‹ Voyage de Kalm en Amérique (volume 2)Chapitre 45 sur 49 · MONTMORENCI · texte numérisé non relu

MONTMORENCI

d'éi^ùsenr. Lorsque la pierre reste longtemps exposée au soleil on à l'action de l'air, elle jaunît, tout en consefvant sa couleur griee à l'intérieur. Sa compacité est telle qu'oan'en peut distinguer les particules à l'œil nu. Elle est très molle, et suivant qu'on la peut couper plus on moins facilement avec un couteau, on la juge plus on moins bonne pour la fabrication des fourneaux de calnmete. Elle se fendille à l'extérieur lorsqu'elle est laissée trop longtemps exposée aux rayons du soleil. Les godets, si chargés de sculptures, des bouffardes des gens du peuple, sont faits avec cette pierre. Une grande partie de la bourgeoisie fume aussi la pipe, surtout en voyage. Les Indiens emploient celte substance pour le même usage depuis des siècles, et ce sont eux qui ont appris aux Européens à s'en ser^'ir. Les fourneaux de calumets sont naturellement de couleur grise, mais avant de les étrennex, et pour leur donner meilleure apparence, on les colore par le procédé suivant : après les avoir couverts de graisse, on les lient au-dessus d'une chandelle allumée ou de tout autre feu, et ils ne tardent pas à prendre un beau lustre noir, qui s'augmente par le fréquent usage. Les tuyaux de-pipe sont toujours en bois. (1)

Il n'y a pas de mines de houille près de la chute, ni dans les hantes collines qui l'avoisinent. Les villa-

(l> Parloul en Pologne, en Rut^Ele, en Turquie, et dans la Tarlarip, on f\ima aiec dis pipes de pierre marneuse, ajustées A de longs tuyaux en bols géniralemenl Tstls avec des bourgeons de différentes espêcss de sptrée dont la moelle est facile à extraire. Celle pterre mameuBe s'appelle géniralemenl écume de mer, el elle est irès molle. Les Tarlares de la Crimée lui donnent le nj>m de Ktlftkill. Et cnmme elle se laille oisément, DD sculpte les pipes qui en sont faites de manière â leur donner toutes torUB de formes curieuses. Il n'est pas rare d'en voir mont<)es en «r^nt. (P,)

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geoÎB m'ont cependant montré an morceau de charbon de terre qni, disaient-ils, arait été troaré snr Tune de ces collines.

Noos fûmes de retour trùs tard le soir.

8 Septeubsb

M. Ganlthier m'affirme que les fièvres intermittentes sont extrêmement rares à Qnébec. Âa contraire, elles sont très fréquentes près du Fort St Frédéric et du Fort Détroit, qui est une colonie française, entre le lac Erie et le lac Huron, & 43 degrés de latitude nord.

Les riches propriétaires ont des glacières {ice-eellan) pour con^rrer la bière et la viande ^Iche, si difficile i garder pendant les grandes chaleurs. Ces glacières sont ordinairement bâties en pierre et dans les celliers des maisons. Fonr diminuer le pouvoir d'absorption des murs, on les revêt de planches à l'intérieur. Pendant Thiver, on remplit ces glacières de neige, que l'on dnrcit en la battant avec les pieds, et ensuite on la couvre d'ean ,* puis on ouvre portes et fenêtres pour laisser entrer le iroid. On a l'habitude en été de mettre un morceau de glace dans l'eau ou le vin.

Tout le sel en usage ici est importé de France. On pourrait cependant en faire du bon avec l'eau de mer ; mais la métropole se réserve le commerce du sel.

Les Esquimaux forment une espèce particulière de sauvages américains établis sur la terre du Labrador, entre la pointe extérieure de l'embouchure de la Bivière St Lanrent et la Baie d'Hudson ; ils* n'habitent que les borda de la mer ou, du moins, ils ne s'en éloignent jamais beaucoup. Il ne m'a pas été donné d'eu voir aucun.

mais j'ai parlé à nombre de Français, qui en ftvaient TU et reçu à bord de leurs vaisseaux. Toîcî ce que j'ai pu recueillir de leurs rapports unanimes sur cette nation :

" Les Esquimaux différent' entièrement des Indiens de l'Amérique du Nord par rapport à la complexion et au langage. Ils sont presqu'anssi blancs que les Européens ; comme eux, ils ont les yeux petits, et de la barbe, tandis que les Indiens ont le teint cuivré et n'ont pas de barbe. On prétend que leur idiome contient quelques mots des langues de l'Europe (1). Ils habitent des cavernes, des crevasses dans les montagnes, ou des buttes de gazon. Ils ne sèment ni ne plantent de végétaux et ne vivent que de la pêche à la baleine et de la chasse an phoque (2) et an morse (3). Rarement il leur arrive de prendre des animaux de terre et de pouvoir ainsi varier leur nourriture. Ils mangent la viande crue. Pour boisson, ils n'ont que l'eau, et on prétend les avoir vus boire de l'eau de mer, aussi salée que de la saumure.

