‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 40 sur 93 · LB SE · texte numérisé non relu

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rant à peine, nous pensions à chaque instant voir se dresser les trois monstres devant nous ; malheureuscment nous arrivions sur un terrain dur, sans herbe, où il fut impossible de reprendre la piste et, après une longue recherche, nous fûmes, bien malgré nous, contraints d'abandonner notre poursuite.

En arrivant près du bivac, Milton observa la tête de M. O'B... passée avec précaution hors de la porte de la loge pour examiner ce qui s’approchait. Dès que M. O'B... fut bien certain que ce n'étaient pas des ours, mais des hommes qui venaient, il osa sortir. La réception qu’il leur fit fut chaleureuse, et il discourut longuement sur les horribles inquiétudes que lui avait données leur absence.

Le lendemain, Cheadle se disposait à prendre 1es devants, afin d’avoir la chance de ‘ouver du gibier, quand M. O’B... vint lui recommander la plus grande prudence : il devait charger les deux canons à balle et ne s’avancer que le fusil armé, prêt à faire feu. Cheadle lui assura qu'il était indispensable d’avoir un canon chargé à petit plomb pour le gibier à plumes, et il partit en riant. Mais M. O’B... le suivait des yeux avec une expres#on de pitié et branlant la tête de la façon la plus tragique. Milton et le reste de la compagnie marchèrent presque toute cette journée, s’étonnant à la fin de ne pas avoir vers midi rencontré Cheadle, qui avait l'habitude de les attendre dans un endroit favorable à poser le bivac. Ils maudissaient sa folie qui les avait entraînés si loin ; enfin ils s’arrétèrent désespérés et attendirent, convaincus que Cheadle s'était égaré. Ce n'était pas l'avis de M.O’B... « Milord, disait-il à Milton, vous pouvez être certain que le docteur a rencontré les ours. Je l'ai averti à plusieurs reprises qu’il y avait imprudence à s’en aller seul ainsi. Et ce matin même, vous l'avez entendu, je lui ai recommandé de prendre garde à lui et de mettre une balle dans chacun des

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Cette belle rivière a environ cent cinquante mètres de large. Elle roule ses eaux claires et peu profondes comme la Pembina, sur un lit de rocs et de cailloux.

Le lendemain, nous la traversions à gué aisément ; et, après avoir fait filer en avant les bêtes de somme, nous attachions à un arbre nos chevaux pour chercher de l'or.

Après avoir lavé deux ou trois terrines d'ordures nous n'avions découvert que des marques légères et douteuses du précieux métal. Nous remontiämes donc la rive pour rejoindre nos gens. Mais nos chevaux s’étaient détachés et avaient disparu. A quelque distance de là, nous trouvâmes le cheval de Milton, retenu par sa bride qui s'était entortillée à un tronc. L'autre était invisible. Nous rattrapâmes le convoi qui s'était arrêté dans un marais à castors et qu'avait rejoint le cheval de Cheadle, mais sans sa bride. La grande hache aussi s'était détachée d'un des paquets qu'il portait,et nous dûmes nous arrêter une couple d’heures durant lesquelles nos gens revinrent sur leurs pas ef quête des objets perdus. On retrouva la bride : Mate la hache, qui avait bien plus d'importance, puisque c'était la seule que nous eussions de cette dimension ne fut pas recouvrée. |

La chaleur était accablante.

Après avoir passé le Mac Leod, nous avons continué de remonter le long de la rive gauche ou occidentale. La route était devenue pire qu'aucune de celles que es

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eussions encore rencontrée. Le sol était marécageux et les sapins trop rapprochés. Le sentier n’était ouvert que dans une largeur suffisante pour laisser passer un cheval et son bagage, encore était-il encombré de racines et d'arbres tombés. Dans cette région, jamais les voya.. geurs ne s'arréteront pour enlever un obstacle qu’un cheval peut à la rigueur franchir en sautant ou en grimpant par-dessus. La croûte moussue ayant été enfoncée par des piétinements réitérés, les chevaux entrent jusqu’eux jarrets dans le marais qu'elle recouvre, attendu que la véritable muraille d'arbres serrés qui s'élève de chaque côté les empêche de passer sur une terre plus ferme. En général, une journée de voyage sur le chemin de Jasper House se passe à se débattre au milieu du marais, exercice varié par les sauts et les plongeons qu'on fait par-dessus le bois, qui gît, couché, empilé, entrelacé de toutes parts, au travers du sentier.

Le 16, nous atteignons un endroit où, la rivière remontant par un coude qu'elle fait vers le sud, le chemin s’en éloigne à angle droit pour l’éviter. Il y a ici une petite rivière qui tombe dans le Mac Leod, et les collines grossissent et s'élèvent vers l’ouest. La petite rivière nous fit voir des poissons qui sautaient pour attraper les mouches ; ses rives portaient des marques fraîches de castor et, de loin en loin, des traces d’élan et d'ours. Comme, depuis deux ou trois jours, nos chevaux n'avaient guère trouvé à manger et qu’un terrain incendié nous offrait un meilleur pâturage qu’à l'ordinaire, nous décidâmes que nous prendrions ici un jour de repos et que nous chercherions fortune en chassant et en pêchant.

Cette fois, Baptiste se montra fort rebelle et trèsmécontent : il refusa de dresser la loge à l'endroit que lui indiquait Miltor et, après une courte altercation, se prit à faire son petit paquet, en déclarant qu'il allait

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nous quitter de suite. Cependant, changeant d'idée, il se mit à pêcher comme les autres. On eut avant le soir un beau plat de poissons, parmi lesquels étaient deux ou trois grosses truites blanches, péchées dans le Mac Leod, ct plusieurs petites truites à bandes, avec des poissons ressemblant à ia vaudoise.

Le soir, nous nous régalâmes bien avec notre plat de poissons, et nous aurions été assez gais sans la sinistre bouderie de Baptiste. La matinée suivante s'annonçait mieux. Baptiste aida volontiers à charger les chevaux, il fut aussi communicatif qu’à l'ordinaire et eut l'air tout à fait content. Cheadle partit en avant et, après une heure ou deux de marche, il s’arrêta pour attendre le convoi. Quand celui-ci arriva, Baptiste avait disparu ; ce fut Milton qui, le premier, signala son absence. L’Assiniboine affirma que tout ce qu'il savait à cet égard, c’est que, lors du départ, Baptiste était resté en arrière sous prétexte d'allumer une pipe; il ne doutait point qu'on ne le revît d’un instant à l'autre. Nous continuâmes de marcher jusqu’à midi. Alors, comme Baptiste ne reparaissait pas, nous demeurâmes convaincus qu'il avait réellement déserté. Nous nous arrêtämes pour délibérer solennellement sur le parti qu’il y avait à prendre dans ces nouvelles circonstances. Il demeura évident pour nous que jamais Baptiste n'avait eu l'intention de nous accompagner au delà de la place où nousétions et qu'il n'avait cherché une dispute qu'afin de se procurer une excuse pour nous délaisser. Il nous emmenait un de nos meilleurs chevaux et une petite quantité de nos provisions. Le suivre était parfaitement inutile, si nous ne nous proposions pas de rentrer à Edmonton. Nous en vinmes donc à la ferme résolution de continuer, coûte que coûte, notre expédition, bien que nous ne pussions pas nous dissimuler que ce serait une trèslourde tâche. Nous avions treize chevaux à charger et

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