JANVIER
Kalm, parlant des lièvres de la Pensylvanie et du New Jersey (1), dit qu'ils sont plus petits que ceux de la Suède, leur grosseur ne dépassant guère celle du lapin ; qu'ils conservent leur couleur grise l'hiver comme l'été, que l'extrémité de leurs oreilles est toujours de cette même couleur, ainsi que la partie antérieure de leur queue, et que leur peau n'est bonne à aucun usage. Ces animaux ne s'apprivoisent pas.
" Cette description," remarque Forster, " démontre que ces lièvres n'appartiennent pas à la même espèce que nos lièvres gris-cendré. Ils diffèrent aussi de ceux du Nord de l'Europe et de l'Asie, dont le pelage gris en été devient blanc l'hiver, et qui ont le bout des oreillesnoir. Après un examen plus minutieux, les naturalistes trouveront peut-être à ces rongeurs d'Amérique d'autres caractères particuliers, qui leur permettront d'en déterminer l'espèce avec plus d'exactitude."
Oldmixon, dans son livre Britisli Empire in America^ vol. 1, p. 144, prétend que l'Amérique du Nord n'avait ni rats (2) ni souris (3) avant l'arrivée des premiers vaisseaux européens. Kalm ne concourt pas dans cette opinion et Bartram était de son avis. Ce dernier maintenait que les rats devaient exister dans le pays longtemps avant cette époque, parce qu'il en avait vu beaucoup dans les Montagnes Bleues vivant dans les crevasses des rochers. C'est un signe certain de froid quand les rats deviennent plus agités et plus bruyants qu'à l'ordinaire.
Le 21 Janvier, le thermomètre de Celsius marqua 22 degrés au-dessous du point de congélation, et l'air glacé de sa chambre sans foyer ni cheminée, percée de fenê-
(t) Lepus americamis (Rodentia). M,
i2) M<is (Rodentia). M.
(3) Mas musculus (Rodentia). M.
très sans doubles-châssis ni même de volets, incommoda tellement Kalm, qu'il en prit la nostalgie, et qu'il se mit à regretter malgré lui la chaude et comfortable maison qu'il' avait laissée par amour pour la science ; même, son encre gela, et pour écrire, il fut obligé de tenir son encrier dans sa poche, l'en retirant pour y tremper sa plume chaque fois qu'il en avait besoin. Il se consola par la pensée que ce grand froid n'aurait que peu de durée. Mais il ne pouvait s'empêcher de trouver qu'il y avait de la cruauté à laisser les animaux en plein air dans les champs par un temps pareil, alors que le sol était couvert de six pouces de neige. Les colons suédois et anglais n'avaient pas d'étables pour leurs bestiaux, ni d'écuries pour leurs chevaux, ni de bergeries pour leurs moutons, ni de soues pour leurs cochons, ni même de poulaillers pour leurs volailles. Les cultivateurs allemands et hollandais, au contraire, tenaient leurs animaux renfermés pendant la saison rigoureuse.
Kalm signale l'arrivée des oiseaux de neige près des habitations. Catesby, dans son Histoire Naturelle de la Caroline, leur donne le nom de Passer nivalis, et Linné celui d' Emberiza hiemalis (1). Il dit que les perdrix, quoiqu'elles ressemblent par leur forme et leurs habitudes à celles d'Europe, appartiennent à une espèce différente ; elles sont plus petites et leur couleur n'est pas la même ; leurs pattes sont nues ; elles ont le dos moucheté de brun, de noir et de blanc, la poitrine jaune foncé, le \ entre blanchâtre et les plumes bordées de noir à leurs extrémités. Elles ont la taille du coq de Bruyère à fraise, felrao bonasia. Elles se nourrissent de toutes sortes de baies et de graines, et aussi des fruits du vinaigrier,
(I) Snow-Bunting, Plectrophanes mva'is, Amlubon (Passereaux çonirostres). M
rhus glàbra. Prises très jeunes, elles s'apprivoisent facilement et ne sortent pas de la basse-côur.