Leurs chaussures, leurs bas, leurs culottes et leurs habits sont faits de peanx de phoque bien préparées et

fl) Les Tibres Uoraves, dans te Groenland, é Un t entrés, une Ibis, en compagnie de Groenlandai^, sur la terre du Labrador, las Es^ulmanx se sauvËrenl dès qu'ils les aperçurent ; mais les Horaves ayant ordonné à l'un des Groêolandais de les rappeler dans son langage, les Esquimaux, comprenaot ce qu'il leur disait comme s'il se tCtl exprima dans leur propre langue, s'arrèlërent immédiatement, revinrent sur leurs pas et m déclarèrent heureux d'avoir retrouvé un compatriote : la bruit se répaa.lil bientôt parmi eux quel'un des leurs était revenu. Cela prouve que lesEsquimaux sont un peuple qui n'a rien de commun avec les nations européennes, lit langue groén landaise n'ayant de similitude avec auuun idiome d'Eu-

|2) Phoca Vitulina. Linn.

|3) TrichechuB rosmarus. Linn.

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consnes ensemble arec des nerfs de baleine qui, bien qae très forts, peuvent se tordre comme du fil ; et la contore de leurs rêtementa, qu'ils portent le poil en dehors, est si bien faite qu'ils peuvent marcher dans l'eau jusqu'aux épaules sans mouiller leurs bardes de dessous, car ils en mettent, quoi qu'on dise ; mais leurs vestes, et même leurs chemises, sont aussi faites avec des peaux de veauxmarins, si bien préparées qu'elles ont la mollesse des tissus les plus fins.

J'ai en l'occasion de voir la toilette d'une femme Esquimaux, comprenant chapeau, veste et robe faits d'un seul morceau de peau de phoque bien préparée, douce au toucher et le poil tourné en dehors. La robe courte par devant et n'allant guère qu'au milieu du haut de la jambe, s'allonge en traîne par derrière, et recouvre la culotte qui ne fait qu'une seule pièce avec les bottes. La chemise — qu'on m'a montrée — était en peau très fine. Les Esquimaudes (1) sont, dit-on, plus belles que les In* diennes de l'Amérique, aussi y a-t-il plus de maris jaloux au Labrador que chez les peaux-ronges.

J'ai vu aussi un bateau esquimaux. (2) L'intérieur en était entièrement fait de peaux épilées soigneusement—^ les côtés où se trouvait le poil tournés en dehors — et aussi douces an toucher que du velin. Le bateau, étroit et très pointu à ses extrémités, avait près de quatorze pieds de long. Deux on trois planches minces, placées à l'intérieur donnaient de la tournure à l'esquif. Le dessus en était entièrement couvert de peaux, à l'exception d'une

(1) CerUins auleun Iraiir^ais contumporain? ont récemment employa ce mot. (M.)

<!) Kagaek ou Kaiack — nom esquimaux de celle embarcation — ressemble siDguliËrameut au moi caTc ou calque, nom que l'on donnait à l'esqulT des galères, dam le temps où il existait des galères dans la marine française. (M,)

ouverture à l'un des bouts, juste assez large pour qu'une personne puisse s'y asseoir et s'y tenir les jambes à couvert Ce trou a la forme d'un demi-cercle ; sa base ou diamètre est tourné du côté de l'extrémité la plus large du bateau ; il est plaqué en bois et muni d'un tablier en peau fine, enroulé, et attaché avec des courroies à son eitrémité snpérieure. Quand un Esquimaux s'embarque snr son bateau, il commence par glisser ses jambes sous le pont, puis il s'assoit à fond de cale, retire le tablier dont il s'enveloppe tout le corps et le fixe solidement arec ses courroies ; les vagues peuvent passer pardessus son canot sans qu'il y entre une goutte d'eau ; ses vêtements défient l'humidité. Il conduit son vaisseau avec une rame disposée en étroite pagaie à chaque bout et avec laquelle il réussit à tenir son kaiak en équilibre pendant le gros temps. Le bateau ne contient qu'une seule per. sonne. Il n'est pas rare de trouver des Esquimaux à une distance de plusieurs milles en pleine mer voguant en sûreté au milieu de violentes tempêtes dont des vais- » seaux de haut bord ne se tirent qu'avec peine. Leurs canots flottent sur l'eau comme des vessies et il» les pagaient avec une vitesse incroyable. Ils en ont de différentes formes ; on dit même qu'ils ont de grands bateaux en bois couverts en cuir pouvant contenir plusieurs personnes et avec lesquels ils voyagent avec leurs femmes.

Leurs armes consistent en arcs et en flèches, en javelines et enharponsaveclosqnclsils tuent des baleineset d'autres grands animaux marins. La pointe de leurs flèches et de leurs harpous estfaited'os,dedentsdemor8e; quelquefois elle esten fer. Leurs carquois sont en peaux. Les aiguilles dont ils se servent pour coudre leurs vêtements sont pareillement en os ou eu fer. Tout le métal qu'ils peuvent se procurer leur vient des Européens.

