruisseau, dont la surface est couverte d'une matière blan.che, farineuse, à odeur de soufre, qui s'attache aux arbres et à tous les autres corps que le miasean rencontre dans sa course. Le bois imprégné de cette matière, lorsqu'il est séché et mis an feu, brûle avec ime flamme bleue et émet la même otlenr. Cette eau mêlée avec de la noix de galle ne change pas de couleur, elle n'affecte pas, non plus, celle dn papier bleu, et ne lut pas de mousse arec le savon. Elle ternit l'argent. La lame d'un couteah en a été retirée tout-à-fait noire au bout de trois heures. Elle a nue odeur désagréable qui se fait sentir davantage lorsque le temps est à la pluie. Un essaim de sauterelles vient d'y tomber en ce moment même. Les habitants se servent de cette eau comme d'un remède contre la gale.

Dans l'après-midi, nous allâmes visiter une autre veine dont on parle comme reufermant du minerai d'argent.

Elle est & environ un quart de mille aa nord-est de la Baie 8t Fanl, prèà d'ane pointe de terre appelée Cap an Corbeau et sur le bord de la ririère St Laurent. La montagne qui contient cette veine est formée de spath vitrescible rouge-p&le, de mica noir, de pierre à chanz, d'an quartz à grains couleur pourpre on de grenat et d'un peu de quartz transparent. Tantôt c'est le spath vitrescible rongeâtre qui domine, et alors on le trouve en filaments de petits crains très dnrs, tantôt c'est le mica noir ; généralement ces deux substances sont disposées en lignes alternantes. La pierre à chaux blanche s'y mêle en particules preequ'invisibles. Le quartz - coaleuj de grenat est disséminé par-ci par-là, cependant quelquefois il forme à lui seul de longues coulées. Ses grains aussi gros que des têtes d'épingles, sont ronds et brillants ; ils étincellent au choc de l'acier. Les montagnes voisines de la mer sont entièrement formées de ces diflfêrentcB sortes de pierres, toutes très dures et disposées en lits penpendiculaires de dix à quinze pouces d'épaisseur, suivant une direction nord-ouest qni les éloigne de la rivière ; on dirait que l'eau en les ■ refoulant les force de s'appuyer sur le côté sud-est des montagnes dont elle baigne le pied. Ces hauteurs contiennent de petites veines d'un spath blanc ou quelquefois verdàtre, très fin, semi-diaphane et mou, s'émiettant facilement en grains, et dans lequel on trouve très souvent des lamelles qui ont l'apparence de la blende calamjnaire (1) et plus rarement des cristaux de minerai de plomb disséminés ci et là. Les montagnes auprès du rivage sont formées de hornblende à grains noirs très beaux et d'une pierre à chaux ferrugineuse, mais la

(1} Foreter— înlroducHon à [a Minéralogie, p. 50. Zincum Ster3um, Linn. Sysl. Nst. 111, p. 126, Ed. X[I.

première substance est trois ou qnatre fois pins consî' dérable que l'autre.

Il y a dans les enriroiis u&e source sulfureuse exactement semblable à celle que j'ai décrite plus haut. La masse d'eau à larges feuilles (1) croît dans la source même et ne s'en porte pas plus mal. Mais roici, tout près, un frêne sauvage qui ne s'accommode pas si bien de ce voisinage, si l'on en juge par la teinte pâle et languissante de ses capsules, bien différente de la conleur ordinairement rouge foncé des fruits de cet arbre.

On fait dn goudron en grande quantité à la Baie St. Paul. (2) Nous passons en ce moment près d'ane localité où l'on se livre à cette industrie pendant l'été, comme chez nous dans la Bothnie*Orientale, mais plos en petit.