Les rats musqués sont très-communs dans l'Amérique Septentrionale, et vivent près de l'eau, sur les bords des lacs, des rivières ou des ruisseaux. Ils se nourrissent de moules principalement. Linné a donné à cet animal le nom de Castor Zibethicus (1), et celui de Castor Moschatus au rat musqué d'Europe.
Le castor s'apprivoise aisément. Kalm rapporte qu'un major Roderfert, de New- York, en garda un pendant plusieurs années, qui le suivait comme un chien et qui vécut en bonne intelligence avec une chatte et ses petits.
Les Anglais donnaient le nom de Mink à un animal que Kalm n'a jamais eu occasion de voir vivant, mais qu'il croit, à en juger par sa peau, appartenir au genre belette. Mustela (Carnivores digitigrades). Il s'introduit la nuit dans les poulaillers, et y fait un carnage affreux. Sa peau valait de vingt deniers à deux chelins. Forster, dans une note, dit que le Mink ou Minx est une espèce de petite loutre appelée par Linné Muste'a lutreola (2), System I., p. 66.
Kalm a déjà fait mention du Eaccoon (Procyon lotor), " mais," dit-il, " comme je suis dans une localité qui est son pays natal (le village de Raccoon), il est juste que j'en parle avec plus de détails." Cependant, comme il n'ajoute rien de bien intéressant à ce qu'il en a dit précédemment, nous nous contenterons de noter dans ce passage la remarque que les Iroquois donnaient à ce Carnivore plantigrade le nom de Attigbro.
(I) Fiber zibelhicus (Rodentia). M.
(•2) C'est le Vison. M.
10 Février. — Le savant» naturaliste alla passer la journée à Philadelphie, pour voir la débâcle qui eut lieu ce jour- là dans le port. Le surlendemain il était de retour à Eaccoon. En chemin, il remarqua des bandes de corneilles juchées au haut des arbres. Il n'en avait pas vu de l'hiver. On croyait, cependant, qu'elles ne faisaient pas de migration l'automne et passaient la saison des froids dans le pays. En Pensylvanie. la corneille était détestée, comme partout ailleurs du reste, à cause de ses déprédations, et on avait mis sa tête à prix. Mais la loi de proscription lut bientôt rappelée, parce qu'on s'aperçut que la prime de trois deniers offerte pour chaque corneille tuée ne tarderait pas à épuiser le trésor de la Province. La corneille d'Amérique est une variété du genre corvus cornix. Linn.
Sur sa route Kalm remarqua que quelques arbres, tels que le chêne et le hêtre, avaient conservé une partie de leurs feuilles, mais elles étaient toutes pâles et sèches.
Les jeunes arbres gardent leur feuillage mieux que les vieux, surtout celui des branches les plus basses. C'est un abri que la Providence ménage aux oiseaux pendant la froide saison.
13 Février. — Ayant creusé un trou dans la terre, Kalm en retira plusieurs insectes, qui, dès qu'ils furent exposés à l'air, n'eurent que la force de remuer les pattes un peu sans pouvoir se traîner, à l'exception de la fourmi noire qui s'était blottie à dix pouces au-dessous de la surface du sol. Au nombre de ces insectes, il trouva : un scarabée couleur de châtaigne, au thorax poilu, à élytres plus courts que l'abdomen marqués de lignes longitudinales bordées de poils ; une autre espèce de scarabée qu'il appelle carabus latus, et qu'il dit être très
commun dans l'Amérique Septentrionale ; plusieurs grillons champêtres ou criquets des champs.
De plus, il trouva des fourmis fauves (formica rufa) dans les fentes de vieux troncs d'arbres desséchés.
Les colons donnaient le nom d'oiseau bleu à un très joli petit oiseau appelé Motacilla sialis par Linné, Rube- <nla Americana Cœrufea par Catesby, et par Kalm dans son journal Motacilla cœrufea nitida, pectore rufo, ventri albo(l).
