‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 26 sur 93 · L. qu'ils avaient jugé nécessaire pour leur voyage ; mais · texte numérisé non relu

L. qu'ils avaient jugé nécessaire pour leur voyage ; mais

nous avions toujours compté qu'ils le dépasseraient.

Nous nous occupâmes #n les attendant à chasser, dans le voisinage immédiat, au fusil et à la trappe.

Cependant Milion s’adonnaïit aussi à l’art culinaire ct s'en acquittait avec autant de talent que de succès ; son mérit: était mis à de graves épreuves pour produire une variété de plats avec les maigres ressources dont il avait la disposition. Cheadle était le scieur de bois du rnénage et le porteur d’eau, ou plutôt le fondeur d'eau et de neige.

Cela dura ainsi assez longtemps d’une facon tolérable. A la fin pourtant notre petite demeure s'était si fort encombrée par les amas de copeaux, d’écluts de bois, dc débris de toute espèce, et si mal ordonnée, par suite de l'habitude que nous avions d'abandonner là tout objet dont nous nous servions sans le remettre en place, que nous arrivions à peu près à ne plus pouvoir nous livrer aux travaux du ménage. Il faut bien noter que le balayage était malaisé, puisque nous n'avions pas de balai et que le niveau de notre plancher était d'environ soixante centimètres au-dessous du sol extérieur. Cependant nous primes la résolution d’instituer un nouvel ordre de chases, en nous mettant bravement à un rangement général et à un complet net-

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toyage de printemps. Nous commençâmes par faire des balais » ec des branches de sapin et par employer nos plats d'étain en guise de pelles à ordures. Souvent au milieu de nos travaux, comme nous étions à quatre pattes nettoyant les ordures et enlevant la poussière à l’aide de grossières inventions, nous nous trouvion: de si drôles de figures que nous éclations de rire. Et cependant le résultat en fut très-satisfaisant ; et quand nous vimes l'apparence d'ordre et de propreté que pré: sentait maintenant notre logis, nous fûmes très-contents de nous.

D'ailleurs nos triomphes sortirent de la sphère des actes qui concernent la femme de chambre.

Encouragé par une sériede succès dans l’art agréable de la cuisine et par les flatteuses félicitations, par les vives sollicitations de Cheadle, Milton finit par essayer un plum-pudding.

Il fallut préalablement procéder à l’élimination soignée des corps étrangers, bouts de tabac, capsules, plomb, etc., qui s'étaient mélés à nos provisions; après quoi le pudding fut trituré, mélangé suivant les règles, enveloppé comme il faut dans un linge et mis au pot. Combien de fois l’en sortit-on? Combien de fois examina-t-on avec la pointe d'une fourchette s’il n'était pas enfin (cela dura toute la journée !) cuit à point Nous faisions bien rôtir aussi deux poulets de prairie: mais le pudding accaparaïît l'intérêt du public. I faut n'avoir jamais été réduit à vivre longtemps d’une seule et même pitance pour ne pas se faire une idée de l'angoisse avec laquelle nous suivions des yeux la cuisson de notre plum-pudding. Ah! qu’il fut délicieux! Combien il dépassa toute espérance! Sans doute il avait plus d’une imperfection ; par exemple, il contenait encore quelques capsules, des balles de plomb et même des morceaux de tabac; mais qu'importe? Il était de taille à étre servi aux habitants de Brobdingnag. En

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vain nous avions caressé l'espérance de l'achever en 0 une seule fois; il en resta. La nuit fut assez pénible. #7 On peut, je l'avoue, attribuer cette absence de repos à la nature un peu lourde de notre souper, mais la cause "la plus réelle en était dans l’impatience de voir arriver le matin, où nous pourrions renouveler les délices de la soirée passée, Ce ne fut pas sans inquiétude qu'aux ON premiers rayons de l'aube chacun de nous épia les #) mouvements de son compagnon. Enfin, avant qu'il fit grand jour, nous sautâmes tous les deux à la fois 0 de nos lits, chacun craignant d’avoir à perdre un ") morceau de son délicieux déjeuner. Et jamais écolier “) n'eut plus de regret à voir la fin de son gâteau que nous n'en eûmes en soupirant sur la dernière bouchée de ce pudding sans égal.

“7! Il fallait bien rompre la monotonie du temps qui M7 passait si lentement. Déjà nous étions au commence- 7 ment de mars, et La Ronde ni Bruneau n'étaient de retour. ll est vrai que parfois notre solitude était Cgayée par les visites des Indiens ; mais tous ils étaient affamés ; et ils faisaient de fameuses brèches à nos “7 maigres provisions. Rover contribuait pour sa part à “0 alléger l'ennui de ces longues soirées d'hiver; car nous les passions en partie à varier et à perfectionr . son éducation. Les représentations qu'il donn . étaient, pour nos visiteurs indiens, une source toujours nou- 4 velle d'admiration et de plaisir. Jamais ils ne se las- 2 saient de le voir se tenir sur la tête, marcher sur les 01 jambes de derrière, ou s'asseoir dans la posture d'un “2 mendiant. Chacun de ses faits et gestes excitait parmi les spectateurs de tumultueuses exclamations qui 7 cxprimaient leur stupéfaction ; mais surtout celui qui 7 consistait à surveiller un morceau de viande mis sur 1 } le plancher ou posé en équilibre sur le bout de son #2 nez. Les Indiens ne pouvaient pas comprendre com- } ment on réussissait à dresser un chien à attendre le

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mot d'ordre au lieu de se jeter sur la nourriture. Leur propres chiens, qui ne sont jamais nourris que quan ils travaillent, sont toujours si maigres et si vorace. ment affamés, qu'ils volent tout ce qu'ils peuvent at. teindre.