Ils Tont à bord des vaisseaux étrangers échanger quelquee^uns de lenrs produits poar des couteaux ou d'autres objets en fer. Mais il n'est pas prudent pour les Européens de descendre sur le rivage, car les Esquimaux sont trf^tres et perfides, et ne peuvent souffrir d'étrangers parmi eux. S'ils ne se trouvent pas en nombre, ils se sauvent à l'approche des nouveaux venus; mais pensent -ils être en force, ils tuent, impitoyablement ceux qui leur tombent sous la main, sans en épargner un seul. Aussi, les Européens ont-ils soin de ne laisser monter à bord de leurs vaisseaux qu'un petit nombre d'Esquimaux, à la fols. Quant aux naufragés, autant vaudrait pour eux être ensevelis au fond de la mer que d'être jetés sur les parages habités par ces barbares. Beaucoup trop d'Européens en ont fait ta triste eipé* rience. Ils s'emparent immédiatement des navires qui s'échouent sur leurs rivages et les dépècent pour en retirer les clous et tout le métal qu'ils peuvent contenir et qu'ils convertissent en couteaux, en aiguilles eten pointes de flèches, etc. Ils ne font usage du feu que pour travail- ' 1er le lér et préparer les peaux d'animaux ; quant à leurs aliments, ils les dévorent tout crus. Lorsqu'ils viennent à bord d'un vaisseau européen, ils ne touchent jamais aux mets que les matelots leur offrent, avant de les avoir vus en manger eux-mêmes. Bien que rien ne plaise autant aux autres nations indigènes que l'eau-devie, cependant beaucoup de Français m'ont assuré qu'ils n'ont jamais pu réussir à en faire boire aux Esquimaux, tant est grande leur méfiance àl'égard des étrangers, qu'ils soupçonnent continuellement de vouloir les empoisonner ou leur causer quelque mal ; et en cela, ils n'ont peut-être pas toiyonrs tort. Ils ne portent pas de pendants-d'oreilles et ne se peignent pas la figure comme les Indiens d'Amérique. Depuis des siècles, ils ont ono race de

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chiens dont les oreilles sont natureUement droites et ne pendent jamais (1). Ils s'en serrent pour la chasse et comme bêtes de trait, l'hirer, pour le transport de lenrs pacotilles snr la glace, et quelquefois aussi pour se promener en trainaux. Ils n'ont pas d'antre animal domestique. Bien qu'il y ait beaucoup de rennes dans leur pays, il ne paraît pas que les Esquimaux, ni aucune autre tribu sauvage de l'Amérique aient réussi à les apprivoiser^ Les Français du Canada, qui, en quelque sorte, sont les voisins des Esquimaux, ont fait l'impossible pour ouvrir des rapports de commerce avec eux et leur inspirer des dispositions plus amicales envers les autres nations. Dans ce but, ils ont pris des' enfants Esquimaux, leur ont appris à lire et les ont instruits de leur mieux. Leur intention était de renvoyer ces enfants dons leur pays, espérant, par les bons rapports qu'ils ne manqueraient pas de faire des traitements qu'ils avaient reçus, arriver à se concilier les Esquimaux. Malheureusement, ils moururent de la petite vérole et le plan échoua. Mais l'on doute beaucoup ici que l'expérience eût réussi, même dans le cas où les enfants auraient vécu. En effet, on raconte l'histoire d'un Esquimaux qui, pris autrefois par les Français et emmen é au Canada, y a vécupendant longtemps, toujours traité avec la plus grande bonté. Il apprit le français et sembla se faire merreilleusement bien*à la manière de vivre des Français. Lorsqu'on le rendit à ses compatriotes, on espérait qu'il pourrait exercer sur eux assez d'influence pour leur inspirer de meilleurs sentiments à l'égard de ses anciens maîtres. Mais il fut tué par ses proches parents comme à demi Français et étranger. Aussi,

(Il H. l'abbé t'erland a Tait une ilescript ion aussi intiressanle que bien écrite ()ii clirn Esq-iimaux ilans le rècil de la Hinlon au Labrador. (M.)

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la barbarie des Esquimaux eet-elle canse que les Indiens de l' Amérique du Nord ne leur font jamais quartier dans leurs rencontres avec eux ; ils les tuent sans miséricorde, bien qu'ils pardonnent fréquemment à leurs autres prisonniers et les incorporent dans leur nation.

Four l'avantage des philologues curieux de comparer entre eux les langages des différents peuples, j'insère ici quelques mots esquimaux que m'a communiqués le jésuite Saint Fie : Un, kombvc ; deux, tigal ; trois, ké ; quatre, missiïagat ; eau, sillalokto ; pluie, killaluck ; ciel, iaktuck ou nabugakshe ; le soleil, shikonak ou sakaknuk ; la lune, takock ; un œuf. manneguk ; le bateau, kagack ; la r&me,pacotick ; le couteau, shavié ; un chien, mekké ou timihk ; l'arc, peliksick ; une flèche, kaiso ; la tête, ntakock; l'oreille, tchiu ; l'œil, kiUik ou shik ; les cheveux, nutshad ; une dent, vkak ; le pied, Uikal. Il y a des savants qui prennent les Esquimaux pour proches parents des Groënlandais ou Skralingers, et prétendent qu'il y a entre eux nue grande affinité de langage. (1)

Difiérentea espèces de pruniers, importés de France, réussissent très bien, ici. Cette année, ils ne font qne commencer à fleurir. Plusieurs de ces arbres fruitiers ont fort bonne apparence et l'on m'assure que le froid de l'hiver ne leur est pas dommageable.