14 Février. — Les colons donnaient le nom â! oiseaurouge à un petit chantre ailé dont le ramage ressemble à celui du rossignol d'Europe, et que Catesby appelle coccothraustes rubra et Linné loxia cardinalis. Kalm, qui a gardé un de ces oiseaux en cage pendant cinq mois, parle bien de la force extraordinaire de leur bec, mais il ne fait pas mention de la particularité si remarquable de celui des loxies, dont les mandibules sont tellement recourbées que leurs pointes se croisent ; d'où vient leur nom de bec croisé (2). Il est probable que le charmant captif de notre naturaliste n'était ni un gros-bec à gorgerose (3), ni un bec-croisé, mais que c'était tout simplement un oiseau-rouge (4). Autrefois, on désignait par le mot loxie, qui veut dire oblique, tantôt le bec-croisé, tantôt le gros-bec.
(1) Robin blon — Redbreasl blue — -Sialia ^Wilsoni — fPa^sereaux rientirostres). M.
(2) Loxia curvirosira, Audubon (Passereaux conirost es). M.
(3) Cocoborus Ludovicianus, Audubon (Passereaux conirosires). M.
(4) Purple Finch {Cardinalis rubra), Erythrospiza purpueea, Audubon.
• Le bec de l'oiseau-rouge," dit M. LeMoine dans son Ornithologie du Canada, " est si trapu, si robuste, qu'on serait presque tenté de croire qu'il appartient à la famille du gros-bec des pins. L'oiseau est ibrt méchant au commencement de sa captivité, il mord à enlever la chair "
Or, Kalm finit sa description de l'oiseau-rouge par ces mots : " They hâve sucli a strenght in iheir bill, that when gou Iwld your hand lo them, l/wy pinch it so hard as lo cause Ihe hlooi lo issue forlli." M.
La grue, ardea canadensis (1) (Echassier), arrivait de bonne heure au printemps, en Pensylvanie et dans le New-Jersey ; mais elle n'y faisait pas son nid, et poursuivait sa migration vers le nord.
Le mainate pourpre et Tétourneau aux ailes rouges, Agelaius Phaeniceus (2), oiseaux d'espèces différentes, mais appartenant tous deux à l'ordre des passereaux, formaient, alors comme aujourd'hui sans doute, une paire d'amis très détestée des colons qui les regardaient comme des compagnons de rapine, et les confondaient sous le nom de voleur de main.
L'édition anglaise contient deux bonnes gravures de ces oiseaux.
Linné avait donné au quiscale le nom de Gracula Quiscula. Franklin a raconté à Kalm qu'en 1750, au printemps, on fit à ces oiseaux une guerre si acharnée dans la Nouvelle-Angleterre, qu'ils disparurent presque complètement. Mais l'année suivante, les larves des insectes causèrent à la récolte plus de dommages que n'en avaient jamais fait les pauvres voleurs de maïs, malgré leur mauvaise réputation. Aussi, notre ornithologue, M. Le Moine, remarque-t-il que cet oiseau n'a pas en Canada la mauvaise renommée qu'on se plait à lui donner dans le sud des Etats-Unis, et qu'au printemps il dévore assez de chenilles pour se faire pardonner les dégâts qu'il causera plus tard. Le mainate a d'autres ennemis que l'homme, ce sont les éperviers, qui en détruisent un grand nombre.
L'airelle d'Amérique, Vaccinium hispidulum (Vacciniées), se rencontre partout dans l'Amérique Septentrionale. Les Anglais lui donnent le nom de Cranberry
(h Qrus Canadensis. Ai'dea est le nom latin du Héron, autre oiseau de l'ordre des Echassiers. M.
(2) Sturnus predaloiHus, Wilson, Oriolus "phaeniceus. M.
et les Français du Canada celui d'atopa (atocas) emprunté des Indiens. On fait entrer ce fruit dans la préparation des tartes et de plusieurs autres pâtisseries ; comme il est très acide, il demande beaucoup de sucre.
Les sauvages étaient très friands d'une espèce de moules, Mylilus anatinus (1), qu'ils ramassaient dans les rigoles des prairies. Sur la surface extérieure de la coquille de ces mollusques on remarquait généralement une petite croûte de particules de fer, ce qui faisait croire que l'eau des sillons venait de quelque dépôt de ce minerai.
Le 3 Mars, Kalm vit passer au-dessus de sa tête et s'abattre sur les bois d'innombrables volées de pigeons de passage, columba migratoria (2) (gallinacés).
