‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 35 sur 93 · Partis d'Edmonton le 3 juin, les voyageurs sont arrivés · texte numérisé non relu

Partis d'Edmonton le 3 juin, les voyageurs sont arrivés

en vue de Kamloups le 18 août, après quatre-vingt-six jours de marche, nu J.-B.

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Les chevaux se trouvaient alors en excellent état: nous primes donc la résolution de partir tout de suite, afin d’avoir assez de temps devant nous pour les délais imprévus, et même au risque de trouver les rivières débordées et les marais trop couverts d’eau.

Le 3 juin 1863, nous partions d’Edmonton, accompagnés des bons souhaits des excellents amis que nous nous y étions faits. Mais, bien qu'ils appelassent de tout leur cœur l’aide de Dieu sur nous, l'opinion publique, à ce que nous dirent nos gens, considérait, dans le fort, notre expédition comme destinée à une fin désastreuse 1. On la regardait comme insuffisante par le nombre et comme renfermant trop de personnes peu propres à lutter contre les difficultés que nous ne pouvions pas manquer de rencontrer. Nous ne tinmes pourtant pas grand compte de ces croassements, et, dans l'après-midi, nous nous dirigions sur Saint-Alban. Nous y fûmes rejoints par notre ami M. O'B., qui avait marché toute la nuit précédente pour voir le curé, et qui était en proie à la plus terrible anxiété,

parce que nous n'étions pas arrivés avant la nuit. Le

lendemain, nous demeurâmes à Saint-Alban, occupés à échanger des chevaux maigres contre de plus gras. Au moment où le jour finissait, M. O’B... vint nous prier de partir le soir même, attendu que le lendemain, 5 juin, serait l’anniversaire du jour où il avait quitté la Rivière Rouge pour accomplir la première

étape de ce voyage vers la Colombie Britannique, qui

avait si mal réussi ; et il redoutait cette coïncidence. Nous n’avions plus le temps de le satisfaire, et M. O’B. eut dans la suite mainte occasion de vérifier la justesse de ses pressentiments,

1. Nous avons appris par le docteur Rae, qui, l’éié suivant, a passé par le même col que nous, que le bruit courait à Edmonton, qu'après nous avoir tous massacrés, l’Assiniboine était en train de revenir enrichi par la possession de nos chevaux et de nos dépouilles. — Cr,

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Durant quatre-vingts kilomètres environ, la route qui conduit au lac Sainte-Anne traverse un pays fertile et pareil à un parc; mais ici commence la profonde forêt qui se prolonge vers le nord et ne finit qu'aux montagnes à l'ouest. [l est vraisemblable que les rives de ce lac ont été choisies comme le site d’une colonie à cause de l’immense quantité des coregonus ou des poissons blancs qu’il fournit et qui forment le fond de la nourriture de leurs habitants; mais ce pays est mal disposé à l’agriculture, car la forét n’y a encore été éclaircie que pour de petits champs où l’on cultive des grains et des pommes de terre. Les colons ont si bien reconnu cet inconvénient, que beaucoup d'entre eux se sont transportés à Saint-Alban, dont la situation est préférable. Le lac est une jolie pièce d’eau de plusieurs kilomètres de long et dont les rives occidentales sont égayées par une église et par une cinquantaine de maisons.

À notre départ du lac Sainte-Anne, le chemin nous conduisit immédiatement au cœur de la forêt, dans un terrain marécageux, pourri et profondément couvert d'arbres tombés de vieillesse, Les chevaux y enfonçaient jusqu'au poitrailet dedistanceen distanceavaient à franchir les obstacles qui encombraient la voie.

M. O'B. commenca à reconnaître les difficultés qu’il rencontrait et il déclara que, bien qu'il eût visité beaucoup de pays, il avait ignoré jusqu'ici ce que signifiait le mot voyager. L'assistance qu’il nous donnait se bornaït à ses bons conseils, car il avait peur d’approcher d’un cheval, et il était absent chaque fois qu’on avait besoin de lui pour charger les animaux. Si on le dépistait, on le trouvait ordinairement caché dans l* taillis, fumant tranquillement sa pipe et enfoncé dans l'étude de l’unique débris de sa bibliothèque, du seul livre qu’il possédât : les Preuves du Christianisme, par Paley.

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