Le marquis de la Galissonnière est, ici, l'un de trois gentilshommes, qui, pardessus tous autres, se sont acquis

(I) Un peut comparer ce que M. Kalm rapparie dea Esquimaux aviic Henrn Eltis's Account of a Voyage to Hiidson't baij, bij ihe Dobbs Gatlev , and Caiifomia, Ac, et Vit Account of a VoyMge/or the Oiieoctry <^a Norlh-Wesl passage by Hndson's SlrtiglUs, by the Clerk oftke Caiifomia, î vol. 8vo. et enfin avec Crant:'' IHsiory of Oreenland, 2 vola, 8vo. F.

une hante estime dans l'amirauté française pendant la dernière guerre. Je parle des marquis de la âalison* nièrt, de la Jonquière et de l'Etendue. (1) Le premier, âgé d'environ cinquante ans, est un hommo de petite stature, à la taille un peu déformée, et d'un extérieur agréable ; son savoir est vraiment étonnant et s'étend à toutes les branches de la science, surtout à l'histoire naturelle, dans laquelle il est si bien versé, que quand il commença à discourir sur cette matière, je crus entendre un autre Linné. M'entretenant avec lui de l'utilité de l'histoire naturelle, de la meilleure méthode à suivre pour l'apprendre et l'employer ensuite à améliorer l'état d'un pays, je fus étonné de le voir tirer ses raisons de la politique, aussi bien que de la philosophie, des mathématiques ^t d'autres sciences. Je confesse que mes conversations avec ce gentilhomme m'ont été très instructives et que j'en ai toujours tiré beaucoup de notions utiles. Il m'a indiqué plusieurs moyens d'employer l'histoire naturelle à des fins politiques eu vue de rendre nu pays assez puissant pour humilier ses voisins envieux. Un plus grand protecteur de la science n'a jamais existé et n'existera peut-être jamais en Canada.

( I ) Lisez de l'EgUoduëre. C'est sous les ordres de cet officier distingué et de M. Des Herbiers que* l'année suivante (1750) une ascadre de huit vaisseaux du roi soutint héroïquement un combat naval acbamé que lui livra, L 90 lieues du cap Finistère, lu vice.«miral Hawkeavoc 14 vaisseaux de ligne, et réus^t à sauver une flotte de 252 navires marcbands qu'elle escortait. Le comte de Vaudreuil, qui commandait rintrépide, se distingua grandement dans ce combat et reçut une lettre de félicitations de M. de l'Estanduère. La ftëgatele Caitor, qui faisait i>artie de cette escadre, avait été lancée aux cbaatiers du roi, i Québec.

Ferland, Cours d'Histoire, vol, II, p. 498.

En 1735, l'Estanduère, alors commandant du vaisseau du roi le Bubit, jLvait ramené Mgr, Dosquet en France. (H.)

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Il ne fat pas plxu tôt installé dans sa charge de gonvernetir-général, qn'il combina cette série de mesures poar obtenir des infonnations snr l'histoire naturelle, qne j'ai mentionnées plus hant. Lui arrive-t-il de Toir des gens qui ont séjourné dans quelqu'un des établissements les plus éloignés du pays, ou les ont parcourus, il ne manque jamais de les questionner snr les arbres, Us plantes, le sol, les pierres, les minéraux de ces localités. II s*informe également de l'usage que les habitants font de ces choses, de leurs méthodes de culture, des lacs, rivières on passages de ces pays, et de nombre d'autres détails. Ceux qui paraissent avoir des notions plus cidres qne les autres, il ne les laisse partir qu'après en avoir obtenu une description circonstanciée de ce qu'ils ont vu. Il prend note de tontes ces informations, enrédige lui-même des rapports, et grâce à cette grande application si peu commune chez les personnes de son rang, il s'est bientôt acqnis une connaissance parfaite des parties les pins éloignées de l'Amérique. Les prêtres et les commandants des forts qui se rencontrent chez lui, en visite, à lenr retour de contrées quelquefois très distantes les unes des autres, sont surpris des questions qn'il leur pose et émerveillés de le voir si bien renseigné; il n'est pas rare qu'il leur dise que près de telle montagne on tel rivage où ils sont allés souvent faire la chasse, il y a telle plante particuliète, des arbres de telle espèce, que le sol est de telle on telle qualité, qu'on y trouve nn certain minéral ; or toutes ces informations dont l'exactitude étonne les voyageurs, il les a obtenues d'avance. Mais quelques-uns de ses administrés, qni ne sont pas dans le secret, l'entendant laire une description de toutes les curiosités de lieux situés quelquefois à deux cents milles suédois de Québec, et où il n'a jamais mis le pied, croient qu'il a une connaissance surnaturelle des choses.

Il n'y a jamais en nn meilleur homme d'état que loi, et personne ne peut prendre des mesures plus judicieuses et choisir des moyens plus efficaces pour l'amélioration d'un pays et l'accroissement de sa prospérité. X^ Canada avait k peine en le temps de connaître le trésor qu'il possédait en la personne de ce g<^ntiIhomme, qu'il eût le malheur de le perdre; le roi avait besoin de ses services et ne pouvait le laisser en pays si éloigné. Il est retourné en France avec une collection de curiosités naturelles et une quantité de plantes et de jeunes arbres empotés dans des vaisseaux remplis de terre. (1)

J'ai parlé bien souvent du schiste calcaire noir, dans cette relation de mon voyage. Je vais maintenant en donner une descriptioA plus minutieuse. La montagne sur laquelle Québec est bâti, et les collines qui bordent la rivière Si Laurent, sur une étendue de plusieurs milles des deux côtés de Québec, sont composées de cette espèce de schiste argileux. A la profondeur d'une verge, la pierre est très compacte et sans crevasses, de sorte que l'on ne peut s'apercevoir, à première vue, que c'est une ardoise, les molécules en étant imperceptibles. Elle gît en couches qui varient de trois à quatre et jusqu'à vingt pouces et plus d'épaisseur. Dans les montagnes sur lesquelles Québec est assis, les couches ne sont pas disposées horizontalement, mais en pente avec tendance à se rapprocher de la ligne verticale, les surfaces de dessus pointant vers le Nord-Ouest et celles de dessons vers le

\\] Roland M. Barria. marquis de la Galissonniùre, lieulenant-gènéral iIrs armées navales de France et awocié libre de l'Académie des Sciences, rut nommé gouverneur du Canada ea 1745 et occupa celle charge de 17A7à 1749. En 1756. il commandait l'eacadrodestinéeèproléger le débarquement de 12,000 hommes pour t'attaque de Minorque et battit la flotte anglaise aux ordres de l'amiral Jolm Byng. (M.)