Il nomme huit espèces de Pics (G-rimpeurs) qui se rencontrent dans les forêts de l'Amérique du Nord. Ce sont :
Le Pic à bec d'ivoire (Picus principalis), originaire du Brésil et du Mexique, qui a vingt pouces de longueur et trente d'envergure. Aussi, est-il appelé le roi des Pics. Il était très rare en Pensylvanie.
Le Pic noir à huppe rouge (Picus pileatus), que M. Le Moine appelle le grand chef des Pics de l'Amérique du Nord, et qui forme partie du petit nombre des espèces sédentaires en Canada.
Le Pic doré ou Pic aux ailes d'or (Picus auratus) (3), qui a quelque ressemblance avec le coucou, et qui reste en Pensylvanie l'hiver comme l'été.
(1) Genre de mollusques acéphales à coquille allongée, équivalve et fermée. La tète de l'animal est dans l'angle aigu. Le mnule de mer commun {Mylilus edulis) se distingue par ses fortes valves, dont l'une est légèrement bombée et l'autre angulaire. Le bout voisin de la charnière est pointu et l'autre arrondi. M.
(2) Ectopistes migratoria — Audubon. C'est notre tourte. L'édition anglaise donne une très bonne gravure du pigeon de passage. M.
(3) Golaptes auratus. M.
Le Pic gris ou Pic de la Caroline (Picus Carolinus).
Le Pic chevelu (Picus villosus), qui endommage l'ecor* ce des pommiers en la trouant avec son bec.
Le Pic à tête rouge ou tricolore (Picus erythrocephalus), fléau des champs de maïs et des vergers, et dont la tête fut mise à prix en Pensylvanie.
Le Pic varié ou maculé ou Pic à ventre jaune ( Picus varius) .
Le Pic pubescent, appelé aussi Pic minule (Picus pubescens) .
Le coascement de la grenouille ocellée (rana ocellatd), batracien originaire de l'Amérique du Nord, diffère d'après Kalm de celui de la grenouille d'Europe.
L'oiseau que les Anglais d'Amérique appellent Robinted-breast (rouge-gorge), est un oiseau bien différent de celui qui porte le même nom en Angleterre. C'est le Turdus Migraïorius de Linné, le merle ou rouge- gorge du Canada. Il chante mélodieusement.
12 Mars. — Le coudrier, Corylus avellana (1), l'aune Betula alnus, et le symplocarpe, dracontium fœtidum (Aroïdées), commencèrent à fleurir les 12 et 13 Mars# Les Suédois appelaient cette dernière plante racined'ours, et les Anglais lui donnaient le nom de racine de bête puante, à cause de son odeur forte et nauséabonde. Le Dr Colden prétendait que ses rhizomes sont un excellent remède contre le scorbut.
La' drabe ou drave printanière Drava Vema (Crucifères), était en pleine floraison.
Le verâtre ou ellébore blanc, veratrum album (2), est commun dans toute l'Amérique du Nord. On employait ses racines pour exterminer les poux, les chenilles et d'autres animaux parasites.
(1) Cupulifères. M.
(2) Melanthacées. M.
104 mars 1749.
La variole avait presqu'entièrement détruit les Indiens du New-Jersey. Et cependant cette maladie était inconnue chez eux avant leur commerce avec les Européens. " Avec le traitement qu'ils suivent," dit Kalm, " il n'est pas étonnant que la petite-vérole fasse tant de victimes parmi eux. Dès qu'ils se sentent atteints de la picote, ils se plongent dans l'eau froide." Le digne professeur ne se doutait pas que le traitement qu'il condamne — le régime du froid — ne fut bientôt adopté presque généralement. Forster pense que si les sauvages succombent s: facilement dans les épidémies, c'est à cause de leur malpropreté naturelle et de l'usage si fréquent parmi eux de s'enduire le corps de substances onctueuses qui ferment les pores de la peau et arrêtent la transpiration. D'un autre côté, l'abus des bains chauds n'est pas moins pernicieux que l'abstention complète d'ablutions, parce qu'il a l'effet de tenir les pores dans un état constant de dilatation excessive. Mais l'eau-de-vie — ce funeste présent de la civilisation aux sauvages— en a encore plus tué que la variole.
