‹ Voyage de l'Atlantique au Pacifique [microforme]Chapitre 62 sur 93 · ET ET · texte numérisé non relu

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Le 1e août, nous nous trouvions en face d’une belle montagne couverte de neige et qui avait l'air de

nous fermer la route de la vallée. L'idée nous vint !

que c'était sans doute la seconde des deux que la vieille femme de La Cache nous avait décrites comme points de repère, en nous assurant qu'elles n'étaient

pas éloignées du fort Kamloups. Miltun, pour rendre |

à son compagnon la politesse qu'il en avait reçue précédemment, donna à cette montagne le nom de Mont Cheadle. La rivière en cet endroit devenait plus large

et moins rapide, et même se divisait en plusieurs bras |

qui entouraient des îlots bas et boisés. Sur notre droite, on ne voyait plus qu'une montagne neigeuse :

nous l’appelâmes le mont Sainte-Anne; mais, en «s- |

pérant voir notre route se débarrasser, nous nous étions trompés.

Après l'avoir frayée encore deux jours, l’Assini-

boine était forcé d'y renoncer à cause de l'état où se !

trouvaient ses jambes et ses mains déchirées par les ronces, et pourtant nous n'avions pas fait plus de quatre à cinq kilomètres par jour; nous pensâmes donc à sortir de l’étroite vallée qui nous enfermait, car nous espérions trouver plus haut un terrain moins couvert. Mais les flancs de la montagne étaient trop escarpés. Les chevaux roulaient au bas l’un après l’autre, en se heurtant contre les troncs abattus ; et nous dûmes renoncer à monter. Le 3, nous rencontrâmes un marais d'environ trois cents mètres de long et où les arbres étaient assez rares. C'étaitla première éclaircie que nous eussions rencontrée depuis dix jours. Le changement des ténèbres de la forêt à l'éclatante lumière du soleil, nous fit mal aux yeux ; mais releva nos courages. Le pâturage, sins être de bonne qualité, y abondaïit. C'était un vrai bienfait pour nos chevaux qui, depuis tant de jours, étaient forcés de se contenter de jeunes branchages. En somme, la journée fut

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meilleure que les autres, car nous trouvâmes aussi &s bouquets de framboisiers dont les fruits égalaient eux que nous récoltons en Angleterre et deux esces d’airelles ayant des baies grosses comme des runelles et formant de petits buissons de soixante entimètres de haut. Les bois étaient garnis de grandes vugères semblables à la fougère mâle d'Angleterre,

Re grandes et maigres fougères impériales, et de plu-

ieurs autres. Nous eûmes aussi la chance de tuer quatre perdrix pour le souper, et, bien qu’il finît par leuvoir et que nous nous fussions trempés en nous dissant sous les taillis, nous passâmes cette nuit plus aiement que nous ne l'avions fait depuis que le chenin ouvert avait pris fin. | Avant le soir, nous nous étions trouvés devant un orrent qui venait du nord-ouest. Nous montâme: à cheval pour le franchir, excepté M. O'B., qui n'avait amais pu se réconcilier avec l'équitation depuis ses accidents dans le Fraser. Que fallait-il faire ? M. O'B. Sobstinait à ne pas se hasarder sur le dos d’un cheval, t le courant avait trop de profondeur et de rapidité pour qu’on pût avec sécurité le passer à gué. Quand

jrous eûmes discuté quelque temps fort inutilement

avec lui, nous poussâmes nos chevaux dans l’eau, que lAssiniboine et sa famille avaient déjà traversée; mais le cheval de Cheadle n’était pas à un mètre du rivage, que M. O’B. s'élançait comme un fou après lui et saisissait à deux mains la queue flottante de Bucéphale, C'est ainsi qu’il fut triomphalement remorqué jusqu’à l’autre rive. Ce grand succès lui êta pour l'avenir beaucoup des inquiétudes que lui inspirait le passage des cours d'eau.