Sud-Est. On peut remarquer cette dùpoâtion dans les rae8 mêmes de la ville où, à tout moment, on est exposé à voir sa chanesure coupée par l'arête tranchante d'un de ses lits de pierre qui perce la croûte du sol. J'ai observé quelquefois l'inclinaison vers le nord mais avec tendauoe vers la li^e verticale et aussi, mais plus rarement, l'inclinaison horizontale. Les lits sont divisés par des crevasses étroites généralement remplies d'an gypse blanc fibroax qni se désagrège Ëtcilement avec un couteau lorsque la pierre est cassée de manière à le laisser découvert et alors il a l'apparance d'un mince feuillet blanc. Les crevasses larges sont remplies de cristaux de quartz transparent de différentes grandeurs. 0ne partie de la montagne en contient des quantités considérables d'où vient le nom de Pointe de Diamant donné àl'une de ses crêtes, celle qui s'élève au S. 9. £. du Palais. Les petites crevasses qui divisent la pierre sontgénéralement à angles droits, mais les distances entre elles ne sont pas toujours égales. La surface des couches entre chaque assise est souvent couverte d'une fine membrane noire et brillante qui a l'apparence d'une espèce de pierre de corne (1) pyritense. On y rencontre quelquefois des pyrites jaunes, mais toujours en petits grains. Je n'y ai jamais trouvé de pétrifications, ni d'impressions, ni aucune espèce de roche antre que celle que je viens de décrire. Presque tous les édifices publics et privés de Québec sont construits avec cette pierre schisteuse, ainsi que les murs qui entourent la ville et enclosent les monastères et les couvents. Elle se casse facilement, et ou la peut tailler de la grandour voulue. Mais après une année ou deux d'exposition à l'air et au soleil, elle a le défaut de se fendre en minces feuillets parallèlement à

(1) Amphibole noire ou hornblende, dite aussi amphibole coinéenne. (M.)

la surface du lit d'où elle s été tirée. Cependant, cela n'enâommf^ pas les murs qui en sont construits, parce qu'on a le soin de placer les pierres dans une positiou telle que le clivage suit toujours une ligne horizontale. La pression des pierres de dessus sur les pierres de dessous empêche les fentes de ele produire ailleurs que sur la surface extérieure, et l'intérieur de la pierre reste compacte. Les feuillets deviennent plus minces, à mesure que la maison vieillit.

Afin de donner à mes lecteurs une idée du climat de Québec, et des variations de la chaleur et du froid dans les différentes saisons de l'année, j'insère ici quelques notes extraites d'observations météorologiques, faites par M. Gaultbier, médecin du roi. Il m'a donné une copie de celles qu'il a consignées depuis Octobre 1744 à la fin de Septembre 1746. J'omets ses observations thermométriques, ne les croyant pas correctes. M. Gaultbier se sert du thermomètre de La Hire ; or, cet instrument ne peut déterminer exactement les degrés du froid, parceque le mercure reste comprimé dans la boule qui termine la partie inférieure du tube dès que le froid devient intense. M. Ganlthier a fait ces observations pendant tout le cours de l'année entre sept et huit heures du matin et deux ou trois heures de l'après-midi, rarement plus tard dans la journée. D'ailleurs, son thermomètre ne pouvait lui donner des indications exactes, parce qu'il ne l'avait pas bien placé.

Ij'an'nêe 1745.

Janvitr. — Le 29 de ce mois, la Rivière St Laurent était gelée près de Québec. Dans les observations des autres années, il est noté que la rivière se couvrait de

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glace quelquefois dès la fin de Décembre et le commencement de Janvier.

Février. — Rien de remarquable n'est arrivé pendant le cours de ce mois.

Mars. — On dit que cet hiver eflt le plus doux qu'on ait jamais eu ici ; même les anciens ne peuvent se rappeler an hiver plus clément. La neige n'a pas dépassé deux pieds de profondeur, et la glace dans la rivière, vis-à-vis Québec, n'a que la même épaisseur. Le vingt-an, il y eut un orage, et la foudre blessa un soldat. Les 19 et 20, on commença à entailler les érables et à faire du sacre.

Avril. — Ou continue & faire du sucre. Le 7, les jardiniers préparent leurs couches-chaudes. Le 20, la débâcle se fait dans la rivière près de Québec ; il est rare qu'elle ait lieu de si bonne heure ; en effet, la rivière est souvent couverte de glace vis-à-vis Québec aussi tard que le 10 de Mai. Les 22 et 2S, il tombe une petite quantité de neige. Le 25, on commence les semailles près de St Joachim. Le même jour apparaissent quelques hirondelles. Le 29, on sème le grain par tout le pays Depuis le 23, la rivière n'a pas cessé d'être libre de glaces à Québec.