Les Indiens, avant l'arrivée des Européens en Amérique, ne connaissaient la culture ni du blé, ni du seigle, ni de l'orge, ni même de l'avoine. Toute leur science agronomique se bornait, à faire produire à la terre du maïs en petite quantité, quelques espèces de fèves et des melons, récolte tout au plus suffisante pour les nourrir pendant deux mois. Le reste de l'année, ils vivaient de chasse ou de pêche et de racines.
Parmi ces racines, Kalm mentionne les suivantes :
Le Ho/miss ou Hapniss, plante à rhizomes tubéreux, de la famille des Légumineuses, à laquelle Linné a donné le nom de Glycine Apios. " 8es tubercules, appelés Penacs en Canada, sont très féculents et d'une saveur assez agréable " (Flore Canadienne),
Le Katniss ou Flèche-d'eau, Sagitkiria (Alismacées), dont les rhizomes sont charnus et farineux.
Le Taw-Ho ou Taw-him ou encore Tuckah — Kalm pense que la plante désignée par ces divers noms indiens est une espèce de gouet, Arum Virginicum (1) (Aroidées), dont les tubercules ont une saveur trèspiquante ; les Sauvages ne les mangeaient qu'après les avoir fait sécher dans une fosse au-dessus de laquelle ils allumaient un grand feu. Les paysans du Nord de l'Europe remplacent le pain, quand il est rare, avec la racine de là calle des marais, calla paluslris. Celle de la calle d'Ethiopie, Richardia Ethiopica, rend le même service aux habitants pauvres de l'Egypte et de l'Asie dans les temps de disette. Les Sauvages de l'Amérique du Sud et des Indes Occidentales savent utiliser aussi les rhizomes de plusieurs espèces de gouet. Ainsi, les aroidées, malgré les principes acres et caustiques qu'elles contiennent, contribuent à l'alimentation de nombreuses peuplades disséminées sur tous les points du globe. Qui a enseigné à tous ces hommes de races différentes le secret de convertir, par la dessication, en une nourriture fortifiante et agréable au goût, des plantes délétères de leur nature ? La nécessité, qui, comme l'a dit Montaigne est une bonne maîtresse d'école. Kalm pense que le Taw~ho et le Tuckahoo des Indiens de la Caroline sont identiques. Nous trouvons dans le Trésor de Botanique— dictionnaire du règne végétal, publié à Londres en 1870 — un article intéressant sur cette dernière substance. Nous en donnons une traduction (2).
(1) Peltandra Virginica. M.
(2) " Tuckahoo — nom Americo-Indien d'une curieuse production tubéreuse qu'on trouve dans la terre, en certaines parties des Etats-Unis, et que bYies a rapportée au genre Pachyma" (gros champignons souterrains). Comme les selérotions, cependant, le Pachyma n'a pas de fruit, et il y a lieu de douter s'il devrait èVe rangé parmi les champignons. Le Tuckahoo est composé presqu'entièrement d'acide pectique, et il est très probable
106 mars 1749.
Les Indiens mangeaient aussi en guise de lentilles les graines de l'oronce aquatique, orontium aquaticum (aroïdées), sêchées ou bouillies. Us appelaient ce mets Taiv- Kee ou Taw-Kim.
Les baies d'un arbrisseau de la famille des Yacciniées, appelées Huckle-berries par les colons anglais, étaient un mets favori des Indiens. Kalm dit que dans ses voyages au pays des Iroquois, quand le sauvage auquel il avait demandé l'hospitalité voulait le régaler, il mettait devant lui un pain de maïs de forme oblongue, tout frais sorti du four, et la mie aussi bourrée de baies d'airelle que l'intérieur d'un plum-pudding l'est de pruneaux ou raisins de Corinthe.
L'érable rouge et l'orme commencèrent à fleurir le 21 Mars ; la noble hépatique, anémone hepatica (Renonculacées), était en pleine floraison le 24 du même mois.
