‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 32 sur 93 · FREE · texte numérisé non relu

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semblait avoir paralysé les membres du malheureux Crie, que tous croyaient perdu. Néanmoiïins, comme ses ennemis n'étaient plus qu’à quelques mètres de lui, sa présence d’esprit lui revint. Il se secoua. Le bon état de ses muscles et lexercice auquel ils avaient été régulièrement soumis commencèrent à produire leur effet. Au grand étonnement et au désespoir des Pieds-Noirs, il les gagnait à chaque F is. Seize cents mètres plus loin, il avait pris tant d'avance, que, s'arrétant un instant, il leur montra triomphalement le poing, et, peu après, il finit par se dérober à leurs yeux. On apprit plus tard qu'il avait réussi à rejoindre en sûreté le campement de sa tribu.

Nous fûmes obligés de rester un peu plus longtemps à Edmonton, parce que la route que nous nous proposions de prendre à travers la forêt n’offrait que peu de pâturages. Il fallait donc attendre que nos chevaux se fussent complétement refaits et reposés avant d’entreprendre un pareil voyage. Cependant le temps était bien long; car la vie dans un fort de la baie de Hudson est aussi monotone qu'ennuyeuse. Nous errions de fenêtre en fenêtre; nous faisions le tour du bâtiment, nous épiions l'arrivée de quelque Indien ou la vue d'un objet qui fût digne d’intérét ou d’attention. À la tombée dela nuit, des vingtaines de chiens de traineau commencaient leurs lugubres hurlements, dont ils nous troublaient encore au point du jour en nous tirant d’un sommeil que nous aurions voulu prolonger autant que possible afin de diminuer la durée de la journée. Cette coutume de hurler en cœur, au coucher et au lever du soieil, est un des peints qui rapprochent les chiens indiens des loups, avec W«squels ils ont déjà tant de ressemblances exté-ricuies. Un de la bande ouvre le chœur par de courts grogoements, peu à peu les autres se joignent à lui,

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pendant cinq minutes. Puis ils se taisent les uns après les autres comme ils ont commencé, et tout rentre dans le silence.

C’est alors que nous fimes la rencontre d’un monsieur O’B..., homme très-versé dans la connaissance des études classiques. Il se rendait dans la Colombie Britannique ; mais il n'y allait pas vite, car il était parti de la Rivière Rouge depuis douze mois. M. O'B... était un Irlandais, de quarante à cinquante ans, d'une taille moyenne et d’une constitution robuste. Il avait la figure longue et les traits larges ; une bouche en retraite et presque sans dents augmentait la valeur de son nez un peu long. Il portait un long vétement d’alpaga, de forme ecclésiastique, et un chapeau wideawake noir, qui ne s’accordait guère avec la barbe longue d’une semaine qui recouvrait son menton, ni avec ses culottes de futaine et ses bottines attachées avec de la paille. Il tenait à la main un énorme bâton. Bref, toute sa personne annonçait un singulier mélange de l’homme d’Eglise et du paysan. L'accent de son île natale se faisait vivement sentir dans sa prononciation, et de nombreuses citations d'auteurs grecs et latins émaillaient son discours. Il se présenta en nous faisant un petit speech, flatteur à la fois pour lui-même et pour nous, où il nous apprenait qu’il était petit-fils du célèbre évêque O’B..., et qu’il avait pris ses grades à l’université de Cambridge. Nous devions aisément comprendre combien un homme de sa naissance et de son éducation éprouvait de plaisir à faire la rencontre de deux membres de sa chère université, aussi distingués que nous. Il nous donnait ensuite l’avis qu’il était homme d’habitudes paisible. et studieuses, et qu'il avait horreur de cette existence vagabonde et dangereuse à laquelle il était maintenant condamné. Puis il nous surprit en nous disant, sur nous, nos parents, amis et connaissances,

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