‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 41 sur 93 · AR · texte numérisé non relu

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à conduire à travers l'épaisseur des forêts; nous ne pouvions attendre d'assistance que de la part de l'Assiniboine, qui était manchot, de sa femme et de son fils ; M. O'B... n'était qu'un embarras de plus. Or, nous avions devant nous, mille au moins, peut-être onze cents kilomètres, du pays le plus difficile au monde, et personne de nous n'y avait mis le pied auparavant. Cependant nous étions décidés à nous fier à l’Assiniboine, s’il voulait nous donner sa parole d'honneur de ne nous abandonner dans aucune circonstance, car nous avions la conviction que sa prodigieuse sagacité suffirait à nous trouver la route. Nous lui proposimes donc immédiatement de l'élever à la position de Baptiste, de faire de lui notre guide et d'augmenter ses émoluments, nous contentant qu’il prit l'engagement formel de nous suivre jusqu’au bout. Nous l'envoyimes consulter sa femme cet, lorsqu'il eut causé quelque temps avec elle, il revint nous dire que tous deux étaient déterminés à nous servir fidèlernent, et qu'il se sentait certain de n'avoir aucune difficulté à suivre la trace des émigrants.

Le lendemain matin, nous retrouvâämes le Mac Leod et nous le suivimes durant une couple de jours. Un de ses petits affluents nous donna l'occasion d: pêcher la truite d'une manière assez nouvelle. Nous etions descendus avec le jeune Assiniboine vers le ruisseau, tandis qu’on préparait le dîner ; nous voulions pêcher avec des taons que nous avions pris sur nos chevaux. Il y avait un certain nombre de truites étendues à l’ombre d’un large saule qui dominait le courant. Nous nous appuyämes le long du tronc pour laisser tomber devant le nez des poissons la mouche tentatrice. En cet instant, un faux mouvement précipita Cheadle dans l'eau avec un horrible fracas. Le jeune garçon, en riant du malheur de son compagnon, glissa aussi et éclaboussa tout autour de lui.

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Ces deux chutes n'empéchèrent pas les truites de revenir immédiatement à l'ombre qui les protégeait ct ne les réveillèrent point suflisamment pour qu'elles tournassent leur attention vers notre amorce. Laissant donc le jeune Assiniboine manœuvrer la mouche, nous nous mîmes à exciter les truites avec le bout d'une longue perche. Ainsi réveillées de leur état léthargique, elles remarquèrent l’amorce, ce qui nous procura un bon repas. Avant d'avoir recours à ce stratagème, nous n'en avions pris aucune.

Comme le sentier suivait le long de la rivière et s'effaçait de plus en plus, l’Assiniboine eut l’idée que nous avions quitté le bon chemin allant à Jasper House, pour prendre une route suivie accidentellement par des chasseurs ou par des mineurs. À midi, nous campâmes donc au milieu d'un bois épais de jeunes sapins. Les arbres étant fort près l’un de l’autre, nous fûmes obligés d’en abattre quelques-uns pour faire de la place à nos chevaux et à notre bivac. L'Assiniboine partit à la recherche du bon chemin; sa femme et son fils descendirent à la rivière laver quelques vêtements, et nous restâmes seuls avec M. O'B. Comme les taons étaient fort nombreux, nous fimes, dans l'éclaircie que nous avions pratiquée, un grand feu dans l'intérêt de nos chevaux, puis un plus petit pour notre usage particulier. Nous étions tranquillement assis à l’entour, occupés à faire cuire le pemmican. M. O’B. avait retiré ses bottes et prenait grand plaisir à fumer sa pipe. Tout à coup, l’autre feu se mit à pétiller et à ronfler plus fort. Nous regardâmes et nous fûmes frappés d’effroi en voyant que plusieurs des arbres qui entouraient notre clairière s'étaient enflammés. Il est probable que les chevaux, en se poussant mutuellement pour se mettre au plus épais de la fumée, avaient d'un coup de pied envoyé quelque tison parmi les sapins. Ceux-ci, bien que verts,