Kalm regrette de voir que les colons de Raccoon suivent l'exemple des cultivateurs anglais et qu'ils négligent d'égoutter leurs terres. Dans une excursion qu'il fit à la campagne, il ne vit pas un seul fossé dans les champs, et les pluies récentes avaient abîmé de grandes pièces de terrain ensemencées de blé et de seigle.
que c'est une racine à sou étal naturel, niais de quelle plante? on l'ignore encore. Une semblable production découverte en Chine contient, à ce qu'on s'imagine, des propriétés médecinales ; et il y a lieu de croire qu'il y en existe une autre atteignant un diamètre de plusieurs pouces comme le Tuckahoo d'Amérique. Gomme le donne à supposer sa constitution chimique, le Tuckahoo renferme une substance nutritive bien appréciée par les Indiens, qui le déterrent pour le manger; ainsi, font les nations de la Tasmanie de la Mt/lilla, avec laquelle cependant le Tuckahoo diffère de nature L'acide pectique qu'il contient en si grande abondance le rend éminemment propre, comme les groseilles, à être converti en gelée. La principale objection qu'on apporte contre la supposition que la production est la racine d'une plante phénogame est l'absence de toute trace de tissus cellulaires ou vasculaires et d'écorce ; en effet elle n'a pas d'autre épiderme qu'une croûte formée par son contact avec la terre. Mais la dissemblance entre sa structure et celle des champignons est tout aussi grande, et la conversion d'un champignon en une masse d'acide pectique serait encore plus surprenante." M.
NEW-JERSEY.— IUCCOON. 107
Le meloe majalis (1), une espèce de scarabée onctueux rampait le long des collines.
Le Papillon antiopa ou papillon à saule (2) voltigeait dans les bois. C'est le premier insecte lépidoptère que le naturaliste voyait cette année.
Le papillon Euphrosyne, ou papillon d'Avril, se rencontrait rarement.
Les colons suédois donnaient à leurs meules de foin la forme conique et ne les couvraient pas. Mais dans les environs de Philadelphie, les cultivateurs érigeaient au-dessus de leurs tas de fourrage un toit mobile, qui servait en même temps d'abri à leurs bestiaux dans les grands froids.
Le 27 Mars, Kalm alla passer la journée chez un de ses compatriotes du nom de Nils G-ustasson, vieillard encore alerte et vigoureux malgré ses 91 ans, et qui se rappelait parfaitement l'état dans lequel était la Nouvelle-Suède lorsque les Hollandais en prirent violemment possession pour la céder si peu de temps après aux Anglais ; il se rappelait aussi avoir vu le terrain occupé par Philadelphie co uvert d'une épaisse forêt.
Le père de ce patriarche avait fait partie de la première colonie envoyée de Suéde pour cultiver et établir ce territoire. Ces pionniers de la civilisation apportèrent, avec eux des grains de semence, des arbres fruitiers de toutes espèces et des herbes potagères ou leurs graines, et amenèrent aussi des couples de tous les animaux de ferme et oiseaux de basse-cour. Le Maryland, New- York, la Nouvelle-Angleterre et la Virginie étaient déjà habités par des Anglais.
(I) Meloe Proscarabœus, genre d'insecte coleoptère appartenant à la famille des Cantharidae M.
1/2) Papillon de jour du genre Vanesse, qui comprend les e?pèces à chenilles épineuses M.
108 mars 1749.
Le vieillard raconta à Kalm quelques épisodes intéressants des premiers temps de la colonie. Plusieurs Suédois furent massacrés ou scalpés par les Sauvages, d'autres eurent des enfants volés qu'ils ne revirent plus jamais. Un jour ces barbares surprirent une jeune fille et lui enlevèrent la chevelure et la peau du crâne avec un couteau ; ils l'auraient achevée s'ils n'eussent aperçu un bateau rempli de Suédois qui venaient au secours de la victime ; ils se sauvèrent précipitamment, emportant avec eux leur sanglant trophée. La jeune fille guérit de son horrible blessure, se maria, eut plusiers enfants et vécut jusqu'à un âge avancé. Le plus souvent, les auteurs de ces atrocités étaient des Indiens appartenant à des tribus différentes de celles que les blancs avaient trouvées en possession du pays, et avec lesquelles ils vécurent généralement en bonne intelligence.
