‹ Voyage de Kalm en Amérique (volume 2)Chapitre 6 sur 49 · L. W. Mabchand · texte numérisé non relu

L. W. Mabchand

VOYAGES

PIERRE KALM

L'AMERIQUE SEPTENTRIONALE

AKALT^ DU FBBHIEB TOLUUS.

Le s Août 174S, Kalm, accompagné de son serviteur Lara Yongstroem, s'embarqna à Gtavesend (1) sur la Mary OeUly, capitaine Lawson, qui mettait à la yoile poQT Philadelphie. Pendant que le vaisseau faisait une relâche à Deal, petit port de ravitaillement, il remarqua des pêcheurs, armés d'une sorte de trident, qui couraient sur la plage, à marée basse, à la recherche des arénicoles ou vers de mer, Lumhrici marini, Liun (2). Les arénicoles rivent dans le sable, et s'y pratiquent des g^aleries facilement reconnaissables par les monticules dont elles sont recouvertes, et qui sont formés de la matière rejetée par ces annélides. Le ver de mer sert d'app&t aux pécheurs.

Eu passant devant Douvres, il adopta l'opinion de Gamden, confirmée par Bnffon, que l'Angleterre était

(1) Ville d'Angleterre, cgiuté de Kent, avec un [lorl sur la Tnmise. lU,] ('2) Areoicok marina — Annëlides dorai bran cliei. (M.)

2 AonT 1748.

autrefois reliée à la France par un isthme. Los c6tea de l'île et celles du centineut s'allongent en pointes qui s'avancent l'une sur l'autre ; toutes deux sont formées de collines de craie et ont la même configuration.

14 Août. — Le raisseau, à la sortie de la Manche, éprouva an rent contraire ; aussi le roulis augmenta-t-il beaucoup : ce boulerersement fit réfléchir notre professeur sur l'énorme puissance des vagues, qui, dit-il, ont déjà, dans la baie de Biscaye, un demi-mille de longueur, avec une hauteur proportionnée. Elles ne sont pas plus grosses en plein océan. /

15 Août. — Le vent, de contraire qu'il était, se changea, vers midi, en une brise du nord-est des plus favo- ' râbles à la course du navire ; elle fut accueillie avec d'autant plus de joie par les pass^ers que les vents d'est ou de nord-est sont rares entre l'Europe et les Azores.

S2 Août.— Le capitaine montre à Kalm, au sud, des nuages qui semblent se diriger vers le nord-est, et lui dit que c'est un signe certain de vent de sud-ouest.

24 AoDT. — C'est maintenant au tour de l'équipage à faire des conjectures snr le temps. Un matelot annonce un grain, parce que les nuages les plus élevés sont rayés, petits et épars dans le firmament, et ont la forme de flocons de laine peignée.

27 Août.— Le vent d'ouest est le vent le plus fréquent dans l'Atlantique, ce qui explique pourquoi le passage d'Amérique en Europe est ordinairement plus court que celui d'Europe en Amérique.

30 Août. — Toute la nuit, le firmament fat embrasé par des éclairs, mais le tonnerre ne se fit pas entendre.

SWR L*OCÉÀfî. S

Ce phénomène est du à nn Tefroîdissemeat de l'atmosphère après ane grande chalenr. Eq hiver, les éclairs annoncent nne tempête imminente, et avertissent le navigateur qu'il est prudent de prendre nn ris : c'est aossi ce qui a lien lorsqu'on gros nuage s'élève tout-àconp au nord-ouest.

8 Septembre. — La mer est très-forte, quoique le vent soit modéré. Le capitaine attribue la grosseur des vagues au déplacement des eaux du Grand-Océan, déplacement produit par les eaux du golfe intérieur de l'Amérique (1).

12 Septembre.— Grande alarme à bord à la vue d'un navire que l'on prend pour nn corsaire espagnol, et qai n'est qu'un honnête vaisseau-marchand, fort peu rassuré lui-même par le voisinage de la MaryOully.

là Septembre. — Le vaisseau s'échoue sur un banc de sable, mais une manœuvre habile le remet à flot ; bientôt après ou aperçoit la terre à ta distance d'un mille. C'était la côte du Marylaud.

14 Septembre.— La Mary Oally entre dans l'embouchure de la rivière Delaware. Du vaisseau, les passagers jouirent d'ua paysage champêtre qui leur fait oublier les fatigues de la traversée ; leur regard s'arrête avec satis, fection sur les maisons des fermes, épar&es ça et là dans les éclaircies des bois, entourées de champs de blé, de pâturages couverts de nombreux troupeaux et de verdoyantes prairies,; leur odorat est agréablement affecté par le parfum délicieux qui se dégage des plantes et des fleurs, et par Ip senteur du foin fraîchement coupé. Ils

(I) Gut/'tlream. (M.)

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