‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 61 sur 93 · FRET · texte numérisé non relu

FRET

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ils avaient tellement perdu leur feu et léur activité

leurs jambes étaient si endolories oar leurs chutes

dans les troncs et les pierres, qu’ils ne voulaient plus #

essayer de se tirer d'affaire eux-mêmes, excepté sous le stimulant de coups réitérés. Ces accidents, renouvelés une douzaine de fois par jour, rendaient notre tâche extrêmement laborieuse. En effet, nous étionssi peu nombreux que chacun de nous ne pouvait guère

attendre des autres quelque assistance. Il fallait se tirer d’embarras de son mieux, sans être aidé. Quand

on y avait réussi, en ayant été souvent obligé de décharger la bête, on se trouvait séparé du reste de la

bande qui était allée on ne savait où, et les autres chevaux dont on était chargé, avaient disparu. Il les ! fallait rattraper, puis retrouver péniblement la trace |

presque effacée qu'avaient laissée ceux qui avaient continué de marcher. Si une semblable aventure, ce qui avait lieu souvent, arrivait avant qu’on eût rejoint ses compagnons, on était obligé de recommencer le même exercice. C'était un labeur des plu” ennuyeux er des plus fatigants, 1l mettait à une trop rude épreuve notre philosophie.

Afin d'économiser nos provisions et d'avancer plus rapidement, nous nous réglâmes à deux repas, le déjeuner et le souper ; nous ne nous accordâmes qu'un bref repos vers midi pour laisser nos chevaux manger, mais sans les décharger. Notre nourriture consistait en ce que les métis appellent roubébou. Nous la préparions en faisant bouillir, dans une large quantité d'eau épaissie d’une poignée de farine, un morceau de pemmican de la grosseur du poing d’un homme. La farine n'était plus employée par nous que de cette manière, car elle avait acquis une trop grande valeur, puisque nous n’en possédions plus même deux kilos. Parfois nous avions la bonne fortune de tuer une perdrix ou un foutereau, qui formait une agréable

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addition à notre roubébou. Ce plat était divisé en parts égales, deux assiettées ordinaires par personne. Dans ces circonstances critiques, les avis de M. O’B. ne nous faisaient pas défaut ; car il nous en donnait chaque fois que l’occasion s’en présentait. Quand nous sous arrêtions pour passer notre nuit, et que nous avions achevé la tâche de décharger les chevaux et de préparer le bivouac, M. O’B. sortait de quelque retraite tranquille, rafraîchi par la consolation qu'il avait puisée dans son Paley, et nous exposait ce qu’il pensait de l’objet de notre entreprise et des moyens qui pouvaient nous mener au but. « Eh bien! milord et vous docteur, nous disait-il, je ne crois pas que nous nous en soyons tirés aujourd’hui aussi bien que nous l’aurions pu. Notre route ne m'a point paru bien choisie. [Il est possible que nous ayons fait vingtcinq à trente kilomètres (vraisemblablement nous n’en avions parcouru que cinq ou six); mais cela ne me satisfait pas. Le grand poëte lyrique a dit : « Hâte-toi lentement, Festina lente » ; mais jamais il n’a été perdu dans une forêt, savez-vous ? Or, voici ce que je pense qu’on devrait faire : le docteur et l’Assiniboine sont des hommes solides et vigoureux ; qu'ils nous devancent de neuf ou dix kilomètres en étudiant le pays, et demain nous voyagerons bien plus à notre aise. » Les deux hommes vigoureux se trouvaient toujours trop harassés par le rude labeur de la journée pour se ranger à l’avis de M. O'B. et pour accepter sa proposition.

La vallée continuait à se diriger à peu près droit vers le sud, mais des chaînes de montagnes, séparées uniquement par de fort étroits ravins, y pénétraient du nord-est et du nord-ouest par des angles de quarante-cinq degrés et, comme elles venaient baigner leurs pieds dans l’eau presque perpendiculairement, elles s’opposaient très-désagréablement à notre marche.

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