On m'avait dit, cependant, qu'il y en avait ici de très grandes fabriques. On n'emploie que le pin rouge (3) pour faire le goudron. Tons les antres pins, dont il y a plusieurs espèces ici, sont trop pauvres en sucs gom* menx, et encore n'utilise-t-on que les racines — toujours remplies de résine — après les avoir entièrement arrachées de terre, avec environ deux verges du tronc, laissant tout le reste de c6té. On ignore encore, ici, l'art d'attirer la résine sur un senl cAté de l'arbre en en enlevant l'écorce ; du moins, on n'y prend jamais

(I) Ou nittsette — planie matécigcuse—dont cq ceriaine* parUea de l'Europe, on couvre les toits et dont on remplit les matelai. Typla Lati/olia. Linr., genre type de la Tamilie des Typbacées. (M.)

<^) En 1735, H. Hoi7<juart 111 embarquer sur le vaisseau du roi 3ô0 livres de lértbentine oitOObailis de goudron, Tournis parles habitanu de la Baie St. Paul, de la Rivière Quelle et de Cbambly. Forland. t'oun tCHiiloirt, Vol. 2, p. 450. (M.}

OlPinusToliisgeminls longi^; ramis tripilci fusciculu roljorum tcrnii* nalis, conis ovalis leevtbus. Klor. Ca[ia>l,

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ce moyen. Les qnarU de goudron sont d'environ moitié moins grands que les nôtrea. Une tonne contient qua- Tante-six pots et se vend maintenant vingt-cinq francs à Québec. Le goudron est excellent à ce qu'il paraît.

Le rivage ftst recouvert eu quelques endroits d'une espèce de sable de perle, à grains de quartz, petits, semi* transparents; ailleurs, c'est uu sable composé de petites particules de mica qui domine ; ou bien, c'est le sable couleur de grenat décrit plus haut et qui est abondant en Canada.

Un unage épais ressemblant à la fumée d'uu fourneau à charbon enveloppe la cime et parfois entame les contours arrondis des montagnes qui bornent l'horizon et dont plusieurs sont très élevées. J'ai demandé à des voyageurs qui ont parcouru l'Amérique du Nord s'ils avaient rencontré des pics dont te sommet fut toujours couvert de neige; ils m'ont invariablement répondu qu'il n'y en avait pas sur cette partie du continent. Les monts les plus sourcilleux, par exemple, ceux qui séparent le Canada des colonies anglaises, gardent leur blanche couronne pendant une partie de l'été seulement.

L'habitant de la campagne ne sème et ne cultive de lin qu'autant qu'il lui enfant pour son usage. On vient d'en faire la récolte ici ; j'en vois répanda partout dans les champs, lés prairies et les pâturages où on le laisse rouir. Je remarque qu'il est très court cette année en Canada.

Il y a du minerai de fer, ici, et dans les environs. A pràs d'un mille suédois do la baie St Paul, dans l'inlériear, s'élève une montagne qui en est toute remplie. Le

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pays d'alentour étant couvert d'one forêt épaisse et en> treconpé de misseanx de différentes grandeurs, rien ne serait plus facile que d'y établir une fonderie. Mais le gouTernement a fait si peu de bénéfice avec celle de Ttois-Eivières, que personne n'ose lai proposer de tenter une antre expérience.

Ce matin de bonne heure nous mimes à la voile pour Québec et nous poursuivîmes notre route jusqu'à midi malgré une lorte pluie accompagnée de tonnerre. Mais an milien du jour, la marée commençant à baisser, il nous fût impossible de oontinner, et nons débarqn&mes à an village appelé Petite Rivtire.

Ce hameau est situé sur la rive occidentale du St Laurent et est bâti sur les bords d'un ruisseau, de là son nom. Les maisons disséminées fà et là dans la campagne sont construites en pierre, ainsi que la jolie petite église paroissiale. A l'ouest da village s'élèvent de hantes montagnes, si hautes que le coucher da soleil a lieu ici trois oa quatre heures pins t&t qu'ailleurs. La riviôre St Laurent enlève chaque année un morceau de terre dans la partie orientale da hameau et les habitants craignent de perdre avant longtemps le peu qui leur en reste, à peine la largenr d'une portée de monsqaet. Toutes les maisons sont^bien remplies d'enfants.

