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ENTRE PETITE-BIVIERE ET QUEBEC

de ces caps ou pointes, il y a toujours un fort conraitt qui contribue à grossir les raguee.

Il s'en allait midi quand nous quittâmes Si Joachim.

Le champignon de bois s'emploie ici très fréquemment en ^ise d'amadou. Celui de l'érable à sucre est le plus estimé ; rient ensuite l'agaric de l'érable rouge, puis celui du merisier ; enfin, à défaut d'un meilleur substitut de l'amadou, on se contente du champignon qui croît sur le tremble.

Lee seuls arbres à verdure jrersistante dans cette partie du Canada sont le thuya, l'if et quelques individus du genre sapin.

Le thuya est estimé parce qu'il résiste à la pourriture plus longtemps qu'aucun autre arbre ; le bois le plus recherché, ensuite, c'est le pin, qu'on appelle Piéruise,Ki, (pruche).

On fait du fromage en maints endroits. Mais celui de l'île d'Orléans est regardé comme le meilleur. Petit, mince, rond de forme et de quatre à' la livre de France, il se vend trente sous U douzaine. Une li\-Te de beurre salé coûte dix sous, et la même quantité de benire frais quinze sons à Québec. Anciennement, on pouvait avoir une livre de beurre pour quatre sous ici.

Les champs labourables vont eu pente du c6té de la rivière. Il y en a qui sont en friche, d'autres ensemencés, d'où je conclus que l'on suit le système de faire alterner le friche avec la culture. Les champs ensemencés paraissent jaunes à distance, et ceux en friche, verifi.

Les manv&ises herbes sont laissées pendant tout l'été SQT les terres non labourées, les animaux les broutent

C'est le iVêne qui fournit ici les meilleurs cercles pour les tonneaux, et quand il fait défaut on emploie le thuya, le petit bouleau, le cerisier sauvage.

Des collines hautes et escarpées bordent la rivière sur sa cftte occidentale vis-à-vis l'île d'Orléans. Elles sont formées pour la plupart de schiste calcaire noir ; cependant on 7 trouve aussi le grès qu'à première vue on prendrait pour du granit et qui est composé de quartz gris, da pierre à chaux rongeâtre ou grisâtre et de quelques grains de sable, le tout en particules assez également mêlées. La pierre est de couleur fouge avec une teinte grise et très dure. Elle est disposée en lits superposés de cinq pouces d'épaisseur. Chose remarquable ! celte pierre portant à sa surface des impressions de pectinites de la dimension d'un pouce carré, tantât on relief tantftt creuses, on s'attend naturellement à y trouver des valves pétrifiées, mais quand vous brisez la pierre vous êtes étonné de n'y pouvoir découvrir le moindre vestige d'une coquille fossile. Les particules de quartz émettent des étincelles sous les coups du briquet et les particules de pierre à chaux entrent en effervescence sous l'action de l'eau forte. Les couches consistent en pierre à chaux à leur surface et à leur base et en quartz & l'intérieur. Cette pierre est tràs employée pour la construction des maisons et des escaliers, le pavage des parquets. On en envoie de grandes quantités à Québec. Elle contient des pétrifications, tandis qu'on n'en trouve jamais dans le schiste calcaire noir.

Les femmes teignent la laine en jaune avec les graines du myrte-bâtard (1) appelé poivrier ici et qui se plait dans les terrains humides.

{1) Myrica çak. Linn.

MONTMORENCl. 173

Dans l'après-midi, M, âaaithier et moi doub all&mes voir la chute de Montmoienci. La rivière coule au pied d'un plateau éleré, divisé en prairies et dominé par de hautes collines reconvertes d'une couche de terre arable qu'on a convertie en champa de blé. Le lit des ravines et le sol des terres avoisinantes sont entièrement composés de particules de schiste calcaire noir. Mais ailleurs l'nrgile a une teinte rongeàtre, ainsi que l'ardoise crayeuse. Les grosses pierres, brisées en morceaux, ont l'odeur de la pierre puante.

La chute de Montmorenci, une des plus hantes que j'aie vues, est produite par une rivière peu considérable qui se précipite du sommet d'une colline de schiste calcaire noir, an fond d'une petite crique à parois lézardées et dont la coupe perpendiculaire et abrupte vous frappe d'étonnement. La pluie des jours précédents ayant gonflé les eanx de la rivière, la chute s'offiait à nos regards dans toute sa majesté. 9a largeur peut être de dix à douze verges et sa hantenr perpendiculaire, d'après l'estimation qne M. Gaulthier et moi en avons faite, de cent dix à cent vingt pieds. A notre retour à Québec, ayant soumis notre estimation à plusieurs messieurs, qni avaient eux-mêmes mesuré exactement la hauteur de la chute, ils nous ont déclaré qu'elle était correcte. Les gens du voisin^e, très portés à l'exagération, veulent absolument qne la chute ait trois cents pieds. Le Père Charlevoix (l) donne dans le défaut contnùre quand il ne lui eu accorde que qnarante. Un brouillard épais enveloppe constamment le pied de la cascade et se résout en une pluie incessante.

(I) Histoire de la Nouvelle-France, tome V, p. m. 100.

174 SEPTEMBLB 1749.

M. âaalthier et moi,ainsi que notre guide nous aurions Tonln nous rapprocher le plus près possible do la chute, afin de calculer exactement )a courbe suivie par l'eau en tombant d'une si grande hauteur ot faire un examen plus minutieux du roc ; mais à la distance d'environ douze verges du goufire tine bonfiëe de vent envoya au-dessus de nos têtes nne brume qui, en moins d'une minute, nous eut mouillés dç pied eu cap comme si nous avions marché pendant une demie-heure sons nne pluie d'orage, et nous rebroussâmes chemin le plus vite possible. Le bruit de la châte se fait entendre quelquefois jusqu'à Québec, qui en est éloigné de pins de deux milles (français) du côté du midi, et c'est un signe de vent de nord-est. D'autres fois, le bruit parvient aux villages situés dans le nord, et alors c'est un signe certain de vent sud-ouest ou de pluie.

Leb couches de schiste calcaire noir qui forment les parois de la chute suivent nue direction inclinée presque perpendiculaire. On y tronveles espèces de pierre qui suivent :

Le gypse fibreux, (1) disposé en feuilles très minces, blanches comme la ne^ge, dans tes fentes du schiste calcaire noir ; j'en ai rencontré en plusieurs parties du Canada dans la même ardoise crayeuse.

Pierre à Calumet. Tel est le nom français d'une pierre avec laquelle on fait des fourneaux de pipe par tout le pays. On la trouve entre les couches de schiste calcaire en lits généralement de quatre on cinq, mais quelquefois, comme j'ai eu occasion de m'en assurer, de quinze i)ouce8

(I) Oypsum amianlifurme Waller. Mm. Germ. éd. p. 74. Pibroua ar rftdlated gypsum. Fonil. Inlrod. lo Minerology, p. 16.

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