Mai. — Le S de ce mois, dans la matinée, il fait un froid tel que le thermomètre de Celsius ou suédois marque quatre degrés an-dessous du point de congélation. Ce- X»endant, les grains ne souffrent pas de dommage. Le 16. tout le blé d'été était semé. Le 5, la sanguinure, les narcisses et les violettes commencent à s'épanouir. Le 17, les cerisiers sauvages, les framboisiers, les pommiers et les tilleuls déploient leurs feuilles et les fraisiers sont en

flears. Le 19, les cerisiers sanvages, et le 26, les pommiere, les cerisiers et pruniers de France, ea partie da moins, entrent en efBorescence.

Juin. — Le 6 de ce mois, tous les arbres ont fait leurs fenilles. Les pommiers sont en pleine floraison. Le 22, on pent se procarer an plat de fraises mûres. Ici, on remarque que la saison est on ne peut plus propice pour la croissance des végétaux.

Juillet. — Le grain commença à épier le 12, et le 21, il était monté en épi partout. (Il faut remarquer qu'on ne sème ici que du blé d'été). Bientôt après, le grain entra en fleuraison. Le 22, on commença la coupe du foin. Le temps fut très beau pendant tout le mois.

Août. — Le 12, il y avait des melons et des poires en état de maturité à Montréal ; le 20, le blé y était mûr et la récolte s'oavr&it. A Québec, elle commençait le 22. Les 30 et 31, la terre fut couverte d'une petite gelée blanche.

Septembre. — La récolte de tous les grains finit le 24 et le 25. Abondance de melons, melons d'eau ou pastè* ques, concombres et prunes durant tout le mois. Les pommes et les poires sont mûres aussi, ce qui n'arrive pas toujours à cette saison. Dans les derniers jours de septembre, on commençaà labourer les champs. Voici une des observations faites durant ce mois. Les anciens disent que le grain, autrefois, " ne mûrissait pas avant le 15 ou " le 16 de septembre, sauf quelques bien rares excep- " tions, mais jamais avant le 12 de ce mois. Ils préten* " dent, aussi, qu'il n'était jamais parfaitement mûr. Mais " depuis que le sol a été sufELsamment déboisé, pour " donner plus de latitude & l'action des rayons da soleil,

" le grain mûrit plus tôt qu'auparavant." (1) Il y est aussi remarqué que les étéa chauds sont toujours très favorables à la culture, en Canada, et que la plupart des céréales n'arrivent jamais à une maturité parfaite.

Octobre. — Pendant ce mois, on a labouré les champs, et le temps a toujours été très beau. Il y eût de petites gelées pendant plusieurs nuits, et le 28 il neigea. Vers ta fin d'octobre les arbres commencèrent à se dépouiller de leurs feuilles.

Novembre. — Les labours se sont continués juspu'au 10 de ce mois ; les arbres avaient alors perdu toutes leurs feuilles. Jusqu'au 18, les troupeaux ont été envoyés dans les pâturages, & l'exception de quelques jours, durant lesquels le mauvais temps ne permit pas de les laisser dehors. Le 16, il y eût deséclairs et dutonnerre. Le 24, la rivière St. Laurent était encore libre de glaces.

{1) Ce n'est pas seulement le déboisement qui change le climat d'un pavs el le tempère, mais la culture et le peuplement contribuent aussi l'adoucir. Les Romains considéraient les hivers de l'Allemagne et i l'Angleterre comme Irèssévères, mais heureusement, ces deux pays ont, présent, un climat bien plus agréable qu'autrefois, et ce changement est dû aux trois causes ci-dessus énoncées. Prfts de St. Petersbourg, soixante degrés de latitude no^^, la rivifre Neva couverte déglace commencement de décembre 1785 en était délivrée le II avril 1766.

A Tsaritstn, à quarante-huit degrés et quarante minutes de latiludi nord, la rivière Volga était couverte de glace le 26 novembre 1765 el libre le 27 avril 1766 (vieux style.) N'esl-il pas presque incroyable que dans un pays situé à prés de douze degrés plus au sud, le n-oid sùvisse plus longtemps el avec plus de rigueur que ilans une contrée plus i épient ri onul e ? Les environs de St Petersbourg renTermenl beaucoup de bois, el cependant le froid y est moins sévère et moins persistant qu'à Taaritsin, qui l'St éloigné de plusieurs centaines de milles do toute fortt, h l'exception lie quelques arbres et buissons le long de la Volga, sur ses iles et les terres basses qu'elle arrose ; si bien que l'œil n'y embrasse à l'est que de vastes plaines nues sur une étendue de plus de cent lieues. Le déboisement ne contribue donc pas autant qu'on le prétend à l'adoucissement du climat

QUÈBKC. 191

Décembre. — Durant ce mois, on a observé que l'automne a été beaucoup plus doux que de coutume. Le 1er, un Taissean a pu encore mettre à la voile pour la France. Le 16, la riviùre St Laurent était gelée sar ses borde, mais le chenal était encore libre. Dans la rivière St Charles la glace devint si épaisse que les chevaux purent passer dessus en tirant de lourdes charges. Le 26, une forte pluie produisit un commencement de débâcle, dans la rivière St Laurent, mais le 28, une partie du fleuve filait encore couverte de glace.