Le schiste ardoisier qui forme les collines, ici, est de deux sortes — le noir que j'ai décrit plus haut en parlant du roc sur lequel Québec est bâti, et un autre plutfit gris* foncé que noir et qui parait être une variété du premier. On l'appelle pierre à chaux dans le pays. On le distingue surtout de l'ardoise noire en ce qu'il se t^le très aisément, donne nue tihmJi très blanche et ne

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se fendille paa bous l'action d« l'air. Les mois des nuisons, ici, en sont entièrement constiaits, ainsi que tes oheminées, à l'eiceptioa de l'âtre qne l'on fait avec nne sorte de grès mêlé de mica dont on est sàr de tonjours tronver nne ample provision, tû qne les montagnes roisines de la Petite Rivière en sont presqn' entièrement composées, à l'exception de lenr base qui est en ardoise. Ce grès est exactement le même qne celui des mines de plomb de la Baie St Panl, déjà décrit.

Les montagnes granitiques da Canada, comme les roches grises de la Gothie Occidentale, en Suède, reposent généralement sur un schiste calcaire.

On iait avec sacnès, ici, la pêche à l'anguille {I) et an marsouin à la fin do septembre et durant tout le mois d'octobre. Les anguilles remontent la rivière à cette saison de l'année fuyant les marsouins qui leur donnent la chasse par bandes d'autant plus nombreuses qne la quantité des murènes est plus considérable. Voici comment so fait la pèche de ces dauphins. A marée basse, les marsouins descendent, en longeant les bords de la rivière pour happer les anguilles qui s'y tiennent. Les habitants enfoncent de deux pieds en deux pieds de petites branches d'arbres munies de leurs feuilles et disposées en ligne courbe ou en forme d'arc, les pointes tournées du cAté du rivage, mais à nne certaine distance, de manière ji laisser un passage. Quand les marsouins arrivent auprès de ces branches et entendent l'eau bruire à travers les feuilles, ils n'osent passer outre craignant un piège ou nne trappe et ils rebroussent chemin. Pendant ce temps, l'eau s'est tellement retirée

(1) ^Inj^ut^fa narwnii (Malacoptérygiens apodes.) (M.)

que dans leur fuite ils touchent, sur quelque point, les extrémité! de l'arc dont le froissement des feuilles mouvantes les effraient encore. Déconcerléa, ahuris, ils nagent tantôt en avant, tantôt en arrière, jusqu'à ce que le reflux continuant toujours ils se trouvent tout-à-fait à sec, et alors les habitants en ont lacilement raison. O» en tire une grande quantité d'huile de baleine.

- Près du rivage, il y a une argile griee remplie de tilons ferrugineux et percée par les vers. Les trous sont i>etit8, perpendiculaires et assez grands pour qu'on puisse y introduire une épingle de moyenne grandeur ; leurs parois sont ferra^neuses aussi et à moitié pétrifiées aux endroits où l'argile a été emportée par l'eau, — le reste a l'apparence de tronçons de tnysnx de pipe couleur d'ocre.

A midi, nous laissâmes l'élite Rivière, continuant notre chemin vers St Joachim.

Entre Petite Rivière, qui occupe le fond d'une anse, et St Joachim, la côte occidentale de la Rivière St Laurent n'est qu'une suite de montagnes élevées, séparéesles unes des autres par de petites baies. Une longue observation a appris aux habitants qu'il y a toujours du vent sur ces hauteurs, même quand le temps est calme à Petite' Rivière ; et quand la brise souffle avec force, il n'est pas prudent de s'embarquer pour Québec ; les vagues pronaent des dimensions inquiétantes dans ces parages. J'ai eu l'occasion d'en faire l'expérience ; l'eau était tranquille dans les an^es, mais comme nous commencions à doubler l'une des pointes formées par les hantes montagnes, les vagues ac^^mentèrent, le vent devint si violent, qu'il fallut mettre deux hommes au gouvernail, et le mât fut brisé plusieurs fois. Près

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