‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 55 sur 93 · PE MT · texte numérisé non relu

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monde excepté lui était noyé, lorsqu'il entendit un cri partant du sapin couché sur l’eau. Il jeta les yeux dans cette direction et aperçut Milton, qui se tenait accroché aux branches. Son corps était passé sous le tronc; suivant les variations du torrent, sa tête était couverte par l’eau ou reparaissait au-dessus. La femme se trouvait dans une position semblable, mais un peu plus loin et du côté le moins élevé. Tous les deux couraient un imminent danger d'être entraînés à chaque minute. Cheadle leur cria de tenir ferme, au num de Dieu, et, se glissant le long de l'arbre, il parvint à saisir Milton qui était le plus près de lui. Milton voulut qu'il sauvât d’abord la femme; mais Cheadle, pensant que la femme était moins facile à atteindre et que Milton courait le plus de danger, commença par le mettre en sûreté.

Ensuite nous nous avançâmes tous deux avec précaution au secours de la femme; malheureusement elle était si loin et si bas que nous ne pouvions pas la tirer du péril; nous nous bornâmes donc à la tenir de notre mieux et à crier à l’Assiniboine d’accourir avec une corde.

Pendant ce temps, il avait rattrapé le radeau dans son rapide élan et s’était mis à crier de toutes ses forces à M. O’B., qui se tenait immobile à l’arrière, de lui jeter le bout de la corde rompue. M. O'B. ne répondait qu’en branlant doucement la tête et en disant : « Non, non; je vous remercie. » Il tenait ses yeux soleanellement fixés devant lui. Cependant le radeau vint pour un instant à donner contre un autre arbre penché sur la rivière. L'Assiniboine put l'arrêter. M. O’B. saisit l'occasion d’échapper au danger, s'élança sur la rive et s’enfonça dans les bois, sans même tenir compte de la demande que lui faisait son sauveteur de l’aider à fixer solidement le radeau. Nous jetions des cris déià depuis quelque temps.

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quand l’Assiniboine, ayant enfin l'air de nous entendre, se hâta de dénouer une corde ; mais cela prenait du temps et nous commencions à craindre de ne pouvoir plus soutenir sa femme jusqu'à ce qu’il arrivât. En ce moment, M. O’R. parut sur le rivage et nous regarda d’un air effaré. Nous lui criâmes de courir vers l’Assiniboine et de lui dire d'apporter une corde vivement ; mais il ne sembla pas nous comprendre et se contenta de détacher sa cravate et de nous la tendr:. Le jeune Assiniboine accourait alors. Il saisit la cravate, nous la remit et, en la joignant à la ceinture de Milton, il la passa autour du corps de sa mère, que nous pûmes alors tenir au-dessus de l'eau jusqu’à ce que son père nous eût lancé une corde. Mme Assiniboine était sauvée. Le froid l'avait saisie, il est vrai, et rendue presque insensible ; mais elle reprit ses sens peu à peu; une gorgée de rhum, que Cheadle avait eu la précaution de garder pour de pareilles circonstances, acheva de la rétablir. Ce ne fut pas sans peine que nous pûmes ensuite nous procurer du feu; car nous avions précédemment perdu nos allumettes dans le Fraser et notre amadou venait de se mouiller ; pourtant nous finîmes par y réussir : nous nous occupâmes à sécher nos effets et à constater nos nouvelles pertes. Les paquets qui contenaient tout ce que possédaient l’Assiniboine et sa famille étaient disparus ; mais la fortune nous avait conservé nos fusils, nos poires à poudre et ce qui nous restait de nos provisions.

Le lendemain, faisant un long détour sur la droite pour tourner la chaîne qui se dirige au sud, nous entrâmes dans une vallée située à l’ouest. La trace n’était plus fort distincte et passait parmi des rochers et de la futaie incendiée. Lorsqu'il s’agit de dîner, nous nous aperçûmes que nous avions perdu notre poêle à frire et une partie de notre vaisselle d’étain, ce qui

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