‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 42 sur 93 · OP E · texte numérisé non relu

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- FRS ÈURER

l'Athabasca, s'étaient détournés pour aller chercher les sources du Mac Leod,

La vallée de l’Athabasca, où nous arrivâmes le lendemain, est plus enfoncée et plus large que celle du Mac Leod. Les eaux de la rivière étaient troubles, profondes et rapides. Elles avaient alors, étant gonflées dangereusement, toute l'élévation du printemps et contrastaient vivement avec les cours d'eau clairs ct bas que nous avions récemment traversés. L’Athabasca remplissait son lit jusqu'aux bords, avait deux cents mètres de large, se précipitait, enflant ses grosses vagues, par-dessus les roches dont son lit est semé et entraînait dans le courant de larges pins d'un mètre cinquante à un mètre quatre-vingts de diamètre, qu'elle faisait sautiller et tournoyer comme les pailles qui descendent un ruisseau.

Aussi nous reconnûmes avec plaisir que le chemin remontait le long de la rivière. Peu après, le sommet d'une butte ronde et dégarnie nous donna la première occasion d'apercevoir les Montages Rocheuses. C'était un magnifique point de vue et le plus encourageant que nous pussions rencontrer. Il y avait si longtemps que nous vivions dans une contrée plate ! Depuis trois semaines, nous avions marché ensevelis dans les profondeurs de la forêt, qui nous fermait toute perspective et nous privait presque de la clarté du jour.

Des chaînes de collines couvertes de sapins, courant presque du nord au sud, s'élèvent, par gradins toujours plus hauts, vers l'occident; à l'horizon, nous voyions, parallèlement à ces hauteurs, une chaîne de pics sourcilleux et rocheux, que dominent les têtes neigeuses de quelques géants. Cette neige, couronne des sommets les plus hauts, demeurait encore dans les creux des parties moins élevées ; elle étincelait au soleil à travers la vapeur d’un bleu pâle qui fondait les tons du paysage et rapprochait, presque jusqu'à nous,

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ces montagnes éloignées. Dans la chaîne, une entaille, aussi nette que si elle avait été faite au couteau, montrait, à notre imagination, l'ouverture de la gorge par laquelle nous devions passer. Un rocher bizarre situé sur le côté gauche ou oriental de ce passage, et fort ressemblant à la moitié d'un gâteau de Savoie coupé verticalement, devait être celui dont nous avions entendu parler sous le nom de la Roche à Miette, non loin de Jasper House.

Le soir, notre bivouac fut mis dans une toute petite prairie émaillée de vesces en fleur. La gelée était fort vive, si bien que l’eau, laissée dans les vases durant la nuit, portait le lendemain matin une croûte de glace de trenteet un millimètres d'épaisseur, et que M. O'B., qui s’obstinait à garder ses bottes au lieu de moccasins, les trouva si fortement glacées qu'il nous fallut attendre pour partir qu'elles fussent dégelées.

La flore dans les clairières était très-gaie. Le lis martagon, les roses, la gallardia picta, la bourrache bleue, la vesce blanche ou purpurine, l’orchide rouge et la violette des marais s’y faisaient remarquer.

Nous passimes une journée au bivac, raccommodant nos moccasins, et cherchant en vain à prendre du poisson, tandis que l’Assiniboine tâchait de retrouver notre chemin. Il y réussit et revint le soir nous annoncer qu'il fallait continuer à côtoyer la rivière. Le chemin commençait à monter, quand nous nous vimes entourés d’une épaisse fumée. Elle venait d'un feu qui couvait encore sous des arbres brûlés et renversés de facon à nous barrer la route. C’était un symptôme encourageant, parce qu'il dénotait la récente présence de l’homme. Cependant il ne facilitait pas notre marche.

Dans l'après-midi, nous vimes des traces nombreuses et fraîches du bighorn où mouton gris, qui vit à

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