‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 38 sur 93 · ES · texte numérisé non relu

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des yeux. On ne la rencontre que dans les muskegs ou marais à sapins. Le pigeon est le beau pigeon voyageur, à longue queue, si commun dans les forêts américaines ; nous l’avons rencontré dans l'ouest jusqu'aux sources de la Thompson septentrionale.

Un curieux oiseau, que nous n'avons trouvé qu'entre la Pembina et l’Athabasca, et que nous avons appelé l'hirondelle retentissante, a éveillé notre attention; mais nous n’avons jamais pu nous en procurer un échantillon. Il était à peu près de la taille d’un pigeon, avec des ailes aussi longues et étroites que celles du martinet. Il s’élançait comme lui çà et à dans les airs, paraissait prendre des mouches et, quand il était à une grande élévation, il tombait pareil à une flèche, faisant un singulier retentissement, qu'on ne peut bien comparer qu'au bruit grandissant produit par une machine à battre le blé lorsqu'on y met une gerbe de grain, Nous n'avons jamais vu cet oiseau ailleurs en Amérique.

Les frayeurs de M. O'B. lui faisaient un fardeau de la vie. Mais ce qu'il redoutait le plus, et cependant le nombre des objets de ses terreurs était une légion, ce qui particulièrement excitait son horreur, c'était l'ours gris. Il en était devenu véritablement fou. Jamais il n'avait vu d'ours gris; mais, chaque jour, il s’attendait à en rencontrer un et à périr ainsi d’une manière aussi inattendue qu'épouvantable. En marchant à travers la forêt, le bruissement de chaque feuille, le craquement de chaque tronc, était, pour son esprit troublé, l'indice de l'approche de l'ennemi qu'il redoutait. L’Assiniboine voulut tirer parti de cette faiblesse pour le guérir une bonne fois de son incurie à rester en arrière, jusqu’à perdre de vue la compagnie. Il l’attendit, caché derrière les arbres, près de la voie, et quand M. O'B. passa, il jeta un si horrible hurlement que le malheureux, prenant les jambes à son cou, vint cher-

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cher près des autres une protection qu’il n'abandonna plus durant quelques jours. Un soir que nous étions assis près du feu du bivac, un mouvement dans les broussailles attira nos regards et nous crûmes voir se remuer un objet sombre et informe qui, à la lueur obscure et vacillante du feu, avait bien l'apparence d’un ours. M. O'B. s'élança vers nous dans la terreur la plus honteuse ; mais cet objet, entrant en pleine lumière, nous fit voir un pied chaussé d'un moccasin. C'était le jeune Assiniboine, qui, enveloppé d’une robe de bison, s'était mis à quatre pattes pour faire peur au vieux.

Trois jours après avoir passé la Pembina, nous nous arrêtâmes pour diner dans une prairie marécageuse qu'avait formée une digue bâtie par les castors à travers un cours d’eau ; elle ressemblait tout à fait à celles que nous avions remarquées auparavant. Ces endroits avaient maintenant beaucoup de valeur pour nous, car 1ls étaient les seuls espaces ouverts où nous pussions trouver à faire paître nos chevaux, jusqu'à notre arrivée aux montagnes. Ils étaient fort communs le long de notre route et, le plus souvent, un monticule herbeux et un terrassement au travers de la prairie nous signalaient la vieille maison des castors et leur digue. |

Le soir de cette même journée, nous arrivions de bonne heure dans une petite clairière sur le bord d'un ruisseau, qui est du petit nombre de ceux que nous avons rencontrés dans ce pays. Cheadle et l’Assiniboine avaient remonté le courant en quête des castors ; mais le premier, ayant aperçu quelques truites, élait revenu sur ses pas pour les pêcher, tandis que l’Assinivoine continuait sa chasse. On dressa le camp. Cheadle, à la nuit, rapporta quelques poissons qui nous servirent à souper; M. O’B. s’alla coucher et le reste demeura à fumer en s’étonnant de ce que

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