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parut donc évident que les émigrants étaient allés sur
la rive occidentale, et nous nous préparâmes à nous
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Un arbre portait une inscription annonçant que
c'était le point où le guide André Cardinal avait #
quitté les émigrants pour retourner à Edmonton, C'était donc de là que, d'après sa relation, il avait montré aux émigrants les hauteurs du Caribou dans le lointain. Cette circonstance, jointe à l'affirmation de l* vieille femme de La Cache que, dirigé vers le Caribou ou vers Kamloups, le voyage nous prendrait une huitaine de jours, nous mit fort à notre aise, bien que nous n’eussions plus que très-peu de provisions. La privation du thé nous était plus pénibie
que celle du sel, des ronserves de végétaux et riême h
que de toute autre friandise. Il y avait déjà plus d’une année que nous nous abstenions, sans la moindre difficulté, de tout stimulant alcoolique ; mais nous ne
pümes jamais cesser de regretter le thé et le tabac, } Jusqu'’alors nous avions allongé la petite quantité de tabac qui nous restait en la mélant avec ce que les |
Indiens appellent kinnikinnick, qui est l’écorce inté- !
rieure du cornouiller. Mais à présent nous n'en avions plus à nous tous que trois ou quatre pipes, et
nous résolûmes de garder ce tabac pour un cas de |
nécessité.
Tout à fait convaincus que nous arriverions en |
quelques jours au but de notre voyage et pleins de confiance, nous nous mimes à construire notre radeau. Nous y employâmes toute la journée du 26, car, pour plus de sécurité, nous avions pris le parti
de nous servir de très-grands arbres. Nous nous re- !
layions au travail et nous occupions nos loisirs à laver pour chercher de l'or; mais nous n'en trouvâmes pas une parcelle. Cependant le sable sur les berges et dans le lit de la rivière était rempli de poussière de talc
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qui jetait beaucoup d'éclat aux rayons du soleil. L'Assiniboine qui la prenait pour de l’or nous la faisait remarquer comme un indice que nous approcnions du terme de notre voyage. Les caux montèrent encore durant cette journée, et, le soir, elles avaient bien augmenté de trente centimètres; mais durant la nuit elles descendirent au point où nous les avions vues d’abord. C’est l’eflet alternatif du soleil et de la gelée nocturne sur les neiges des montagnes. Il hisait très-beau et très-chaud ; aussi les moustiques et ks cousins abondaient-ils au point de rendre notre sommeil presque impossible. Nous avions acnevé avant la nuit de couper nos arbres et de les porter au bord de l’eau pour les assembler.
Le matin du 27, M. O'B., qui comptait parmi ses
{ bonnes qualités celle de se lever de bonne heure, se
surpassa. Était-ce la conséquence du trouble que lui avaient infligé les raoustiques ou de l'intérêt qu’il prenait au bien général ? Nous ne le savions pas. Levé au point du jour, il éveitla Cheadle en le priant de venir tout de suite parce qu'il avait une communication importante à lui faire, et le prenant à part il lui
dit: « En premier lieu, docteur, j'espère que vous et
l'Assiniboine serez très-prudents au passage de cette rivière, car vous savez que, la dernière fois, vous y
l'avez si mal réussi que c’en était une honte. Nous
n'avons alors échappé à la mort que par une faveur spécial: de la divinité. Rappelez-vous le péril que j'y aicouru. Maintenant, si vous voulez suivre mon conseil, vous conserverez tout votre sang-froid ; animosus et fortis appare, mais aequo aniino, VOUS Savez; ne criez pas comme l'autre jour : l’Assiniboine m'avait fait perdre mon bon sens avec son rude langage. Maintenant il me reste une grâce à vous demander ; c’est que, vous et lord Milton, vous consentiez à retarder jusqu’à demain la traversée de cette
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rivière, car un fatal pressentiment m'oppresse; je crains que, si nous tentons ce passage aujourd'hui, nous ne soyons tous perdus, tous noyés, docteur. Pensez à la responsabilité qui vous incombe, avant qu'il soit trop tard; vous et sa seigneurie vous répondez de notre vie. »
Cheadle lui fit observer que nos provisions baissaient tellement que nous ne pouvions pas perdre un seul jour et que ses pressentiments de malheur ne provenaient que du souvenir d’un accident qui fort probablement ne se représenterait pas. M. O’B. ne laissa pas que de branler la tête avec solennité ; il cita Cassandre et s'embarqua avec les plus épouvantables frayeurs. Cependant la traversée se fit sans accident, excepté qu'au moment où nous approchions du rivage, M. O'B., dans sa hâte de se trouver à terre en sûreté, sauta dans un bas-fond ; mais l’Assiniboine, le saisissant au collet, le retira de l’eau et le forca d'attendre que le radeau eût été garanti de tout événement. Le pressentiment de M. O'B. ne fut donc pas réalisé. Heureusement !
En nous mettant à chercher la trace, nous reconnûmes avec chagrin que nous avions abordé sur une petite île et non sur le bord occidental de la rivière comme nous le voulions. Le cours d’eau du nordouest se joignait au principal par deux bouches et nous nous trouvions sur le petit delta situé entre les denx bras. Il portait des marques nombreuses de la visite des émigrants; mais, malgré nos recherches qui durèrent jusqu’à la nuit, rien ne put nous indiquer la direction qu'ils avaient choisie. Le lendemain l'Assiniboine était debout de grand matin. [l passa le bras occidental au moyen d’un pont naturel que formait l'accumuiation, sur un banc de sable, des troncs emportés par les inondations ; bientôt il reconnut une piste qui remontait le bras du nord-ouest
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DE L'ATLANTIQUE AU PACIFIQUE 215 dans la direction du Caribou; mais elle finissait brusquement après seize cents mètres environ, comme il sen assura, Le ravin était étroit, les rives escarpées et boisées très-dru ; enfin des montagnes calcaires surgissaient en lace.
Evidemment les émigrants avaient reculé devant les difficultés qu'ils rencontraient à se tailler une route qui les conduisit au Caribou, et ils avaient pris le parti de tourner vers Kamloups. En effet, l’Assiniboine trouva une autre trace, d’accord avec cette supposition, et qui descendait la rivière dans la direction du sud. Le moment était donc venu pour nous de nous décider à essayer de pénétrer dans le Caribou ou à suivre la piste dirigée sur Kamloups.
Nous tinmes conseil et, après une longue discussion, nous convinmes qu'avec nos forces diminuées, nos chevaux fatigués, nos provisions tirant à leur fin et la seule hachette dont nous disposions, il ne nous serait pas poñsinle de nous couper une route à travers la région pres 1e impénétrable de l’ouest. Ce ne fut pas sans un sentiment de profonde amertume que nous renonçâmes à notre projet si longuement médité de trouver un chemin qui conduisit droit aux champs de l'or; mais la tentative nous en paraissait désespérée et nous fimes tristement nos paquets pour 44 transporter sur la rive occidentale. Le pont de bois fotté nous épargnait la peine de construire un radeau; mais ce fut une rude besogne que de passer notre bagage à dos. Les troncs empilés irrégulièrement rendaient notre marche glissante et difhicile, et le courant pénétrait ce barrage avec tant de violence que le mouvement et ie fracas étourdissant des eaux nous faisaient tourner la tête. Quand nous eûmes franchi ce pont, qui avait au moins quarante mètres de long, il nous fallut escalader aussi bien que possible avec nos fardeaux une rive perpendiculaire, ou