‹ Voyage de Kalm en AmériqueChapitre 23 sur 32 · ANALYSE DU SECOND VOLUME · texte numérisé non relu

ANALYSE DU SECOND VOLUME

Philadelphie, 12 Avril 1T49. — Après un séjour presque continu d'environ deux mois à Eaccoon, dans le New-Jersey, Kalm retourna à Philadelphie et dans l'après-midi il se rendit à la maison de campagne de Bar tram.

Sur son chemin, il remarqua deux nids de guêpes (1) pendus à un érable au-dessus d'un ruisseau, et contenant chacun trois gâteaux superposés formés d'alvéoles hexagonales. Une mouche noire avec antennes de même couleur, et deux anneaux, noirs aussi, sur l'abdomen et des ailes pourpres, volait autour des arbres ; c'était, peut-être, un membre de l'une des deux sociétés propriétaires de ces nids.

Il y a une autre espèce de guêpes plus grosses que celles-là dont les nids, ouverts et ne renfermant qu'un seul gâteau, sont faits avec des échardes ou petits éclats que le vent détache du bois des vieilles clôtures, et avec

(I) Vespa (Ilymcnoptera). M.

une matière glutineuse qui paraît être une substance animale. A la fin de l'automne ces guêpes se glissent dans les crevasses des montagnes et elles y passent l'hiver dans un état de torpeur. Il paraît qu'il y en a encore une autre espèce qui fait son nid sous terre.

Le gyrin nageur ou tourniquet, gyrinus nalator (coléoptères), tournoyait sur la surface des eaux tranquilles.

Le 14 Avril, Kaim alla passer la journée à Chester où il vit plusieurs moulins à scie, puis il retourna encore une fois à Raccoon.

Sur les huit espèces d'hirondelles (l),qui se rencontrent en Amérique, le naturaliste suédois en mentionne quatre : l'hirondelle de maison, l'hirondelle de ^cheminée, l'hirondelle de rivage, l'hirondelle bleue.

L'hirondelle de maison, à queue fourchue, Hirundo ruslica, fit son apparition à Philadelphie le 10 Avril. Ce jour-là, on en vit tout-à-coup des centaines, qui, perchées sur les clôtures, laissaient sécher au soleil leur plumage humide. On eût dit en vérité qu'elles sortaient de la mer comme le pensaient les colons suédois (2), opinion que ne partageaient pas les Français du Canada,

(1) Passereaux fissiroslres.

(2) Les savants aussi bien que le vulgaire— témoin le cordonnier de Bâle, dont parle M. J. M. LeMoine — ont toujours cherché à pénétrer le secret des migrations des hirondelles. Si ces oiseaux ne désertaient à l'automne que les pays froids, cela se comprendrait aisément. Mais pourquoi émigrent-ils aussi, à des époques iixes, des pays chauds où les saisons ne varient pas, comme en Guiane par exemple? Et chose singulière, il paraît que dans cette contrée les hirondelles qui partent sont remplacées par d'autres, preuve que la température n'est pour rien dans leurs déplacements.

Des naturalistes distingués ont admis la possibilité du fait affirmé par tant de témoins oculaires, qui oui prétendu avoir vu les hirondelles se réunir par volées à l'automne, et se précipiter toutes ensemble au fond des étangs pour y passer l'hiver sous la vase.

Forster soutient chaudement la thèse du sommeil léthargique des hirondelles au fond des eaux, et l'appuie d'exemples, d'observations et de faits très circonstanciés, et attestés avec serment. Nous en citons quelquesuns. Le Dr. Wallerius, célèbre chimiste Suédois, écrivait en 1748 à M. Klein, greffier de la cité de Dantzick, " qu'il avait vu plus d'une fois des hirondelles, perchées sur un roseau, se précipiter dans l'eau ^piès

0 NEW-JERSEY.— -KACCOON. 113

qui croyaient que leurs hirondelles émigraient en automne dans des climats plus chauds pour revenir dans leur pays au printemps. Kalm a vu lui-même des nids de ces oiseaux dans les montagnes, loin de toute habitation. Les hirondelles ne recherchent le voisinage que de l'homme civilisé ; elles fuient la hutte du sauvage.