Il y avait eu presque partout une grande disette, Au fort près du lac de l'Œuf, on avait été obligé pour vivre de faire bouillir afin de les réduire en pâte le peaux de bison. Deux hommes qu'on avait dépéché de là pour obtenir des secours à Touchwood-Hilk l'endroit le plus voisin, y étaient arrivés presque morts de faim, et y avaient trouvé les habitants à dernière extrémité et incapables de les aider en rien Au fort La Corne !, on avait longtemps souffert, et même à Carlton, on avait été si tristement réduit qu les chasseurs étaient partis munis d'assez peu de sub: sistances pour être obligés en route de manger leur chiens. Nous dûmes donc nous estimer très-heureu d'avoir si bien échappé à la détresse générale.

Les bisons se sont tous éloignés des forts, et |: quantité de poisson blanc péché dans les lacs, et qui: formé une des ressources principales, a diminué à tel point que maintenant il ne se passe guère d'hive

sans qu'on souffre de la famine. Cette disette est deve .

nue si urgente qu’elle amène la Compagnie de la baït d'Hudson à penser à établir immédiatement de vaste fermes dans le district de la Saskatchaouane, si admirablement disposé d’ailleurs pour l'agriculture et pour la production du bétail.

Les temps sont passés, pour ne plus revenir, où l'ot pouvait, le long de la Saskatchaouane septentrionak, vivre en abondance à l’aide du fusil et du filet.

Le 11 mars, nous étions assis dans la hutte, causant

1. Le fort La Corne est au confluent des deux Saskatchaou:nes. CS J.-R.

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avec deux jeunes Indiens qui venaient d'arriver des plaines, envoyés par Gaytchi Mohkémarn pour nous dire que, si nous ne faisions pas immédiatement chercher la viande laissée par nous dans la cache, la famine l'obligerait à la manger; tout à coup, la porte s’ouvrit et nous vimes entrer La Ronde. Il était très-amaigri et avait l'air épuisé de fatigue. Bruneau le suivait de près, amenant un traineau où se trouvaient du pemmican, un sac de farine, une petite caisse de thé et, mieux que tout le reste, des lettres d'Angleterre. Avec quel empressement nous nous en saisimes! Avonsnous besoin de dire le nombre de fois qu’elles furent lues et relues? Nous préparâmes un régal pour fêter l'arrivée de nos gens. On fit des crêpes à profusion et du thé à plusieurs reprises. Nous n'avions pas goûté de thé depuis des jours, de crêpes depuis des semaines. Longtemps après minuit, nous étions encore assis à écouter les nouvelles de la Rivière Rouge et le récit du voyage de La Ronde et de Bruneau. Ces pauvres

| diables avaient mis vingt-trois jours pour faire les mille kilomètres qui nous séparaient du fort Garry;

ils s'étaient reposés une semaine, et avaient commencé

| leur retour le dernier jour de janvier. Le 31 janvier et

le 1°7 février étaient les deux jours où Cheadle et Isbister étaient revenus de Carlton, c'est-à-dire la période du plus grand froid, celle où le thermomètre était descendu à 30° au-dessous de zéro.

La Ronde et Bruneau avaient fait lentement et laborieusement trois cent vingt kilomètres, lorsque, le pemmican venant à manquer, ils avaient dû soutenir les chiens aux dépens de la conserve précieuse. Cependant, à deux journées du fort Pelley, les chiens étant à bout de force, il avait fallu abandonner un des traîneaux avec un de ces pauvres animaux, qui se coucha le long de la route pour expirer. Un peu plus loin, ils passèrent près d’un traîneau dont l'atte-

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Quelque passant, trouvant ce traîneau abandonné avec è son attelage mort, avait remis les chiens sur les jambes comme s'ils trainaient encore leur fardeau. En D arrivant au fort Pelley, nos gens avaient vu les habi- Ru tants en proie à la disette et n'ayant plus qu’un demisac de pemmican. Ils leur avaient laissé un sac de JS farine. Après quoi, La Ronde avait été pris d’une bron- EN chite; il avait eu la plus grande difficulté à finir son È. voyage et nous était arrivé dans l’état d'épuisement Bi que nous avons dépeint. :

À peine nous venions de nous endormir tranquillement que le grognement des chiens nous tira du à sommeil et que nous entendimes quelqu'un se glisser Be doucement dans la hutte. Il y faisait une obscurité R complète. Milton, sautant à bas du lit, battit le bri- : quet et nous vîimes le Chasseur, avec son beau-père È et toute sa famille. Ils avaient appris, par les deux jeunes Indiens qui nous avaient fait visite ce jour-là, ® le retour de La Ronde, et, sans retard, ils étaient venus lui souhaiter la bienvenue et prendre leur part En des bonnes choses qu'il avait apportées. Nous montrâmes notre mécontentement d’être ainsi dérangés, et, tout pleins de honte de leur conduite, ces braves D

gens se couchèrent paisiblement à terre pour dormir.

La Ronde fut sérieusement malade durant plusieurs jours. Après sa convalescence, nous reprîmes la vie de trappeur en la variant de temps en temps par la chasse aux rats musqués, dont la saison était arrivée.

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