Les Sauvages pour conserver leur maïs pendant l'hiver le serraient dans des trou^ creusés en terre à six pieds de profondeur, dont ils tapissaient le fond et les côtés avec des écorces d'arbres,-et avec une herbe du genre andropogon et une autre plante dont le genre est inconnu, mais que les colons désignaient sous le nom d'herbe des sauvages. Quand les Suédois s'établirent dans le pays, les naturels n'avaient aucun autre animal domestique que le chien (1). Ils se fabriquaient eux-mêmes des pipes de terre glaise avec lesquelles ils fumaient du vrai tabac quand ils en avaient, sinon ils remplaçaient la nicotiane (solanées) par une herbe inconnue aux colons suédois, mais que le vieillard assura ne pas provenir de la molène commune, Verbascum Thapsus, généralement
(1) Canis familiaris, genre de carnassiers digitigrades, famille dos canidés. M.
appelée Tabac Indien dans le New-Jersey, mais erronément (1).
Les Sauvages croyaient à l'existence d'un être suprême, mais ils rendaient un culte à des divinités fétiches. Nil 3 G-ustasson raconta à son hôte qu'un jour il tua un serpent rouge malgré les supplications d'un sauvage, qui le priait d'épargner la vie du reptile en disant que c'était son dieu.
Le 28 Mars, le tremble, populus ta émula (Salicinées), était en fleurs, mais il ne montrait pas encore ses feuilles. Ce jour-là le savant naturaliste trouva un gros scarabée noir, dont l'écusson était ovale pentagone et le thorax bossu ; sur sa tête, il y avait une corne courte et obtuse. Ce scarabée avait l'odeur du melilot bleu (2) et était couvert de tiques (Acari). Il avait les pattes aussi fortes que celles du scaraboeus stercorarius.
D'après cette description, Forster pense que c'était le Scarabée de la Caroline. Il trouva aussi d'autres insectes dans la terre, des criquets, des araignées (3), des scarabées de terre (Carabi).
Une cicindèle champêtre, cicindela campestris (Coléoptères), volait de tous côtés, faisant la chasse aux autres •insectes, étalant au soleil les splendeurs de sa livrée or, vert et bleu.
Des punaises aquatiques, cimex lacuslrh (Hemiptera), couraient sur la surface de l'eau en décrivant mille courbes pour échapper aux poursuites d'un Dytique, dyticus piceus (4), grand scarabée aquatique Carnivore.
(1) Le Tabac Indien est la lobélie gonflée — lobelia inflala (Lobéliacées). Les nègres d'Amérique fument, à défaut de tabac, les feu il les d'une espèce de morelle (solanées) appelée tabac marron. M.
(2) Trifolium Melilolus Cœrulea (Légumineuses). M.
(3) Arachnida. M.
(4) Hydaticus interruptus. {Cleoptera penlamera.) M.
6 Avril. — La sanguinaire du Canada, Sànguinaria Qanadensis (Papavéracées), l'épigé rampant, epigaea repens (Ericacées), et le benjoin laurus aestivalis (Laurinées), commencèrent à fleurir ce jour-là.
Avec les fibres de l'Apocyn chanvrin ou chaiwre des Indiens, les Sauvages faisaient de la ficelle, des cordages, des sacs, des rets, des lignes et du linge de corps. Kalm, dans son voyage au pays des Iroquois, a vu les femmes filer le chanvre sans rouet, ni quenouille, mais tout simplement enroulé autour de leurs cuisses nues.
Les feuilles entrelacées de la massette, Typha latifolia (Typhacées), servaient à faire des fonds de chaise, des nattes, des paillassons.
Une espèce d'ail, allium Canadense (Liliacées), couvrait les champs. Le beurre fait avec le lait des vaches qui broutent cette plante est à peine mangeable, tant il est imprégné de son odeur forte et désagréable. Et la viande même des animaux qui ont abusé de l'ail pendant l'été en a un goût prononcé.