L'hirondelle de cheminée, Hirundo pelasgia (1), est ainsi appelée parce qu'elle fait son nid dans les cheminées qui ne sont pas en usage l'été. Elle arrivait en Mai généralement. Avant l'établissement des Européens dans ce pays, elle nichait dans des creux d'arbres. C'était l'opinion de Bartram.

L'hirondelle de rivage (Hirundo riparia) se rencontre dans ioute l'Amérique ; elle fait son nid dans un trou sur le bord des rivières et des lacs.

L'hirondelle bleue, Purple Martin (Hirundo purpurea) (2)

avoir gazouillé un chant funèbre d'un quart d'heure. Il affirme aussi en avoir vu une qui avait été repêchée avec un lilet jeté sous la glace ; portée dans une chambre chaude, elle revint à la vie, agita ses ailes, puis mourut.

La mère du comte Lehndorf dit avoir vu une grappe d'hirondelles qui venait d'être retirée de l'eau en hiver. L^s oiseaux, aussitôt apportes dans un appartement tempéré, sortirent de leur léthargie et se mirent à voleter.

Le comte Schleben affirme p'ar serment un fait semblable dont il avait été personnellement témoin, ayant récbauflè dans ses propres mains et rappelé à la vie une hirondelle fraîchement repêchée.

Forster cite les dépositions assermentées de quatre autres personnes, et il ajoute . "Je puis me compter au nombre des témoins oculaires de ces " résurrections paradoxales. En l'année 1735, étant petit garçon, j'ai " vu, en hiver, plusieurs hirondelles que des pêcheujs de la rivière Vistule " venaient d'apporter à la maison de mon père ; deux d'entre elles, mises " dans une chambre chaude, revinrent à la vie et voltigèrent. Je les ai "vues se poser plusieurs fois sur le poêle, et je m* souviens fort bien " qu'elles moururent pendant que je les tenais dans mes mains."

Forster conclut en disant que les hirondelles d'Espagne, d'Italie f t de France émigrent dans des climats plus chauds ; que celles d'Angleterre et d'Allemagne se logent dans des trous ou des fentes de rochers, et y passent la froide saison dans un état de torpeur ; mais que les hirondelles du Nord se plongent dans la mer, les lacs ou les rivières, et y restent en léthargie sous la glace jusqu'au printemps. M.

(1) Acanthylis pelasgia. M.

(2) Progne purpurea — Audubon. M.

114 avril 1749.

fait la guerre aux corneilles et aux oiseaux de proie, et dénonce par ses cris d'alarme leur dangereuse approche aux habitants de la basse-cour.

Le dirca des marais, direct, paluslris (Thymélées), appelé Bois-cuir par les Anglais, et Bois-de-Plomb en Canada, était en fleurs le 17 Avril. Les sauvages fabriquaient avec son écorce des cordes et des paniers.

Le 20 Avril, les framboisiers entraient en floraison.

La récolte annuelle des grains variait quelquefois, mais elle était toujours suffisante pour donner du pain en abondance à tous les habitants. On ne craignait pas d'avoir jamais à souffrir les horreurs de la famine.

Les colons anglais donnaient, à tort, le nom de eurrant à une espèce d'aubépine à fleurs blanches, et dont le fruit est mangeable quand il est mûr. C'est le eratœgus tomentosa de Linné et le Mèspilus de G-ronovius (Pomacées). A propos du nom de eurrant donné à cet arbuste en Pensylvanie, Forster nous apprend que le fruit appelé currants en Angleterre est celui du ribesrubrum (1).

L'engoulevent criard, Whip-poor-ivill (2), commençait ordinairement le 25 Avril au soir à faire entendre, à Philadelphie, le cri monotone auquel il doit son nom anglais. D'après une légende indienne, cet oiseau était inconnu en Amérique avant l'arrivée des Européens. Il fît tout-à-coup son apparition au lendemain d'une bataille sanglante, dans laquelle les blancs tuèrent un grand nombre de sauvages. Ces whip-poor-wills, qui ne se donnent jamais de repos la nuit, et qui fendent l'air avec leurs ailes puissantes en répétant sans cesse leur note plaintive, seraient les âmes des peaux-rouges morts dans ce combat. Le caprimulgus d'Amérique ressem-

(1) Notre gaclellier commun. M.

(2) Caprimulgus vociferus — Audubon, ordre des Passereaux, sous-ordre des lissirostres, comme les hirondelles. Mangeurs de Maringouins M.

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