Après avoir quitté le petit marécage dont nous avons parlé plus haut, nous nous retrouvâmes enfoncés dans l'épaisseur des forêts, sans aucune clairière uurant Plusieurs jours, et nous reprimesinotre vieille routine

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de couper notre chemin à travers la futaie, de conduire des chevaux indociles, de les retirer des embarras et de nous nourrir pauvrement avec le roubébou. Nous voyions bien des pistes d'ours assez nombreuses, des marques de castors sur tous les cours

d’eau ; mais nous faisions trap de bruit forcément en #

narchant pour esj'rer : :vcir la plus p'tite chance de trouver du gibier, :: :::1s ne pouvions pas songer À nous arrêter un jour &: deux pour chasser.

Le 5, la seule main dont :e servit l’Assiniboinek

était si enflée et si malade, par suite des blessures que lui avaient faites les épines des aralies, qu’il ne put plus manier la hache et que la tâche de frayer la route échut à Cheadle, C'était un vrai malheur, qui nous

retarda encore, car Cheadle avait comme pionnier! beaucoup moins d'habileté que l’Assiniboine, et il!

faisait faute pour la direction des chevaux, à laquelle devaient suffire désormais Milton et le jeune garçon. 11 faut pourtant reconnaître que M. O'’B. donnait une assistance plus active qu'il ne l’avait encore fait. Ce jour-là, nous crûmes que la vallée aliait beaucoup

s’élargir à quelques kilomètres en avant de nous, parce] aue, du haut d’une colline arrondie, nous pûmes voir!

à quelque distance vers le sud. Nos espérances ne tardèrent pas à être amèrement désappointées. Des bois sans fin continuèrent à se profiler devant nous et l'horizon fut enfin fermé par des montagnes. Au pied de notre colline, nous passâmes un torrent qui tombait dans la rivière principale par deux bras d’une vingtaine de mètres en largeur. Grâce à la méthode qu'il avait inventée, M. O’B. les franchit avec un grand succès.

Le Jendemain, nous eûmes à lutter du matin au soir, sans trêve, contre des obstacles plus grands que jamais. Le 7 août, c’est-à-dire le huitième jour depuis que nous étions perdus dans la forêt, nous eûmes à

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Barge d’une trentaine de mètres, peu profonde et claire,

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Arès de seize cents mètres carrés en étendue, et au Mont de jonction de cinq vallées étroites. Une portion

k ce terrain était couverte de bois en partie brûlé; le ste formait une prairie mart-ageuse d’où sortaient uelques arbres rabougris. Dans la portion incendiée, k trouvaient beaucoup d'airelles qui n'étaient pas core mûres ; nous en fimes pourtant notre dîner ; près quoi, nous nous ouvrîmes un chemin jusqu’au arais où nous campâmes.

Le nouvel espoir que nous avions eu de sortir de la rt, en observant que les collines s’éloignaient vers buest, fut promptement dissipé. Au lieu d'une plaine, bus voyions une oasis entourée de montagnes et de auteurs escarpées, que couvraient les sapins; on n’en buvait sortir que par des gorges resserrées entre les iférentes chaînes. Ce soir-là notre dernier morceau k pemmican fut consommé et il nous resta à peine our notre nourriture cent quinze grammes de farine. \ l'on s’en rapportait à la carte que nous avions, la istance entre La Cache de la Tête Jaune et Kamloups kvait encore être estimée à plus de trois cents kilohètres ; mais cette estimation pouvait être erronée de aucoup, parce que vraisemblablement la latitude es deux points était mal connue quand on avait dressé : carte. Cependant, en l’admettant, si nous avions it une quinzaine de kilomètres par jour ou cent ouze environ avant que la trace des émigrants se minât, et cinq par Jour depuis que nous étions bligés de nous frayer nous-mêmes un chemin, il nous “tait cent soixante kilomètres à parcourir avant

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