‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 49 sur 93 · RUES RES SE · texte numérisé non relu

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désormais on leur donnerait les noms de Montagne de Milord etde Montagne du Docteur ; mais nous avons pris la liberté de les appeler Mont Fitzwilliam et Mont Bingley. L'écoulement du lac se fait au moyen d'un ruisseau qui sort de son extrémité occidentale pour se jeter dans le Fraser.

Le 10, nous atteignimes ce fleuve. Il descendait du sud-ouest par une gorge étroite et, quelques kilomètres plus bas, il se déployait et formait le lac de J'Elan. Notre route longeait alors la rive droite ou septentrionale du Fraser, et notre marche devenait extrêmement embarrassée et pénible, La rivière débordée remplissait tout le défilé où elle coule et en frappait les flancs presque perpendiculaires. L’eau couvrait notre route et montait jusqu'au poitrail des chevaux. La plus grande partie de la journée fut employée à marcher dans l’eau; le reste, à se traîner dans des marais encombrés de futaie renversée. On ne pouvait pas penser à s’arrêter, car on ne rencontrait aucun endroit sec pour y établir le camp ou faire paître les chevaux; il fallut donc marcher jusqu’à la nuit et s’estimer bien heureux quand enfin on découvrit une place où se reposer. De l'avis de tous, c'était la journée la plus fatigante que nous eussions encore eue.

Le lendemain, nous venions de partir et, suivant sa coutume, M. O’B. était resté le dernier de la cavalcade, quand Cheadle, qui conduisait quelques-uns des chevaux les plus retardés, entendit derrière lui un appel désespéré, épouvantable, pour obtenir son secours. Il courut en toute hâte à l'endroit d’où partait la voix ei y trouva M. O’B. dans un état assez embourbé, ayant l'air de la plus profonde désolation, mais tenant son cheval par la bride. Son cheval l'avait, à ce qu’il paraît, désarçonné et lancé parmi les troncs et les débris d’arbres, en sorte que ce pauvre homme se croyait mort. On nc lui decouvrit aucune blessure ; pourtant ce ne

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fut qu’à force de représentations, appuyées de quelque assistance, que Cheadle réussit à le faire enfourcher de nouveau son cheval, en lui donnant pour dernier conseil de ne plus se séparer du reste de la bande. Mais M. O’B. avait trop peur de son cheval pour se permettre de le pousser autrement que par les exhortations verbales les plus douces et par de tendres caresses sur le col. Il fut donc bientôt distancé, et nos oreilles se trouvèrent encore déchirées par les cris les plus pitoyables, afin d’obtenir de nouveaux secours. Cheadle eut la bonté de revenir une seconde fois sur ses pas, d'assez mauvaise humeur, il est vrai; mais, quand il fut arrivé près de ce malheureux M. O'B., il ne put pas s'einpêcher d’éclater de rire. Celui-ci poussait devant lui son cheval, dont la selle avait tourné sous le ventre et dont la bride traînait à terre. M. O’B., avec son habit clérical déchiré jusqu’au col et tombant de ses épaules en deux moitiés séparées, marchait couvert de boue ; sa longue figure était égratignée et ensanglantée. « Ah! cette fois, docteur, s’écria-t-il, je suis à peu près tué. Je crois que tout est fini, Semel est calcanda via lethi. Il faut passer une fois par le chemin de la mort, vous savez. Mon cheval est tombé et a roulé sur moi en déchirant mon habit, comme vous voyez. Si j'ai échappé au danger, c'est grâce à Dieu ! » Rien ne put le persuader de remonter à cheval et il eut un fameux ennui avec sa bête, qui, lorsqu'il la tirait par la bride, se penchait en arrière et refusait d'avancer, et, s’il la poussait devant lui, sobstinait à aller de travers.

Mais le 1 1 juillet fut pire encore pour nous que ne l'avait été le 10. D'abord nous fûmes longtempsretenus, parce qu’au moment de partir nous ne trouvions plus Bucéphale. L'Assiniboine finit par le découvrir de l'autre côté du Fraser et dut, pour le ramener, se déshabiller et traverser à la nage les eaux glacées du

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