‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 50 sur 93 · CE ES · texte numérisé non relu

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fleuve. Peu après, nous partimes et il nous fallut passer à gué la rivière de l’Élan, opération rendue difficile par la hauteur et la rapidité de l’eau, qui, dans ses parties profondes, était plus haute que les épaules des chevaux. |

Nous atteignimes avant midi le lac de l’Elan et le longeâmes jusqu’à la nuit sans trouver une place où nous reposer. Le lac était enflé et ses eaux touchaient la base des montagnes qui l'entourent. C£ fut encore une journée employée à marcher dans l’eau, où les chevaux tombaient dans les trous et nageaient au hasard, imbibant d’eau notre farine et notre pemmican. En beaucoup d’endroits de la plage, le chemin était barré par des accumulations d’arbres qu’avait assemblés l’inondation. Alors il fallait escalader les flancs de la montagne. En l’essayant, les chevaux roulaient les uns après les autres ; nous devions les décharger da: l’eau et porter sur nos épaules les paquets pour permettre aux chevaux de gravir les escarpements. Nous nous épuisions d'efforts afin d’arriver avant la nuit à la fin du lac; mais le soleil se coucha quand plusieurs kilomètres nous séparaient encore de notre but, et nous fûmes forcés de passer la nuit dans une espèce de sablonnière, où il n'y avait pas un brin d’herbe pour nos animaux fatigués et affamés. [ls y piétinèrent çà et là toute la nuit, jusqu'au matin.

Le lac de l’Elan est une belle pièce d’eau d'environ vingt-cinq kilomètres de long, sur six ou sept à sa plus grande largeur. Le paysage est grand et fort sauvage. Au sud, des monts, qui avaient peut-être six cents mètres, s'élevaient de l’eau perpendiculairement ct, derrière eux, on apercevait le fond ordinaire de pics rocheux et blanchis par la neige. Sur le bord de cet immense précipice se brisaient avec tapage des ruisseaux sans nombre, dont les plus petits se résol-

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vaient en brouillard et en vapeur avant de tomber dans le lac qui les attendait. Nous avons donné à cette belle série de cascades le nom de Chutes iockingham.

En continuant à descendre le Fraser, nous arrivàmes, ce matin-là, à un espace ouvert durant plusieurs kilomètres, et qui est situé au bout occidental du lac ; nous y passâmes le reste du jour. L'endroit était fertile en gazon et en vesces, et nos chevaux s’y dédommageaient de leur longue diète, tandis que nous faisions de nouveau l’inspection de nos denrées. Notre farine et notre perimican avaisnt été assez fréquemment trempés, ces derniers jours, pour être fort endommagés; mais, en prenant la peine de les sécher avec soin au soleil, nous en sauvâmes la plus grande quantité. Quant à nos conserves de végétaux secs, elles étaient perdues, et, afin d’en tirer le meil'eur parti possible, nous les fimes servir à notre nourriture presque exclusivement pendant les jours suivants.

La descente du versant occidental était continuclile et fort rapide, quoiqu'elle ne fût nuile part escarpée. La végétation se modifiait à mesure que nous entrions dans le bassin du Pacifique. Dans son ensemble, la futaie était plus élevée et les énormes troncs qui nous barraient la route rendaient notre marche extrémement laborieuse, Durant l’après-nidi du :3, nous arrivâr’es à un endroit où ie chemin passait sur une corniche, le long d'une haute falaise composée de schiste tombant en poussière. Le sentier n'avait que quelques centimètres de largeur et suffisait à peine au pas des chevaux. Or, au beau milieu, avait glissé d'en haut une grande roche, qui se tenait sur la corniche étroite que nous devions traverser, Elle nous coupait tout à fait notre chemin, et la position perpendiculaire de la falaise ne nous permettait point de prendre à côté pour l’éviter. 11 fallut donc nous r£ttre à abat-

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