D'autres observations marquent que l'hiver a été comparativement doux. Je reprends maintenant le récit de mon voyage.

Ce soir, je suis parti de Québec, par un vent favorable, pour retourner à Montréal. Le gouverneur-général du Canada, Marquis de la Jonqnière, avait mis à ma disposition un des bateaux du roi monté par sept hommes d'équipage. Ainsi, j'ai fait ce voyage aux dépens de Sa Majesté.

d'un pays. Quanl à la culture, c'est dirTérant. La neige Tond toujours plus vite dans un champ labouré que dans un Triche. Les particules chaudes et inflammables qui se dégagent des diverses espèces d'engrais aident beaucoup & adoucir les rigueurs de l'hiver ; dans une contrée populeuse, la chaleur produite par la combustion d'une [nûnité de substances diverses et la dispersion, dans toute l'atmosphère, des corpuscules Câustrquet, sont autant d'agents qui contribuent k tempérer la Troidure. Il 7 «moins de terre cultivée dans les cent milles carrés qui entourent Tsaritsin qu'il n'y en a dans les dix milles qui avoisincnt Bt. Petersbourg ; et I& culture est en proportion du nombre des habitants de chacune de ces vllles,de là la diilérence du climat. Il y a encore une autre considératlon: 81 Petersbourg est situé près de la mer et Tsaritsin est dans l'Intérieur: et, généralement parlant, on aobservé que les pays voisins delà mar jouissent d'une température plus douce. Ces quelques remarques suffiront, je pense, pour faire comprendre Ci chacun la cause des changements de climat dans les divers pays qui deviennent plus chauds et plus tempérés à mesure que la culture et la population s'accroisssent. (Fj.

Le milliea de l'embarcation était recouvert d'ane tenture en drap bleu où nous pûmes nous tenir à l'abri de la plnie. Nous avons fait trois milles français anjourd'hat.

Nous ponrsuivimea notre route toute la journée. La rôcolte da maïs de l'espèce naine — celle qui mûrit en trois mois de temps — était déjà faite et les épis séchaient pendus en tresses en plein air.

Il fait un temps qui ressemble au commencement de notre mois d'août, vieux style ; de là, je conjecture que l'automne commence, en Canada, un bon mois plus tard que dan» le milieu de la Suède.

Chaque ferme est pourvue de son jardin potager rempli d'herbages et surtout d'oignons dont les paysans font une grande consommation et qui avec un peu de pain com* posent tout le mena de leur dîner, les vendredis et samedis et les jours de jeûne. Je ne pois dire cependant que les Français soient de stricia observateurs du jeûne ; plusieurs de nos rameurs ont mangé de la viande aujourd'hui, vendredi. On reconnaît les gens du com* mun à leur haleine quand on les rencontre tant l'usage de l'oignon est fréquent parmi eux. La citrouille est pareillement très abondante dans les jardins potagers. Ou la sert de diverses manières, mais généralement on la coupe, par le millieu, en deux morceaux qu'on met rOtir devant le feu, l'intérieur tourné du côté de la flamme ; on en mange la pulpe après l'avoir pelée ; les gens à l'aise la saupoudrent de ancre. Le petit potager contient aussi des carottes, de la laitue, des fèves de France (haricots) des concombres bt des gadelliera.

Ohsqne feTmier plante près de sa mùson une quantité de tabac pins ou moina considérable, suivant que sa famille est plus ou moins nombreuse. Il faut bien que les paysans s'adonnent à la culture du tabac ; il est d'un usage universel parmi les gens du peuple. On voit des gamins de dix à douze ans courir les mes, la pipe à la boucbe, imitant l'exemple de lettra aines. Des personnes au-dessus du vulgaire ne dédaignent pas de fumer une pipe par-ci par-là. Dans les parties les plus septentrionales du Canada on fume généralement le peton sans mélange. Mais dans le sud et aux environs de Montréal, on y mêle l'écorce intérieure du cornouiller sanguin (1) pour le rendre plus faible. La tabatière aussi, est fort à la mode. Presque tout le tabac qui se consomme, ici, est produit dans le pays et certains amateurs le préfèrent an tabac de Virginie ; mais ceux qui se prétendent des connaisseurs émettent une opinion tont-à-fait contraire. (2)

Chose curieuse! tandis que beaucoup de nations imitent les coutumes françaises, je nemarque, qu'ici, ce sont les Français qui, à maints égards, suivent les coutumes des Indiens, avec lesquels ils ont des rapports journaliers. Ils fument, dans des pipes indiennes, un tabac préparé à l'indienne, se chaussent à l'indienne et portent jarretières et ceintures comme les Indiens. Sur le sentier de guerre ils imitent la circonspection des Indiens ; de plus, ils leur empruntent leurs canots d'écorce et les conduisent à l'indienne; ils s'enveloppent les pieds avec des morceaux d'étoffe carrés au lieu de bas et ont adopté beaucoup d'autres façons indiennes. Un

(I) Cornus ianguinea. Lin n. Coniouiller sanguin ou boitpwiais. {2) La culture du tabac, en Canada, date de l'Intendant Hocquart Ses premiers essaie eurent lieu à Chambly, Beauport et à Québec même. (H.)

