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allumâmes du feu, et déjà nous nous félicitions de notre pleine réussite lorsque, patatras! tout tomba par terre. Quelle consternation ! Pendant quelque temps, nous ne sûmes plus que faire. Une discussion animée s'ouvrit sur l’art d'élever une construction plus solide. La Ronde ni Bruneau ne pouvaient se consoler de leur incontestable échec. A les entendre, l'argile était mauvaise et nous devions ne pas songer désormais à nous en servir. Cependant il n’y avait plus de temps à perdre. Il nous fallait réparer le dommage ou nous résigner à rester sans foyer, quand le thermomètre serait descendu au-dessous de zéro. Ce fut Milton qui se chargea de l'opération. D'abord il fit un cadre en bois vert pour supporter l'argile. Pendant ce temps, Cheadle, avec un cheval et une charrette, recueillait une provision des pierres les plus rectangulaires qu’il pouvait trouver. Grâce à ces matériaux, notre cheminée fut solidement bâtie et brava toutes les rigueurs de l'hiver.
Comme nous étions occupés de ces travaux, nos amis indiens nous firent plusieurs visites ; mais ils avaient cessé de nous inquiéter. Kînémontiayou, le chasseur, passa en allant au fort acheter des provisions d’hiver, et, à son retour, il nous apprit que les bisons étaient déjà arrivés à deux journées de distance de la Belle-Prairie. Cette nouvelle n’avait aucun fondement. Quant au vieux Kekekouarsis et aux squaux, ils nous furent de la grande utilité. Nous employâmes le premier à nous fabriquer des raquettes 1 et des traîneaux à chiens. Les autres raccommodèrent nos moccasins et nous firent des vêtements d'hiver.
1. Snow-shoes and dog-sleighs. Les premiers sont des espèces de grands patins en forme de raquette; c’est le nom qu'on leur donne au Canada, selon une lettre que le docteur Cheadle m'a fait l'honneur de m'écrire. Ils servent à marcher sur la neige sans y enfoncer, — J.-B,
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Le 23 octobre, le lac se trouvait complétement pris, et la neige avait déjà cinq centimètres d'épaisseur. Le 26, il y eut encore un dégel momentané; après quoi, le véritable hiver commença tout à fait. Nous n'avions pas achevé notre tâche un jour trop tôt.
Il fallait à présent que notre maison eût son parquet et son mobilier. Milton et La Ronde se chargeaient d’y pourvoir, tandis que Cheadle et Bruneau allaient à Carlton pour s'y procurer du pemmican avant que la route devint impraticable aux charrettes. Le 20, nous nous mimes en quête de nos chevaux. On attrapa Bucéphale, on le harnacha et l'on partit. Il faisait un vent du nord très-piquant et, à la nuit, la neige se prit à tomber dru. On courut en toute hâte, Le lendemain à la brune, on était sur le bord de la Saskatchaouane. On trouva au passage une loge dressée et deux charrettes pleines de provisions, qui étaient probablement à Treemiss, amené sans doute à Carlton par la même nécessité. Après avoir tiré plusieurs coups de feu sans obtenir de réponse, on pénétra dans la loge et, comme on avait épuisé ses provisions, on usa librement de celles qui s'y trouvaient. Le lendemain matin, on cria encore beaucoup et on brûla une grande quantité de poudre. Enfin une troupe d'hommes parut sur l'autre rive et se mit à opérer le passage de la barque. Cela eut lieu non sans difficulté, parce que, la rivière étant déjà à moitié prise, il n’y avait d’ouvert au milieu qu’un chenal où de grandes masses de glace descendaient avec fracas en écorchant tout ce qu'elles touchaient. Comme la barque approchait, on entendit un cri sonore qui annonçait la présence de Treemiss. Notre ami était à peine reconnaissable à cause de la longue capote qu'il portait et de son bonnet orné de bandes et d'oreilles de fourrure suivant la coutume des métis. La barque fit passer ses charrettes qui se rendaient au fort Pitt, et, tandis
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qu'on les mettait à bord, Treemiss raconta ce qui lui était arrivé depuis notre séparation. Il avait à peu près achevé sa demeure qui, comme la nôtre, ne se composait que d’une chambre, mais dont le style architectonique était bien supérieur à celui que nous avions suivi, car cette cabane avait une grande élévation et jouissait d’un toit avec un haut versant. La possession d’une petite quantité de rhum lui avait causé, comme à nous, de prodigieux ennuis. Au point que, pour avoir la paix, il avait fini par livrer tout ce qu'il en avait à Étahk-ékouhp et à ses amis.
En abordant sur la glace du côté méridional, deux malheureux passèrent au travers et firent un plongeon dans l'eau. On ne tarda pas à les en retirer, mais leurs vêtements se gelèrent immédiatement, aussi inflexibles que des planches, et leur air était assez risible lorsqu'ils marchèrent en brisant en éclats la glace qui les recouvrait, balançant leurs jambes raidies comme si elles eussent été en partie paralysées, parce que l'en veloppe qui les entourait empéchait la flexion de leurs genoux.
Un peu avant la venue de Cheadle, M. Liilie avait eu la surprise de voir arriver trois cents Assiniboines, dans leurs plus beaux vêtements et leurs peintures les plus complètes ; ils s’avançaient vers le fort en décrivant une procession solennelle. Après que le calumet eut circulé selon toutes les règles des convenances et que les cadeaux honorables eurent été présentés, leur chef se leva. Dans un discours flatteur, il exprimait que ce n’était pas sans une grande joie que les Assiniboines avaient appris que la Compagnie était revenue à des sentiments plus doux, et s'était résolue de nouveau à procurer à ses amis indiens l’eau de feu, objet de tous leurs vœux. M. Lillie les assura qu'on les avait trompés. Lorsqu'ils eurent exprimé leur profond regret de ce que la nouvelle fût fausse, ils requirent
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