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brûlent avec plus d'intensité que le bois le plus sec. Le moment était critique. Cheadle saisit la hache et abattit arbre sur arbre pour isoler des autres ceux qui avaient pris feu. Milton s'épuisait en courses pour apporter des seaux d'eau, qu'il allait prendre dans une mare, heureusement à proximité, et pour en inonder la mousse épaisse et sèche qui communiquait rapidement le feu à la surface du sol. Déjà cependant nous nous trouvions presque environnés par les arbres incendiés ; les flammes étincelaient et filaient de branche en branche, d'arbre en arbre, de la façon la plus épouvantable. Elles pétillaient et criaient. Elles dévoraient avidement la résine des troncs. Elles éclataient et sifflaient. Les feuilles inflammables des branches largement développées les attiraient. La peur rendait nos chevaux indociles. Plusieurs, en dépit des flammes, s'élançaient dans l'épaisseur de la forêt qui les environnait, et l’un d'eux, fort brûlé aux jambes, se jetait par terre et se roulait de douleur au plus fort du brasier. Jetant la hache et le seau, nous nous mîmes à le tirer par la tête et par la queue, maisen vain; alors nous le battimes férocement à la tête, il fit un bond et s’élança dans le bois. Mais le retard causé par cet incident fut près de nous devenir fatal. Le feu en avait rapidement pris avantage; l'air devenait brùlant; la fumée, étouffante; les flammes rugissai®nt avec fureur: un instant, nous nous demandâmes s’il ne valait pas mieux laisser tout là et nous réfugier dans la rivière. Cependant le courage nous revint; nous reprîimes la hache et le seau, et à mesure que nous abattions des arbres et que nous éteignions des espaces de mousse, nous recommencions à espérer. Au milieu de ces frénétiques efforts, l'idée nous vint que notre ami, M. O'B.., ne nous avait encore donné aucune assistance. Regardant autour de nous, nous le vimes assis où nous l’avions laissé, tiraillant faible-

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ment une botte qu’il avait l'air d’avoir la plus grande difficulté à mettre. Nous lui criâmes de venir, au nom de Dieu, nous aider, s'il ne voulait pas que nous mourussions tous dans les flammes. Il répondit d'une manière assez indécise qu’il allait arriver tout de suite, dès qu'il aurait mis ses bottes. Enfin, excité par nos représentations, par la réflexion qu'il brûlerait aussi facilement avec ses bottes que déchaussé, il accourut trenblant, hors de lui, nous apportant une assistance aussi tardive que peu utile, sous la forme de demipintes d’eau qu'il puisait dans sa petite bouilloire d'étain. Néanmoins, peu à peu, nous réussissions à couper le feu qui continuait à faire rage loin de nous. Quand nous rassemblâmes nos chevaux, nous vimes que celui-là même qui nous avait causé tant d'inquiétude n'était pas trop maltraité, bien que roussi par tout le corps et sérieusement brûlé aux jambes. L'Assiniboine revint peu après. Il avait trouvé le bon chemin. Nous remimes donc le bagage sur les chevaux; mais, dès que nous eûmes regagné l'endroit où les deux sentiers se séparaient, nous rétablimes notre bivac. Des nuages de fumée, que nous vimes incessamment le reste de cette journée et le lendemain, nous prouvaient que l'incendie continuait de brûler. Le jour suivant, nous nous éloignâmes à angle droit du Mac Leod, traversant comme auparavant les muskegs et les forêts de sapins; mais, avant la nuit, nous fâmes trempés jusqu'aux os par la plus épouvantable tempête de pluie et de tonnerre que nous eussions encore rencontrée, à l'exception de la mémorabie que nous avions essuyée sur la Rivière Rouge. A notre campement du soir, nous lûmes, sur un arbre, une inscription où nous apprîimes que les trois mineurs qui avaient quitté leur compagnie dans le district de la Saskatchaouane, pour découvrir les sources de cette rivière, s’apercevant qu'ils étaient près de

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