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paix de son esprit troublée par l'idée qu’au nombre de ses compagnons se trouverait un sauvage comme l’Assiniboine. Il vint donc un jour, le visage allongé et l’air fort sérieux, nous demander une entrevue particulière sur des sujets de première importance, Nous nous retirâmes à l'écart, et il commença en ces termes : « Mylord et docteur Cheadle, j'ose croire que vous me saurez gré de vous faire une communication de nature à vous permettre d'éviter le plus grand danger. J’ai été informé, par des personnes dignes de foi, que cet Assiniboine, que vous avez pris à votre service, est un assassin, un scélérat de la pire espèce ; son curé l’a excommunié, et ilest mis à l'écart par les plus braves des métis. » Pour le rassurer, nous lui apprîimes que nous savions déjà toutes les circonstances de l'événement auquel il faisait allusion ; que cç’avait été un acte de colère commis sous l'effet de provocations insupportables, et que rien ne nous avait semblé 1à de nature à nous obliger à nous priver des services d’un homme si éminemment propre à l'entreprise que nous projetions.
« Quoi! s’écria M. O'B., vous ne voulez pas dire sans doute que vous entendez vous mettre à la discrétion d'un pareil bandit? » Nous lui affirmâmes que c'était là notre intention. « Alors, poursuivit-il, c’est au nom de vos familles que je veux protester solennellement contre la folie de pareils procédés; » et il nous déclara que, tout en continuant de rester en notre société, il avait la ferme conviction que nous péririons tous victimes de ce féroce Assiniboine.
De son côté, le guide éprouvait la plus forte répulsion à l'égard de M. O'B., car il avait appris, des hommes avec lesquels celui-ci avait voyagé depuis le fort Pitt, qu'il était aussi embarrassant qu'’inutile. Il protesta donc, à son tour, longuement contre la permission que nous donnions à l’autre de se joindre à
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notre expédition. Nous n’y fimes aucune attention et nous continuâmes nos préparatifs qui, au commencement de juin, se trouvèrent achevés. Notre bande, assez mélangée, se composait de sept personnes : nous deux, M. O’B., Baptiste Supernat, l’Assiniboine, sa femme (ordinairement appelée M"° Assiniboine) et le jeune garçon. Nous avions douze chevaux, dont six portaient nos bagages. Nos approvisionnements consistaient en deux sacs de farine, pesant chacun quarante-cinq kilos ; quatre sacs de pemmican, de quarante-et-un kilos chacun; du thé, du sel et du tabac. Nous ne nous permettions pas d’autres friandises, car, réfléchissant que nous ne pouvions nous procurer ni provisions ni assistance avant d’être arrivés à quelque poste de la Colombie Britannique, c'està-dire avant d'avoir parcouru onze à douze cents kilomètres, nous avions préféré à tout la farine et le pemmican. La contrée qu'il nous fallait traverser ne devait, suivant toute apparence, nous fournir que peu de nourriture, et nous ne savions pas combier de temps durerait notre voyage. Nous l’avions estimé à une cinquantaine de jours au plus: on verra plus tard combien nous nous étions trompés !.
Ce ne fut pas sans quelque difficulté que nous réussimes à réunir ce dont nous avions besoin, car nous n'étions pas riches; cependant, en trafiquant avec adresse, nous surmontämes les difficultés; mais il faut avouer que, quand il fut question d’acquitter la note de nos dépenses, nous dûmes emprunter 4 fr. 15 qui dépassaient nos ressources! Par bonté de cœur, les habitents du fort fournirent à M. O’B. un cheval, une selle, et vingt-trois kilos de pemmican, avec un peu de thé et de tabac.