C*. Si. i

(' f il*

Étranger entre-t-il dans la maison d'un paysan on ctilti- Tatenr canadien, aussitôt il se 1ère, salue le riaiteur d'un coup de chapeau, l'invite à- s'asseoir, puis il remet son cliapeau et se rassied lui-même. Ici, tout le monde est Monsieur ou Madame, le paysan aussi bien que le gentilhomme, la paysanne comme la plus grande dame. Les gens de la campagne, les femmes surtout, portent des chaussures de bois faites tout d'une pièce et creusées en forme de pantoufle. Les jeunes gens, et même les vieux paysans, tiennent leurs cheveux noués en couette par derrière et beaucoup d'entre eux passent la journée à la maison la tête couverte d'un bonnet de laine rouge • il y en a même qui font des voyages ainsi coiffés. (1)

. Le lait entre dans la préparation de presque tous les jnets du fermier. Le beurre se voit rarement sur sa table et encore est-il presque toujours fait avec de la crème sûre ; aussi, il est loin de valoir le beurre anglais. Les Français aiment beaucoup !e lait et en font une grande consommation surtout les jours de jeûne. Cependant, ils ne connaissent pas autant de manières de le préparer que nous, Suédois. Généralement, ils le font bouillir, puis ils y jettent des morceaux de pain et beaucoup de sncre. Les Français, ici, mangent autant de viande que les Anglais, les jours auxquels leur religion ne leur en défend pas l'usage. A l'exception de la soupe, de la salade et du dessert, tous les autres mets sont des viandes diversement apprêtées.

(I) Les bonnets de laine des gcnBde 1b campagne (luques) èl aient rnugr^ dans le district de Québec el lileus dans celui de Montréal, qui est resté fidèle à ses couleurs, du moins quant à celte sorte de couvre-cher. M. de Courcelles appelait je« eepoli Meut les soit&nle'dix volonlairesde Montréal qui vinrent sous la conduite da Charles Lemoinerenrorcersa petite Iroupe d30s son excursion contre les Agniers en I6(i&. (M.)

ENTRE QUÉBEC ET TBOIS-RIVIÈEES. 195

Nous pasBâmes la nnit danft une ferme près de la riviôre appelée Petite-Rivière qui se jette dans le St Laurent; on estime que cet endroit est à 16 milles français de Québec et à dix des Trois-Kiyiéres, La marée est encore considérable ici. A partir de ce point, les collines qui bordent le fleuve ne sont plus que des buttes de terre végétale; le règne du schiste calcaire noir a cessé.

Des lampyres, eu nombre peu considérable, jettent dans les bois leurs lueurs éphémères. Ces insectes portent, ici, le nom de mouckes-à-feu.

Tontes les maisons, dans ce Toisinage, sont en bois et divisées en chambres assez larges. Les plafonds reposent sur deux, trois ou quatre poutrelles, suivant la grandeur des diverses pièces. Les interstices sont remplis avec de la terre glaise au lieu de mousse. Des châssis de papier éclairent la maison. La cheminée occupe le milieu de la chambre et la sépare en deux parties, dont celle qui fait face au foyer est la cuisine, et celle qui est en arrière sert, en même temps, de chambre à coucher et de salon de compagnie. Parfois, il y a un poêle en fonte derrière la cheminée.

13 Septembee-

Près de Champlain, à environ cinq milles français de Trois-Rivières, le fleuve coule au pied de collines de tene sablonneuse jaune ou couleur d'ocre, et assez escarpées. Leurs flancs sont sillonnés de petits ruisseaux dont l'eau est généralement remplie d'ocre jaune, ce qui est un indice que ce sol aréneui contient, en grande quantité, le même fer qno celui que Von exploite à "^JroiB-Eivières. On ne peut s'imaginer où tous ces

petits filets d'ean prennent leur source, le terrain audessus étant bas et eicesBivemeitt aride en été. A partir de la rivière, il peut y avoir environ un mille anglais de terre cultivée sur la profondeur ; mais plus loin, il n'y a plus que la forêt épaisse et des terrains bas. L'eau ne s'évaporant que difficilement dans les bois qui, pour cette raison, sont toujours humides, est forcée de se frayer un chemin souterrain jusqu'à la rivière. Les bords du fleuve sont couverts d'une grande quantité de sable ferrugineux.

Ters le soir, nous arrivâmes S Trois-Bivières, où nous ne restâmes que juste le temps de délivrer les lettres que nous a-\-ion8 apportées avec noue de Québec Après quoi, nous hmea encore un mille français avant de prendre nos quartiers pour la nuit.

J'ai vu, cette après-midi, trois vieillards. L'un est un jésuite appelé le Père Joseph Aubery, qui a desservi, comme missionnaire, les Indiens couvertis de St Françob. Il finit, cet été, sa cinquantième année de prêtrise, et retourne à Québec, encore vert et plein de 8anté,pour renouveler ses vœux. Les deux autres vieillards sont notre hôte et sa femme ; le mari a quatre-vingto ans, et sa digne moitié n'est pas beaucoup plus jeune que lui. Il y a cinquante-un ans qu'ils sont mariés. L'année dernière, après ce demi-siècle d'union, les fidèles époux allèrent à l'Eglise ensemble remercier le Dieu Tout- Puissant des grâces dont il les avait comblés. Ils sont encore vigoureux, contents, joyeux et causeurs ; le vieux dit qu'il était à Québec en 1690, lorsque les Anglais ont assiégé la ville ; et qu'il se rappelle d'avoir ru l'évêquo parcourant les rues, vêtu de ses habits pontificaux, sabre eu main, pour relever le courage des-soldats.

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